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Pensée du 15 octobre 10

« La vue d’une chose belle nous satisfait nécessairement, mais d’une nécessité qui est simplement nécessité d’elle-même, nécessité de soi par soi. »

Augustin KOUADIO DIBI, « La question du beau », Cours d’esthétique UCAO-UUA 2009.

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GRILLE DE LECTURE

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Avons-nous déjà écouté une musique sans texte, le doux chant d’un oiseau ? Cette espèce de beauté nous satisfait nécessairement. Les fleurs sont de l’ordre d’une libre beauté de la nature. Nous les apprécions esthétiquement et cette appréciation nous suffit. Nous ne leur trouvons aucune fin extérieure d’aucune sorte. La contemplation de cette espèce de beauté ne veut satisfaire à aucune fin extérieure à elle-même. Il est comme conforme à un dessein secret que la raison humaine se mette toujours à rechercher l’unité, l’harmonie, la régularité et l’ordre dans les rapports entre les choses. Mais elle n’explique pas toujours la volonté qui porte la beauté, elle y discerne tout au plus le but de la nature. L’intelligence découvre que les choses semblent avoir été faites belles par une volonté non objective. Mais à côté de la libre beauté, Kant discerne la beauté adhérante. C’est une beauté habillée d’affectivité. Cette beauté n’est pas pure, le jugement de goût n’y est pas pur. Elle est guidée par un critère empirique relevant de la communicabilité universelle de la sensation. La beauté de l’homme est une beauté adhérante, cette beauté corporelle repose sur un constat empirique fait de valeurs relatives. Une chose n’est belle, ou bien le beau n’est vraiment appelé beau que parce qu’il nous satisfait nécessairement et librement.

En effet, pour Dibi Koudio Augustin, « Dans l’art, la satisfaction est de l’ordre de la faveur. Tout se passe comme si quelque chose venait nous faire signe librement dans une jouissance gratuite. » C’est cette libre beauté qui suscite chez le sujet l’émotion esthétique accompagnée de cette exclamation libre, simple et gratuite, que c’est beau ! Le beau apparaît comme la nécessité d’elle-même, il est une « nécessité sans loi ». L’idée d’une nécessité sans loi surprend toujours la conscience comme entendement, habituée à des catégories rigides et fixes. La nécessité sans loi est celle qui n’obéit à aucune raison objective. La chose belle est une nécessité seulement soumise à soi. La seule loi qui gouverne le monde du beau est la norme du sens commun, de ce que Kant appelle le sain bon sens. Il s’agit du sens commun esthétique favorisé par l’harmonie des facultés (entendement, sensibilité, imagination) chez tout humain. Notre imagination nous fait aimer le beau de manière nécessaire mais sans aucune contrainte que celle du beau. L’émotion du beau surgit sans aucune extériorité contraignante, nous nous surprenons en présence de ce qui émerveille, de ce qui transporte et accomplit sa fin simplement en ce mouvement même.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 27 mai 10

« Dans l’art, la satisfaction est de l’ordre de la faveur. Tout se passe comme si quelque chose venait nous faire signe librement dans une jouissance gratuite. »

Augustin KOUADIO DIBI, « La question du beau », Cours d’esthétique UCAO-UUA 2009.

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GRILLE DE LECTURE

Le type de satisfaction propre au beau n’est pas une satisfaction pathologiquement conditionnée par des excitations, c’est une satisfaction sans intérêt. La satisfaction esthétique est de l’ordre de la faveur (Die Gunst). Selon Emmanuel Kant, le beau ne peut se contempler que par une faveur de la nature (Eine Gunst der Natur). Cette faveur désigne ce qui est une offre gratuite, ce qui est sans moi, avant et après moi. C’est librement et gratuitement que quelque chose vient nous faire signe et nous offrir la jouissance du beau, une jouissance non matérielle. Kant affirme que le beau procure une satisfaction désintéressée. Cette affirmation indique la nature du lien que l’homme entretient avec la chose belle. Certes, est beau pour quelqu’un ce qui lui plaît, ce qui fait plaisir. Mais ici, il s’agit d’un plaisir esthétique ne renvoyant à aucune consommation ni désir. L’intérêt compris dans l’art ne vise pas l’agréable, l’intérêt esthétique ne vise pas le désir même de l’objet. Le propos d’Angelus Silesius que cite Augustin Koudio DIBI trouve ici pleinement sa place : « La rose est sans pourquoi, elle fleurit pour fleurir. » La rose semble ne rien signifier en elle-même. Elle ne dépend d’aucun concept déterminé, elle n’est le produit d’aucun discours, elle vient d’une faveur de la nature, dans une donation sans fin.

Au vrai, la rose fleurit et réalise son essence seulement en s’offrant, en fleurissant là, dans l’effectivité, pour s’offrir à notre vue. La fleur que nous trouvons belle procure une satisfaction qui n’est liée à aucun intérêt. Kant parle pour cela d’une satisfaction libre et désintéressée. C’est en ce sens que la satisfaction que le beau procure au goût se distingue de l’agréable (Das Angenehme). L’agréable est ce qui plaît au sens dans la sensation. Déclarer agréable l’objet d’art, c’est déjà exprimer un intérêt empirique pour cet objet. Il ne s’agit pas là d’un simple jugement esthétique, mais d’une affection pathologique de mon état qui rend ma contemplation intéressée, et qui, par la même occasion, vient nier la faveur du beau, le clin d’œil que l’esprit fait à lui-même. Le beau est sans pourquoi, il n’est pas le signe de lui-même, il est le signe de l’esprit. Le beau refuse d’être phagocyté par le regard objectivant, parce qu’il héberge une grâce. La nature objective, sensible, semble conditionner le beau, mais au fond, il n’est déterminé que par l’esprit. Face à l’objet d’art, il convient de laisser l’épanchement libre de la grâce du beau aller à son terme, de laisser l’esprit transfigurer le réel pour l’élever à son niveau. Dans l’art quelque chose fait un signe gratuit qui répugne à la jouissance, à la dépossession de sa faveur, à l’objectivation du regard, à la boulimie du désir. Quand l’esthétique et l’éthique se rencontrent…

Emmanuel AVONYO, op

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>>> Pensée du 28 février 10

Pensée du 26 avril 10

« A l’extérieur s’offrent à ma vue des fleurs, des figures, une multitude de couleurs, des paysages verdoyants. Je les contemple. A l’intime de moi-même, saisi par une émotion, je me surprends à murmurer d’un murmure simple : que c’est beau ! »

Augustin KOUADIO DIBI, « La question du beau », Cours d’esthétique UCAO-UUA 2009.

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GRILLE DE LECTURE

La question « qu’est-ce que le beau ? » est suscitée par deux principaux ordres de raisons : le premier est une exigence philosophique et le second, la traduction en des termes questionnants de l’émotion esthétique qui étreint tout homme à la vue du beau. Depuis Platon, philosopher exige de fonder en raison ce que l’on dit. Ainsi, afin de marcher avec assurance et pour ne pas ressembler à des voyageurs obscurs sur une terre étrange, Dibi Kouadio Augustin trouve nécessaire de se poser une question de principe : qu’est-ce que le beau ? La question du beau est à situer au fondement de celle de l’esthétique. André Lalande définit l’esthétique comme la « science ayant pour objet le jugement d’appréciation en tant qu’il s’applique à la distinction du beau et du laid. » Cette définition appelle à accorder son attention aux termes « appréciation » et « beau ». L’appréciation est, selon Dibi Kouadio Augustin, une opération de l’esprit relative non à l’existence d’un objet comme tel mais à sa valeur. Cela revient à porter un jugement sur le degré de perfection d’un objet du point de vue du vrai, du juste et du beau. La science de l’esthétique est donc le savoir spéculatif qui distingue le beau et le laid.

La question du beau, impliquée par l’exclamation émue « que c’est beau ! » devant toute œuvre de beauté, a reçu un traitement pensant chez plusieurs philosophes. C’est le cas chez Kant qui pense que le beau procure « une satisfaction libre et désintéressée». C’est bien ce que traduit la simplicité du murmure exclamatif. Le simple, c’est ce qui n’est affecté de rien, ce qui librement surgit, ce dont l’essence est spontanéité pure, sans une contrainte autre que celle de sa propre nécessité. Comme le simple, le beau est sa propre nécessité. Devant le beau, notre esprit est comme rempli par quelque chose qu’il ne peut qu’accueillir. En effet, « le beau relève de lui-même, pur et sans tâche, s’imposant à nous, dans une contrainte qui est liberté et désintéressement », affirme Dibi. Selon les catégories de Kant, du point de vue de la « qualité », le beau est présenté comme « la satisfaction sans intérêt » ; selon la « quantité », c’est ce qui plaît universellement sans concept ; d’après la « relation », le beau est une finalité sans fin ; du point de vue de la « modalité », le beau est une nécessité sans loi ».

Emmanuel AVONYO, op