« Les symboles ne signifient pas à la manière des concepts, mais ils obéissent aux lois de l’image et de l’affect. Ils n’expriment pas une signification univoque.»
Julien NAUD, « Symbolisme ».
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GRILLE DE LECTURE
La signification véhiculée dans un symbole se situe au niveau préconceptuel, dans la pénombre de la sensibilité et de l’affectivité. Qu’ils soient un texte, un objet, une représentation, un signe, les symboles évoquent des images, dont chacune d’elle suggère quelque chose de particulier. Comme l’image, le symbole touche d’abord l’affectivité. Le symbole est à un niveau primaire de signification, alors que le concept réflexif occupe le niveau tertiaire, où il est dépouillé de son épaisseur de sens. Le symbole n’est pas univoque, il a une plus grande épaisseur sémantique, non seulement parce qu’il appartient souvent (relié) à une constellation de symboles, mais aussi parce que la signification préconceptuelle présente dans le symbole révèle l’ensemble du sujet humain, c’est-à-dire que les symboles reflètent la condition existentielle du sujet multidimentionnel auquel ils se rapportent. La signification symbolique n’est pas univoque parce que l’homme se situe toujours par rapport à lui-même, aux autres et à un environnement cosmique. Le sujet humain vit ses choix fondamentaux dans la joie ou la tristesse, dans la paix ou dans la lutte, dans l’admiration ou dans le désespoir. Bref, tout symbole qui se rapporte à l’homme, s’immerge dans un mélange de sentiments, qui se renforcent ou qui se contredisent l’un et l’autre. Pour Julien NAUD, tout symbole possède un surplus de sens, dans la mesure où il évoque l’ouverture du sujet à la totalité de son monde.
Pour tout dire, le symbole ne se limite pas à son sens littéral, il converge toujours vers l’expression absolue des options les plus essentielles de l’homme. Le symbole cherche une correspondance avec l’absolu auquel est ouvert le sujet humain ; il en est pour ainsi dire, la résonance dans sa sensibilité et son affectivité. Les lois de l’image et de l’affect sont celles sous lesquelles un symbole se donne généralement. Chaque symbole renvoie à un ensemble d’images qui le signifient, et ces images provoquent les affects de toutes sortes que nous venons d’énumérer (joie, espoir, déception, jalousie…) Au cœur de l’affectivité humaine, un surplus de sens vient faire signe ; l’absolu y ébauche un sens. Le symbole ne signifie pas à la manière des concepts. On croit souvent à tort que le concept est plus riche que le symbole. Selon Julien NAUD, plus que le concept, le symbole est apte à faire ressentir les infinies nuances qui structurent la façon dont l’homme se situe dans la totalité de l’univers. Cette aptitude du symbole s’explique par le fait qu’il s’enracine dans une tradition d’interprétation déterminée par une intuition métaphysique, une distance temporelle et un espace culturel qui connaissent des modulations historiques. Pendant des siècles, un peuple a déposé dans un symbole la richesse et la diversité de son expérience. Le monde du texte cherche souvent à rendre compte de cette richesse de l’univers symbolique pour le sujet qui vient à la compréhension.
Emmanuel AVONYO, op
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