Posts Tagged ‘Michel Meslin’

Pensée du 30 mai 11

« L’affirmation que le mythe appartient au monde de l’apparence, de l’illusion, de la fable, se fonde sur l’idée préconçue d’un développement rationnel de l’esprit humain. »

Michel Meslin, « Mythe et Sacré », Initiation à la pratique de la théologie, introduction, p. 64.

___________________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

Michel Meslin pense qu’une simple observation du langage contemporain révèle une fréquente opposition entre ce qui est considéré comme réel, rationnel et ce qui est qualifié de mythique et que l’on tient pour illusoire et fictif. Qu’il suffise de penser aux philosophies qui qualifient le monde mythique et merveilleux de domaine de l’obscurantisme, de l’irrationnel, ou d’une connaissance doxique. On se rappelle que Platon a bien sérié opinion et savoir dans le Livre VI de la République. André Lalande définit le mythe comme « Un récit fabuleux, d’origine populaire et non réfléchie » qui met en jeu des forces de la nature et des êtres dont les actions et les aventures ont un sens symbolique. Le monde du mythe est-il celui des représentations enfantines de l’humanité ? Sur quoi repose cette opposition sémantique ?

Michel Meslin répond que cette catégorisation se fonde sur l’existence de deux formes différentes d’organisation mentale selon lesquelles une forme réaliste, logique, scientifique et créative s’opposerait à une forme intuitive, prélogique et symbolique. La définition de Lalande ressortit à cette hiérarchisation des choses. Elle range le mythe dans la sphère de l’irréel, de l’imaginaire et donc de l’irrationnel. Mais il y a lieu de se demander si en réalité la pensée rationnelle, « secondaire » et réfléchie, est aux antipodes d’une pensée mythique, « primaire » et non dirigée vers l’efficacité concrète. Depuis les philosophes grecs jusqu’aux structuralistes  (qui pensent qu’il y a des structures anonymes inhérentes à l’objet signifiant) contemporains, on enregistre une kyrielle d’interprétations conflictuelles du mythe. L’histoire du mythe est jalonnée par des vagues de refus et de valorisation du mythe.

Notre philosophe dégage trois types d’attitudes qui expliquent de dévalorisation ou l’intérêt porté au mythe : premièrement, la considération de l’autre comme différent de moi. Ainsi, son langage mythique ne peut représenter qu’une étape inférieure du développement de la pensée humaine. Deuxièmement, cet autre qui parle n’est qu’un autre moi-même avec qui je partage l’universalité de la raison humaine. Troisièmement, l’autre est un homme, mais il s’exprime différemment. Il faut que je me déprenne de moi-même pour saisir la raison d’être et la signification du langage mythique par lequel il exprime ses interrogations fondamentales. De ces attitudes, il découle que la recherche mythologique aboutit à un conflit d’herméneutiques rivales qui oppose les trois conceptions suivantes : le mythe comme fiction illusoire, le mythe comme expression psychique collective, et le mythe comme mode d’intégration active.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 09 avril 10

« L’histoire que raconte le mythe est une histoire vraie parce qu’elle apparaît comme sacrée, non pas tant en raison de son contenu mais par ses conséquences. »

Michel Meslin, « Mythe et Sacré »

_______________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

La question se pose souvent de savoir pourquoi en référer aux mythes. Une histoire est-elle plus vraie que qu’un mythe ? Le mythe raconte souvent une histoire, et l’histoire aussi emploie les ressources de la mythologie. Même si le récit mythique est souvent utilisé à des fins historiques, mythe et histoire ne s’identifient pas pour autant. L’histoire semble être de l’ordre de la relation des faits, alors que le mythe est de l’ordre de l’explication ou de l’explicitation. Pour Michel Meslin, le mythe est explicatif parce que signifiant. Le recours aux mythes se justifie par la nécessité de rendre intelligibles, signifiants, certains faits par le langage symbolique. Mais le rapport du mythe à la vérité ou à la réalité, est des plus problématiques. Une histoire peut être vraie en dépit des faits mythologiques qu’elle comprend. Un mythe n’est pas moins vrai lorsque les images évoquées ne correspondent pas exactement à la réalité. Et puis, on peut ne pas être d’accord avec notre philosophe sur la première partie de son assertion : le mythe ne paraît pas vrai parce qu’il est sacré, mais en lien avec ce qu’il apporte à la connaissance de l’homme sur une vérité par-delà le réel.

De ce fait, le mythe est vrai, non pas à cause de l’exactitude des images employées, mais lorsque quelque chose de la vérité profonde de l’homme est donné à travers les faits expliqués et les personnages cités, lorsque des faits singuliers retrouvent une portée universelle. Le langage mythique biblique tente d’expliquer au moyen de la narration les origines du mal et les commencements inaccessibles à l’homme en dehors des hypothèses scientifiques. Il permet à l’homme de prendre conscience d’une réalité qui lui est inhérente et de se faire une compréhension de cette réalité. Les mythes bibliques, ceux de l’Ancien Testament en particulier, ont une certaine efficacité à cause de leur capacité à susciter une profonde réflexion et un discernement fécond. En fait, les mythes sont indispensables pour porter une espérance, pour ouvrir une perspective et un avenir ; ils permettent d’exister, et appellent à sortir des stéréotypes de non sens qui confisquent à l’homme son pouvoir sur la vie.

Le mythe n’est pas vrai par son contenu mais par ses conséquences. Selon Michel Meslin, toute culture dans laquelle le monde est pris en charge, nommé, connu, et donc possédé par l’homme à travers les mythes, est une totalité dont les modes d’expression ne sont jamais complètement homologues de la réalité concrète. Cependant, « Les mythes nous disent les diverses représentations humaines du temps et de l’espace… ils témoignent de cette exploration par l’homme des confins du contingent et de l’inéluctable, du fini et de l’infini, du mortel et de l’éternel… ». C’est pourquoi, le mythe a toujours un sens pour les hommes. Michel Meslin précise que le rôle du mythe ne se justifie pas du fait qu’il est inventé pour expliquer, mais parce que, médiateur entre l’homme et l’univers, le mythe est lui-même explicatif et signifiant. Le mythe transfigure les réalités quotidiennes dans un récit codé qui les sublime. Notre interprétation assez large ne doit pas faire oublier que le propos de Meslin est que « l’univers mythique est le monde de l’homme traduit et justifié dans les formes d’un absolu sacré. » De cette manière, le récit mythique rend réel le divin.

Emmanuel AVONYO, op

>>> SOMMAIRE >>>

Pensée du 27 mars 10

« L’affirmation que le mythe appartient au monde de l’apparence, de l’illusion, de la fable, se fonde sur l’idée préconçue d’un développement rationnel de l’esprit humain. »

Michel Meslin, « Mythe et Sacré ».

_______________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

Michel Meslin pense qu’une simple observation du langage contemporain révèle une fréquente opposition entre ce qui est considéré comme réel, rationnel et ce qui est qualifié de mythique et que l’on tient pour illusoire et fictif. Qu’il suffise de penser aux philosophies qui qualifient le monde mythique et merveilleux de domaine de l’obscurantisme, de l’irrationnel, ou d’une connaissance doxique. On se rappelle que Platon a bien sérié opinion et savoir dans le Livre VI de la République. André Lalande définit le mythe comme « Un récit fabuleux, d’origine populaire et non réfléchie » qui met en jeu des forces de la nature et des êtres dont les actions et les aventures ont un sens symbolique. Le monde du mythe est-il celui des représentations enfantines de l’humanité ? Sur quoi repose cette opposition sémantique ?

Michel Meslin répond que cette catégorisation se fonde sur l’existence de deux formes différentes d’organisation mentale selon lesquelles une forme réaliste, logique, scientifique et créative s’opposerait à une forme intuitive, prélogique et symbolique. La définition de Lalande ressortit à cette hiérarchisation des choses. Elle range le mythe dans la sphère de l’irréel, de l’imaginaire et donc de l’irrationnel. Mais il y a lieu de se demander si en réalité la pensée rationnelle, « secondaire » et réfléchie, est aux antipodes d’une pensée mythique, « primaire » et non dirigée vers l’efficacité concrète. Depuis les philosophes grecs jusqu’aux structuralistes  (qui pensent qu’il y a des structures anonymes inhérentes à l’objet signifiant) contemporains, on enregistre une kyrielle d’interprétations conflictuelles du mythe. L’histoire du mythe est jalonnée par des vagues de refus et de valorisation du mythe.

Notre philosophe dégage trois types d’attitudes qui expliquent la dévalorisation ou l’intérêt porté au mythe : premièrement, la considération de l’autre comme différent de moi. Ainsi, son langage mythique ne peut représenter qu’une étape inférieure du développement de la pensée humaine. Deuxièmement, cet autre qui parle n’est qu’un autre moi-même avec qui je partage l’universalité de la raison humaine. Troisièmement, l’autre est un homme, mais il s’exprime différemment. Il faut que je me déprenne de moi-même pour saisir la raison d’être et la signification du langage mythique par lequel il exprime ses interrogations fondamentales. De ces attitudes, il découle que la recherche mythologique aboutit à un conflit d’herméneutiques rivales qui oppose les trois conceptions suivantes : le mythe comme fiction illusoire, le mythe comme expression psychique collective, et le mythe comme mode d’intégration active.

Emmanuel AVONYO, op

>>> SOMMAIRE >>>