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Pensée du 18 novembre 18

(…) C’est l’art qui crée ce grand Léviathan qu’on appelle RÉPUBLIQUE OU ÉTAT (Civitas en latin), lequel n’est qu’un homme artificiel quoique d’une stature et d’une force plus grandes que celles de l’homme naturel, pour la défense et protection duquel il a été conçu ; en lui la souveraineté est une âme artificielle, puisqu’elle donne la vie et le mouvement à l’ensemble du corps ; les magistrats et les autres fonctionnaires préposés aux tâches judiciaires et exécutives sont les articulations artificielles ; la récompense ou le châtiment qui, attachés au siège de la souveraineté, meuvent chaque articulation et chaque membre en vue de l’accomplissement de sa tâche, sont les nerfs, car ceux-ci jouent le même rôle dans le corps naturel ; la prospérité et la richesse de tous les membres particuliers sont la force; la sauvegarde du peuple (salus populi) est son occupation ; les conseillers qui proposent à son attention toutes les choses qu’il lui faut connaître sont sa mémoire ; l’équité et les lois lui sont une raison et une volonté artificielles ; la concorde est sa santé, les troubles civils sa maladie, et la guerre civile, sa mort. Enfin les pactes et conventions par lesquels les parties de ce corps politique ont été à l’origine produites, assemblées et unifiées rassemblent au « Fiat » – ou au « Faisons l’homme » que prononça Dieu lors de la création. »

Thomas Hobbes, Leviathan

Pensée du 17 novembre 18

« La nature, cet art par lequel Dieu a produit le monde et le gouverne, est imitée par l’art de l’homme, en ceci comme en beaucoup d’autres choses, qu’un tel art peut produire un animal artificiel. En effet, étant donné que la vie n’est qu’un mouvement des membres, dont le commencement se trouve en quelque partie principale située au dedans, pourquoi ne dirait-on pas que tous les automates (c’est-à-dire les engins qui se meuvent eux-mêmes, comme le fait une montre, par des ressorts et des roues), possèdent une vie artificielle ? Car qu’est-ce que le cœur, sinon un ressort, les nerfs, sinon autant de cordons, les articulations, sinon autant de roues, le tout donnant le mouvement à l’ensemble du corps conformément à l’intention de l’artisan ? Mais l’art va encore plus loin, en imitant cet ouvrage raisonnable, et le plus excellent de la nature : l’homme. Car c’est l’art qui crée ce grand Léviathan qu’on appelle RÉPUBLIQUE OU ÉTAT (Civitas en latin), lequel n’est qu’un homme artificiel quoique d’une stature et d’une force plus grandes que celles de l’homme naturel, pour la défense et protection duquel il a été conçu (…) »

Thomas Hobbes, Leviathan

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Pensée du 16 novembre 18

« Toutes les conséquences d’un temps de guerre où chacun est l’ennemi de chacun, se retrouvent aussi en un temps où les hommes vivent sans autre sécurité que celle dont les munissent leur propre force ou leur propre ingéniosité. Dans un tel état, il n’y a pas de place pour une activité industrieuse, parce que le fruit n’en est pas assuré : et conséquemment il ne se trouve ni agriculture, ni navigation, ni usage des richesses qui peuvent être importées par la mer ; pas de constructions commodes ; pas d’appareils capables de mouvoir et d’enlever les choses qui pour ce faire exigent beaucoup de force ; pas de connaissances de la face de la terre ; pas de computation du temps ; pas d’arts ; pas de lettres ; pas de société ; et ce qui est le pire de tout, la crainte et le risque continuel d’une mort violente ; la vie de l’homme est alors solitaire, besogneuse, pénible, quasi-animale, et brêve. »

Thomas Hobbes, Leviathan

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Pensée du 15 novembre 18

« Excepté l’homme, aucun être ne s’étonne de sa propre existence , c’est pour tous une chose si naturelle, qu’ils ne la remarquent même pas. La sagesse de la nature parle encore par le calme regard de l’animal , car, chez lui, l’intellect et la volonté ne divergent pas encore assez, pour qu’à leur rencontre, ils soient l’un à l’autre un sujet d’étonnement. Ici, le phénomène tout entier est encore étroitement uni, comme la branche au tronc de la Nature, d’où il sort , il participe, sans le savoir plus qu’elle-même, à l’omniscience de la Mère-Universelle. – C’est seulement après que l’essence intime de la nature (le vouloir-vivre dans son objectivation) s’est développée, avec toute sa force et toute sa joie, à travers les deux règnes de l’existence inconsciente, puis à travers la série si longue et si étendue des animaux, c’est alors enfin, avec l’apparition de la raison, c’est-à-dire chez l’homme, qu’elle s’éveille pour la première fois à la réflexion , elle s’étonne de ses propres oeuvres et se demande à elle-même ce qu’elle est. »

Arthur Schopenhauer

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Pensée du 14 novembre 18

« En fait la justice […] ne s’applique pas aux actions extérieures de l’homme, mais à l’action intérieure, celle qui le concerne véritablement lui-même et les principes qui le composent. Elle fait que l’homme juste ne permet pas qu’aucune partie de lui-même fasse rien qui lui soit étranger, ni que les trois principes de son âme empiètent sur leurs fonctions respectives, qu’il établit au contraire un ordre véritable dans son intérieur, qu’il se commande lui-même, qu’il se discipline, qu’il devient ami de lui-même, qu’il harmonise les trois parties de son âme absolument comme les trois termes de l’échelle musicale, le plus élevé, le plus bas, le moyen, et tous les tons intermédiaires qui peuvent exister, qu’il lie ensemble tous ces éléments et devient un de multiple qu’il était, qu’il est tempérant et plein d’harmonie, et que dès lors dans tout ce qu’il entreprend, soit qu’il travaille à s’enrichir, soit qu’il soigne son corps, soit qu’il s’occupe de politique, soit qu’il traite avec des particuliers, il juge toujours et nomme juste et belle l’action qui maintient et contribue à réaliser cet état d’âme, et qu’il tient pour sagesse la science qui inspire cette action; qu’au contraire il appelle injuste l’action qui détruit cet état, et ignorance l’opinion qui inspire cette action. »

PLATON, REPUBLIQUE

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Pensée du 13 novembre 18

« La volonté est une sorte de causalité des êtres vivants, en tant qu’ils sont raisonnables, et la liberté serait la pro­priété qu’aurait cette causalité de pouvoir agir indépendam­ment de causes étrangères qui la déterminent ; de même que la nécessité naturelle est la propriété qu’a la causalité de tous les êtres dépourvus de raison d’être déterminée à agir par l’influence de causes étrangères. La définition qui vient d’être donnée de la liberté est négative, et par conséquent, pour en saisir l’essence, inféconde ; mais il en découle un concept positif de la liberté, qui est d’autant plus riche et plus fécond. Comme le concept d’une causalité implique en lui celui de lois, d’après lesquelles quelque chose que nous nommons effet doit être posé par quelque autre chose qui est la cause, la liberté, bien qu’elle ne soit pas une propriété de la volonté se conformant à des lois de la nature, n’est pas cependant pour cela en dehors de toute loi; au contraire, elle doit être une causalité agissant selon des lois immuables, mais des lois d’une espèce particulière, car autrement une volonté libre serait un pur rien. La nécessité naturelle est, elle, une hété­ronomie des causes efficientes ; car tout effet n’est alors pos­sible que suivant cette loi, que quelque chose d’autre déter­mine la cause efficiente de la causalité. En quoi donc peut bien consister la liberté de la volonté, sinon dans une auto­nomie, c’est-à-dire dans la propriété qu’elle a d’être à elle-même sa loi ? Or cette proposition : la volonté dans toutes les actions est à elle-même sa loi, n’est qu’une autre for­mule de ce principe : il ne faut agir que d’après une maxime qui puisse aussi se prendre elle-même pour objet à titre de loi universelle. Mais c’est précisément la formule de l’impératif catégorique et le principe de la moralité ; une volonté libre et une volonté soumise à des lois morales sont par conséquent une seule et même chose. »

Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, 1785

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Pensée du 12 novembre 18

« En observant les hommes autour de nous, on s’aperçoit vite que le désir mimétique, ou imitation désirante, domine aussi bien nos gestes les plus infimes que l’essentiel de nos vies, le choix d’une épouse, celui d’une carrière, le sens que nous donnons à l’existence. Ce qu’on nomme désir ou passion n’est pas mimétique, imitatif accidentellement ou de temps à autre, mais tout le temps. Loin d’être ce qu’il y a de plus nôtre, notre désir vient d’autrui. Il est éminemment social… L’imitation joue un rôle important chez les mammifères supérieurs, notamment chez nos plus proches parents, les grands singes ; elle se fait plus puissante encore chez les hommes et c’est la raison principale pour laquelle nous sommes plus intelligents et aussi plus combatifs, plus violents que tous les mammifères. »

René GIRARD, Celui par qui le scandale arrive, p. 18-19.

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Pensée du 11 novembre 18

« L’art concerne le sensible spiritualisé ou le spirituel sensibilisé. L’art n’est possible que si l’artiste meurt au sensible. Hegel écrit pour cette raison que « le royaume de l’art est le royaume des ombres du beau. Les œuvres d’art sont des ombres sensibles. » Ombres ici ne signifie pas un moindre être. Le terme ne renvoie pas à la pale copie d’une chose, ce n’est pas l’inessentiel traînant vers l’arrière de l’essentiel, ce n’est pas un vague souvenir sur le point de s’éteindre soi-même par une soudaine étreinte de soi. Ombres veut dire ce dans quoi le beau ap-paraît, et sans lequel il ne saurait paraître. Ombres signifie ce que le beau laisse être en paraissant et qui est essentiel à son apparaître même. L’art cherche à laisser être, à faire voir. »

Kouadio Augustin DIBI, Esthétique : la question du beau (Cours inédit)

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Pensée du 10 novembre 18

« On dit, il est vrai, que la liberté de parler ou d’écrire peut nous être ôtée par une puissance supérieure, mais non pas la liberté de penser. Mais penserions-nous beaucoup et penserions-nous bien, si nous ne pensions pas pour ainsi dire en commun avec d’autres, qui nous font part de leurs pensées et auxquels nous communiquons les nôtres ? Aussi bien, l’on peut dire que cette puissance extérieure qui enlève aux hommes la liberté de communiquer publiquement, leur ôte également la liberté de penser – l’unique trésor qui nous reste encore en dépit de toutes les charges civiles et qui seul peut apporter un remède à tous les maux qui s’attachent à notre condition. »

Kant, Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée ?, 1786

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Pensée du 09 novembre 18

« Une manière largement répandue d’envisager la modernité est de l’inscrire dans une vision évolutionnaire. L’histoire de l’humanité, dans une telle perspective orthodoxe, équivaut à un développement linéaire, caractérisé, entre autres, par une progression de la rationalité. Mais chez de nombreux auteurs dès le XIXe siècle au moins, le regard sur la modernité tend à mettre en évidence sa dimension exceptionnelle. L’histoire de l’humanité se caractériserait ainsi par une évolution discontinue, ou une mutation, ou encore un grand partage. Dans ces conditions, l’Occident se singulariserait à partir d’une rupture radicale avec sa propre tradition et avec celle des autres sociétés à travers le monde. De fait, depuis plusieurs siècles une manière de voir dichotomique s’est imposée, en opposant des « nous » et des « eux », ou encore l’ici et l’ailleurs, malgré la grande généralité et le flou de ces notions. Certes, cette dichotomie se présente sous diverses modalités. Mais elle renvoie toujours à la même opposition confuse. Et surtout le pôle des « nous » caractériserait, pour l’humanité entière, la seule voie à suivre. »

Gérald Berthoud, La comparaison anthropologique : ébauche de méthode

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