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Pensée du 12 novembre 10

 « Le trait le plus général de l’expression symbolique, c’est la rencontre, en elle, de la représentation et du dynamisme.

Julien NAUD, « Symbolisme ».

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GRILLE DE LECTURE

Le symbole apparaît dans plusieurs champs de l’activité humaine, il surgit tout naturellement dans les sphères psychique, poétique et religieuse et véhicule une signification qu’on peut situer au niveau préconceptuel, antérieur au discours langagier. Il ne signifie pas à la manière conceptuelle. Dans la pureté de sa donation originelle, le symbole n’est pas spéculatif, il n’est pas encore réflexivement médiatisé, cependant, il condense une double orientation que Julien NAUD désigne par la rencontre de la représentation et du dynamisme. Il part de la considération que le symbole se découvre dans la pénombre de la sensibilité et de l’affectivité. Là on est en présence d’un symbole brut antérieur au discours. Prendre l’affectivité humaine comme point de départ du processus symbolique permet de comprendre que du point de vue de la représentation, le symbole se présente comme une image chargée d’affects dynamiques (l’angoisse, la peur, l’émotion…) Cette image est ici la représentation d’une chose perçue ou inventée par le sujet (ex. une licorne, une baleine, un monstre…) Dans la représentation, des affects sont liés aux images évoqués par le symbole, leur poids, leur qualité et leur diversité. La vie humaine qui est remplie de symboles retrouve du coup son épaisseur à cause de la charge affective des images. Ces images semblent indiquer des ouvertures ou des blocages. Le psychothérapeute, le psychanalyste s’occupent souvent du décodage de l’épaisseur de la vie que certaines images voilent.

Toutefois, la limite de l’entreprise de décodage se situe dans le dynamisme du symbole. En effet, dans la représentation symbolique, les images et les affects ne sont pas fixés une fois pour toutes chez un individu. Comme les individus, les groupes peuvent se développer ou régresser en connaissant une modification de leurs affects. C’est ainsi que Carl G. Jung évalue le progrès psychique humain dans un processus d’individuation. On se rappelle les développements de Paul Ricœur sur le dynamisme du symbole du mal dans sa Symbolique du mal. Il montrait que dans la tradition juive, les symboles du mal, nous dirons ici les images et les affects qui entourent le symbole du mal, se sont transformés, en passant successivement de la souillure accompagnée de la terreur à la culpabilité assortie du remords de conscience. Il s’agit dans l’exemple qui précède d’une transformation progressive. En sens inverse, Nietzsche considère comme une régression le fait que la figure du Dionysos, centrale dans la Grèce qui a donné les tragédies d’Eschyle et de Sophocle, soit remplacée par la figure du socratisme dans les œuvres d’Euripide. Dans la conscience collective ou individuelle, les symboles conjoignent représentation et dynamisme.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 11 octobre 10

« Les symboles ne signifient pas à la manière des concepts, mais ils obéissent aux lois de l’image et de l’affect. Ils n’expriment pas une signification univoque.»

Julien NAUD, « Symbolisme ».

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GRILLE DE LECTURE

La signification véhiculée dans un symbole se situe au niveau préconceptuel, dans la pénombre de la sensibilité et de l’affectivité. Qu’ils soient un texte, un objet, une représentation, un signe, les symboles évoquent des images, dont chacune d’elle suggère quelque chose de particulier. Comme l’image, le symbole touche d’abord l’affectivité. Le symbole est à un niveau primaire de signification, alors que le concept réflexif occupe le niveau tertiaire, où il est dépouillé de son épaisseur de sens. Le symbole n’est pas univoque, il a une plus grande épaisseur sémantique, non seulement parce qu’il appartient souvent (relié) à une constellation de symboles, mais aussi parce que la signification préconceptuelle présente dans le symbole révèle l’ensemble du sujet humain, c’est-à-dire que les symboles reflètent la condition existentielle du sujet multidimentionnel auquel ils se rapportent. La signification symbolique n’est pas univoque parce que l’homme se situe toujours par rapport à lui-même, aux autres et à un environnement cosmique. Le sujet humain vit ses choix fondamentaux dans la joie ou la tristesse, dans la paix ou dans la lutte, dans l’admiration ou dans le désespoir. Bref, tout symbole qui se rapporte à l’homme, s’immerge dans un mélange de sentiments, qui se renforcent ou qui se contredisent l’un et l’autre. Pour Julien NAUD, tout symbole possède un surplus de sens, dans la mesure où il évoque l’ouverture du sujet à la totalité de son monde.

Pour tout dire, le symbole ne se limite pas à son sens littéral, il converge toujours vers l’expression absolue des options les plus essentielles de l’homme. Le symbole cherche une correspondance avec l’absolu auquel est ouvert le sujet humain ; il en est pour ainsi dire, la résonance dans sa sensibilité et son affectivité. Les lois de l’image et de l’affect sont celles sous lesquelles un symbole se donne généralement. Chaque symbole renvoie à un ensemble d’images qui le signifient, et ces images provoquent les affects de toutes sortes que nous venons d’énumérer (joie, espoir, déception, jalousie…) Au cœur de l’affectivité humaine, un surplus de sens vient faire signe ; l’absolu y ébauche un sens. Le symbole ne signifie pas à la manière des concepts. On croit souvent à tort que le concept est plus riche que le symbole. Selon Julien NAUD, plus que le concept, le symbole est apte à faire ressentir les infinies nuances qui structurent la façon dont l’homme se situe dans la totalité de l’univers. Cette aptitude du symbole s’explique par le fait qu’il s’enracine dans une tradition d’interprétation déterminée par une intuition métaphysique, une distance temporelle et un espace culturel qui connaissent des modulations historiques. Pendant des siècles, un peuple a déposé dans un symbole la richesse et la diversité de son expérience. Le monde du texte cherche souvent à rendre compte de cette richesse de l’univers symbolique pour le sujet qui vient à la compréhension.

Emmanuel AVONYO, op