Posts Tagged ‘VOLTAIRE’

Pensée du 19 juillet 11

« Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? […] Ce sont presque toujours les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains; ils ressemblent à ce Vieux de la montagne qui faisait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné un avant-goût, à condition qu’ils iraient assassiner tous ceux qu’il leur nommerait. Il n’y a eu qu’une seule religion dans le monde qui n’ait pas été souillée par le fanatisme, c’est celle des lettrés de la Chine. Les sectes des philosophes étaient non seulement exemptes de cette peste, mais elles en étaient le remède; car l’effet de la philosophie est de rendre l’âme tranquille, et le fanatisme est incompatible avec la tranquillité. »

Voltaire, Dictionnaire philosophique (1764), article « Fanatisme ».

_____________________________________________________________________

Pensée du 05 février 10

« Si Dieu nous a faits à son image, nous le lui avons bien rendus. »

VOLTAIRE, Le sottisier

_________________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

Que l’on m’excuse de parler ici avec faste d’une cause que je ne connais pas plus que quiconque. C’est un truisme  : Nietzsche a proclamé que le corps de Dieu est en putréfaction, il a appelé l’homme à s’assumer courageusement pour que vive le Surhomme. Alors que Dieu aurait créé les hommes à son image et à sa ressemblance, les hommes sont assez responsables de leur destin pour se désolidariser de toute image invisible et de tout concept vide de Dieu, de ce Dieu cachottier. Si Dieu a vraiment créé l’homme à son image, il y a peut-être de quoi affirmer que les hommes le lui ont bien rendu en le façonnant à leur image.

Rappelons-nous les  philosophes du soupçon. Pour Freud, la foi est un symptôme à guérir. Dieu n’est que la sublimation de l’image du père. Avant Nietzsche et Freud, le brulot était déjà ouvert par Feuerbach. Ce philosophe trouve que les hommes sont des fabricateurs de dieux. Il démonte philosophiquement le mécanisme de la machine dans ce qu’il appelle L’essence du christianisme. La religion est l’expression du sentiment et de l’imagination. Il affirme que l’homme créa Dieu à son image, car l’homme était déjà Dieu lui-même. La phrase de Voltaire est ainsi renversée. L’évacuation de Dieu de l’univers imaginatif de l’homme est la condition pour le rendre désormais responsable de sa vie.

Nos contemporains aussi pensent qu’au silence de Dieu doit correspondre le silence sur Dieu. Comme si cela ne suffisait pas, ils parlent de Dieu comme d’un criminel de guerre, pendant qu’il se plairait à voir mourir ses fils d’Haïti ; ils diffament Dieu, ils égrènent des chefs d’accusation contre lui, et c’est à peine que Dieu n’ait pas été re-condamné à mort après l’épisode de Pilate, cette fois-ci par pendaison un peu comme en Irak.  On parle désormais de laïcité comme d’une religion sociale. En fait, affirmer désormais publiquement son identité religieuse  (comme en ont droit les athées) devient une injure. Ainsi, la rhétorique est dorénavant bien proportionnée : plus de signes religieux ostensibles sur les places publiques. Si celui-là qui se donne pour nom Dieu a créé l’homme à son image,  comment les hommes ne le lui auront-ils pas bien rendu ? N’est-ce pas que Dieu doive être humanisé pour que l’homme soit divinisé ? L’humanisme de l’homme-Dieu est promis à un lendemain philosophique intéressant.

Emmanuel AVONYO, op

L’academos

Sommaire

Pensée du 27 décembre 09

« Si Dieu nous a faits à son image, nous le lui avons bien rendus. »

VOLTAIRE, Le sottisier

_________________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

Supposons que Dieu soit considéré comme un simple concept, un concept vide, sans intuitions.  Dieu ne serait alors qu’un vain mot au sens où l’entend la doxa. Aujourd’hui, j’en suis certain, beaucoup croient que ce n’est pas qu’un truisme métaphysique que Dieu soit identifié à un concept vide, qu’il soit une pure représentation de l’esprit humain. Les pensées sans contenus (intuitions) sont vides et que les intuitions sans concepts sont aveugles. Un concept vide serait celui sous lequel le jugement n’unifie aucune donnée sensible. On ne pourrait avoir aucune expérience pratique de Dieu. L’opinion pense que tel serait le Dieu des philosophes, le Dieu des penseurs et des systèmes conceptuels. Or, bien plus que le concept vide de Dieu, c’est le silence sur Dieu qui semble prévaloir. Pour n’être pas vérifiable chez tous les philosophes, l’impossibilité du dire Dieu est professée par certains.

De Dieu, la philosophie des sciences préfère ne rien dire, elle opte pour le silence à l’école de Wittgenstein. Sur ce dont on ne peut rien dire, il faut garder le silence, préconise-t-elle. Peut-être parce qu’on en a aucune expérience au sens humien et kantien. Non seulement nos contemporains pensent qu’au silence de Dieu doit correspondre le silence sur Dieu, mais ils parlent de Dieu de façon irrévérencieuse, ils diffament Dieu, ils égrènent des chefs d’accusation contre lui, et c’est à peine que Dieu nait pas été re-condamné à mort après l’épisode de Pilate. Nietzsche proclame que le corps de Dieu est en putréfaction pour que vive le Surhomme. Alors que Dieu prétendait créer les hommes à son image et à sa ressemblance, les hommes sont assez malins pour se désolidariser de toute image invisible et de tout concept de Dieu, de ce Dieu cachottier. Affirmer publiquement son identité chrétienne devient une injure. La rhétorique est désormais bien proportionnée : plus de signes religieux ostensibles sur les places publiques. Dieu a créé l’homme à son image, et comment les hommes ne le lui auront-ils pas bien rendu ?

Emmanuel AVONYO, op