« L’humanité, c’est la personnalité de la personne, comme l’objectivité est la choséité de la chose. »
Paul Ricœur, Philosophie de la volonté, II.
______________________________________________________________
GRILLE DE LECTURE
D’après Paul Ricœur, l’humanité n’est pas le collectif des hommes, mais la qualité humaine de l’homme. L’humanité n’est pas l’énumération exhaustive des individus humains, mais la signification compréhensive (globale) de l’humain susceptible de guider une énumération des humains. L’humanité est la façon de traiter l’humanité en sa personne comme dans la personne de tout autre, ou mieux, la façon de traiter l’humanité dans la personne de l’autre comme en sa propre personne. Cette conception de l’humanité qui rappelle la morale de Kant détermine le sens de cette pensée. De même que la choséité d’une chose (ce qui fait qu’une chose est chose) se trouve dans sa représentation comme objet, la « personnalité de la personne » est la représentation de l’idéal de la personne comme humain, comme objet éthique.
Cette représentation se fait dans une autre personne, mon vis-à-vis, considérée éthiquement comme objet. C’est cette représentation de l’humain en la personne de l’autre qui fait l’humanité. L’humanité ne consiste en rien d’autre qu’en la considération de la personnalité de la personne. Car, la personnalité de la personne est la représentation de l’idéal de l’humain. Chez Ricœur, la personne est une synthèse projetée, c’est-à-dire qu’elle se saisit elle-même dans la représentation d’un idéal de la personne. Une personne n’acquiert sa personnalité humaine que dans la présentation de l’idéal de l’humain en l’autre. L’humanité se précise comme un acte de reconnaissance dans la mutualité de l’être à deux.
La synthèse que constitue l’être-homme n’est pas donnée à elle-même dans l’immédiateté de soi à soi. Le Soi n’est pas conscience de Soi pour soi. La personne est plutôt visée que vécue, l’expérience de la personne procède d’une conscience de soi médiatisée. L’humanité étant définie comme issue d’une synthèse projetée, comme l’aboutissement d’une médiation, il faut noter qu’elle est le mode d’être sur lequel doit se régler toute apparition empirique (concrète, visible, matérielle) de ce que nous appelons être humain. N’est humain que celui qui se plie à la considération de toute apparition empirique de l’homme comme valeur supérieure. Se dire homme, c’est constituer l’autre comme humain, comme réunissant les critères d’humanité. L’humanité n’est pas le collectif des hommes, mais elle est une entreprise de re-connaissance collective des humains.
Emmanuel AVONYO, op
Posted by guy kark on février 24, 2010 at 9:44 am
Pour un Grec l’humanité ne peut se penser que comme intermédiaire entre l’animalité et la divinité, ce qui donne la mesure et la place de l’humain. Vivre selon la Nature ne signifie pas une régression vers l’instinct, mais un positionnement de l’humain entre l’immédiateté instinctive et la considération réflexive du Tout. En quoi l’humanité ne va pas sans un « tonos », une tension vers l’excellence. Dans cet effort nous rencontrons l’autre comme partenaire, ce qui signifie que la philo-sophie est une « philia », une amitié partagée dans l’amour de la vérité. Guy Karl
Posted by L'Academie de Philosophie on février 24, 2010 at 12:12 pm
Merci Guy,
Je le pense fermement, comme vous ; l’humain est une médiété au sens d’intermédiaire entre réflexion et instinct, il est le refus des extrémismes angéliques et animaliers. Le juste milieu humain s’affirme par l’intelligence, ce qui nous rend dignes et proches des dieux, et par notre corps humain dont les prétentions outrancières nous rappellent souvent ce que nous avons en commun avec les animaux. En fait, l’humain n’est ni ange ni bête, il n’est ange qu’au risque assumé de s’abêtir, et il n’est pris pour une bête que lorsqu’il donne l’air d’être le plus affranchi des hommes. L’homme n’est pas un dieu, il n’est pas assimilable non plus à la spontanéité immédiate d’une plante ou d’un animal. L’homme est seulement humain. La méditation continue sur le statut de l’homme.
Emmanuel AVONYO
Posted by guy karl on février 25, 2010 at 10:15 am
Sôma : le corps
Psychè : la vie psychique,émotions, passions sentiments
Noûs : l’intellect, la faculté contemplative, la Theoria
Ce schéma tripartite me semble essentiel en ce qu’il nous situe correctement, évolutivement dans le cosmos infini, entre ciel et terre.
Pensée chinoise : l’homme est cette verticalité, cette « droiture » nécessaire et construite, et voulue entre les extrèmes qui nous conditionnent.
C’est ce qui manque à notre époque de veulerie généralisée.GK
Posted by L'Academie de Philosophie on février 25, 2010 at 12:12 pm
Merci,
Pour l’élan philosophique. La philosophie peut bien être ce dispensaire où notre époque se rééduque au sens de l’humain, à la construction de cette verticalité droite entre les extrêmes qui nous constituent.
Posted by guy karl on février 27, 2010 at 9:35 am
Un dispensaire est fait pour dispenser – et penser –
ce qui peut se comprendre comme acte de médiation symbolique : séparer ce qui doit l’être et relier ce qui doit l’être. Le sym-bolon est l’oeuvre d’un Logos qui assume et la corporéité et le psychique et l’intellect, à la fois dans la verticalité ( la dimension cosmique) et dans l’horizontalité (la dimension relationelle : autrui, le socius et l’universalité); vaste programme, qui définit l’esprit de la sagesse. GK
Posted by L'Academie de Philosophie on février 27, 2010 at 7:26 pm
Merci Guy pour la prise de hauteur dans le discours. Finalement, il faut un socius pour apprendre à s’élever au-dessus des nécessités vitales et de l’immédiateté matérielle. Penser avec les autres, c’est se panser deux fois, et qui sait, définitivement.