Archive for the ‘PHILOSOPHIE MORALE ET POLITIQUE’ Category

Pensée du 29 mai 18

«  Il est indispensable aux hommes de se donner des lois et de vivre conformément à ces lois ; autrement, il n’y a aucune différence entre eux et les animaux qui, sous tous les rapports, sont les plus sauvages. Et voici quelle en est la raison : il n’y a absolument pas d’homme qui naisse avec une aptitude naturelle aussi bien à discerner par la pensée ce qui est avantageux pour l’humanité en vue de l’organisation politique, que, une fois cela discerné, à posséder constamment la possibilité comme la volonté de réaliser dans la pratique ce qui vaut le mieux. La première vérité difficile à connaître est, en effet, que l’art politique véritable ne doit pas se soucier du bien particulier, mais du bien général, car le bien commun assemble, le bien particulier déchire les cités, et que bien commun et bien particulier gagnent tous les deux à ce que le premier, plutôt que le second, soit solidement assuré. »

PLATON, Les Lois Livre IX

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Pensée du 21 septembre 17

« L’on assiste de plus en plus à une perte sournoise voire une sorte de mort douce du patrimoine culturel à cause d’un modernisme dont le mode d’emploi échappe à l’entendement de l’Africain ordinaire. Si hier, il était normal de se mettre ensemble dans la cour le soir pour partager le repas autour du feu, aujourd’hui, les modes de vie en communauté tendent à se transformer pour faire place à l’individualisme et au repli sur soi. Les manières de concevoir la famille, les moments de partage et la façon de comprendre les relations humaines changent au gré de l’inéluctable évolution des sociétés africaines ainsi que de la rencontre de diverses cultures… »

Xavier Dijon et Marcus Ndongmo, L’Ethique du bien commun en Afrique

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Pensée du 15 novembre 11

« En dépit de la grande influence que le concept d’une liberté intérieure  non politique a exercé sur la tradition de la pensée, il semble qu’on puisse affirmer que l’homme ne saurait rien de la liberté intérieure s’il n’avait d’abord expérimenté une liberté qui soit une réalité tangible dans le monde. Nous prenons conscience d’abord de la liberté ou de son contraire dans notre commerce avec d’autres, non dans le commerce avec nous-mêmes. Avant de devenir un attribut de la pensée ou une qualité de la volonté, la liberté a été comprise comme le statut de l’homme libre, qui lui permettant de se déplacer, de sortir de son foyer, d’aller dans le monde et de rencontrer d’autres gens en acte et en paroles. Il est clair que cette liberté est précédée par la libération ; pour être libre, l‘homme doit s’être libéré des nécessités de la vie. »

Hannah Arendt, La Crise de la culture, p. 192.

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Pensée du 05 novembre 11

« L’idée principale est la suivante : quand un certain nombre de personnes s’engagent dans une entreprise de coopération mutuellement avantageuse selon des règles et donc imposent à leur liberté des limites nécessaires pour produire des avantages pour tous, ceux qui se sont soumis à ces restrictions ont le droit d’espérer un engagement semblable de la part de ceux qui ont tiré avantage de leur propre obéissance. Nous n’avons pas à tirer profit de la coopération des autres sans contrepartie équitable. Les deux principes de la justice définissent ce qu’est une contrepartie équitable dans le cas des institutions de la structure de base. Ainsi, si le système est juste, chacun recevra une contrepartie équitable à condition que chacun (y compris lui-même) coopère. »

 John Rawls, Théorie de la Justice, Le Seuil, 1971-1987, § 18, p.142.

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Pensée du 11 octobre 11

« Dans la production sociale de leur existence, les hommes nouent des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté; ces rapports de production correspondent à un degré du développement de leurs forces productives matérielles. L’ensemble de ces rapports forme la structure économique de la société, la fondation réelle sur laquelle s’élève un édifice juridique et politique, et à quoi répondent des formes déterminées de conscience sociale. Le mode de production de la vie matérielle domine en général le développement de la vie sociale, politique et intellectuel. »

Karl Marx, Critique de l’économie politique, Gallimard, Pléiade, tome 1

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Pensée du 27 septembre 11

« Les deux valeurs de la liberté et de l’égalité se font écho l’une à l’autre dans la pensée politique et dans l’histoire. Elles sont toutes deux enracinées dans la considération de l’homme comme « personne ». Elles appartiennent toutes deux à la détermination du concept de personne humaine, comme être qui se distingue ou prétend se distinguer de tous les autres êtres vivants. « Liberté » indique une condition, « égalité » un rapport. L’homme comme « personne », ou, pour être considéré comme personne, doit être, en tant qu’individu dans sa singularité, libre, en tant qu’être social, doit être avec les autres individus dans un rapport d’égalité. »

Norberto Bobbio, Liberté et égalité, cité par Amélie PINSET.

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Pensée du 10 mai 11

« Avant de se formaliser sous l’aspect des systèmes juridiques, la justice est pour Ricœur une notion qui appartient à la sphère éthique. Le juste s’inscrit dans la visée de la vie bonne et en rapport avec la sollicitude pour autrui. L’autrui de l’amitié et le chacun de la justice ne se confondent pas mais ils ne sont pas séparables. La justice ajoute à la sollicitude en élargissant son souci d’égalité à l’humanité entière. En même temps, l’idée d’ethos embrasse dans une unique visée le souci de soi, le souci de l’autre et le souci de l’institution. A ce stade, il est essentiel de remarquer que pour Ricœur, la justice est encore une vertu, c’est un sens du juste et de l’injuste avant d’être une loi qui argumente, organise et contraint. »

Alain Thomasset, Paul Ricœur. Une poétique de la morale, Presses Universitaires de Louvain, 1996.

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Pensée du 30 avril 11

« L’individu et la communauté apparaissent à première vue comme deux entités radicalement distinctes. D’un côté, nous avons l’individu, du terme latin individuum, qui désigne une réalité en tant qu’on la considère à la fois comme indivisible et comme différente de toute autre, ce qui lui garantie son unicité. De l’autre, nous avons la communauté, de l’association des termes latins cum et munus, qui désigne un groupe social dont les membres sont liés par un attachement partagé à une loi commune. À travers ces deux entités radicalement distinctes, nous pouvons dégager deux modalités d’existence de l’être humain qui se trouvent en tension : celle qui le pousse à chercher ses semblables et celle qui le pousse à s’émanciper et s’affranchir de l’obéissance à la loi commune… »

Amélie PINSET, « Individu et communauté »

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Pensée du 14 avril 11

« (…) Être démocrate, c’est remettre la politique au cœur de l’existence humaine. La politique commence lorsque nous choisissons collectivement des décisions orientant notre devenir. Or ces choix collectifs, seul le démocrate les rend possible. Être démocrate, c’est rendre les homme acteurs de leur histoire, pour le pire mais aussi pour le meilleur. Être démocrate, c’est prendre le risque d’une expérience incertaine dont personne ne connaît l’issue mais cette indétermination rend seule possible notre liberté. Ainsi le démocrate affirme l’exercice de la liberté, entendue comme participation politique, comme valeur car elle est la condition de vie de la démocratie, et même de la vie politique. Cet exercice de la liberté auquel se voue le démocrate et auquel il appelle ses semblables à se vouer vise à déterminer — toujours provisoirement certes — un horizon de sens à notre existence (…).

Amélie PINSET,  « Qu’est-ce qu’être démocrate ? »

Source

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Pensée du 30 mars 11

« La lutte pour les droits de l’homme rend-elle possible un nouveau rapport à la politique ? »

Claude LEFORT, « Droits de l’homme et politique », in L’invention démocratique.

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GRILLE DE LECTURE

Pour Claude Lefort, on doit pouvoir donner une réponse positive à cette question et la soutenir sans hésiter en regard des sociétés démocratiques de notre temps. Mais il adresse une mise en garde à toute réponse excessivement optimiste. Il est de notoriété publique qu’il est de l’essence du totalitarisme de récuser les droits humains, alors que ces droits sont un des principes générateurs de la démocratie. Ce clivage entre totalitarisme et démocratie ne doit pas faire penser que ces droits existeraient de fait dans les sociétés démocratiques tandis qu’ils seraient interdits ou bafoués dans les systèmes totalitaires. Car dans nos démocraties, les droits de l’homme n’existent pas non plus comme des institutions positives. C’est-à-dire qu’ils sont à conquérir grâce aux garanties offertes. Qu’il suffise de songer aux nombreuses démocraties dans le monde en voie de développement. Il serait peut-être plus juste de parler de monde en-voie-de-démocratisation. Pour ce monde-ci, l’existence des droits de l’homme ne concerne que ceux qui les défendent. Au vrai, l’efficacité des principes démocratiques tient à la qualité de l’adhésion qui leur est apportée.

Les droits ne sont pas dissociables de la conscience des droits. Et la conscience des droits, c’est-à-dire l’adhésion collective aux principes démocratiques, se trouve d’autant mieux partagée quand ces droits sont déclarés publiquement. Les droits humains ne sont portés par la conscience des droits que lorsque les pouvoirs publics affirment s’en faire le garant et que sont rendus visibles par les lois les repères des libertés. C’est à ce prix qu’émergera un nouveau rapport à la politique. Si les droits n’ont aucune réalité objective, s’ils ne sont reconnus que dans les textes et des discours officiels, l’espace politique ne serait plus qu’un champ de guerre où la justice serait réduite au silence. Les luttes inspirées par la notion des droits n’améliorent la politique que dans la mesure où le pouvoir est le garant du droit qui l’a institué. Le droit est l’émanation du pouvoir, ne serait-ce que du pouvoir législatif. Mais il est en même temps une dimension constitutive du pouvoir d’Etat, pouvoir sur la société et ses membres. Le droit est pouvoir de s’opposer, pouvoir de remettre en question le pouvoir. Cela explique l’écart perceptible entre les droits et la conscience des droits. La notion des droits de l’homme est une exigence inconditionnée dans toute culture démocratique.

Emmanuel AVONYO, op