Archive for the ‘PHILOSOPHIE’ Category

Pensée du 26 octobre 19

« La science, la philosophie et l’art, comme formes privilégiées d’accès au réel, ont pour horizon téléologique ultime l’avènement de l’expérience fondamentale de la mystique… Quand elles consentent à l’humble effort de se rendre fluides en elles-mêmes pour quêter l’aqua ignea, l’eau passée par l’épreuve du feu qui ne cesse de les irriguer, ces trois disciplines ne se surprennent-elles pas à être portées sur les rivages de quelque chose les invitant à confesser l’infini inconnaissable, l’absolu de la donation du divin laissant suggérer symboliquement et allusivement sa suressence, dans la gratuité et la libéralité du SENS ? »

PAUQUOUD KONAN JEAN-ELYSÉE, Science, philosophie, art : le point X de la rencontre, Paris, Publibook, 2014 (Préface de DIBI K. AUGUSTIN, p. 11,12)

__________________________________________________________________________________________________________________

Pensée du 25 octobre 19

« La science, la philosophie et l’art, comme formes privilégiées d’accès au réel, ont pour horizon téléologique ultime l’avènement de l’expérience fondamentale de la mystique… Quand elles consentent à l’humble effort de se rendre fluides en elles-mêmes pour quêter l’aqua ignea, l’eau passée par l’épreuve du feu qui ne cesse de les irriguer, ces trois disciplines ne se surprennent-elles pas à être portées sur les rivages de quelque chose les invitant à confesser l’infini inconnaissable, l’absolu de la donation du divin laissant suggérer symboliquement et allusivement sa suressence, dans la gratuité et la libéralité du SENS ? »

PAUQUOUD KONAN JEAN-ELYSÉE, Science, philosophie, art : le point X de la rencontre, Paris, Publibook, 2014 (Préface de DIBI K. AUGUSTIN, p. 11,12)

_________________________________________________________________________________________________________________

Pensée du 24 octobre 19

« Commençons par distinguer l’égoïsme et le nombrilisme. L’égoïsme est la propension à vouloir garder quelque chose pour soi. Celui que l’on dit égoïste a du mal à partager l’objet de son désir car il confond l’avoir avec l’être, c’est-à-dire qu’il attribut à la chose une qualité essentielle qui le singulariserait en tant que possesseur. Il n’a pas ainsi à contrarier son désir en laissant la dite chose à un autre. D’une certaine manière, l’égoïsme exprime l’instinct de conservation. Mais un égoïste sait qu’il est égoïste, et de cette connaissance il peut s’efforcer de se changer. Aussi pourrait-il partager ses biens même si le cœur n’y est pas, car nous ne sommes pas égoïstes par quiddité, c’est-à-dire que l’égoïsme n’est pas inscrit dans nos fibres (bien que l’égoïsme soit un penchant naturel comme je viens de le dire), nous sommes égoïstes dans les actes, autrement-dit, nous avons la puissance de contrecarrer cette aspiration à la possession exclusive.

Un nombriliste n’est pas nécessairement égoïste, la possession exclusive des objets n’est pas sa priorité. Si l’égoïsme est un acte, le nombrilisme est un point de vue. Celui que l’on dit nombriliste n’aborde le monde que de son seul point de vue, en résumé, il ramène tout à lui. Point d’instinct de conservation ici, mais une flétrissure narcissique, c’est-à-dire le besoin de se rassurer quant à sa place dans le monde (les plus pinailleurs d’entres-vous y verrons la marque de l’instinct de survie). Aussi un nombriliste est enclin à la pitié, à la miséricorde et aux apitoiements, non pas avec raison, mais parce son empathie le pousse à voir sa propre faiblesse dans le malheur des autres. C’est lui-même qu’il plaint en s’imaginant dans la situation du malheureux.

Contrairement à l’égoïste, le nombriliste s’ignore, car à partir de l’instant où il est capable de considérer un autre point de vue que le sien, il ne se fait plus nombriliste. Mais si on peut aisément contrarier une pulsion égoïste, il est plus difficile de changer sa manière d’appréhender le monde, il en va de notre organisation mentale (…) »

Source : LE P’TIT COIN PHILO

___________________________________________________________________________________________________________________

Pensée du 23 octobre 19

« Ce qui caractérise chez les grands singes le langage et la technique, c’est leur apparition spontanée sous l’effet d’un stimulus extérieur et leur abandon non moins spontané ou leur défaut d’apparition si la situation matérielle qui les déclenche cesse ou ne se manifeste pas. La fabrication et l’usage du biface relèvent d’un mécanisme très différent, puisque les opérations de fabrication préexistent à l’occasion d’usage et puisque l’outil persiste en vue d’actions ultérieures. La différence entre le signal et le mot n’est pas d’un autre caractère, la permanence du concept est de nature différente mais comparable à celle de l’outil. »

Leroi-Gourhan, Le geste et la parole

_______________________________________________________________________________

Pensée du 22 octobre 19

« Supposons donc qu’au commencement l’âme est ce qu’on appelle une table rase, vide de tous caractères, sans aucune idée, quelle qu’elle soit. Comment vient-elle à recevoir des idées ? Par quel moyen en acquiert-elle cette prodigieuse quantité que l’imagination de l’homme, toujours agissante et sans bornes, lui présente avec une variété presque infinie ? D’où puise-t-elle tous ces matériaux qui sont comme le fond de tous ses raisonnements et de toutes ses connaissances ? A cela je réponds en un mot, de l’expérience : c’est là le fondement de toutes nos connaissances, et c’est de là qu’elles tirent leur première origine. Les observations que nous faisons sur les objets extérieurs et sensibles, ou sur les opérations intérieures de notre âme, que nous apercevons et sur lesquelles nous réfléchissons nous-mêmes, fournissent à notre esprit les matériaux de toutes ses pensées. Ce sont là les deux sources d’où découlent toutes les idées que nous avons, ou que nous pouvons avoir naturellement. »

John Locke, Essai

___________________________________________________________________________________

Pensée du 21 octobre 19

« Maintenant on pourra toujours nous objecter encore ceci: supposons que j’aie totalement perdu la mémoire de certaines parties de mon existence, ainsi que toute possibilité de les retrouver, en sorte que peut-être je n’en serai plus jamais conscient, ne suis-je pas cependant toujours la personne qui a commis ces actes, eu ces pensées dont une fois j’ai eu conscience, même si je les ai maintenant oubliées? A quoi je réponds que nous devons ici faire attention à quoi nous appliquons le mot « je ». Or dans ce cas il ne s’agit que de l’homme. Si l’on présume que le même homme est la même personne, on suppose aussi facilement que « je » représente aussi la même personne. Mais s’il est possible que le même homme ait différentes consciences sans rien qui leur soit commun à différents moments, on ne saurait douter que le même homme à différents moments ne fasse différentes personnes. Ce qui, nous le voyons bien, est le sentiment de toute l’humanité dans ses déclarations les plus solennelles, puisque les lois humaines ne punissent pas le fou pour les actes accomplis par l’homme dans son bon sens, ni l’homme dans son bon sens pour ce qu’à fait le fou, les considérant ainsi comme deux personnes distinctes. »

John Locke, Essai

______________________________________________________________________________________

Pensée du 20 octobre 19

« Il est sans doute très louable aux princes d’être fidèles à leurs engagements ; mais parmi ceux de notre temps qu’on a vu faire de grandes choses, il en est peu qui se soient piqués de cette fidélité, et qui se soient fait un scrupule de tromper ceux qui se reposaient en leur loyauté. Vous devez donc savoir qu’il y a deux manières de combattre, l’une avec des lois, l’autre avec la force. La première est propre aux hommes, l’autre nous est commune avec les bêtes ; mais lorsque les lois sont impuissantes, il faut bien recourir à la force ; un prince doit savoir combattre avec ces deux espèces d’armes […]. Or les animaux dont le prince doit savoir revêtir les formes sont le renard et le lion. Le premier se défend mal contre le loup, et l’autre donne facilement dans les pièges qu’on lui tend. Le prince apprendra du premier à être adroit, et de l’autre à être fort. Ceux qui dédaignent le rôle de renard n’entendent guère leur métier ; en d’autres termes un prince prudent ne peut ni ne doit tenir sa parole, que lorsqu’il le peut sans se faire tort, et que les circonstances dans lesquelles il a contracté un engagement subsistent encore. »

Machiavel, Le Prince

_____________________________________________________________________________

Pensée du 19 octobre 19

« L’être qui se regarde comme un objet se rejette dans l’univers pour devenir le spectateur de lui-même; mais alors il est déjà au-dessus de cet être qu’il regarde. L’être que je connais en moi n’est plus moi dès que je le connais: il est déjà un autre. Ainsi la conscience est un acte par lequel je deviens toujours supérieur à moi-même (…) Mais la conscience en ouvrant devant nous l’infini, nous montre la misère de toutes nos acquisitions. A quoi servirait la conscience, si elle enfermait le moi dans sa propre clôture? Mais, en la lui découvrant, elle l’invite sans cesse à la franchir. Et c’est parce qu’elle est désintéressée qu’elle nous délivre de notre attachement à nous-même et par conséquent de nos limites (…) La conscience nous relève de cet être individuel qui s’agite en chacun de nous, qui frémit, qui désire et qui souffre. Mais en prendre conscience c’est cesser de s’identifier avec lui. Le moi ne se réalise qu’en se tenant aussi éloigné que possible de cette idée même du Tout dont il n’est qu’une partie, mais avec laquelle il communique et où il puise un perpétuel enrichissement. Le mystère du moi, c’est de n’être que désir, de ne s’accomplir qu’en sortant de soi et, pour ainsi dire, d’être là où il n’est pas plus encore qu’où il est. Il n’a la certitude de se découvrir que quand il se délivre de soi ; et il n’y a point pour lui d’autre vie que de se quitter sans cesse et de se réfugier sans cesse dans un autre moi plus vaste qui est toujours au-delà de lui-même. »

Louis Lavelle

_________________________________________________________________________________

Pensée du 18 octobre 19

« L’intelligence universelle est la faculté intime la plus réelle et la plus propre, la partie la plus efficace de l’âme du monde. C’est la même intelligence qui remplit tout, illumine l’univers et dirige convenablement la nature et la production de ses espèces; elle est à la production des choses naturelles ce que notre esprit est à la production ordonnée des espèces rationnelle. Les Pythagoriciens l’appellent le Moteur et l’agitateur de l’univers… Les Platoniciens la nomment forgeron du monde. Ce forgeron, disent-ils, procède du monde supérieur, qui est tout unité, du monde sensible, qui est multiple et où règne, non seulement l’amitié, mais aussi la discorde, grâce à la séparation des parties. Cette intelligence, insérant et apportant du sien dans la matière, demeurant elle-même quiète et immobile, produit tout. Les Mages la disent très féconde en semences, ou plutôt, le semeur, parce que c’est lui qui imprègne la matière de toutes les formes et qui, suivant leur destination ou leur condition, les figure, les forme, les combine dans des plans si admirables qu’on ne les peut attribuer si au hasard, ni à aucun principe qui ne sait pas distinguer et ordonner. »

Bruno Giordano, Cause, principe et unité, Editions d’aujourd’hui, p.89-90.

___________________________________________________________________________

Pensée du 16 octobre 19

« En faisant du bonheur le but de la philosophie, je m’appuie sur une tradition fort ancienne et multiforme, et d’abord sur la tradition grecque. J’en extrairais volontiers la belle définition de la philosophie que donnait Épicure, et qui va à l’encontre de l’opinion reçue selon laquelle on ne pourrait définir ce qu’est la philosophie. « La philosophie,  disait Épicure, est une activité qui, par des discours et des raisonnements  nous procure la vie heureuse. » J’aime tout, dans cette définition. Que la philosophie y soit une activité, et pas seulement une théorie. Qu’elle procède par discours et raisonnements, et pas seulement par intuitions et visions. Qu’elle tende au bonheur ! Je donnerai pour ma part la même définition quant au fond, formulée dans un langage peut-être plus moderne : la philosophie est une activité discursive, qui a la vie pour objet, la raison pour moyen et le bonheur pour but. Je pense répondre ainsi aux deux questions : « Qu’est-ce que la philosophie et à quoi sert-elle ? » Car ces deux questions n’en font qu’une. Inutile de préciser que cette définition est mienne. Elle ne prétend pas valoir pour toutes les philosophies. Mais cela même est philosophique.»

ANDRE COMTE-SPONVILLE, “A quoi sert la philosophie ?”

_______________________________________________________________________________