Archive for the ‘PHILOSOPHIE’ Category

Pensée du 11 février 10

« L’humanisme est d’abord un combat pour l’homme ou, plus précisément, pour l’humanité de l’homme : il s’agit de défendre, non une espèce seulement, mais ce que celle-ci a fait de soi, non l’homo sapiens mais l’humanité civilisée. »

André Comte-Sponville, Valeur et vérité, Etudes cyniques.

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GRILLE DE LECTURE

Tous les hommes sont humanistes, ils sont humanistes d’un humanisme pratique. C’est le point de vue de Comte-Sponville. Unis par l’agir, tous les hommes sont humanistes parce que l’humanisme est le but ultime de l’action. C’est l’humanisme qui rassemble les hommes et l’action est un combat pour l’humanisme. Si l’humanisme rime parfaitement avec l’humanité de l’homme, l’engagement humain est le gage sûr du combat pour la reconnaissance de l’humain. Bien plus, ce qui fait des hommes des humains et les rend dignes de l’être, c’est la considération de l’homme comme une fin. En cela, Kant est immortel par ses émules. L’humanisme pratique se définit comme l’affirmation et la défense de l’humanité de l’homme comme une valeur. Sous ce rapport, l’humanisme pratique de Comte-Sponville est le désir affirmé d’être humain au sens normatif du  terme. C’est l’effort assumé de se soumettre à l’humanité non comme un sous ensemble de l’écologique, ou comme une simple espèce biologique, mais comme valeur.

Le bien serait, selon Spinoza, le moyen qui rapproche l’homme de plus en plus du modèle de sa nature humaine. L’humanité en tant que respect humain serait le désir de faire aux hommes seulement ce qui leur plaît. On ne peut pas faire aux hommes un bien qu’ils ne veulent pas. L’humanisme n’est pas à prendre simplement comme un principe explicatif, mais comme un effort d’adaptation aux métamorphoses de l’humanité de l’homme. L’homme n’est pas un dieu et il ne reste homme que dans cette tension vers l’homme par un combat pour sa valeur. L’humanisme pratique est un humanisme spontané dont les mères savent plus que les philosophes. Etre humain, c’est être capable de langage, et être assujetti à l’amour. De génération en génération, l’humanité s’invente auprès de la douceur et de la patience maternelles, de la langue maternelle. L’éducation terminée, on n’a jamais fini de s’humaniser. L’humanisation prend le relais de l’hominisation.

L’humanisme pratique n’appartient à personne, sinon, il n’appartient qu’à ceux qui le pratiquent en effet, c’est-à-dire, qui font preuve d’humanité, qui font de leur existence un combat pour l’homme  et ses nouveaux besoins. L’humanisme théorique, simplement pensé ne suffit pas. Il ne suffit pas mais il n’est pas un immoralisme. Voici que la question se pose : l’humanisme pratique est-il un anti-humanisme théorique ? Mais, l’humanisme pratique peut-il contrister un humanisme théorique, si « les sciences humaines ne sont pas faites pour les chiens » ? Penser l’homme dans sa vérité, dans son histoire et dans sa concrétude, c’est penser la morale dans son urgence. Un homme sans morale serait inhumain (Spinoza) car l’humanité est une valeur. L’humanisme théorique n’est pas moins un combat pour le sens de l’humain. Pour accompagner jusqu’au bout Comte-Sponville dans sa pensée, nous pourrons ajouter que tous les hommes sont humanistes, d’un humanisme théorique ou pratique. On est humaniste à respectant la diversité du regard humain.

Emmanuel AVONYO, op

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Droit

Le billet de Mejnour 57

A quoi pense l’homme de Lettres lorsqu’il interroge le droit ? Qu’est-ce qui est droit ? Comment cela devrait apparaître dans les sociétés (et les vies) humaines ?

La première image du droit, c’est ce qui n’est pas détourné, dévoyé, corrompu, en dents de scie. Le droit, c’est d’abord, au sens de base, ce qui, pour n’être pas penché, est conforme à une certaine rectitude. Et la rectitude est noble. Ce qui est noble est universel. Le droit rend donc raison de la condition humaine. Il dit à l’homme la vérité de l’humain.

Quand le philosophe pense le droit, il s’appesantit donc, aussi, sur la pondération. Car le droit est également question d’équilibre.

Sur ce, Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 10 février 10

« La personne est à-être ; la seule manière d’y accéder, c’est de la faire être ; en langage kantien : la personne est une manière de traiter l’autre et de se traiter soi-même. »

Paul Ricœur, Philosophie de la volonté, tome II.

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GRILLE DE LECTURE

Cet extrait de Philosophie de la volonté de Paul Ricœur laisse surgir la problématique du Soi-même comme un autre. Il rappelle aussi les Fondements de la métaphysique des mœurs d’Emmanuel Kant. Ce dernier écrivait que les hommes en tant qu’êtres rationnels sont appelés des personnes pour une raison fondamentale. C’est parce que leur nature les désigne déjà comme des fins en soi. En effet, tout être raisonnable existe comme une fin en soi et non pas seulement comme un moyen dont telle ou telle volonté puisse user ou disposer comme bon lui semble. Pour Kant, il est clair qu’une existence a en soi-même une valeur absolue. Paul Ricœur partage cette conception de l’homme comme une chose dont l’existence est une fin en soi.  Cela présente un intérêt certain. Si la personne est une manière de traiter l’autre et de se traiter soi-même, ou de traiter l’autre comme soi-même, on peut penser que considérer l’autre comme une fin objective, comme une fin en soi, comme une personne, c’est se poser soi-même dans les mêmes termes. Faire être l’autre, Montaigne dirait « faire bien l’homme », c’est lui conférer tous les attributs personnels humains qui l’élèvent au rang d’une fin.

Le Soi ricoeurien comme une personne, se donne d’abord dans une intention. Le Soi se porte naturellement vers un « objet » qu’il doit considérer comme une fin existante. C’est pourquoi la conscience de Soi, telle la conscience d’une chose, est une conscience intentionnelle. Concevoir l’homme comme une fin en soi, c’est le considérer comme un objet éthique, un objet visé par la conscience relativement au bien. Cette projection de soi vers l’autre est d’autant plus impérieuse que c’est en tant que conscience intentionnelle que le Soi se fait conscience de Soi. Tout comme « l’objet » est le projet de la conscience, l’autre est le projet du Soi. Finalement, le Soi est un Soi projeté. On dirait même que le Soi est un projet reconstitué, dans son retour à soi par la médiation de l’autre. Notons que tandis que la conscience de la chose est une intention théorique, la conscience de Soi, c’est-à-dire la conscience de la personne, est une intention pratique. Elle me fait être en faisant être l’autre. La personne a à-être veut dire que tout être raisonnable à à-être traité comme une fin. Cela veut dire encore qu’un être raisonnable ne devient personne qu’en advenant à sa plénitude d’être par la médiation qui le finalise (ici, le considère comme une fin).

Emmanuel AVONYO, op

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Intériorité

Le billet de Mejnour 56

L’homme est ce fragile roseau pensant dont la toute puissance réside en ceci : faire comparaître en soi l’univers entier. Chef d’œuvre de la Raison dans l’histoire, chacun est investi du devoir impérieux d’écrire l’Histoire en re-faisant le monde.

L’ouvrage est digne des titans. Mais il doit être accompli. C’est là tout le sens des siècles de philosophie qui, se déroulant d’hier à aujourd’hui, prouvent que patiemment, avec une persévérance de chaque instant, l’ascèse intellectuelle meut le monde.

Mais pour réaliser cette ascèse, pour penser, convoquer les dieux, infuser à la création les prodigieux éclats prométhéens de la connaissance, le bon sens recommande de s’asseoir. Ce n’est pas rien que de s’asseoir. Et de scruter tout le sens. Pour conjurer les fatalités qui asservissent les hommes. Pour le meilleur. Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 09 février 10

« La métaphysique arrive-t-on à affirmer de nos jours, traite moins de l’étant en général que du sens de l’existence. »

Paul Gilbert, La patience d’être, Métaphysique

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GRILLE DE LECTURE

Employée par Andronicos de Rhodes pour classer certains ouvrages d’Aristote traitant des sujets qui viennent après ceux de la Physique, l’expression « métaphysique », étude des propriétés générales de l’étant, a coïncidé pendant la scolastique, avec l’ontologie, l’étude de l’être en tant qu’être. Les scolastiques entendaient ainsi montrer que c’est la substance d’Aristote que visait la métaphysique. Il semble que même l’Antiquité grecque de Parménide et d’Aristote ait identifié l’ontologie à la métaphysique, même si ces acceptions n’étaient pas encore en vogue. L’étude de l’être en tant qu’être et l’étude de l’étant renvoyaient à la même réalité. Trois ruptures épistémologiques s’opèrent par la suite : la première rupture, celle de la modernité, a consisté à distinguer la métaphysique générale (traditionnelle) de la métaphysique spéciale.

La métaphysique générale est le domaine de l’ontologie, c’est-à-dire de l’étude de l’être en tant qu’être ou substance. La spéciale comprend la cosmologie rationnelle (l’être de la nature), la psychologie rationnelle (l’être de l’âme) et la théologie rationnelle (l’être de Dieu). La deuxième rupture est celle où l’emploi du terme métaphysique en lien avec l’ontologie a été dénoncé. Kant et Heidegger ont sonné le glas de l’ambition substantialiste de la métaphysique traditionnelle qui identifiait l’ontologie avec l’être en tant que substance d’Aristote.  S’il n’est possible de connaître que le phénomène, la métaphysique comme étude de la substance de l’Etre est obsolète. La troisième rupture qui intervient déplace la métaphysique de l’étude des déterminations communes de l’étant vers  la scrutation du sens de l’existence. Paul Gilbert assume cette nouvelle orientation de la métaphysique. Il veut désormais  ressaisir la substance de l’intérieur, car la scrutation de la substance est l’exercice d’un sens recherché, celui de l’existence.

Pour Paul Gilbert, même si notre époque, « héritière rebelle du rationalisme des temps moderne » doute de la fondation ultime du sens de l’existence, il est important de rappeler que Heidegger a invité à passer des étants à l’être, de l’être en tant qu’être au sens de l’être, afin d’arracher nos espaces intérieurs à la dictature du non sens. Si aucun savoir théorique n’est capable de nous donner adéquatement le sens de l’être, il ne s’ensuit pas que le sens ne se manifeste pas dans nos vies, dans la pratique de nos désirs et de nos affections. La philosophie contemporaine nous offre un moyen privilégié pour la quête du sens de l’existence : la science pratique du discours herméneutique qui éclaire notre agir. Le sens advient grâce à l’interprétation des signes de notre existence et de ses richesses vécues. Le passage de la métaphysique à l’ère de l’herméneutique par le moyen de la phénoménologie ne vise qu’à renouveler notre sens de l’être et notre compréhension de nos traditions culturelles.

Emmanuel AVONYO, op

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Peut-on tout dire ?

Le billet de Mejnour 55

Cette question a agité plus d’un domaine de la philosophie et des sciences du langage. Evidemment, selon le monde dans lequel chacun se situe, il est des réponses possibles, d’autres prescrites. Il en est aussi de proscrites.

Sur les chemins d’une vie, dans le cadre d’un discours, il est certain que, même si l’on dispose de tout le lexique d’une langue, de toutes les règles de sa syntaxe, il est certain qu’ à vouloir épuiser tout sujet, on épuisera ses lecteurs-auditeurs.

Alors, s’il est vrai qu’on peut tout dire, il est aussi clair que, pour des raisons d’efficacité, l’on fera le choix de l’utile au détriment de l’agréable. De plus, il faudra choisir sa façon de dire ce qui pour soi, est vrai. La philosophie, l’art de penser, est, manifestement, une ascèse. C’est sur ce mot que Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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La justice a-t-elle besoin de déontologie ? (1)

L’Atelier des concepts, par Emmanuel AVONYO, op

Semaine du 08 février 2010

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Première section : Le concept téléologique de justice

A quoi bon un article sur la déontologie de la justice ? Dans une réflexion publiée récemment à L’ACADEMOS sous le titre « Quelle déontologie de la justice pour une paix sociale durable », nous tenions la position selon laquelle tout comme il existe des stratégies et des lois pour une « guerre juste », il serait temps de penser une déontologie de la justice pour accéder à une paix sociale durable. Considérant que la justice est le plus court chemin vers la paix, nous avions essayé de proposer un contenu à la justice avec les modalités formelles de sa mise en œuvre tirées de la pensée de Rawls. Peut-être n’avions-nous pas pris la mesure de toute l’étendue de notre hypothèse de travail. Une lectrice a eu l’idée lumineuse de nous poser la question de savoir si la justice avait besoin de déontologie. Le présent travail est donc un effort de clarification de notre pensée et une tentative de réponse à cette question essentielle à la compréhension du concept de justice en lien avec la pratique sociale.

Nous vous proposons de découvrir la première section de cet article

>>> LE CONCEPT TELEOLOGIQUE DE JUSTICE

Voir aussi la deuxième section ?

LE CONCEPT DEONTOLOGIQUE DE JUSTICE


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Les paradoxes de la justice procédurale de John Rawls selon Paul Ricoeur

Les enjeux politiques de la justice comme équité de John Rawls

Pensée du 08 février 10

« De la joie, nous dirons qu’elle est un acte ; et du bonheur, nous dirons qu’il est constitué par l’ensemble des actes de joie lorsqu’ils sont des actes substantiels. »

Robert Misrahi, Le bonheur, Essai sur la joie

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GRILLE DE LECTURE

Point n’est besoin de surcharger le sens d’une pensée aussi limpide, dirait-on. Les eaux dormantes, les pensées simples, sont d’une profondeur insoupçonnée. Robert Misrahi nous invite donc à une nouvelle randonnée métaphysique d’exploration du sens de l’existence. Choisissons cet angle d’attaque : comment la joie devient-elle (est-elle) un acte substantiel ? Voilà qui nous introduit dans une phénoménologie de la joie. Pour être une attitude intentionnelle, c’est-à-dire un désir actif par lequel l’individu donne valeur aux événements qui le réjouissent, la joie est un sentiment qui ne se réduit pas à l’état d’une sensibilité passive. Ce n’est qu’un premier niveau de sens qui faudra dépasser.

Certes, la joie est un acte parce qu’elle est de l’ordre de l’intentionnalité, elle est une véritable activité de la conscience orientée vers un objet. Elle est une attitude librement choisie et librement maintenue en vie et en acte à travers l’écoulement actif du temps. Ainsi, pour Robert Misrahi, la joie s’oppose aux purs plaisirs passifs issus des besoins et de leur satisfaction. Elle est un acte qui a de la substance. La joie devient un acte substantiel quand elle est perçue comme partie constituante du bonheur d’une existence. Pour que la joie puisse remplir cette fonction, elle ne sera donc plus réduite au plaisir (Epicure),  à la perfection du plaisir (Aristote), à la joie de la contemplation (Platon, Schopenhauer), à la joie de l’amour (Sartre), à la joie de la création (Bergson), à l’accroissement de notre puissance d’exister (Spinoza), à la joie du oui dans la tristesse du fini (Ricœur).

Toutes ces définitions de la joie repèrent, selon Misrahi, un noyau de sens qui reste non élucidé. La joie comme forme affirmative du désir est un événement intégrateur de la conscience qui revêt non seulement une dimension réflexive (comme acte conscient) mais surtout une dimension fondatrice (décisive et essentielle à l’homme). En effet, pour s’intégrer dans l’ensemble durable d’une existence heureuse, la joie doit dépasser un simple sentiment actif pour devenir un acte substantiel où l’individu se saisit comme la source du sens qu’il veut donner à son existence, la source de validité des raisons qui font son bonheur. La joie comme intuition se redouble ici d’une adhésion réflexive et fondatrice, elle nous fait transcender le temps qui nous constitue et nous inscrit dans une dimension intemporelle. Elle nous ouvre à une sorte d’éternité où se joue une substantialité véritable qui pose un sens.

Emmanuel AVONYO, op

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Méthode

Le billet de Mejnour 54

Que voulez-vous dire ? De quels moyens disposez-vous pour le dire ? Le philosophe est maître en l’art d’user rationnellement de concepts tirés de tous les secteurs d’activité de l’homme. C’est dire que, pour lui plus que pour tout autre, « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément ». D’où l’importance, de peser scrupuleusement la pertinence et la rigueur de la pensée que l’on souhaite proférer, jeter dans l’histoire.

La méthode est alors un chemin de pensée, le témoignage d’une pensée qui creuse, interroge en s’interrogeant. Elle est une constante invitation à se dépouiller de tout l’accessoire qui brouille la lucidité, le philosophe étant un homme de vision. Le philosophe écoute aussi. Car tout maître fut disciple. Il sut écouter.

Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 07 février 10

« La tâche permanente de la philosophie, c’est permettre à l’homme de devenir vraiment lui-même en prenant conscience de l’être. »

Karl Jaspers, La foi philosophique

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GRILLE DE LECTURE

Karl Jaspers nous livre ici son postulat fondamental en ce qui concerne la pratique philosophique. Il éduque notre sens de philosophe en l’éveillant à l’essentiel : devenir vraiment soi-même. La finalité de la philosophie n’est pas extérieure à l’homme. La société, l’extérieur n’est qu’une médiation. En cela, la philosophie est proprement inutile. Le faire de la philosophie est un faire de l’esprit. Dans la réflexion philosophique s’accomplit ceci, qui échappe à tous ses détracteurs : l’homme y atteint sa plénitude d’être au prix de profondes ruptures. Jaspers pense que la philosophie est absolue mais sans but. Elle n’est ni un chêne ni un roseau auquel on puisse s’arrimer. On ne peut pas l’utiliser. Elle est une finalité sans fin : c’est bien la raison de toutes les attaques contre l’entreprise philosophique.

L’homme ordinaire se demande avec dédain, à quoi bon la philosophie ? Elle ne sert à rien. Platon n’a pas sauvé les Grecs de l’effondrement politique, il ne les a pas préservés de la ruine. Il y a même indirectement contribué. La philosophie ne guérit donc pas des turbulences politiques.  Socrate ne méritait rien de mieux que la ciguë. Giordano Bruno était bon pour le martyre. En dépit de l’inutilité de l’activité de l’esprit, Jaspers nous fait observer que ceux qui condamnent la philosophie la jugent de l’extérieur. C’est finalement la condamnation de la philosophie qui est inutile : la philosophie pérenne ne cessera pas avant l’homme. Sa tâche, permettre à l’homme d’être un homme libre par la conscience assumée d’une existence consistante.

Le but de l’acquisition du métier philosophique est la conquête de l’indépendance de l’être humain et de la paix avec soi-même. Comme Parménide, construisons un autel pour demander la paix d’une existence harmonieuse avec l’être. Chercher la paix pour soi et pour le monde par la philosophie, ce n’est pas inhiber ses capacités créatrices par une évasion conceptuelle fumeuse, mais penser l’existence en tenant sans cesse notre inquiétude en éveil. C’est rejeter les superstitions de l’homo lupus et s’affranchir des déterminismes irrationnels et obscurantistes de la guerre préventivement juste. La conscience de l’être appelle à se mettre au-dessus des fixations identitaires pour un meilleur devenir de l’homme.

Emmanuel AVONYO, op

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