Archive for the ‘CULTURE’ Category

Pensée du 28 septembre 17

« Pour juger des apparences que nous recevons des sujets, il nous faudrait un instrument judicatoire; pour vérifier cet instrument, il nous y faut de la démonstration; pour vérifier la démonstration, un instrument : nous voilà au rouet. Puisque les sens ne peuvent arrêter notre dispute, étant pleins eux-mêmes d’incertitude, il faut que ce soit la raison; aucune raison ne s’établira sans une autre raison : nous voilà à reculons jusques à l’infini. Notre fantaisie ne s’applique pas aux choses étrangères, mais elle est conçue par l’entremise des sens; et les sens ne comprennent pas le sujet étranger, mais seulement leurs propres passions; et par ainsi la fantaisie et apparence n’est pas du sujet, mais seulement de la passion et souffrance du sens, laquelle passion et sujet sont choses diverses : par quoi qui juge par les apparences, juge par chose autre que le sujet. »

Montaigne, Essais

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Pensée du 27 sepembre 17

« La conscience historique au sens étroit et fort de l’expression, comporte, me semble-t-il, trois éléments spécifiques: la conscience d’une dialectique entre tradition et liberté, l’effort pour saisir la réalité ou la vérité du passé, le sentiment que la suite des organisations sociales et des créations humaines à travers le temps n’est pas quelconque ou indifférente, qu’elle concerne l’homme en ce qu’il a d’essentiel. Le premier élément est ce que les philosophes appellent volontiers historicité de l’homme. Il est proche de ce que d’autres ont appelé le caractère prométhéen de la réalité historique: les hommes ne se soumettent pas passivement au destin, ils ne se contentent pas de recevoir les traditions que l’éducation a déposées en eux, ils sont capables de les comprendre, donc de les accepter ou de les rejeter. Cette compréhension ne se confond pas avec connaissance historique à prétention scientifique, elle ne l’implique même pas logiquement. »

Raymond Aron, Dimension de la conscience historique

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Pensée du 26 septembre 17

« La force semble être l’injustice même, Mais on parlerait mieux en disant que la force est étrangère à la justice, car on ne dit pas qu’un loup est injuste. Toutefois le loup raisonneur de la fable est injuste, car il veut être approuvé, ici se montre l’injustice, qui serait donc une prétention d’esprit. Le loup voudrait que le mouton n’ait rien à répondre ou tout au moins qu’un arbitre permette, et l’arbitre, c’est le loup lui-même. Ici les mots nous avertissent assez, il est clair que la justice relève du jugement, et que le succès n’y fait rien. Plaider, c’est argumenter. Rendre justice, c’est juger. Peser des raisons, non des forces. La première justice est donc une investigation d’esprit et un examen des raisons. Le parti pris est par lui-même injustice, et même celui qui se trouve favorisé, et qui en plus croit avoir raison,ne croira jamais qu’on lui a rendu bonne justice tant qu’on a pas fait justice à l’autre, en examinant aussi ses raisons de bonne foi, de bonne foi, j’entends en leur cherchant toute la force possible, ce que l’institution des avocats réalise passablement. »

Alain

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Pensée du 25 septembre 17

« Apprendre à se connaître est très difficile (…) et un très grand plaisir en même temps (quel plaisir de se connaître !), mais nous ne pouvons pas nous contempler nous-même :ce qui le prouve, ce sont les reproches que nous adressons à d’autres, sans nous rendre compte que nous commettons les mêmes erreurs, aveuglés que nous sommes, pour beaucoup d’entre nous, par l’indulgence et la passion qui nous empêchent de juger correctement. Par conséquent, à la façon dont nous regardons dans un miroir quand nous voulons voir notre visage, quand nous voulons apprendre à nous connaître, c’est en tournant nos regards vers notre ami que nous pourrions nous découvrir, puisqu’un ami est un autre soi-même. Concluons : la connaissance de soi est un plaisir qui n’est pas possible sans la présence de quelqu’un d’autre qui soit notre ami, l’homme qui se suffit à soi-même aurait donc besoin d’amitié pour apprendre à se connaître soi-même. »

Aristote

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Pensée du 24 septembre 17

« Je veux, ne signifie pas seulement qu’un chose m’est agréable, il signifie encore qu’elle est l’objet de mon choix: or on ne choisit que parmi les choses dont on dispose. On ne dispose de rien, quand on ne fait qu’obéir à ses habitudes: on suit seulement l’impulsion donnée par les circonstances. Le droit de choisir, la liberté, n’appartient donc qu’à la réflexion. Mais les circonstances commandent les bêtes, l’homme au contraire les juge: il s’y prête, il s’y refuse, il se conduit lui même, il veut, il est libre. »

Condillac, Traité des animaux, chapitre X.

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Pensée du 23 septembre 17

« Il paraît particulièrement nécessaire de faire de nouveau de la philosophie une affaire sérieuse. Pour toutes les sciences, les arts, les talents, les techniques prévaut la conviction qu’on ne les possède pas sans se donner la peine et sans faire l’effort de les apprendre et de les pratiquer. Si quiconque ayant des yeux et des doigts, à qui on fournit du cuir et un instrument, n’est pas pour cela en mesure de faire des souliers, de nos jours domine le préjugé selon lequel chacun sait immédiatement philosopher et apprécier la philosophie puisqu’il possède l’unité de, mesure nécessaire dans sa raison naturelle – comme si chacun ne possédait pas aussi dans son pied la mesure d’un soulier -. II semble que l’on fait consister proprement la possession de la philosophie dans le manque de connaissances et d’études, et que celles-ci finissent quand la philosophie commence. »

Hegel, Préface à la phénoménologie de l’Esprit, préface, 1807

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Pensée du 22 septembre 17

» Le mal, être insaisissable, intermittent et fugace comme l’intention même qui l’habite, le mal survient sans se faire annoncer, puis disparaît sans laisser de traces, le mal s’approche, s’éloigne, revient, absence présente, il n’a l’air mauvais que de loin, en gros ou dans sa démarche, vu de près et en détail, il est en somme plutôt sympathique, immobilisé dans sa morphologie statique et hypostasiée dans sa structure actuelle, il prend l’air innocent et il apparaît comme un hôte de bonne compagnie. Les stigmates de la méchanceté ne sont pas toujours visibles sur le visage bonasse du bourreau.«

Jankélévitch

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Pensée du 21 septembre 17

« L’on assiste de plus en plus à une perte sournoise voire une sorte de mort douce du patrimoine culturel à cause d’un modernisme dont le mode d’emploi échappe à l’entendement de l’Africain ordinaire. Si hier, il était normal de se mettre ensemble dans la cour le soir pour partager le repas autour du feu, aujourd’hui, les modes de vie en communauté tendent à se transformer pour faire place à l’individualisme et au repli sur soi. Les manières de concevoir la famille, les moments de partage et la façon de comprendre les relations humaines changent au gré de l’inéluctable évolution des sociétés africaines ainsi que de la rencontre de diverses cultures… »

Xavier Dijon et Marcus Ndongmo, L’Ethique du bien commun en Afrique

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Pensée du 20 septembre 17

« Le développement semble une donnée naturelle ; on nous demande, à nous tous, de nous mettre dans la course au développement. Prenons le temps d’interroger le concept du développement. Même si nous n’avons pas le choix, donnons-nous au moins le luxe de comprendre ce que c’est. L’interrogation que je formule est la suivante : En quoi les autres sont-ils développés et pourquoi devons-nous l’être aussi ? N’y aurait-il pas une manière africaine de se développer ? Le développement sous sa forme actuelle est-elle une préoccupation de tous les hommes et de tous les peuples ? Il est intéressant d’interroger les traditions des peuples pour comprendre leur désir de développement. »

BENJAMIN AKOTIA, « Pourquoi sommes-nous à développer ? »

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Pensée du 19 septembre 17

« Le développement comporte un déficit social. Moins le réseau social de l’individu est fort, plus il y a développement. Il ne faut pas confondre société et Etat. Ce déficit se traduit par la constitution de la société en contre-pouvoir. Or ce contre pouvoir social dans l’Etat moderne est problématique ; cela se traduit par la réduction à la sphère privée du religieux. L’Etat gère les individus et le contrat qui les lie les uns aux autres. La société gère les réseaux humains entre ses membres. La religion qui est la gestion par excellence du lien entre les humains est reléguée au domaine privé. Il ne faut donc pas s’étonner si le monde moderne est tout le temps traversé par des crises sociales d’une part, et d’autre part il porte la tare de l’insatisfaction permanente. Il offre à ses membres des richesses mais ces derniers n’ont pas le bonheur escompté. Cet échec peut être attribué au déficit social. Peut-on construire en Afrique un développement qui récupère l’excédent social ? C’est en conjuguant la richesse humaine qu’offre la force du lien social et la richesse matérielle qu’offre l’absence du lien social que l’on réalisera le développement vivable pour l’Africain car ce dernier résistera pour longtemps encore à sacrifier son héritage d’excédent social. »

Benjamin AKOTIA, « Pourquoi sommes-nous à développer ? »

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