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Pensée du 24 février 10

« L’humanité, c’est la personnalité de la personne, comme l’objectivité est la choséité de la chose. »

Paul Ricœur, Philosophie de la volonté, II.

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GRILLE DE LECTURE

D’après Paul Ricœur, l’humanité n’est pas le collectif des hommes, mais la qualité humaine de l’homme. L’humanité n’est pas l’énumération exhaustive des individus humains, mais la signification compréhensive (globale) de l’humain susceptible de guider une énumération des humains. L’humanité est la façon de traiter l’humanité en sa personne comme dans la personne de tout autre, ou mieux, la façon de traiter l’humanité dans la personne de l’autre comme en sa propre personne. Cette conception de l’humanité qui rappelle la morale de Kant détermine le sens de cette pensée. De même que la choséité d’une chose (ce qui fait qu’une chose est chose) se trouve dans sa représentation comme objet, la « personnalité de la personne » est la représentation de l’idéal de la personne comme humain, comme objet éthique.

Cette représentation se fait dans une autre personne, mon vis-à-vis, considérée éthiquement comme objet. C’est cette représentation de l’humain en la personne de l’autre qui fait l’humanité. L’humanité ne consiste en rien d’autre qu’en la considération de la personnalité de la personne. Car, la personnalité de la personne est la représentation de l’idéal de l’humain. Chez Ricœur, la personne est une synthèse projetée, c’est-à-dire qu’elle se saisit elle-même dans la représentation d’un idéal de la personne. Une personne n’acquiert sa personnalité humaine que dans la présentation de l’idéal de l’humain en l’autre. L’humanité se précise comme un acte de reconnaissance dans la mutualité de l’être à deux.

La synthèse que constitue l’être-homme n’est pas donnée à elle-même dans l’immédiateté de soi à soi. Le Soi n’est pas conscience de Soi pour soi. La personne est plutôt visée que vécue, l’expérience de la personne procède d’une conscience de soi médiatisée. L’humanité étant définie comme issue d’une synthèse projetée, comme l’aboutissement d’une médiation, il faut noter qu’elle est le mode d’être sur lequel doit se régler toute apparition empirique (concrète, visible, matérielle) de ce que nous appelons être humain. N’est humain que celui qui se plie à la considération de toute apparition empirique de l’homme comme valeur supérieure. Se dire homme, c’est constituer l’autre comme humain, comme réunissant les critères d’humanité. L’humanité n’est pas le collectif des hommes, mais elle est une entreprise de re-connaissance collective des humains.

Emmanuel AVONYO, op

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