« Ce n’est qu’en reconnaissant ainsi le rôle essentiel des préjugés en toute compréhension qu’on porte le problème herméneutique à sa véritable extrémité. »
Hans-Georg Gadamer, Vérité et méthode. Les grandes lignes d’une herméneutique philosophique, Paris, Seuil, 1976.
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GRILLE DE LECTURE
Les préjugés jouent un rôle essentiel dans le phénomène herméneutique. Selon Gadamer, une situation herméneutique est toujours déterminée par les préjugés que nous apportons avec nous. Ils font partie de la structure d’anticipation du comprendre ; c’est l’acquis préalable, la vue ou la saisie qui anticipe la compréhension elle-même si tant est qu’il n’y a pas de compréhension ex nihilo. Au vrai, la tâche herméneutique commence généralement par une préconception ; les préjugés orientent cette compréhension anticipée. Lorsque « Heidegger démontre que le concept de conscience chez Descartes et le concept d’esprit chez Hegel sont encore gouvernés par l’ontologie de la substance des Grecs », son interprétation n’est guère arbitraire ni fantaisiste. Elle part d’un « acquis préalable » qui rend intelligible la tradition dans laquelle s’inscrivent Hegel et Heidegger. La conscience historique qui porte toute interprétation souligne l’importance de la tradition socio-culturelle et des préjugés sur la nouvelle compréhension d’un texte. Il convient de mentionner que le concept de préjugé n’a pas chez Gadamer la connotation toute négative que le sens commun lui confère. Il renvoie simplement à l’influence capitale de la tradition historique et des acquis préalables en herméneutique.
Littéralement, « préjugé » voudrait dire « jugement porté avant l’examen définitif de tous les éléments déterminants quant au fond ». Le mot « préjugé » ne signifie donc pas à tout prix un jugement non fondé ou erroné. Il peut y avoir des préjugés légitimes. Le concept de préjugé peut recevoir une appréciation positive ou négative selon les cas. C’est sous l’influence de l’Aufklärung que le concept de préjugé a reçu l’accent négatif qui nous est plutôt familier. Gadamer fait observer dans Vérité et Méthode que dans la théorie des préjugés de l’Aufklärung, il y a deux catégories de préjugés : ceux dus à l’autorité humaine et ceux dus à la précipitation. C’est l’idée que l’autorité d’une autre personne serait une source de préjugés qui aurait motivé cette formule de Kant : ose te servir de ta propre raison. Quand bien même la répartition précédente ne peut être restreinte au domaine de la compréhension des textes, Gadamer indique qu’elle trouve une application privilégiée dans la sphère herméneutique. Car « la fixation par l’écrit contient un élément d’autorité d’une particulière importance… La possibilité qu’une chose écrite ne soit pas vraie n’est pas facile du tout à réaliser… C’est une sorte de pièce à conviction. Il faut un effort critique particulier pour se libérer du préjugé en faveur de ce qui est écrit. » Cela revient à reconnaître que les préjugés et les acquis préalables doivent encore être dépouillés de leur dimension historique subjective pour ne pas induire l’interprète en erreur.
Emmanuel AVONYO, op
Posted by giraudet on avril 1, 2011 at 5:35 pm
Je vous remercie pour ce beau développement explicatif concernant cette pensée H-G Gadamer , elle est précieuse car elle nous montre toute l’importance de l’approche herméneutique .
Bien amicalement,
Dominique Giraudet
Posted by L'Academie de Philosophie on avril 1, 2011 at 8:07 pm
Salut Dominique, merci pour l’appréciation faite. Gadamer est un auteur que nous commenterons plus souvent les semaines à venir, histoire de regarder un peu ailleurs.
Meilleures pensées !
Emmanuel