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Pensée du 05 novembre

« Les philosophes n’ont pas d’importance si ce n’est pour cela qu’il nous permettent de penser. Je laisse l’histoire aux historiens, la philosophie me suffit. »

André COMTE-SPONVILLE, Une éducation philosophique

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GRILLE DE LECTURE

L’humanité semble avoir dédié son existence à la science. Grâce à l’extraordinaire épanouissement des sciences, l’être humain peut vivre en toute quiétude. Nul ne peut désormais douter de la prétention de la science à faire de l’homme, le ‘‘maître et possesseur de la nature’’[1]. Car avec la science, l’homme peut désormais au moyen de la technique faire reculer le baiser glacial de la mort, de la faim et de la maladie.

Aujourd’hui plus que jamais, s’actualise la fameuse prophétie de Stamley qui lors d’un colloque international en 1955 observa : « l’heure est proche où la vie se trouvera placée entre les mains des chimistes  qui feront, déferont ou modifieront à leur gré la substance vivante »[2]. La science aujourd’hui semble être le nouveau ‘‘bréviaire’’ des hommes de notre époque qui peu à peu, s’affaissent dans la boue sordide de la consommation. Il n’est donc pas faux de dire avec Heidegger que « l’homme est aujourd’hui menacé dans son être le plus intime. Un déracinement qui procède de l’esprit de l’époque en laquelle notre naissance nous a fixés »[3].

Dans cette situation, une question se pose à l’homme ordinaire qui dans la jouissance immédiate des prouesses scientifiques rencontre le regard du philosophe : quel peut bien être le rôle du philosophe aujourd’hui ? Telle que posée, cette question recoupe d’une manière globale la problématique de savoir l’actualité de la philosophie dans cette société où l’actualité est occupée par les avancées de la science et de la technologie[4]. La philosophie a-t-elle encore aujourd’hui une utilité ? Telle nous semble le sens à donner à la question initiale.

En réponse à cette question, il importe de comprendre que la philosophie ne sert à rien parce qu’elle n’est la servante d’aucun maître. C’est donc à juste titre qu’il est arrivé à Heidegger de dire que : « tout questionner essentiel de la philosophie demeure nécessairement inactuel (unzeitgemaäss), car la philosophie reste un savoir qui non seulement ne se laisse pas rendre actuel (Zeitgemäss) mais dont il faut bien plutôt dire »[5]. L’inutilité de la philosophie que nous venons de mettre en évidence vise à signifier que l’esprit de la philosophie est par conséquent différent de l’esprit de la démarche quotidienne et de l’esprit du commun savoir. Dès lors, l’esprit philosophique se présente comme refus de la spécialisation. Par ailleurs, la philosophie ne saurait être surannée dans la mesure où tout développement est avènement de nouvelles inquiétudes que le philosophe est amené à dissiper sous la houlette de la pensée.

Le philosophe n’est certainement pas un spécialiste, il est bien au contraire celui dont la tâche consiste à permettre aux hommes de penser. La pensée étant le dialogue de l’âme avec elle même, elle nous donne de savoir apprécier d’une part les prouesses de la science tout en nous aidant, d’autre part, à comprendre ces prouesses comme une agression contre la vie et contre l’être même de l’homme. Et qu’au regard de ce fait, l’explosion d’une bombe à hydrogène ne signifierait pas grande chose[6]. Voici la tâche qui sied à Sponville et dont il s’honore d’être l’heureux disciple laissant les autres sciences telle que l’histoire à d’autres personnes.

498752_96[1]Klaourou Elvis Aubin

e.klaourou@yahoo.fr

Pensée du 04 novembre

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE


[1] René DESCARTES, Discours de la méthode, Paris, Librairie Larousse, 1969, p. 97.

[2] Martin Heidegger, Questions III et IV, Paris, ed. Gallimard, p. 143.

[3] Ibidem, p. 139.

[4] Boa Thiémèlé, Recherches philosophiques,

[5] Martin HEIDEGGER, Introduction à la philosophie, trad. , Paris, Gallimard, 1, p. 20.

[6] Questions III et IV, Paris, p. 143.