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Pensée du 08 juin 18

« L’homme qui vit selon ses passions ne peut guère écouter ni comprendre les raisonnements qui cherchent à l’en détourner. Comment serait-il possible de changer les dispositions d’un homme de cette sorte ? Somme toute, le sentiment ne cède pas, semble-t-il à la raison, mais à la contrainte. Il faut donc disposer d’abord d’un caractère propre en quelque sorte à la vertu, aimant ce qui est beau, haïssant ce qui est honteux ; aussi est-il difficile de recevoir, dès la jeunesse, une saine éducation incitant à la vertu, si l’on n’a pas été nourri sous de telles lois, car la foule, et principalement les jeunes gens, ne trouvent aucun agrément à vivre avec tempérance et fermeté. Aussi les lois doivent-elles fixer les règles de l’éducation et les occupations, qui seront plus facilement supportées en devenant habituelles. A coup sûr, il ne suffit pas que, pendant leur jeunesse, on dispense aux citoyens une éducation et des soins convenables ; il faut aussi que, parvenus à l’âge d’homme, ils pratiquent ce qu’on leur a enseigné et en tirent de bonnes habitudes. Tant à ce point de vue que pour la vie entière en général, nous avons besoin de lois. La foule en effet obéit à la nécessité plus qu’à la raison et aux châtiments plus qu’à l’honneur. »

ARISTOTE, La Politique

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Pensée du 19 novembre 09

« L’homme est inséparable des mots. Il est sans eux insaisissable. »

OCTAVIO PAZ, L’Arc et la Lyre

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GRILLE DE LECTURE

Octavio Paz nous livre dans ces quelques mots poétiques ce qu’est l’homme selon sa manière de voir les choses. Que serait l’homme sans les mots ? Telle est la question qui se dégage de cette pensée du jour. A la différence des animaux et autres êtres qui existent sur la terre, seul l’homme a ce privilège de posséder les mots. Les mots sont ce qui fait la spécificité de l’homme. L’homme se dit à travers les mots qu’il prononce. Il se laisse saisir pleinement dans les mots qui sont comme le corps de sa pensée. Les mots, à notre avis, sont le mode fondamental d’accomplissement de l’être-homme-au-monde. La perception de l’homme se fait de deux manières : l’une par la présence au monde, par son corps, l’autre par le langage qui trouve son lieu propre dans les mots. Sans les mots nous ne resterons que sur la première perception qui est la présence au monde. Cette saisie est cela qui est commun à tous les êtres qui existent ou qui sont au monde. Ce qui fait de l’homme qu’il est homme ce sont les mots à travers lesquels il s’exprime.

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Mervy Monsoleil AMADI, op

Lettre à un ami

Lettre à un ami à l’occasion de son anniversaire

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Lettre à un ami. Itinéraire philosophique, Marie-Dominique Philippe

Très cher Emmanuel, je voudrais en ce jour qui est pour toi un jour solennel, t’adresser une lettre d’ami. T’adresser une lettre d’ami c’est te parler en ami. Qu’est-ce en effet qu’être ami ? L’amitié en un premier sens est le propre des êtres fragiles qui dans leur fragilité ne peuvent pas se suffire à eux-mêmes. Par conséquent ils ont besoin d’un autre qu’eux-mêmes dont tout le rôle est de leur procurer ce qu’ils ne peuvent pas se procurer eux-mêmes.

L’amitié en ce sens n’a pour contenu qu’une vie de profit, de plaisir. Les relations amicales ne sont que celles d’affaires et de plaisir. Ce premier sens de l’amitié traduit en son fond le plus intime l’idée selon laquelle l’amitié serait liée aux biens extérieurs et matériels. L’amitié devient alors une relation teintée d’intérêt et de  profit. Le commun des mortels a coutume de dire qu’aux âmes bien nées point d’amitié. Les relations amicales seraient réservées seulement à ceux qui sont pauvres, à ceux qui sont en manque de quelque chose. Si l’amitié  n’a pour finalité qu’une vie intéressée, ne faudrait-il pas préférer la solitude à la relation ? Pourquoi alors être ami ?

L’expérience de la vie nous montre que la vie solitaire serait chose impossible. Je ne peux éthiquement exister que si peut exister un autre posé hors de moi. Cette idée fait appel à la relation à autrui. Etre une personne, c’est avoir une existence capable de se détacher d’elle-même, de se déposséder, de se décentrer pour devenir disponible à autrui. L’ascèse de la dépossession est l’ascèse de la vie personnelle ; ne libère les autres ou le monde que celui qui s’est d’abord libéré lui-même. C’est ainsi que nous devrions lutter contre l’égocentrisme, le narcissisme et l’individualisme. Qu’en est-il de l’égocentrique, de l’individualiste auxquels le commun de mortels ne cesse d’ identifier le philosophe ? Le philosophe est-il un homme solitaire ?

Je pense que la solitude du philosophe a une familiarité avec l’indépendance ; l’indépendance comme autonomie, comme liberté. L’indépendance apparaît comme une des premières exigences du bonheur. Elle ne l’est en effet que lorsque l’homme atteint à sa vie la plus haute, la vie de l’esprit. L’homme est ainsi indépendant quand il trouve en lui-même tout ce qui est nécessaire à son bonheur. Or, c’est un fait que la vie de l’esprit n’a qu’à peine besoin du secours des biens extérieurs, ou tout au moins qu’elle en a moins besoin que de l’exercice d’une vie spirituelle et vertueuse.

La solitude du philosophe n’est en effet qu’une des formes que confère à l’homme la vie de l’esprit. En un sens, la vie de l’esprit isole : elle rend inutiles à peu près toutes les relations légères qui d’ordinaire rapprochent les hommes. Une opinion répandue affirme que l’homme heureux n’a pas besoin d’amis, car comme disent les poètes « quand la chance nous sourit à quoi bon des amis ? ». Je pense que nous n’avons aucune peine à faire notre la part de vérité que contient cette opinion, et il est alors hors de doute que le « bienheureux » auquel nous pensons, c’est le philosophe ; c’est le philosophe en effet qui seul peut se passer de tout « ami » dont on attend que profit ou plaisir. Les relations d’affaires et de plaisir, ce sont les seules relations que connaissent la masse des hommes et ce sont elles, qu’elle (la masse des hommes) décore du nom d’amitié. Parce qu’il se passe de ces relations-là, le philosophe fait figure aux yeux de la masse, de sans amis, de solitaire.

Mais la vie de l’esprit ne l’isole que de la masse, elle ne le prive que de ces relations vulgaires qui ne méritent le non de vie commune que chez les êtres inférieurs. Vivre en commun, c’est pour le philosophe communier dans une même pensée, et cette communion de l’esprit, qui est  l’amitié vraie, seul la connait le philosophe. Seul, contrairement aux apparences, il échappe à la vraie solitude, celle qui se cache au sein de la foule. Pour le philosophe, l’amitié favorise la contemplation. L’amitié philosophique préside à l’ascension de l’homme vers les lieux supérieurs de l’âme. Si nous sommes ou que nous nous appelons amis, c’est pour la simple raison que nous habitons ensemble dans l’éthos, dans la demeure des dieux ; nous sommes amis du fait que nous appartenons à l’Etre et que nous séjournons dans sa  proximité.

Alors célébrer un anniversaire c’est aussi se rappeler les beaux moments que nous avons passés ensemble en amis dans la délectation de la pensée. Etre ami c’est penser à son ami. A la place de nos souhaits quotidiens du « joyeux anniversaire », je voudrais par la présente lettre resserrer nos liens amicaux par une autre voix que celle de l’ordinaire. Nous sommes amis et notre amitié doit nous aider à penser. Une nouvelle  page de  la vie t’est ouverte, rendons grâce à Dieu, car c’est Lui le Maître de la vie. La vie t’est donnée comme grâce, le seul hommage que tu peux rendre à Dieu c’est de toujours tenir ta promesse, notre promesse, c’est de lui rester attentif, c’est de lui dire merci parce qu’il ne cesse de nous donner la matière à penser.

Amitié distinguée

Fr. Mervy-Monsoleil, op.

Lettre à un ami. Itinéraire philosophique, Marie-Dominique Philippe

Pensée du jour du 17 septembre

« Le monde a commencé parce que Dieu a voulu la liberté. S’il n’avait pas voulu la liberté, il n’y aurait pas eu le processus du monde.»

Nicolas  BERDIAEFF, Le sens de l’histoire

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Pensée du jour du 07 septembre

T287678A.jtn SARTRE

« L’homme est une passion inutile »

SARTRE, L’Etre et le Néant

Pensée du jour du 06 septembre

« Quelle règle de vérité trouvera-t-on plus claire et plus certaine qu’une idée vraie ? De même que la lumière se montre soi-même et montre avec soi les ténèbres, ainsi la vérité est à elle-même son critérium et elle est aussi celui de l’erreur. »

SPINOZA, Ethique, II

Pensée du jour du 05 septembre

« La vérité n’existe que pour les âmes à la fois puissantes et désintéressées, joyeuses et apaisées… Ces âmes seront seules à même de la chercher. »

NIETZSCHE, AuroreT012229A.jsm NIETZSCHE