Archive for the ‘ETHIQUE’ Category

Pensée du 11 septembre 18

« La discipline empêche l’homme de se laisser détourner de sa destination, de l’humanité, par ses penchants brutaux. Il faut, par exemple, qu’elle le modère, afin qu’il ne se jette pas dans le danger comme un indompté ou un étourdi. Mais la discipline est purement négative, car elle se borne à dépouiller l’homme de sa sauvagerie ; l’instruction au contraire est la partie positive de l’éducation. (…) Peut-être l’éducation deviendra-t-elle toujours meilleure, et chacune des générations qui se succèderont fera-t-elle un pas de plus vers le perfectionnement de l’humanité ; car c’est dans le problème de l’éducation que gît le grand secret de la perfection de la nature humaine. »

Kant, Réflexions sur l’éducation, 1776-1787

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Pensée du 10 septembre 18

« La discipline nous fait passer de l’état animal à celui d’homme. Un animal est par son instinct même tout ce qu’il peut être; une raison étrangère a pris d’avance pour lui tous les soins indispensables. Mais l’homme a besoin de sa propre raison. Il n’a pas d’instinct, et il faut qu’il se fasse lui-même son plan de conduite. Mais, comme il n’en est pas immédiatement capable, et qu’il arrive dans le monde à l’état sauvage, il a besoin du secours des autres. L’espèce humaine est obligée de tirer peu à peu d’elle-même par ses propres efforts toutes les qualités naturelles qui appartiennent à l’humanité. Une génération fait l’éducation de l’autre (…) »

Kant, Réflexions sur l’éducation, 1776-1787

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Pensée du 06 juillet 18

« On peut observer que partout où les débats théoriques sur l’écologie ont pris forme philosophique cohérente, ils se sont structurés en trois courants bien distincts. (…)

La troisième forme est celle que nous avons déjà vue à l’œuvre dans la revendication d’un droit des arbres, c’est-à-dire de la nature comme telle, y compris sous ses formes végétale et minérale. (…) L’ancien « contrat social » des penseurs politiques est censé faire place à un « contrat naturel » au sein duquel l’univers tout entier deviendrait sujet de droit : ce n’est plus l’homme, considéré comme centre du monde, qu’il faut au premier chef protéger de lui-même, mais bien le cosmos comme tel, qu’on doit défendre contre les hommes. L’écosystème – la « biosphère » – est dès lors investi d’une valeur intrinsèque bien supérieure à celle de cette espèce, somme toute plutôt nuisible, qu’est l’espèce humaine.

Selon une terminologie désormais classique dans les universités américaines, il faut opposer l’« écologie profonde » (deep ecology), « écocentrique » ou « biocentrique », à l’« écologie superficielle » (shallow ecology) ou « environnementaliste » qui se fonde sur l’ancien anthropocentrisme. »

Ferry (Luc), Le nouvel ordre écologique, 1992

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Pensée du 05 juillet 18

« On peut observer que partout où les débats théoriques sur l’écologie ont pris forme philosophique cohérente, ils se sont structurés en trois courants bien distincts. (…)

La seconde figure franchit un pas dans l’attribution d’une signification morale à certains êtres non humains. Elle consiste à prendre au sérieux le principe « utilitariste », selon lequel il faut non seulement rechercher l’intérêt propre des hommes, mais de manière plus générale tendre à diminuer au maximum la somme des souffrances dans le monde ainsi qu’à augmenter autant que faire se peut la quantité de bien-être. Dans cette perspective, très présente dans le monde anglo-saxon où elle fonde l’immense mouvement dit de « libération animale », tous les êtres susceptibles de plaisir et de peine doivent être tenus pour des sujets de droit et traités comme tels. À cet égard, le point de vue de l’anthropocentrisme se trouve déjà battu en brèche, puisque les animaux sont désormais inclus, au même titre que les hommes, dans la sphère des préoccupations morales (…) »

Ferry (Luc), Le nouvel ordre écologique, 1992

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Pensée du 04 juillet 18

« On peut observer que partout où les débats théoriques sur l’écologie ont pris forme philosophique cohérente, ils se sont structurés en trois courants bien distincts. (…)

Le premier, sans doute le plus banal, mais aussi le moins dogmatique, (…) part de l’idée qu’à travers la nature, c’est encore et toujours l’homme qu’il s’agit de protéger, fût-ce de lui-même, lorsqu’il joue les apprentis sorciers. L’environnement n’est pas doté ici d’une valeur intrinsèque. Simplement, la conscience s’est fait jour qu’à détruire le milieu qui l’entoure, l’homme risque bel et bien de mettre sa propre existence en danger et, à tout le moins, de se priver des conditions d’une vie bonne sur cette terre. C’est dès lors à partir d’une position qu’on peut dire « humaniste », voire anthropocentriste, que la nature est prise, sur un mode seulement indirect, en considération. Elle n’est que ce qui environne l’être humain, la périphérie, donc, et non le centre. (…) »

Ferry (Luc), Le nouvel ordre écologique, 1992

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Pensée du 30 juin 18

« Et c’est pourquoi nous disons que le plaisir est le commencement et la fin de la vie bienheureuse. C’est lui en effet que nous avons reconnu comme le bien principal et conforme à notre nature, c’est de lui que nous partons pour déterminer ce qu’il faut choisir et ce qu’il faut éviter, et c’est à lui que nous avons finalement recours lorsque nous nous servons de la sensation comme d’une règle pour apprécier tout bien qui s’offre. Or, précisément parce que le plaisir est notre bien principal et inné, nous ne cherchons pas tout le plaisir; il y a des cas où nous passons par-dessus beaucoup de plaisirs s’il en résulte pour nous de l’ennui. Et nous jugeons beaucoup de douleurs préférables aux plaisirs lorsque, des souffrances que nous avons endurées pendant longtemps, il résulte pour nous un plaisir plus élevé. Tout plaisir ne doit pas être recherché; pareillement, toute douleur est un mal, mais toute douleur ne doit pas être évitée à tout prix. En tout cas, il convient de décider de tout cela en comparant et en examinant attentivement ce qui est utile et ce qui est nuisible, car nous en usons parfois avec le bien comme s’il était le mal, et avec le mal comme s’il était le bien. »

Epicure, Lettre à Ménécée

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Pensée du 29 juin 18

Il faut se rendre compte que parmi nos désirs les uns sont naturels, les autres vains, et que parmi les premiers il y en a qui sont nécessaires et d’autres qui sont seulement naturels. Parmi les nécessaires, il y en a qui le sont pour le bonheur, d’autres pour la tranquillité du corps, d’autres enfin pour la vie même. Une théorie non erronée de ces désirs sait en effet rapporter toute préférence et toute aversion à la santé du corps et à la tranquillité de l’âme puisque c’est là la perfection même de la vie heureuse. Car tous nos actes visent à écarter de nous la souffrance et la peur. Lorsqu’une fois nous y sommes parvenus, la tempête de l’âme s’apaise, l’être vivant n’ayant plus besoin de s’acheminer vers quelque chose qui lui manque, ni de chercher autre chose pour parfaire le bien-être de l’âme et celui du corps. C’est alors en effet que nous éprouvons le besoin du plaisir quand, par suite de son absence, nous éprouvons de la douleur; mais quand nous ne souffrons pas, nous n’éprouvons plus le besoin du plaisir. »

Epicure, Lettre à Ménécée

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Pensée du 28 juin 18

« Tout homme a une conscience et se trouve observé, menacé, de manière générale tenu en respect (respect lié à la crainte) par un juge intérieur et cette puissance qui veille en lui sur les lois n’est pas quelque chose de forgé (arbitrairement) par lui-même, mais elle est inhérente à son être. Elle le suit comme son ombre quand il pense lui échapper. Il peut sans doute par des plaisirs ou des distractions s’étourdir ou s’endormir, mais il ne saurait éviter parfois de revenir à soi ou de se réveiller, dès lors qu’il en perçoit la voix terrible. Il est bien possible à l’homme de tomber dans la plus extrême abjection où il ne se soucie plus de cette voix, mais il ne peut jamais éviter de l’entendre.

Cette disposition intellectuelle originaire et (puisqu’elle est la représentation du devoir) morale, qu’on appelle  conscience, a en elle-même ceci de particulier, que bien que l’homme n’y ait affaire qu’avec lui-même, il se voit cependant contraint par sa raison d’agir comme sur l’ordre d’une  autre personne. Car le débat dont il est ici question est celui d’une  cause judiciaire devant un tribunal. Concevoir celui qui est accusé par sa conscience comme ne faisant  qu’une seule et même personne avec le juge, est une manière absurde de se représenter le tribunal ; car s’il en était ainsi l’accusateur perdrait toujours. C’est pourquoi, pour ne pas être en contradiction avec elle-même, la conscience humaine en tous ses devoirs doit concevoir un autre (comme l’homme en général) qu’elle-même comme juge de ses actions. Cet autre peut être maintenant une personne réelle ou seulement une personne idéale que la raison se donne à elle-même. »

Emmanuel Kant, Critique de la Raison pratique

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Pensée du 21 juin 18

« Supposons que quelqu’un prétende ne pouvoir résister à son penchant au plaisir, lorsque l’objet aimé et l’occasion se présentent ; est-ce que, si l’on avait dressé un gibet devant la maison où il trouve cette occasion, pour l’y attacher immédiatement après qu’il aurait satisfait son désir, il lui serait encore impossible d’y résister ? Il n’est pas difficile de deviner ce qu’il répondrait. Mais si son prince lui ordonnait, sous peine de mort, de porter un faux témoignage contre un honnête homme qu’il voudrait perdre au moyen d’un prétexte plausible, il tiendrait comme possible de vaincre en pareil cas son amour de la vie, si grand qu’il puisse être. S’il le ferait ou non, c’est ce qu’il n’osera peut-être pas décider, mais que cela lui soit possible, c’est ce dont il conviendra sans hésiter. Il juge donc qu’il peut faire quelque chose, parce qu’il a conscience qu’il doit le faire, et il reconnaît ainsi en lui-même la liberté qui, sans la loi morale, lui serait demeurée inconnue ».

Emmanuel Kant, Critique de la Raison pratique

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Pensée du 20 juin 18

« Erreur du libre-arbitre – Il ne nous reste aujourd’hui plus aucune espèce de compassion avec l’idée du « libre-arbitre » : nous savons trop bien ce que c’est – le tour de force théologique le plus mal famé qu’il y ait, pour rendre l’humanité « responsable » à la façon des théologiens, ce qui veut dire : pour rendre l’humanité dépendante des théologiens…  Je ne fais que donner ici la psychologie de cette tendance à vouloir rendre responsable. – Partout où l’on cherche des responsabilités, c’est généralement l’instinct de punir et de juger qui est à l’œuvre. On a dégagé le devenir de son innocence lorsque l’on ramène un état de fait quelconque à la volonté, à des intentions, à des actes de responsabilité : la doctrine de la volonté a été principalement inventée à fin de punir, c’est-à-dire avec l’intention de trouver coupable… Les hommes ont été considérés comme « libres », pour pouvoir être jugés et punis, pour être coupables : par conséquent toute action devait être regardée comme voulue, l’origine de toute action comme se trouvant dans la conscience… »

F. NIETZSCHE, Le Crépuscule des idoles

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