« Le trait le plus général de l’expression symbolique, c’est la rencontre, en elle, de la représentation et du dynamisme.
Julien NAUD, « Symbolisme ».
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GRILLE DE LECTURE
Le symbole apparaît dans plusieurs champs de l’activité humaine, il surgit tout naturellement dans les sphères psychique, poétique et religieuse et véhicule une signification qu’on peut situer au niveau préconceptuel, antérieur au discours langagier. Il ne signifie pas à la manière conceptuelle. Dans la pureté de sa donation originelle, le symbole n’est pas spéculatif, il n’est pas encore réflexivement médiatisé, cependant, il condense une double orientation que Julien NAUD désigne par la rencontre de la représentation et du dynamisme. Il part de la considération que le symbole se découvre dans la pénombre de la sensibilité et de l’affectivité. Là on est en présence d’un symbole brut antérieur au discours. Prendre l’affectivité humaine comme point de départ du processus symbolique permet de comprendre que du point de vue de la représentation, le symbole se présente comme une image chargée d’affects dynamiques (l’angoisse, la peur, l’émotion…) Cette image est ici la représentation d’une chose perçue ou inventée par le sujet (ex. une licorne, une baleine, un monstre…) Dans la représentation, des affects sont liés aux images évoqués par le symbole, leur poids, leur qualité et leur diversité. La vie humaine qui est remplie de symboles retrouve du coup son épaisseur à cause de la charge affective des images. Ces images semblent indiquer des ouvertures ou des blocages. Le psychothérapeute, le psychanalyste s’occupent souvent du décodage de l’épaisseur de la vie que certaines images voilent.
Toutefois, la limite de l’entreprise de décodage se situe dans le dynamisme du symbole. En effet, dans la représentation symbolique, les images et les affects ne sont pas fixés une fois pour toutes chez un individu. Comme les individus, les groupes peuvent se développer ou régresser en connaissant une modification de leurs affects. C’est ainsi que Carl G. Jung évalue le progrès psychique humain dans un processus d’individuation. On se rappelle les développements de Paul Ricœur sur le dynamisme du symbole du mal dans sa Symbolique du mal. Il montrait que dans la tradition juive, les symboles du mal, nous dirons ici les images et les affects qui entourent le symbole du mal, se sont transformés, en passant successivement de la souillure accompagnée de la terreur à la culpabilité assortie du remords de conscience. Il s’agit dans l’exemple qui précède d’une transformation progressive. En sens inverse, Nietzsche considère comme une régression le fait que la figure du Dionysos, centrale dans la Grèce qui a donné les tragédies d’Eschyle et de Sophocle, soit remplacée par la figure du socratisme dans les œuvres d’Euripide. Dans la conscience collective ou individuelle, les symboles conjoignent représentation et dynamisme.
Emmanuel AVONYO, op
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