Archive for the ‘PHILOSOPHIE’ Category

Métier d’homme

Le Billet de Mejnour 60

Cette heureuse expression est due à la tradition aristotélicienne. Réaliser son métier d’homme n’est pas à entendre comme exercer une profession mais bien plutôt en tant que façon d’accomplir son humanité.

Ceci suppose que nous nous entendions sur ce qu’est l’homme. L’on sait que l’artisan fut apprenti. Avec le temps, il obtint la liberté d’agir, la licence, ayant eu le loisir d’approfondir sa formation. Ceci fait, il a bien fallu qu’il montre sa maîtrise de l’art. Ce niveau de maître, pour l’instant, nous intéresse et nous suffit.

Métier d’homme. Que d’ascèses avant l’aboutissement au « grand nom d’homme » ! Que de chemins parcourus ! Oscar Wilde écrit si justement que « tout ce qui est exquis dissimule une tragédie. » Ensemble, donc, cher compagnon, allons, parcourons quelques uns de ces chemins d’hommes qui font le métier d’homme.

Sur ce, Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 16 février 10

« Pour découvrir les meilleures règles de société qui conviennent aux nations, il faudrait une intelligence supérieure, qui vît toutes les passions des hommes et qui n’en éprouvât aucune… Il faudrait des dieux pour donner des lois aux hommes. »

Jean-Jacques Rousseau, Du Contrat Social

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GRILLE DE LECTURE

Parlant du rôle joué dans l’histoire par les grands hommes, Hegel écrit que « rien de grand ne se fait sans passion ». D’où vient-il alors que le législateur suprême de la société des hommes verra toutes sortes de passions sans en connaître aucune ? Jean-Jacques Rousseau dont il est question dans la pensée de ce jour est l’un des chantres de la démocratie moderne et ses institutions. Rousseau est-il un démocrate pessimiste ou un pessimiste de la vie en société ? Le Contrat Social est-il hypothéqué par Rousseau dès sa conception ? L’anthropologie politique de Rousseau est un vaste sujet qu’il vaut mieux remettre à des études ultérieures.  Nous savons  quand même que Rousseau a défini la démocratie comme un gouvernement digne d’un peuple de dieux, un gouvernement si parfait qu’il soit loin de convenir aux hommes. En dehors du fait que les hommes ne soient pas en mesure de tirer le meilleur du modèle démocratique, il y a le fait que le législateur doive être à l’image des dieux. Parfaite symétrie : un peuple de dieux, et un souverain divin.

Intéressons-nous à l’objet de son propos dans la pensée de ce jour. Il s’agit bien du paradoxe du législateur. Il faut une intelligence supérieure pour légiférer parce qu’il doit être indemne de toutes les passions qui mènent les hommes. Il doit connaître la nature des hommes à fond, mais sans avoir aucun rapport avec cette nature. Son bonheur doit être indépendant de celui des hommes dont il a pourtant la charge de s’occuper. Sa gloire serait telle qu’il travaillerait dans un siècle pour jouir dans un autre. Le portrait est peut-être très divin. Mais ce souverain extraterrestre, que vient chercher dans notre galère ? Rousseau semble nous répondre que pour qu’il n’y ait plus de manipulation des textes de droit, celui qui rédige les lois ne doit avoir aucun droit législatif.

Bien plus, il faudrait que l’effet pût devenir cause, que l’esprit social, qui doit être l’ouvrage de l’institution, présidât à l’institution elle-même. Cette fois-ci, parfaite circularité entre l’effet politique recherché et la cause, les hommes doivent être avant les lois ce qu’ils doivent devenir par elles. L’entreprise semble au-delà de la force humaine. Il est dès lors nécessaire que l’on recoure à une autorité d’un autre ordre, fut-il un ange, pour qu’il entraîne les hommes sans violence et cherche à les persuader sans les convaincre. Les difficultés sont énormes, il faut l’intervention des cieux. Pendant ce temps, nos modèles de démocratie n’ont peut-être pas grand’chose à se reprocher. Les droits de l’homme sont assez respectés dans nos institutions, bien sûr, sauf à Gwantanamo, pour que l’exception confirme la règle.

Emmanuel AVONYO, op

Sommaire

Impersonnelle

Le billet de Mejnour 59

Thémis, dont le tribunal grec est le temple, a les yeux bandés. Tméi, l’égyptienne, à en croire certains auteurs, a également les yeux bandés. Ce n’est pas que la justice est aveugle, c’est qu’elle est générale.

Il n’est, dit le philosophe, de connaissance que du général. De même, il n’est de justice personnelle que dans un cadre privé. La justice universelle n’est au service d’untel que dans la mesure où celui-ci relève de l’humaine condition. En se mettant au service de l’individu, la justice, pour être impersonnelle, n’est pas moins facteur de droit. En fait, dans chaque homme, la justice défend l’humanité sublime qui est universelle, inaltérable, éternelle.

Il peut donc se comprendre que la déesse de la justice ait les yeux bandés. Ainsi, le droit ne devrait pas s’attarder sur les détails pernicieux qui le détournent de sa vocation intrinsèque. Pour que le droit soit tel, il importe de se souvenir d’un certain adage suivant lequel « le diable est dans le détail ». Thémis est impersonnelle.

Et Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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La justice peut-elle se passer de déontologie ? (2)

L’Atelier des concepts, par Emmanuel AVONYO, op

Semaine du 15 février 2010

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Deuxième section : Le concept déontologique de justice

Nous venons de montrer (première section) que le sens de la justice en lien avec le souhait de la vie bonne est la problématique sous-jacente à la justice à caractère téléologique. Le point de vue que nous allons défendre dans cette troisième partie s’inspire du deuxième théorème de la théorie du juste de Paul Ricœur. « Le sens de la justice élevé au formalisme que requiert la version contractualiste du point de vue déontologique ne saurait se rendre entièrement autonome de toute référence au bien…»[1] En d’autres termes, une théorie purement procédurale de la justice n’est pas possible. Pour rendre raison de ce théorème, nous procédons en trois temps : après avoir situé Rawls par rapport à Kant, nous présenterons la justice déontologique et contractuelle de Rawls, avant de voir comment le problème posé par l’idée de distribution juste et l’hétérogénéité réelle des biens à distribuer empêchent le niveau déontologique de s’autonomiser au point de constituer un niveau exclusif de référence.

Nous vous proposons de découvrir la deuxième section de cet article

>>> LE CONCEPT DEONTOLOGIQUE DE JUSTICE

Voir aussi la première section ?

LE CONCEPT TELEOLOGIQUE DE JUSTICE



[1] Paul Ricœur, Le Juste, Paris, Editions Esprit, 1995, p. 21.

Pensée du 15 février 10

« C’est la mélancolie profonde du cours même de l’histoire, de la fuite du temps qui montre ainsi que des contenus éternels, que des attitudes éternelles perdent leur sens dès qu’ils ont fait leur temps – que le temps peut dépasser l’éternel.»

Georg LUKÁCS, La théorie du roman

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GRILLE DE LECTURE

La grille de lecture de ce jour se veut délibérément questionnante ; elle est innervée par l’interrogation d’un de nos cafés philosophiques. « Penser, c’est dire merci ». Dire merci, c’est aussi aller plus au large et étendre les filets du sens. Fort de cela, nous estimons que ce n’est pas la mélancolie du cours de l’histoire qui fait des valeurs vraies ; ce n’est pas la fuite incoercible du temps qui conditionne la vérité de nos valeurs. L’éternité n’existe que pour celui qui y croit. Le temps n’est réel et fugace que pour celui qui en fait ainsi l’expérience. Le sens des attitudes éternelles ne se délite que pour celui qui le vide de tout contenu.

Et qu’ainsi, la mélancolie n’engendre rien, ce sont nos échelles de valeurs, nos conditionnements philosophiques, sociaux, historiques, ce sont nos appréhensions de l’existence qui font une histoire mélancolique ou un temps « sans temps », un temps qui défie l’éternel. En effet, comment le temps passerait-il l’éternel, s’il n’y a de temps que par rapport à l’éternité ? A titre d’hypothèse, concédons que c’est l’éternité qui passe le temps. Même ici, comment ces attitudes éternelles ne perdraient-elles pas leur sens, si l’homme qui leur désigne des contenus passe infiniment pour un « être-pour-la-mort ? En dépit du fait que l’homme passe, il n’y a de temps que pour l’homme, et il n’y a d’éternité que pour l’homme.

Certes, l’homme est temporel, l’homme n’est pas éternel. L’homme est temporel et le temps passe l’homme comme l’éternité passe le temps. C’est finalement l’homme qui sort du temps, et le temps, de l’éternité. Double victoire par étapes de l’éternité sur le temps, et du temps sur l’homme. Et si le temps passe l’homme qui passe, comment ne passerait-il pas l’éternel dans l’esprit de Georg LUKÁCS, c’est-à-dire dans l’entendement de celui qui le conçoit ? D’où le mirage. N’est-ce pas en vérité l’éternel qui passe le temps et l’homme ? Les attitudes éternelles et leurs contenus ne débordent-ils pas l’homme et le temps de part en part ? Beau sujet de méditation, qui passe les limites de la raison incapable de rendre raison de son raisonnement. Le cours de cette histoire peut paraître dès lors mélancolique comme la fuite désespérée du temps et l’inconsistance de l’homme.

Emmanuel AVONYO, op

Sommaire

Le suicide, un problème philosophique

Pensée du 13 février et grille de lecture

Réponse à une lectrice

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« Les devoirs envers soi-même et ceux envers la société, obligeant l’homme à respecter sa propre vie, le suicide ne pouvait qu’être assimilé à un acte indigne. »

Gilles LIPOVETSKY, Le crépuscule du devenir

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GRILLE DE LECTURE

L’homme est une histoire sacrée, la vie est sacrée. Elle est sacrée parce qu’elle ne nous appartient pas. Nous sommes peut-être d’accord qu’en un moment de l’histoire, nous nous surprenons entrain de vivre. Nous assistons à notre naissance sans en avoir été conscient. L’instant où commence notre vie nous échappe toujours. Nous vivons mais sans jamais savoir ce que c’est que la vie, parce qu’elle est transcendance, elle est une invisibilité fondamentale. N’étant pas l’auteur de notre vie, pour le simple fait de n’en avoir pas été l’auteur en son temps, nous avons cette obligation morale de la respecter. Respecter la vie c’est aussi respecter son auteur. Le suicide est un acte indigne, il fait croire que dans notre entourage, personne ne pouvait nous sortir de la tourmente dans laquelle nous étions empêtré. Il est une injure pour la société. Le suicide prive la société de nos services. Il est un manquement grave au devoir humain et social qu’est vivre simplement.

L’homme ne peut pas pour quelques atrocités de la vie se donner le pouvoir de s’ôter la vie. Nous vivons mais la vie ne nous appartient pas. La chose la plus noble et la plus digne pour un homme est de prendre les moments noirs de son histoire comme la phase négative d’une seule vie. L’homme doit donner sens à sa souffrance. La souffrance vient dire que nous sommes des êtres factuels, limités. Puisqu’il n’y a pas de vie sans les douleurs de l’enfantement, l’homme est appelé à vivre son épreuve existentielle comme un moment de la totalité de la vie.

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Réaction :

« Il me semble que les Anciens doivent se retourner dans leur tombe… ceux qui disaient que si cela était trop difficile, il n’était pas obligatoire de subir. Penser sa mort peut au contraire donner un sentiment de liberté, et le temps où je vis est le seul bien, il m’appartient de le rendre si je le souhaite… »

Une lectrice

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Réponse :

Merci chère lectrice pour le partage de points de vue. Je vous comprends parfaitement, mais je crois qu’une certaine  éthique philosophique serait d’un avis contraire. Savez-vous, les Anciens ne seront pas les seuls à se retourner dans leur tombe, les Contemporains aussi. Je vous convie avec les amis de L’Academos à la visite de ces philosophies de « sinistre mémoire » qui soutiennent que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue et qu’elle n’a du prix que sous la guillotine volontaire ou la mort silencieuse. Vous tirerez vous-même une conclusion qui vous semble logique. Le suicide est une solution extrême, dont les motivations  ultimes échappent  à ceux qui en sont simplement témoins. Encore que la question du suicide peut être vue autrement d’une ère géographique à l’autre.  La philosophie peut-être sans frontières, mais les points de vue varient.

Hégésias de Cyrène pensait que, le bonheur étant chose impossible, et le corps étant accablé de malheurs, la mort était préférable à la vie. Surnommé « Celui qui pousse à la mort », il a été exilé, son école fermée, et ses livres bannis par le roi Ptolémée III.

Socrate pensait que la croyance que l’on va rejoindre les dieux et certains morts rend injuste la révolte contre la mort. Il ne s’est pourtant pas suicidé, il a seulement refusé de fuir la mort pour rester un philosophe digne qui assume ses actes.

Platon le disciple de Socrate aurait détallé, pour empêcher les athéniens de commettre un second meurtre ignominieux. Il invitait à se libérer de notre corps de mort pour accéder à la vie intelligible, pas jamais par le suicide, c’est par l’ascèse philosophique. Il serait bien de donner un coup d’œil dans ses Dialogues. Ses textes frisent parfois la contradiction. Il traite du suicide dans Le Phédon. Platon affirme qu’ « il n’y a que les insensés qui se réjouissent de la mort ! Les humains sont assignés à résidence et nul n’a le droit de s’affranchir de ces liens pour s’évader. Les dieux sont nos gardiens et nous sommes le troupeau. Il ne faut donc pas se donner la mort, avant qu’un dieu ne nous envoie un signe ».

Nietzsche est une grande figure de la philosophie du suicide. « La pensée du suicide est une puissante consolation : elle nous aide à passer maintes mauvaises nuits. » (Par delà bien et mal). « Il y a un droit en vertu duquel nous pouvons ôter la vie à un homme, mais aucun qui permette de lui ôter la mort : c’est cruauté pure et simple. » (Humain, trop humain). « Abstraction faite des exigences qu’imposent la religion, il sera bien permis de se demander : pourquoi le fait d’attendre sa lente décrépitude jusqu’à la décomposition serait-il plus glorieux, pour un homme vieilli qui sent ses forces diminuer, que de se fixer lui-même un terme en pleine conscience ? Le suicide est dans ce cas un acte qui se présente tout naturellement et qui, étant une victoire de la raison, devrait en toute équité mériter le respect… (Humain, trop humain). Retenons que Nietzsche non plus ne s’est pas suicidé. Il aurait détraqué avant d’être témoin de sa lente décrépitude.

Albert Camus est un philosophe du suicide. Il en parle dans Le mythe de Sisyphe. Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux, aimait-il affirmer, c’est le suicide. Le suicide est une solution à l’absurde. Mais Camus ne s’est pas suicidé malgré la conscience aiguë qu’il avait de l’absurdité de l’existence et du non sens de nos recherches.

Emile Cioran est aussi un penseur pessimiste, héritier impénitent de Nietzsche et d’Arthur Schopenhauer. Dans « De l’inconvénient d’être né », Cioran montrait que la vie est une farce, une sorte de maladie dont le ridicule est à son comble. Sa position reste toutefois ambiguë. « Je passe mon temps à conseiller le suicide par écrit et à le déconseiller par la parole. C’est que dans le premier cas il s’agit d’une issue philosophique ; dans le second, d’un être, d’une voix, d’une plainte… »

Ce tour d’horizon non démocratique de la question du suicide ne nous montre que des avis favorables au suicide. Celui qui pense que l’un ou l’autre de ces philosophes a raison, peut retenir ou apporter son aval au suicide comme une fin en douceur, une solution qu’aucun de ces défenseurs du suicide n’a adoptée pour soi-même. Peut-être la vie valait autrement la peine d’être vécue ?

La vie est un bien précieux sur lequel nous n’avons normalement aucune prise. La vie est donnée, le temps aussi, le temps de la vie davantage. Nous sommes de simples intendants d’un précieux bien contenu dans des vases d’argile. La vie nous échappe, elle déborde notre pouvoir d’user et de disposer.  Elle peut être falsifiée, elle peut être bradée en certains cas. La morale nous enseigne que c’est le sommet de l’indignité.  On ne subit pas la vie, elle reste un combat à assumer.  Personne n’a eu  la réussite facile, elle cache toujours une vie dramatique, des années de privations. Trouver que la vie est trop difficile pour chercher le soulagement dans la mort est  à mon sens une capitulation abjecte, une liberté poussée trop loin.

Voilà pourquoi pendant longtemps, les législations de nos pays laïcs, j’entends nos pays de la sortie de la religion (Marcel Gauchet), ont hésité à autoriser l’euthanasie, qui ne s’appelle pourtant pas suicide.  D’ailleurs, de l’éthique médicale à la philosophie, il peut y avoir un hiatus. Aujourd’hui quelques pays ont ouvert la porte à l’euthanasie flanquée d’une kyrielle de conditions, sinon, le tribunal. Cela doit faire réfléchir. L’euthanasie est une question réglée par le progrès de la médecine. La thèse de la douleur atroce ne tient plus. A ma connaissance, aucune loi (laïque, anti religieuse ? ), n’a encore autorisé le suicide. Il se peut que je sois mal informé. C’est le moment d’apprendre quelque chose de vous, lecteurs. Le suicide, d’accord pour des raisons que nous ne pouvons savoir, mais après le suicide, l’acte sera qualifié par la morale. Tuer est un acte intrinsèquement mauvais. Se tuer ou se suicider ne l’est pas moins. Non seulement le suicide serait immoral, mais il serait un acte irresponsable.

Emmanuel AVONYO

Pensée du 14 février 10

« … Quelque chose d’absolu est nécessairement engagé dans l’existence morale de l’homme. »

André Léonard, Le fondement de la morale, essai d’éthique philosophique.

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GRILLE DE LECTURE

L’homme ne peut pas se passer de morale. Une existence est avant tout morale puisqu’il n’y a pas d’existence humaine sans activité de l’homme, et qu’il n’y a pas d’action humaine sans principes moraux. La morale peut se définir comme la science normative catégorique de l’agir humain. Elle fixe les normes inconditionnelles de l’action de l’homme. Parce qu’elle rappelle ce que l’homme doit être compte tenu de sa nature profonde, la philosophie morale ne peut manquer de se prononcer sur le sens de l’être humain, et sur sa destinée totale. La philosophie aide à savoir que les grandes facultés humaines que sont l’intelligence et la volonté, sont constitutivement ouvertes sur l’infini, sur l’absolu, et même sur l’Absolu.

Par son intelligence, l’homme à la différence de l’animal, n’est pas seulement ouvert sur tel ou tel objet ou ensemble d’objets, il est infiniment ouvert sur toute réalité en général, voire sur tout sens simplement possible. Descartes affirmait que c’est par l’intelligence que l’homme ressemble le plus à l’Absolu. Il faut y voir l’indice de la grandeur de l’intelligence humaine, malgré ses humiliations par Pascal. Cette grandeur de l’intelligence fait que l’esprit humain n’est jamais rassasié par une somme, même très grande, de connaissances. Il aspire toujours à plus, il s’élance vers des horizons nouveaux, qu’il n’épuisera pas non plus (parce que près de trois millénaires de science n’ont pas mis un terme à la quête de sens de l’homme). Seule la vérité plénière de l’être lui-même, seule, en fin de compte, la plénitude de l’Etre subsistant pourrait le combler totalement.

De même, la volonté humaine, c’est-à-dire, le désir humain, à la différence de l’appétit animal, n’est pas limité, dans son dynamisme à certaines fins déterminées. Il est orienté de manière absolue, vers cela même qui est capable de le saturer, à savoir la bonté, non pas de tel ou tel bien ou ensemble de biens, mais de l’être lui-même en totalité, et finalement de celui qui est le Bien subsistant. Même la somme intégrale de tous les biens finis le laisserait insatisfait. Cela est su de tout le monde. C’est pourquoi la volonté, en chacun de ses mouvements particuliers, se déborde à l’infini en direction d’un surcroît. L’on pourrait multiplier les exemples, pour évoquer l’expérience de l’amour. L’homme court après un objet qu’il étreint grandement et qui pourtant lui échappe infiniment. Il se cache derrière tout cela une soif d’absolu.  L’Absolu n’est-il pas la limite idéale de tous les êtres ? (Hegel) C’est ce qui fait dire à André Léonard qu’il y a quelque chose d’absolu qui est engagé en le moindre de nos actes volontaires et intelligents. C’est aussi pourquoi la norme morale est absolue et catégorique.

Emmanuel AVONYO, op

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Pensée du 13 février 10

« Les devoirs envers soi-même et ceux envers la société, obligeant l’homme à respecter sa propre vie, le suicide ne pouvait qu’être assimilé à un acte indigne. »

Gilles LIPOVETSKY, Le crépuscule du devenir

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GRILLE DE LECTURE

L’homme est une histoire sacrée, la vie est sacrée. Elle est sacrée parce qu’elle ne nous appartient pas. Nous sommes peut-être d’accord qu’en un moment de l’histoire, nous nous surprenons entrain de vivre. Nous assistons à notre naissance sans en avoir été conscient. L’instant où commence notre vie nous échappe toujours. Nous vivons mais sans jamais savoir ce que c’est que la vie, parce qu’elle est transcendance, elle est une invisibilité fondamentale. N’étant pas l’auteur de notre vie, pour le simple fait de n’en avoir pas été l’auteur en son temps, nous avons cette obligation morale de la respecter. Respecter la vie c’est aussi respecter son auteur. Le suicide est un acte indigne, il fait croire que dans notre entourage, personne ne pouvait nous sortir de la tourmente dans laquelle nous étions empêtré. Il est une injure pour la société. Le suicide prive la société de nos services. Il est un manquement grave au devoir humain et social qu’est vivre simplement.

L’homme ne peut pas pour quelques atrocités de la vie se donner le pouvoir de s’ôter la vie. Nous vivons mais la vie ne nous appartient pas. La chose la plus noble et la plus digne pour un homme est de prendre les moments noirs de son histoire comme la phase négative d’une seule vie. L’homme doit donner sens à sa souffrance. La souffrance vient dire que nous sommes des êtres factuels, limités. Puisqu’il n’y a pas de vie sans les douleurs de l’enfantement, l’homme est appelé à vivre son épreuve existentielle comme un moment de la totalité de la vie.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Pensée du 12 février 10

« On dit souvent que la force est impuissante à dompter la pensée. Mais pour que ce soit vrai, il faut qu’il y ait pensée. Là où des opinions irraisonnées tiennent lieu d’idées, la force peut tout. »

Simone WEIL, Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale.

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GRILLE DE LECTURE

La pensée est la faculté qui ennoblit l’homme. L’homme est capable de penser et c’est cela qui est sa principale tâche. D’où vient qu’il y a encore des maux qui gangrènent nos sociétés si vraiment la force est impuissante à dompter la pensée ? Lorsque la pensée est mise en veilleuse, alors surgit le désordre. Dans la cité où ne règnent que l’irrationalité de l’injustice et les passions de guerre, la raison sommeille. Quand l’opinion prend place, la pensée tire sa révérence. Dans ces conditions, seuls, contemplent à ciel ouvert la lumière comme splendeur du Bien, ceux qui lui sont ouverts, c’est-à-dire qui pensent.

L’homme, pour autant qu’il est homme est capable de cette faculté de se déterminer lui-même qu’est la pensée. Cette faculté est son lien essentiel, jamais monnayable, qu’il ne peut quitter définitivement que par la mort. Si l’homme ne fait pas usage de ce lien essentiel, il se laisse gagner par la paresse. Devenue lourde, son âme est prête à recevoir n’importe quoi. Elle ne peut plus avoir des idées, mais seulement des opinions. Dans ces conditions, elle devient pleinement manipulable, comme une fleur qui se plie à tous les mouvements du vent.

La force peut tout là où la raison de s’exprime plus, là où il y a inattention, là où fait défaut le regard lucide. Et ce regard, précisément, n’est présent à l’homme qu’en des rares instants. En fait, les exigences de la vie quotidienne étouffent notre moi authentique et ne lui permettent pas de s’affirmer. Les nécessités de la vie, en nous encombrant, font que le plus souvent nous vivons à la superficie des choses et de nous-mêmes, laissant ainsi sommeiller notre être profond.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Equilibre

Le billet de Mejnour 58

Le philosophe qui pense le droit pense aussi l’équilibre, la bonne distance qui stabilise les sociétés tout en assurant les libertés individuelles. L’un des symboles de la justice et du droit, c’est, justement, la balance aux plateaux en équilibre. Un symbole dont la philosophie pourrait faire son profit.

Une philosophie qui ne s’ancre pas dans la défense de l’humain, qui préfère la conquête de l’avoir à la recherche du savoir, cette philosophie-là ne mérite que les crachats de consciences opprimées.

Le philosophe qui pense le droit sait que les inégalités entre les hommes et les sociétés sont inévitables. L’univers est ainsi conçu, la montagne a ses sommets ainsi que ses vallées. Mais le sage s’évertue à réduire les inégalités entre les hommes, lesquels naissent d’une « égalité d’humanité », nul n’étant plus homme que l’autre.

Sur ce, Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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