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Pensée du 18 mai 10

« Le postulat ontologique du pneuma est l’assise du système stoïcien sur laquelle reposent les théories connexes que sont la physique, la morale et la logique, qui jouent dans cet ensemble épistémologique la fonction scientifique d’un acte architectonique. »

Dominique ASSALE, « Pour une phénoménologie de l’histoire du stoïcisme », Cours d’histoire de la philosophie, UCAO-UUA-2009.

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GRILLE DE LECTURE

La densité de la pensée de ce jour nous met en demeure de procéder de façon quelque peu cartésienne : commençons par la définition des concepts clés. Un postulat est une proposition indémontrable, une vérité proposée à la concession au départ de toute construction. Dominique ASSALE appelle « postulat ontologique » la vérité ou l’intuition fondamentale affirmée par une philosophie. Tout philosophe part d’une vérité postulée qui éclaire l’ensemble de sa pensée. Les Stoïciens partent de l’intuition fondamentale du Pneuma (souffle, esprit). L’acte architectonique est l’un des actes génétiques d’une philosophie, cet acte qui donne naissance au système philosophique se caractérise par la fonction scientifique (systématique) qu’il confère à une philosophie. En clair, l’acte architectonique positionne une philosophie comme un corpus scientifique. Dans la philosophie stoïcienne de la période hellénistique post-aristotélicienne, le caractère scientifique découle de l’entrelacement et de l’ordonnancement des théories regroupées à l’intérieur de la physique, de la morale et de la logique. Ces trois sphères constituent une totalité systématique, la philosophie stoïcienne. Les différentes parties de la structure épistémologique (ici, scientifique ou systématique) de l’espace stoïcien tirent leur principe d’une vérité fondamentale : l’intuition du pneuma. Elle se rapporte au domaine de la physique. Ce qui fait dire à Chrysippe que la morale et la logique sont au service de la physique. Accordons à présent notre attention au postulat ontologique.

Le pneuma peut être présenté comme le souffle vital, un ensemble de flux et reflux, qui pénètrent tout l’univers, animant tout être naturel et unifient tout l’ordre naturel. Dominique ASSALE soutient que ce postulat ontologique du pneuma n’apparaît clairement que dans la physique du Portique (des Stoïciens) : « Au fond de la description de la physique, le pneuma se constitue comme un principe actif qui est à l’œuvre dans l’univers… C’est grâce au pneuma que toutes les parties de l’univers sont maintenues en équilibre sans courir le risque d’une désintégration dans le vide infini. » C’est pourquoi le pneuma est considéré comme le soubassement de tout l’édifice philosophique du Portique. C’est le pneuma qui structure toute la doctrine élaborée par les stoïciens. Il est un logos immanent d’organisation qui assure la continuité et l’équilibre dans la nature. L’unité de chaque être provient de la diversité de ses manifestations sous l’impulsion féconde du principe actif et divin qu’est le pneuma. Ainsi, dans la philosophie stoïcienne, le dualisme métaphysique de l’un et du multiple est surmonté. Le destin naturel qui unifie toutes les parties du monde s’apparente à Dieu. Selon Dominique ASSALE, le nom qui, dans la philosophie du Portique, convient le mieux à ce destin immanent présidant à la sympathie universelle est la providence.

Emmanuel AVONYO, op

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Pensée du 30 décembre 09

« L’existence humaine fait sens dans la mesure où l’homme est en situation dans ce type d’auto-implication compréhensive qu’on appelle depuis Schleiermacher cercle herméneutique.»

Dominique ASSALE, Paul Ricoeur ou de la connaissance philosophique à la Sagesse théologique (Cours de Licence III, ucao-uua, mai 2009)

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GRILLE DE LECTURE

Dominique ASSALE est un phénoménologue formé à l’école de Husserl. C’est logiquement (comme dans un tournant herméneutique) qu’il entreprend depuis plusieurs années des recherches sur la philosophie de Paul Ricoeur. Il assume le postulat selon lequel il n’y a rien de contraire à l’expérience, il n’y a que des expériences contradictoires. Ayant accordé beaucoup d’importance au concept d’expérience en philosophie, Dominique ASSALE s’intéresse à l’expérience sémantique et aux conditions phénoménologiques de sa constitution chez Paul Ricoeur. Il entend globalement par expérience sémantique le fait que la perception du double sens donne à penser à Ricoeur.

Il y a expérience sémantique partout où on est en présence d’une donation de sens. Pour lui, l’expérience sémantique est celle d’un sujet avant d’être un champ d’exploration. Et c’est au titre de la dimension subjective de l’expérience que Paul Ricoeur défend un enracinement existentiel du sens au nom de l’approche selon laquelle le langage en tant que milieu signifiant demande à être référé à l’existence humaine.  Selon la structure définie par Dominique ASSALE, le plan sémantique de la pensée de Ricoeur est avant tout le plan où s’élabore la problématique du langage. Dans la perspective péritiatique de l’expérience sémantique, la subjectivité de l’expérience est fondamentale.

Elle s’observe sur le plan réflexif et sur le plan existentiel. La réflexion fait le lien entre la compréhension des signes et la compréhension de soi. C’est ainsi que Ricoeur rapproche la pure compréhension positive des signes comme science et l’ontologie du Dasein selon laquelle exister, c’est comprendre. Plusieurs niveaux de l’expérience sémantique s’inscrivent dans l’existence. Sur le plan de l’existence, vue l’importance d’une ontologie de la compréhension dans l’expérience sémantique de Ricoeur, Dominique ASSALE se demande, à la suite de Cornéluis van Peursen, comment l’existence fait-elle sens. L’existence fait sens lorsqu’elle se trouve prise dans le cercle herméneutique de l’interprétation et de l’être interprété.

L’auto-implication compréhensive nous entraîne dans une dialectique du cercle herméneutique et  de l’induction ontologique. Selon Dominique ASSALE, il y a cercle herméneutique dans une situation existentielle où l’on ne sait plus distinguer le sujet de l’objet ou l’objet du sujet. Le cercle herméneutique désignerait chez Heidegger l’expérience antépradicative (précèdant tout jugement)  qui est connotative de l’expérience compréhensive du Dasein. Le sujet du comprendre est l’objet du connaître. Vu la richesse qu’il recèle en phénoménologie herméneutique, on peut dire que le concept d’expérience n’a pas encore livré tous ses secrets.

Emmanuel AVONYO, op

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Pensée du 19 octobre

« L’interprétation utilitariste de la justice consiste chez Epicure à garder l’enveloppe de ce qui est juste tout en en rejetant le contenu. Pour lui, est juste ce qui est utile en société.»

Dominique ASSALE AKA-BWASSI, Extrait du cours des Grands courants de philosophie, L2, 2008-2009, UCAO-UUA, ABIDJAN

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GRILLE DE LECTURE

L’utilitarisme contemporain porte la marque des philosophes anglo-saxons. L’école utilitariste rassemble depuis le 19e siècle des figures comme James Mill, Jeremy Bentham, John Stuart Mill, Henry Sidgwick, Edward Moore. Cette doctrine politique et morale se définit comme la recherche du plus grand bonheur pour le  plus grand nombre. Elle soutient que les actions sont bonnes et justes dans la mesure où elles tendent à accroître le bonheur (eudémonisme). La valeur morale d’une action est déterminée par l’utilité sociale. Ainsi, en société, à force de chercher à maximiser le plus le bien-être du plus grand nombre, l’on peut être amené à sacrifier ceux qui ne sont pas utiles (infirmes, impotents, chômeurs…) Cette forme de justice est qualifiée de téléologique, elle est préconisée par l’utilitarisme qui proclame la priorité du bien recherché sur le juste. C’est le contraire que revendique le déontologisme de Jürgen Habermas et de John Rawls dans sa Théorie de la justice comme équité.

La pensée de Dominique ASSALE a le mérite de nous renvoyer aux sources antiques de l’utilitarisme. Epicure (-341.-270) serait le père de l’utilitarisme. En plaçant le bonheur suprême dans le plaisir sensible (hédonisme), les épicuriens faisaient déjà le lit de l’utilitarisme contemporain. En effet, rechercher seulement le plaisir, le bonheur et l’utilité sans se préoccuper d’attribuer à aux citoyens ce qui leur revient de droit, c’est travestir la définition de la justice. Faire de l’utile en société ce qui est juste, c’est chercher la production sans aucun égard pour le producteur. Le sage épicurien, selon ASSALE, peut bien rendre à chacun ce qui lui est dû et obéir aux lois dans le seul but de garder la paix. C’est cette vision restrictive du bien et ce formalisme de la justice qui justifient l’idée selon laquelle l’interprétation utilitariste de la justice garde l’enveloppe de ce qui est juste tout en la vidant de son contenu.

Emmanuel Sena AVONYO, op

Pensée du 18 octobre

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE>>>