Archive for the ‘PHILOSOPHIE’ Category

Pensée du 05 novembre 19

Pour savoir si on est heureux, il suffit de poser cette question : à supposer qu’on ait le choix intégral du lieu, du temps, de la compagnie, de l’action et du contexte, préférerions-nous demeurer là où nous sommes, à faire exactement ce que nous sommes en train de faire ? Répondre oui, c’est être heureux. Car on ne peut concevoir de bonheur plus grand que de préférer son présent à tous les plaisirs imaginables. Tel est donc le bonheur absolu : l’état dans lequel rien de ce que nous pouvons désirer ne nous semble préférable à ce que nous vivons. Et paradoxalement, le bonheur absolu est ce que nous connaissons toujours, notre état permanent. Il ne nous semble imaginaire que parce qu’il est réel, toujours réel. Réel en permanence. Car si nous étions si malheureux de ce que nous sommes, de ce que nous vivons, n’aurions nous pas depuis longtemps choisi d’être et de vivre autre chose? J’ai choisi tout ce que je vis, et, que je m’en réjouisse ou que je le déplore, j’en suis heureux. J’ai toujours la possibilité de partir, un pied devant l’autre sans explication ni adieu. Et toujours cette liberté majeure, indestructible, de me détruire. La simple possibilité du suicide me force à admettre que je suis toujours heureux, quoi que je vive, du simple fait que j’ai préféré vivre cela que mourir. Le bonheur absolu se réfugie parfois dans le moindre mal, mais il est permanent: nous sommes toujours très heureux (…)

Source : Connaissez-vous le bonheur absolu ?

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Pensée du 04 novembre 19

« Les êtres raisonnables sont appelés personnes, parce que leur nature même en fait des fins en soi, c’est-à-dire quelque chose qui ne peut pas être simplement employé comme moyen, quelque chose qui, par conséquent, met une limite à la faculté de chacun d’agir à son gré (et est un objet de respect). Les êtres raisonnables ne sont donc pas des fins simplement subjectives, dont l’existence, effet de notre activité, n’a de valeur que pour nous ; ce sont des fins objectives, c’est-à-dire des choses dont l’existence est une fin en soi-même, et même une fin telle qu’on ne peut la remplacer par aucune autre à laquelle celle-ci servirait simplement de moyen. »

Emmanuel Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs

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Pensée du 03 novembre 19

Quelle est l’attitude du savant face au monde ? Celle de l’ingéniosité, de l’habileté. Il s’agit toujours pour lui de manipuler les choses, de monter des dispositifs efficaces, d’inviter la nature à répondre à ses questions. Galilée l’a résumé d’un mot : L’essayeur. Homme de l’artifice, le savant est un activiste… Aussi évacue-t-il ce qui fait l’opacité des choses, ce que Galilée appelait les qualités : simple résidu pour lui, c’est pourtant le tissu même de notre présence au monde, c’est également ce qui hante l’artiste. Car l’artiste n’est pas d’abord celui qui s’exile du monde, celui qui se réfugie dans les palais abrités par l’imaginaire. Qu’au contraire l’imaginaire soit comme la doublure du réel, l’invisible, l’envers charnel du visible, et surgit la puissance de l’art : pouvoir de révélation de ce qui se dérobe à nous sous la proximité de la possession, pouvoir de restitution d’une vision naissante sur les choses et nous-mêmes. L’artiste ne quitte pas les apparences, il veut leur rendre leur densité… Si pour le savant le monde doit être disponible, grâce à l’artiste il devient habitable. »

Maurice Merleau-Ponty

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Pensée du 02 novembre 19

« Le langage a pour première condition l’existence des sociétés humaines dont il est de son côté l’instrument indispensable et constamment employé ; sauf accident historique, les limites des diverses langues tendent à coïncider avec celles des groupes sociaux qu’on nomme des nations ; l’absence d’unité de langue est le signe d’un État récent, comme en Belgique, ou artificiellement constitué, comme en Autriche ; le langage est donc éminemment un fait social. En effet, il entre exactement dans la définition qu’a proposée Durkheim ; une langue existe indépendamment de chacun des individus qui la parlent, et, bien qu’elle n’ait aucune réalité en dehors de la somme de ces individus, elle est cependant, de par sa généralité, extérieure à chacun d’eux ; ce qui le montre, c’est qu’il ne dépend d’aucun d’entre eux de la changer et que toute déviation individuelle de l’usage provoque une réaction ; cette réaction n’a le plus souvent d’autre sanction que le ridicule auquel elle expose l’homme qui ne parle pas comme tout le monde ; mais, dans les États civilisés modernes, elle va jusqu’à exclure des emplois publics, par des examens, ceux qui ne savent pas se conformer au bon usage admis par un groupe social donné. Les caractères d’extériorité à l’individu et de coercition par lesquels Durkheim définit le fait social apparaissent donc dans le langage avec la dernière évidence. »

Meillet Antoine, « Comment les mots changent de sens », I, Année sociologique, 1905

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Pensée du 01 novembre 19

« Peut-on encore aujourd’hui demander quelque chose aux entreprises en matière d’emploi ou est-ce totalement vain ? Il ne me semble pas que la tâche première des entreprises soit de donner de l’emploi. Elles sont faites pour produire des richesses de la façon la plus efficace et donc visent à rendre le facteur travail le plus efficient possible. On voit bien, historiquement, que l’on a trop « chargé la barque » du travail et de l’entreprise. Celle-ci ne peut pas, à elle seule, assumer l’ensemble du lien social. Dès lors, que faire ? Reconnaître notre héritage et donc la double dimension du travail, trop chargé d’illusions, certes, mais en même temps, dans notre société actuelle, absolument nécessaire à chacun. Il faut substituer à l’espèce de « partage » naturel qu’on observe aujourd’hui les gens étant exclus du marché du travail selon le hasard une redistribution volontaire et anticipée du travail sur l’ensemble de la population active, comme ce qui se passe par exemple en Allemagne. Ce pays est en avance dans la réflexion sur le travail, même si ce que j’appelle de mes voeux n’est pas encore présent dans les discours : c’est-à-dire réduire le travail au nom d’autre chose que les problèmes que nous rencontrons dans le travail, donc d’une manière enthousiaste et optimiste. »

Méda Dominique, Le Monde, Propos recueillis par Frédéric Lemaître, 13/02/1996
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Pensée du 31 octobre 19

« La technique n’est pas ce qui est dangereux. Il n’y a rien de démoniaque dans la technique, mais il y a le mystère de son essence. La menace qui pèse sur l’homme ne provient pas en premier lieu des machines et appareils de la technique, dont l’action peut éventuellement être mortelle. La menace véritable a déjà atteint l’homme dans son être. Le règne de l’Arraisonnement nous menace de l’éventualité qu’à l’homme puisse être refusé de revenir à un dévoilement plus originel et d’entendre ainsi l’appel d’une vérité plus initiale. »

Martin Heidegger, Question sur la technique

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Pensée du 30 octobre 19

« La vérité ou la fausseté, la critique et l’adéquation critique des données évidentes, voilà autant de thèmes banals qui déjà jouent sans cesse dans la vie pré-scientifique. La vie quotidienne, pour ses fins relatives et variables, peut se contenter d’évidences et de vérités relatives. La science, elle, veut des vérités valables une fois pour toutes et pour tous, définitives ; et, partant, des vérifications renouvelées et ultimes. Si, en fait, comme elle-même doit finir par s’en convaincre, la science ne réussit pas à édifier un système de vérités « absolues », si elle doit sans arrêt modifier les valeurs « acquises », elle obéit pourtant à l’idée de vérité absolue, de vérité scientifique, et elle tend par là même à un horizon infini d’approximations qui convergent toutes vers cette idée. A l’aide de ces approximations, elle croit pouvoir dépasser la connaissance naïve, et aussi se dépasser infiniment elle-même. Elle croit le pouvoir aussi par la fin qu’elle se pose, à savoir l’universalité systématique de la connaissance.»

Edmond Husserl

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Pensée du 29 octobre 19

« Dans une montre, une partie est l’instrument qui fait se mouvoir les autres; mais un rouage n’est pas la cause efficiente qui engendre les autres ; une partie, il est vrai, existe pour l’autre, mais non par cette autre. La cause efficiente de ces parties et de leur forme n’est pas dans la nature (de cette matière) mais au-dehors, dans un être qui peut agir en vertu d’idées d’un tout possible par sa causalité. C’est pourquoi, dans une montre, un rouage n’en produit pas un autre et encore moins une montre d’autres montres, en utilisant (organisant) pour cela une autre matière ; elle ne remplace pas d’elle-même les parties dont elle est privée et ne corrige pas les défauts de la première formation à l’aide des autres parties ; si elle est déréglée, elle ne se répare pas non plus d’elle-même, toutes choses qu’on peut attendre de la nature organisée. Un être organisé n’est pas seulement une machine – car celle-ci ne détient qu’une force motrice -, mais il possède une énergie formatrice qu’il communique même aux matières qui ne la possèdent pas (il les organise), énergie formatrice qui se propage et qu’on ne peut expliquer uniquement par la puissance motrice (le mécanisme). »

Kant, Critique de la faculté de juger

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Pensée du 28 octobre 19

« Le langage est le corps de la pensée. C’est par lui que la pensée entre dans le monde, mais de telle manière pourtant qu’elle garde son indépendance et recouvre le réel sans jamais s’identifier à lui. Il est l’instrument par lequel la pensée appréhende les choses, qui, comme tous les instruments, semble être une chose parmi les choses et qui est, non point comme les autres instruments le véhicule de notre action sur elles, mais le véhicule, par leur intermédiaire, de notre action sur les autres hommes. Le langage est un témoin de l’esprit et un moyen de communication entre les esprits: sans lui chacun d’eux demeure cloîtré à la fois dans l’impuissance et dans la solitude. Mais le langage les révèle perpétuellement l’un à l’autre: il leur découvre ce qu’il y a entre eux de commun, qui est aussi, sans qu’ils le sachent, leur intimité la plus profonde, et ce qu’il y a de différent, qui ne les oppose qu’en apparence et pour qu’ils s’enrichissent mutuellement. »

Louis Lavelle, « La parole et la pensée »

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Pensée du 27 octobre 19

« En s’engageant beaucoup plus radicalement dans leur activité, le scientifique, le philosophe et l’artiste découvrent avec Emmanuel Levinas que « le véritable désir est celui que le désiré ne comble pas, mais creuse », et qu’il est cherché ici ce qui, loin de pouvoir être trouvé et conquis conceptuellement, ouvre à une nuit mystique, à cette sorte de « nullité » signifiant, non une insuffisance, un rien, mais une transcendance par quoi, dans une déprise (Entlassung), l’homme apprend à simplement devenir témoin et citoyen du sens. Pour tout dire, l’homme rencontre ce que Gabriel Marcel appelle le mystère, ce qui, me cernant et me concernant, m’enveloppant et m’impliquant, ne saurait être tout entier devant moi. En nous faisant sentir le mystère de l’univers et de la matière, de l’être et de l’homme, de la beauté et du symbole, science, philosophie et art, ne conduisent-ils pas à la même sagesse, celle du SENS RENCONTRÉ que nulle logique ne saurait subsumer ni arraisonner, mais qui, en tant que flamme du divin, vient en toute simplicité auprès de nous mendier sa vie en nous demandant de le contempler, d’être les gardiens des semences du possible ? »

PAUQUOUD KONAN JEAN-ELYSÉE, Science, philosophie, art : le point X de la rencontre, Paris, Publibook, 2014 (Préface de DIBI K. AUGUSTIN, p. 11,12)

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