Archive for the ‘ETHIQUE’ Category

Pensée du 31 octobre 18

« Le bien tend toujours à se communiquer. Chaque expérience authentique de vérité et de beauté cherche par elle-même son expansion, et chaque personne qui vit une profonde libération acquiert une plus grande sensibilité devant les besoins des autres. Lorsqu’on le communique, le bien s’enracine et se développe. C’est pourquoi, celui qui désire vivre avec dignité et plénitude n’a pas d’autre voie que de reconnaître l’autre et chercher son bien. »

FRANCOIS, Evangelii Gaudium, n°9.

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Pensée du 23 octobre 18

Cette disposition intellectuelle originaire et (puisqu’elle est la représentation du devoir) morale, qu’on appelle conscience a elle-même ceci de particulier, que bien que l’homme n’y ait affaire qu’avec lui-même, il se voit cependant contraint par sa raison d’agir comme sur l’ordre d’une autre personne. Car le débat dont il est ici question est celui d’une cause judiciaire (causa) devant un tribunal. Concevoir celui qui est accusé par sa conscience comme ne faisant qu’une seule et même personne avec le juge est une manière absurde de se représenter le tribunal ; car s’il en était ainsi l’accusateur perdrait toujours. – C’est pourquoi pour ne pas être en contradiction avec elle-même la conscience humaine en tous ses devoirs doit concevoir un autre (comme l’homme en général) qu’elle-même comme juge de ses actions. Cet autre peut être maintenant une personne réelle ou seulement une personne idéale que la raison se donne à elle-même. »

Kant, Doctrine de la vertu, 1796

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Pensée du 14 octobre 18

« (…) Le concept du bonheur est un concept si indéterminé, que, malgré le désir qu’a tout homme d’arriver à être heureux, personne ne peut jamais dire en termes précis et cohérents ce que véritablement il désire et il veut. La raison en est que tous les éléments qui font partie du concept du bonheur sont dans leur ensemble empiriques, c’est-à-dire qu’ils doivent être empruntés à l’expérience, et que cependant pour l’idée du bonheur un tout absolu, un maximum de bien-être dans mon état présent et dans toute ma condition future, est nécessaire. Or il est impossible qu’un être fini, si perspicace et en même temps si puissant qu’on le suppose, se fasse un concept déterminé de ce qu’il veut ici véritablement. Veut-il la richesse ? Que de soucis, que d’envie, que de pièges ne peut-il pas par là attirer sur sa tête ! Veut-il beaucoup de connaissance et de lumières ? Peut-être cela ne fera-t-il que lui donner un regard plus pénétrant pour lui représenter d’une manière d’autant plus terrible les maux qui jusqu’à présent se dérobent à sa vue et qui sont pourtant inévitables, ou bien que charger de plus de besoins encore ses désirs qu’il a déjà bien assez de peine à satisfaire. Veut-il une longue vie ? Qui lui répond que ce ne serait pas une longue souffrance ? Veut-il du moins la santé ? Que de fois l’indisposition du corps a détourné d’excès où aurait fait tomber une santé parfaite, etc. ! Bref, il est incapable de déterminer avec une entière certitude d’après quelque principe ce qui le rendrait véritablement heureux : pour cela il lui faudrait l’omniscience. » 

Kant, Fondements de la métaphysique des moeurs, 1785

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Pensée du 03 octobre 18

« (…) Voici la seconde proposition : une action accomplie par devoir tire sa valeur morale non pas du but qui doit être atteint par elle, mais de la maxime d’après laquelle elle est décidée ; elle ne dépend donc pas de la réalité de l’objet de l’action, mais uniquement du principe du vouloir d’après lequel l’action est produite sans égard à aucun des objets de la faculté de désirer. (…) Quant à la troisième proposition, conséquence des deux précédentes, je l’exprimerais ainsi : le devoir est la nécessité d’accomplir une action par respect pour la loi. Pour l’objet conçu comme effet de l’action que je me propose, je peux bien sans doute avoir de l’inclination, mais jamais du respect, précisément parce que c’est simplement un effet, et non l’activité d’une volonté. (…) Or, si une action accomplie par devoir doit exclure complètement l’influence de l’inclination et avec elle tout objet de la volonté, il ne reste rien pour la volonté qui puisse la déterminer, si ce n’est objectivement la loi, et subjectivement un pur respect pour cette loi pratique. par suite la maxime d’obéir à cette loi, même au préjudice de toutes mes inclinations. (…) »

Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, 1785

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Pensée du 02 octobre 18

« L’homme a un penchant à s’associer, car dans un tel état, il se sent plus qu’homme par le développement de ses dispositions naturelles. Mais il manifeste aussi une grande propension à se détacher (s’isoler), car il trouve en même temps en lui le caractère d’insociabilité qui le pousse à vouloir tout diriger dans son sens ; et, de ce fait, il s’attend à rencontrer des résistances de tous côtés, de même qu’il se sait par lui-même enclin à résister aux autres. C’est cette résistance qui éveille toutes les forces de l’homme, le porte à surmonter son inclination à la paresse, et, sous l’impulsion de l’ambition, de l’instinct de domination ou de cupidité, à se frayer une place parmi ses compagnons qu’il supporte de mauvais gré, mais dont il ne peut se passer. (…) Sans ces qualités d’insociabilité, peu sympathiques certes par elles-mêmes, source de la résistance que chacun doit nécessairement rencontrer à ses prétentions égoïstes, tous les talents resteraient à jamais enfouis en germes, au milieu d’une existence de bergers d’Arcadie, dans une concorde, une satisfaction, et un amour mutuel parfaits ; les hommes, doux comme les agneaux qu’ils font paître, ne donneraient à l’existence guère plus de valeur que n’en a leur troupeau domestique. »

Kant, Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique, 1784.

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Pensée du 01 octobre 18

« L’éthique peut proposer des lois de moralité qui sont indulgentes et qui s’ordonnent aux faiblesses de la nature humaine, et ainsi elle s’accommode à cette nature en ne demandant rien de plus à l’homme que ce qu’il est en mesure d’accomplir. Mais l’éthique peut aussi être rigoureuse et réclamer la plus haute perfection morale. En fait, la loi morale doit elle-même être rigoureuse. Une telle loi, que l’homme soit en mesure ou non de l’accomplir, ne doit pas être indulgente et s’accommoder aux faiblesses humaines, car elle contient la norme de la perfection morale, laquelle doit être stricte et exacte. La géométrie donne par exemple des règles strictes, sans se demander si l’homme peut ou non les appliquer et les observer : le point qu’on dessine au centre d’un cercle a beau ne jamais être assez petit pour correspondre au point mathématique, la définition de ce dernier n’en conserve pas moins toute sa rigueur. De même, l’éthique présente des règles qui doivent être les règles de conduite de nos actions; ces règles ne sont pas ordonnées au pouvoir de l’homme, mais indiquent ce qui est moralement nécessaire. L’éthique indulgente est la corruption de la mesure de perfection morale de l’humanité. La loi morale doit être pure. »

Kant, Leçons d’éthique, 1775-1780

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Pensée du 28 septembre 18

« Penser l’homme ne s’accommode peut-être pas de certains tours de prestidigitation : avec quelle virtuosité nos auteurs ne font-ils pas disparaître, puis réapparaître « l’homme » ! Il faudrait admettre que la pensée est capable de porter le regard et de le tenir dans ce qui n’est pas, ou dans ce qui perd son être et sa forme, plus précisément dans un monde humain qui se décompose jusqu’à perdre tous ses traits d’humanité, jusqu’à devenir cet état sans loi où la vie humaine, privée de règles, n’a plus rien d’humain. Que l’esprit humain puisse fixer son attention sur un état ou une condition d’où sont absents tous les traits humains, ou plutôt dont il doit implacablement ôter tous les traits humains tout en continuant d’y reconnaître l’humanité, c’est une « hypothèse » que l’on ne peut envisager sérieusement et qui, révérence gardée aux grands esprits qui ont voulu parcourir ce chemin, comporte un élément d’impardonnable légèreté. Bien sûr on peut penser «  blessure  » sans saigner, et «  tuer  » sans être un meurtrier, mais c’est traiter l’effort humain de penser à la légère que d’imaginer que nous pourrions effectivement concevoir et conduire une sorte de «  décréation-recréation  » de l’homme sans en éprouver un bouleversement mortel. »

Pierre Manent, La loi naturelle et les droits de l’homme, Paris, Presses Universitaires de France, 2018.

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Pensée du 27 septembre 18

« (…) Cette libre recomposition cependant n’est jamais achevée, elle menace sans cesse de s’enrayer car l’effort préalable de déconstruction rencontre la résistance ou l’opposition d’une tendance à la re-naturalisation, celle-ci étant portée par une partie au moins de l’opinion sociale et trouvant des appuis dans le sujet lui-même alors que, sommé de choisir son identité, il éprouve la poussée ou l’attraction, souvent fort persuasives, de forces qu’il n’a pas choisies. Que l’on interprète cette résistance comme le poids des préjugés ou comme l’autodéfense spontanée de la nature humaine, la société de la déconstruction-recomposition selon les droits humains présente cette difficulté qu’un mouvement spontané de l’âme y est tendanciellement et pour ainsi dire logiquement impossible puisque le sujet rencontre toujours l’obligation de signaler que son mouvement, quel qu’il soit, n’est pas simplement naturel ou spontané  : il n’advient qu’autorisé ou réprouvé, en tout cas médiatisé par les droits humains. Quel mouvement de l’homme vers la femme, ou de la femme vers l’homme, échappera à la mutilation – à la dénaturation – incluse dans l’« autorisation préalable » de chacune de ses étapes  ? »

Pierre Manent, La loi naturelle et les droits de l’homme, Paris, Presses Universitaires de France, 2018.

Pensée du 26 septembre 18

« Le pouvoir de la nature ainsi comprise se traduit par l’artificialisation indéfinie du monde humain. Il n’y a de naturel que ce grain de vie qu’est l’individu-vivant séparé, ce postulat se traduit par la dénaturalisation de tous les caractères distinctifs de l’être humain, qu’il s’agisse du sexe, de l’âge, des capacités ou des formes de vie. Les règles publiques comme les conduites privées sont tenues de reconnaître et de faire apparaître qu’aucun de ces caractères ne résulte d’une détermination naturelle ni ne peut se prévaloir de l’autorité   de la nature. Cette recomposition du monde humain est présentée comme la concrétisation des droits humains compris dans leurs dernières conséquences, et bien sûr comme l’accomplissement ultime de la liberté puisque chacun est désormais autorisé et encouragé à composer librement le bouquet de caractères constituant l’humanité qu’il s’est choisie. »

Pierre Manent, La loi naturelle et les droits de l’homme, Paris, Presses Universitaires de France, 2018.

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Pensée du 12 septembre 18

« Or tous les impératifs commandent ou hypothétiquement ou catégoriquement. Les impératifs hypothétiques représentent la nécessité pratique d’une action possible, considérée comme moyen d’arriver à quelque autre chose que l’on veut (ou du moins qu’il est possible qu’on veuille). L’impératif catégorique serait celui qui représenterait une action comme nécessaire pour elle-même, et sans rapport à un autre but, comme nécessaire objectivement. Puisque toute loi pratique représente une action possible comme bonne, et par conséquent comme nécessaire pour un sujet capable d’être déterminé pratiquement par la raison, tous les impératifs sont des formules par lesquelles est déterminée l’action qui, selon le principe d’une volonté bonne en quelque façon, est nécessaire. Or, si l’action n’est bonne que comme moyen pour quelque autre chose, l’impératif est hypothétique; si elle est représentée comme bonne en soi, par suite comme étant nécessairement dans une volonté qui est en soi conforme à la raison, le principe qui la détermine est alors l’impératif catégorique. »

Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, 1785

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