Archive for the ‘SAGESSE’ Category

Pensée du 17 novembre 10

Cultiver de belles pensées est un cadeau pour l’humanité ! Vos pensées ne sont pas seulement en vous, elles rayonnent autour de vous et entrent dans l’inconscient collectif de l’humanité, créant ainsi comme une atmosphère à partir de vous : atmosphère d’amour et de bienveillance ou atmosphère de haine, selon la qualité des pensées que vous entretenez.

Sélim Aïssel, Maître de la 4ème Voie, entretien avec ses élèves.

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Pensée du 16 novembre 10

« La raison d’être des grandes personnalités est justement d’appeler tous les hommes à faire comme elles-mêmes, selon leurs possibilités. Ainsi individu et société d’une part, personnalités d’exception d’autre part, sont les deux pôles d’un phénomène unique de personnalisation qui aboutira à une humanité ouverte et peut-être à un univers humanisé… Ces grandes personnalités ne sont ni des seigneurs wagnériens, ni des surhommes nietzschéens. Ils convient tous les hommes à faire comme eux, à devenir, selon leurs possibilités, mais de plus en plus, leurs coadjuteurs, à eux qui sont les coadjuteurs de l’élan créateur…  (Elles) se donnent la main par-dessus les siècles, par-dessus nos cités humaines : ensemble elles composent une cité divine où elles invitent à entrer… Par l’intermédiaire de ces volontés géniales, l’élan de vie qui traverse la matière obtient de celle-ci, pour l’avenir de l’espèce, des promesses dont il ne pouvait même être question quand l’espèce se constituait. »

MADAULE Madeleine, Bergson et Teilhard de Chardin, Edition du Seuil, Paris, 1963

Pensée du 15 novembre 10

« La vertu, qui est la constance dans le bien moral appelle le bonheur, qui est la continuité dans la vraie joie ; et de même la constance dans le mal moral appelle le malheur.»

Léon OLLE-LAPRUNE, De la certitude morale, Editions universitaires, Bégédis, 1989, p. 9.

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GRILLE DE LECTURE

Il existe des vérités dans la vie morale qui résonnent comme des exigences de justice. Depuis Aristote, la philosophie enseigne que le bonheur est la récompense de la vertu. Tout homme tend vers son acte, il va vers l’achèvement de sa nature. Tout être, en tant qu’il est puissance, tend vers sa fin, sa perfection. Si pour Platon, notre vertu humaine fondamentale serait celle qui nous fait ressembler le plus à Dieu, et que le but de la vie consisterait à s’affranchir du corps afin de retrouver la vie divine, Aristote, Augustin, Thomas d’Aquin, Kant, affirment de leur coté que tous les hommes désirent incontestablement le bonheur. Le bonheur qui est la fin de l’homme, n’est pas relatif et passager mais durable et consistant. Seul le bien intensif fait la vraie joie de l’homme. Or, la continuité dans la vraie joie est liée à une activité supérieure de l’homme, l’activité de l’intelligence et de la liberté. Ainsi, l’homme qui veut être heureux doit vivre selon la raison, dans l’habitude du bien. Celui qui s’attache d’une volonté ferme au devoir et au bien, mérite le bonheur. Devient vertueux celui qui s’attache de façon constante à faire le bien. Celui qui demeure dans le mal doit être malheureux.

Cette certitude morale résonne comme une exigence de justice à un double titre. Le fait de faire le bien est une façon de se livrer à un exercice de justice. Car il s’agit de pratiquer la justice vis-à-vis de la nature et vis-à-vis de soi, afin que justice nous soit faite à notre tour. Ensuite (par conséquent), l’accord de la vertu et du bonheur ne peut être qu’une exigence de justice. En effet, la vie vertueuse est une vie de justice. Lorsque Platon considère la justice comme la vertu qui accomplit le mieux l’homme, il semble indiquer que les vertus cardinales telles que la prudence, le courage et la tempérance sont des manifestations supérieures de la justice. La prudence comme la sagesse est la justice de l’esprit. La tempérance pourrait être présentée comme la justice des sens, et la vertu de force comme la justice du cœur.

Le bonheur en tant que récompense du bien et le malheur comme salaire du mal résultent d’une justice naturelle dans l’ordre moral. Il est évident que nous ne plaçons pas a priori, comme Kant, le bonheur dans l’au-delà. Ce bonheur se mérite ici-bas. On y reçoit la récompense de ses choix moraux. D’aucuns préfèreraient évoquer ici la notion de responsabilité de l’agent moral. Pour Ollé-Laprune, l’agent moral a un compte à rendre et un jugement à subir.  On dira de lui qu’il a mérité ou qu’il a démérité selon que l’homme aura usé de sa liberté et de son intelligence pour faire son devoir ou non. « La volonté n’eut-elle fait que dans une seule circonstance le choix du bien ou du mal, ce choix, s’il est délibéré, s’il est fait avec entière connaissance de cause, avec pleine liberté, constitue un consentement au bien ou au mal. » Puisque la justice exige que chacun soit traité comme il le mérite, celui qui a mérité est celui qui gagne en valeur, en dignité, en excellence. Celles-ci appellent une récompense, qui est une joie, la jouissance continue d’un plaisir obtenu par le bien. Par le même principe de justice, la déchéance volontaire de celui qui refuse le bien attire un châtiment, le malheur.

Emmanuel AVONYO, op

 

Pensée du 14 novembre 10

« Les politiques grecs, qui vivaient dans le gouvernement populaire, ne reconnaissaient pas d’autre force qui pût le soutenir que celle de la vertu. Ceux d’aujourd’hui ne nous parlent que de manufactures, de commerce, de finances, de richesses, et de luxe même. »

MONTESQUIEU – De l’esprit des lois (Principes des trois gouvernements – Chapitre 3), Principe de la démocratie.

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GRILLE DE LECTURE

(Posté par Jean-Pierre Hamel, http://citationdujour.blogspot.com)

En démocratie selon Montesquieu, si la vertu ne guide pas les dirigeants, seul l’appât de la richesse et du luxe va les soutenir – ou plutôt les précipiter dans la corruption. Ne pourrait-on accoupler la vertu et la recherche de la richesse ? Le capitalisme associé au libéralisme nous oriente dans cette voie, et la recherche de l’enrichissement n’est plus aujourd’hui synonyme de vice incompatible avec une bonne politique ; par exemple, pour en revenir à nos grecs d’aujourd’hui, les mensonges de l’Etat auraient pu paraître supportables sous condition de réussite dans la gestion financière du pays.

Hélas pour eux, les politiques grecs d’aujourd’hui ne connaissent ni la vertu, ni la bonne gestion financière… On ne demande plus aux gouvernants d’être vertueux (on a des ayatollah pour ça) (1) ; par contre on leur demande de respecter les promesses faites au peuple lors de leur élection – donc de proscrire le mensonge électoral. Autrement dit on a glissé de ce qui fait la force du pouvoir politique, vers les buts qu’on peut lui assigner. Il ne s’agit plus de légitimer le pouvoir en considérant ce sur quoi il s’appuie, mais seulement de considérer le contrat qui le lie aux électeurs. Notre-Président le répète depuis 2007 : j’ai été élu pour faire ceci-cela… et pas pour cela-ceci (2).

Dans certains pays africains (je pense au Gabon comme exemple), le président corrompu jusqu’à la moelle a acheté la paix civile avec des enveloppes gorgées de dollars. Lorsqu’un opposant prétendait fonder un parti d’opposition, il était convoqué à la présidence, et au lieu de le jeter aux crocodile on lui donnait une grosse enveloppe en échange de son ralliement. Certains diront avec Montesquieu qu’effectivement en démocratie l’absence de vertu est signe de corruption. Soit. Mais alors que pour Montesquieu un tel régime devait inéluctablement dériver vers l’anarchie et la guerre civile, on constate que le vice est aussi un bon ciment social.

Voilà en effet qui ferait tomber à la renverse et Platon et Aristote.

 

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(1) …ni d’ailleurs d’être de bons gestionnaires (il y a des financiers pour ça), pas plus que de bons stratèges (il y a l’Etat major pour ça)

(2) « Pas pour augmenter les impôts, pas pour baisser les salaires, pas pour laisser les voyous terroriser les honnêtes gens… » Chic !

Pensée du 13 novembre 10

Du SUJET PHILOSOPHE

« Ce n’est pas moi qu’il faut écouter, mais à travers moi, qui le révèle, le Logos universel ». C’est en substance le discours d’Héraclite, sa parole à la fois intime et universelle. Son ambition n’est pas d’exprimer quelque opinion subjective et singulière mais de coïncider le plus parfaitement possible au Logos dont il se fait le fidèle interprète. Il se pose comme le médiateur entre le Divin et les hommes, l’herméneute, en lieu et place des interprètes traditionnels de la mythologie et du culte religieux. Lui qui selon ses propres termes « s’est cherché lui même » se découvre en effet dans la proximité extrême du dieu, selon l’injonction delphique. La parole annule la distance – la séparation de l’homme et du dieu – dans une affirmation symbolisante, réunificatrice : « Il est sage que ceux qui ont écouté, non moi, mais le Logos, conviennent que tout est un ». Le sujet parlant est le sujet du Tout dont il affirme l’unité à travers le multiple, y compris sa propre existence singulière, idiotique, réabsorbée dans le Logos universel : « alors que le Logos est universel, les nombreux vivent en ayant la pensée comme chose particulière ». Le particulier, en se posant comme opinion, s’égare dans l’illusion et le mensonge, méconnaissant le fondement qui les fait naître, penser, agir, et périr. Seul le Sage, s’élevant à la conscience cosmique, peut parler en vérité. Le vrai sujet c’est le dieu « qui seul est sage« .

Ce positionnement du sujet de la philosophie, à travers des variantes considérables, restera longtemps exemplaire. Dans la tradition chrétienne apparaîtra un balancement entre l’idée de Dieu, seul véritable sujet de l’histoire du monde et de sa rédemption, et les balbutiements d’une conscience séparée, individualisée, déchirée entre le désir du bien et l’attrait du mal, conscience malheureuse qui voit son seul salut dans l’amour inconditionnel de son créateur. La subjectivité, fort étrangère à l’esprit antique, fait son apparition sous les espèces de la douleur, de l’esseulement  et de la culpabilité. Les conséquences, pour l’histoire de l’esprit, sont considérables. On peut suivre ce creusement dramatique de la séparation à travers les siècles, en passant par Montaigne  (« je suis moi-même la matière de mon livre »), Descartes (je doute, je pense, je suis »), Pascal (effroi, angoisse, divertissement, conversion), Kierkegaard (stade esthétique, stade « éthique »  stade religieux), Sartre (« je me pose en m’opposant à autrui »), jusqu’aux bouffeneries lacaniennes ( « le sujet est un signifiant pour d’autres signifiants »), phrase asymptotique qui achève la pulvérisation du sujet dans le dés-ordre du langage.

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http://guykarl.canalblog.com/archives/2010/11/09/19556477.html

Pensée du 12 novembre 10

 « Le trait le plus général de l’expression symbolique, c’est la rencontre, en elle, de la représentation et du dynamisme.

Julien NAUD, « Symbolisme ».

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GRILLE DE LECTURE

Le symbole apparaît dans plusieurs champs de l’activité humaine, il surgit tout naturellement dans les sphères psychique, poétique et religieuse et véhicule une signification qu’on peut situer au niveau préconceptuel, antérieur au discours langagier. Il ne signifie pas à la manière conceptuelle. Dans la pureté de sa donation originelle, le symbole n’est pas spéculatif, il n’est pas encore réflexivement médiatisé, cependant, il condense une double orientation que Julien NAUD désigne par la rencontre de la représentation et du dynamisme. Il part de la considération que le symbole se découvre dans la pénombre de la sensibilité et de l’affectivité. Là on est en présence d’un symbole brut antérieur au discours. Prendre l’affectivité humaine comme point de départ du processus symbolique permet de comprendre que du point de vue de la représentation, le symbole se présente comme une image chargée d’affects dynamiques (l’angoisse, la peur, l’émotion…) Cette image est ici la représentation d’une chose perçue ou inventée par le sujet (ex. une licorne, une baleine, un monstre…) Dans la représentation, des affects sont liés aux images évoqués par le symbole, leur poids, leur qualité et leur diversité. La vie humaine qui est remplie de symboles retrouve du coup son épaisseur à cause de la charge affective des images. Ces images semblent indiquer des ouvertures ou des blocages. Le psychothérapeute, le psychanalyste s’occupent souvent du décodage de l’épaisseur de la vie que certaines images voilent.

Toutefois, la limite de l’entreprise de décodage se situe dans le dynamisme du symbole. En effet, dans la représentation symbolique, les images et les affects ne sont pas fixés une fois pour toutes chez un individu. Comme les individus, les groupes peuvent se développer ou régresser en connaissant une modification de leurs affects. C’est ainsi que Carl G. Jung évalue le progrès psychique humain dans un processus d’individuation. On se rappelle les développements de Paul Ricœur sur le dynamisme du symbole du mal dans sa Symbolique du mal. Il montrait que dans la tradition juive, les symboles du mal, nous dirons ici les images et les affects qui entourent le symbole du mal, se sont transformés, en passant successivement de la souillure accompagnée de la terreur à la culpabilité assortie du remords de conscience. Il s’agit dans l’exemple qui précède d’une transformation progressive. En sens inverse, Nietzsche considère comme une régression le fait que la figure du Dionysos, centrale dans la Grèce qui a donné les tragédies d’Eschyle et de Sophocle, soit remplacée par la figure du socratisme dans les œuvres d’Euripide. Dans la conscience collective ou individuelle, les symboles conjoignent représentation et dynamisme.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 11 novembre 10

« (…) Les humains préfèrent encore que le malheur soit la rétribution d’une faute ou d’une erreur, plutôt que d’accepter qu’il soit dénué de toute signification. C’est pourquoi, sous cette loi de la rétribution totale, l’échange a toujours la forme d’une surenchère : pour que l’échange remplisse sa fonction, il doit réintégrer cette marge, et donc augmenter (…) Si l’amour est cette faculté que nous avons de transgresser la loi de l’échange, d’aimer nos ennemis, il opère une sorte de rupture avec la logique de la surenchère et de l’irréversible. Par cette rupture, par ce « pardon », nous refusons de haïr l’ennemi au– delà du mal que nous lui faisons. Au fond l’impossible commandement d’amour des ennemis nous met au défi de pratiquer une réciprocité pure, sans un brin de surenchère. Le pardon serait ici strictement équivalent à la pure justice. »

Olivier Abel, Le pardon vient après la justice, Publié dans Alternatives non-violentes n°84 sept. 92.

(http://olivierabel.fr/supplement/le-pardon-vient-apres-la-justice.html)

Pensée du 10 novembre 10

« Oui ou non, la vie humaine a-t-elle un sens, et l’homme a-t-il une destinée ? J’agis, mais sans même savoir ce qu’est l’action, sans avoir souhaité de vivre, sans connaître au juste ni qui je suis ni même si je suis. »

Maurice BLONDEL, L’action, VII.

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GRILLE DE LECTURE

Maurice BLONDEL pose ici le problème du sens de la vie en des termes très pascaliens. Selon toute évidence, la théorie de l’action blondélienne se trouve déjà en germe dans celle du pari pascalien. « Oui ou non, la vie humaine a-t-elle un sens ? »Tandis que Pascal se demande s’il existe oui ou non des raisons de croire, Blondel se pose plutôt la question de savoir si la vie a un sens, ou si l’action humaine a un sens. Pour Pascal, par-delà toute hypothèse, il faut parier. La vie elle-même est un pari. Pour Blondel, la vie est un pari pour la praxis, elle est la synthèse de l’action de l’homme ; l’homme agit et ne peut pas ne pas agir. Or, le pari de l’action est un pari pour le sens, car qu’on le veuille ou non, la question du sens se pose à l’homme qui agit. Il est tout aussi incontestable que l’action humaine porte en elle-même une responsabilité qui engage la vie ou la mort, et que l’homme est un mystère, une énigme que l’action aide à explorer. Ainsi, l’homme ne peut pas continuer à vivre comme une espèce de végétal, sans savoir le « pourquoi » de son action, sans connaître le « qui » de sa personne. Blondel se décide pour l’action afin de mieux se connaître : « Je découvrira sans doute ce qui se cache dans mes actes, en ce dernier fond où, sans moi, je subis l’être et je m’y attache. »  Cette découverte ne va pas de soi, il faut l’entreprendre par le bon côté. La démarche exige de ne rien présupposer et de ne rien écarter.

Pour comprendre le sens de la condition humaine, il n’y a pas de meilleure voie que celle de l’action envisagée du point de vue de sa totalité. L’action humaine est la question sans laquelle il n’y en a point d’autre. Blondel fait remarquer que les hommes ont inventé une kyrielle de subterfuges pour échapper aux exigences de l’action. C’est pourquoi il choisit de se placer à l’intérieur de l’action humaine pour reconnaître quelles en sont les exigences, pour en mesurer toute l’expression et pour relever le mouvement initial qui persiste toujours malgré les négations et les folles extravagances de la volonté humaine. Blondel s’attelle à montrer que dans toutes les attitudes par lesquelles l’homme cherche à échapper aux exigences de l’action, il y a une extravagance, une disproportion. En clair, il existe une profonde discordance entre ce que l’homme croit vouloir et ce qu’il veut réellement. Après avoir observé à plusieurs niveaux cette distorsion entre la volonté voulante et la volonté voulue, entre le dynamisme spirituel et intelligent qui anime l’homme (volonté profonde) et sa volonté de surface (volonté déclarée), Blondel conclut qu’il y a dans les actes humains un inachèvement, une inachevabilité qu’il est impuissant à combler lui-même. La connaissance de soi-même, c’est-à-dire la lumière qui éclaire le sens de la vie et de la destinée humaine est octroyée dans l’ouverture à une Autre Action que la sienne.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 09 novembre 10

Une petite vertu aussi, la plus petite de toutes : la politesse…  Pourquoi est-ce que les gens ont envie que vous leur serriez la main quand vous les croisez dans l’escalier de l’entreprise ? Parce qu’ils voudraient que vous les respectiez. La vérité vraie, c’est qu’ils voudraient même que vous les aimiez. Qui peut le plus peut le moins… Si vous les aimiez, vous leur serreriez la main. Mais quand on n’est pas capable du plus – et personne ne peut aimer tous ceux qu’il croise dans l’escalier – on n’est pas dispensé pour autant du moins, et même on y est tenu. Personne ne peut vous obliger à aimer tout le monde dans votre entreprise ; mais vous êtes tenu moralement de respecter tout le monde. En ce sens, la morale, c’est une forme d’amour. Comme l’amour fait toujours défaut, on a besoin de morale. Et comme la morale fait presque toujours défaut, au moins en partie, on a besoin de politesse. »

André Comte-Sponville, Petit traité des grandes vertus

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Pensée du 08 novembre 10

« Vanité des vanités, tout est vanité. Quel profit l’homme retire-t-il de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ? »

L’Ecclésiaste 1, 2

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GRILLE DE LECTURE

La pensée de ce jour tirée de la Bible offre vraiment l’occasion de philosopher. Tout est vanité, nous dit l’Ecclésiaste. Comment ne pas y voir le tragique de la condition humaine ? L’écrivain sacré n’exprime-t-il pas le caractère précaire et transitoire de toutes les réalités du monde dans lequel nous sommes jetés ? On ne peut pas ne pas se poser la question de savoir quel profit l’homme retire de toute la peine qu’il se donne sous le soleil, tant que tout est vanité. L’homme gagne à peine sa vie à la sueur amère de son front, il se fourvoie en conjectures mirifiques pour des résultats incertains. « A chaque jour suffit sa peine », dit l’adage populaire. La vie de l’homme ressemble à un cycle où se succèdent  peine et souffrance de mal en pire, l’attente et la déception, la vaine gloire et la cruelle désillusion au sujet de l’inanité de toute action humaine. Tout est vain, tout n’est que lassitude, tout est « du déjà vu ». Le Livre de l’Ecclésiaste abonde en images tirées de la vie quotidienne qui montrent qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, et que quoi que l’homme fasse, il ne sort pas du train-train de la vanité de l’existence. « Une génération s’en va, une autre arrive, et la terre subsiste toujours. Le soleil se lève, le soleil se couche ; il se hâte de retourner à sa place, et de nouveau il se lèvera. » Ce passage rappelle bien la philosophie héraclitéenne : tout coule, tout s’en va, rien ne s’arrête, on ne se baigne pas deux fois dans la même eau. Malheureusement, l’inconsistance rime avec l’inconstance des choses qui coulent sans répit : c’est le cycle de la vanité.

Pour l’Ecclésiaste, la vanité s’incruste dans l’obstination et la répétition lassante de l’histoire des hommes. Tout est vanité, parce que « ce qui a existé, c’est cela qui existera ; ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera ; il n’y a rien de nouveau sous le soleil. » Là où l’Ecclésiaste semble s’accorder avec Héraclite, c’est quand il écrit que les événements futurs ne laisseront pas de souvenir après eux, car il ne restera pas de souvenir d’autrefois. Le drame de la condition humaine, c’est non seulement que les événements surviennent sans rien apporter de nouveau, mais que faute de souvenir, l’homme se rend compte à peine de la platitude de ses jours. Il s’accroche à toute apparente nouveauté comme s’il y trouverait l’objet de satisfaction de ses vils soupirs. On comprend l’amertume de Pascal quant il dépeint l’homme qui ne jure que par le divertissement. S’il existe un homme qui prend la vraie mesure de l’ennui de l’existence, c’est peut-être Schopenhauer : « La vie oscille donc, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui. »  André Comte-Sponville a pu écrire que c’est la phrase la plus triste de l’histoire de la philosophie. Le présupposé de cette pensée n’est-il pas que seule la conscience de la primauté de l’Etre consolide durablement l’ouvrage des mains humaines ?

Emmanuel AVONYO, op