Archive for the ‘SAGESSE’ Category

Pensée du 22 décembre 18

« Le développement comporte un déficit social. Moins le réseau social de l’individu est fort, plus il y a développement. Il ne faut pas confondre société et Etat. Ce déficit se traduit par la constitution de la société en contre-pouvoir. Or ce contre pouvoir social dans l’Etat moderne est problématique ; cela se traduit par la réduction à la sphère privée du religieux. L’Etat gère les individus et le contrat qui les lie les uns aux autres. La société gère les réseaux humains entre ses membres. La religion qui est la gestion par excellence du lien entre les humains est reléguée au domaine privé. Il ne faut donc pas s’étonner si le monde moderne est tout le temps traversé par des crises sociales d’une part, et d’autre part il porte la tare de l’insatisfaction permanente. Il offre à ses membres des richesses mais ces derniers n’ont pas le bonheur escompté. Cet échec peut être attribué au déficit social. Peut-on construire en Afrique un développement qui récupère l’excédent social ? C’est en conjuguant la richesse humaine qu’offre la force du lien social et la richesse matérielle qu’offre l’absence du lien social que l’on réalisera le développement vivable pour l’Africain car ce dernier résistera pour longtemps encore à sacrifier son héritage d’excédent social. »

Benjamin AKOTIA, « Pourquoi sommes-nous à développer ? »

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Pensée du 21 décembre 18

« Le développement semble une donnée naturelle ; on nous demande, à nous tous, de nous mettre dans la course au développement. Prenons le temps d’interroger le concept du développement. Même si nous n’avons pas le choix, donnons-nous au moins le luxe de comprendre ce que c’est. L’interrogation que je formule est la suivante : En quoi les autres sont-ils développés et pourquoi devons-nous l’être aussi ? N’y aurait-il pas une manière africaine de se développer ? Le développement sous sa forme actuelle est-elle une préoccupation de tous les hommes et de tous les peuples ? Il est intéressant d’interroger les traditions des peuples pour comprendre leur désir de développement. »

BENJAMIN AKOTIA, « Pourquoi sommes-nous à développer ? »

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Pensée du 20 décembre 18

»Bien des gens sont déjà conscients du fait qu’il existe une différence entre spiritualité et religion. Ils réalisent que le fait de disposer d’un système de croyances – un ensemble de pensées que vous considérez comme vérité absolue – ne fait pas de vous une personne spirituelle, quelque soit la nature de ces croyances. En fait, plus vous assimilez vos pensées (croyances) à votre identité, plus vous vous coupez de votre dimension spirituelle intérieure. Bien des gens ‘religieux’ restent bloqués à ce niveau. Comme ils assimilent la vérité à la pensée, une fois qu’ils sont complètement identifiés à leur pensée (leur mental), il prétendent être les seuls possesseurs de la vérité. Inconsciemment, il ne font que protéger leur identité et ne réalisent toujours pas les limites de la pensée. A moins de croire (de penser) comme eux, vous êtes selon eux dans l’erreur. Il n’y a pas si longtemps, ils vous auraient tué pour cela tout en se sentant tout à fait justifiés de le faire. C’est d’ailleurs ce que certains font encore de nos jours. »

Eckhart Tolle, Nouvelle Terre, Ariane, Outremont, 2005, p. 15.

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Pensée du 19 décembre 18

« Ce qu’on appelle faire l’amour, c’est le plus souvent une caricature du bonheur. Le bonheur est beaucoup plus grand, beaucoup plus profond, et beaucoup plus simple. Et parce qu’il est simple, il ne s’analyse, ni ne se décrit. On ne raconte pas le bonheur, mais il y a des moments où il fond sur nous, sans raison apparente, au plus fort d’une maladie, ou pendant une promenade  à travers des prés, ou dans une chambre obscure où l’on s’ennuie; on se sent tout à coup absurdement heureux, heureux à en mourir, c’est-à-dire si heureux qu’on voudrait mourir, afin de prolonger à l’infini cette minute extraordinaire. »

Julien GREEN, Journal

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Pensée du 18 décembre 18

 En science, les propositions doivent valoir objectivement, et leur logique doit suffire pour enrichir le savoir de celui qui n’a pas fait la découverte du résultat. Seul celui-ci compte, et ce n’est pas là du pragmatisme mal placé : il en va de l’objectivité scientifique. Ce dont les résultats peuvent résulter, et comment on les a obtenus, sont inessentiels par rapport à l’essentiel qui est l’objectivité ; que certains savants s’intéressent, d’autre part, au processus de recherche n’y change rien et dépend d’ailleurs en grande partie de l’importance des résultats obtenus en tant que résultats. »

Michel MEYER, Découverte et justification en science

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Pensée du 17 décembre 18

« Le travail du savant consiste à avancer des théories et à les soumettre à des tests. Le stade initial, cet acte de concevoir ou d’inventer une théorie, ne me semble pas requérir une analyse logique ni même être susceptible d’en être l’objet. La question de savoir comment une idée nouvelle peut naître dans l’esprit d’un homme – qu’il s’agisse d’un thème musical, d’un conflit dramatique ou d’une théorie scientifique – peut être d’un grand intérêt pour la psychologie empirique mais elle ne relève pas d’analyse logique de la connaissance scientifique. »

Karl Raimund POPPER, La logique de la découverte scientifique

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Pensée du 16 décembre 18

“Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres: ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas; il les touche et ne les sent point; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie. Au-dessus de ceux-la s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir.

Extrait de De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie, Chapitre VI (1840). _____________________________________________________________________

Pensée du 15 décembre 18

« Lorsque je songe aux petites passions des hommes de nos jours, à la mollesse de leurs mœurs, à l’étendue de leurs lumières, à la pureté de leur religion, à la douceur de leur morale, à leurs habitudes laborieuses et rangées, à la retenue qu’ils conservent presque tous dans le vice comme dans la vertu, je ne crains pas qu’ils rencontrent dans leurs chefs des tyrans, mais plutôt des tuteurs. Je pense donc que l’espèce d’oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l’a précédée dans le monde; nos contemporains ne sauraient en trouver l’image dans leurs souvenirs. Je cherche en vain moi-même une expression qui reproduise exactement l’idée que je m’en forme et la renferme; les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent point. La chose est nouvelle, il faut donc tacher de la définir, puisque je ne peux la nommer. »

Extrait de De la Démocratie en Amérique, vol II, Quatrième Partie, Chapitre VI (1840).

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Pensée du 14 décembre 18

« Je veux vous dire tout de suite quelle sorte de grandeur nous met en marche. Mais c’est vous dire quel est le courage que nous applaudissons et qui n’est pas le vôtre. Car c’est peu de chose que de savoir courir au feu quand on s’y prépare depuis toujours et quand la course vous est plus naturelle que la pensée. C’est beaucoup au contraire que d’avancer vers la torture et vers la mort quand on sait de science certaine que la haine et la violence sont choses vaines par elles-mêmes. C’est beaucoup que de se battre en méprisant la guerre, d’accepter de tout perdre en gardant le goût du bonheur, de courir à la destruction avec l’idée d’une civilisation supérieure. »

A. Camus, Lettres à un ami allemand

Pensée du 13 décembre 18

« La philosophie est une pensée ; cela se fait avec des mots et des raisonnements. La sagesse serait plutôt un certain type de silence. La philosophie est un travail ; la sagesse, un repos. Mais la philosophie, ses concepts et ses arguments, tendent vers la sagesse et la préparent, afin de faire advenir ce silence en soi. Et vous savez comme moi que se taire, y compris intérieurement, est une des choses les plus difficiles qui soient. Philosopher, c’est parler pour se taire ; le contraire donc du bavardage, qui consiste à parler pour parler. C’est pourquoi la philosophie est nécessaire, et c’est pourquoi elle ne suffit pas. Comment, en multipliant les mots, pourrait-on faire un silence ? Comment, à force de travail, pourrait-on obtenir un repos ? Il faut donc autre chose, non à la place de la philosophie, mais en elle ou à côté : c’est ce que j’appelle la spiritualité ou la méditation. »

André Comte-Sponville, « Spiritualité sans Dieu »

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