Posts Tagged ‘Emmanuel KANT’

Pensée du 30 janvier 10

« Ce n’est pas parce que nous avons besoin de l’idée de Dieu, qu’elle a une quelconque valeur démonstrative : elle ne témoigne jamais que de notre humanité. Les preuves que nous pouvons faire valoir ne renvoient pas à un être existant mais à notre propre pensée ; rien de plus. »

Pierre-Yves Bourdil, Le Dieu des philosophes

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GRILLE DE LECTURE

On se dirait dans une nouvelle version des critiques de Feuerbach dans L’Essence du christianisme. Il ne s’agit pas ici directement de religion, mais de la critique des preuves métaphysiques de l’existence de Dieu. Nous rappelons tout de même que pour Ludwig Feuerbach, la religion est une des formes radicales d’aliénation anthropologique, et il faut en démonter la mécanique en mettant rationnellement au jour ce qui constitue son essence. Ainsi, les religions ne font que projeter sur Dieu l’essence et les attributs humains.

La critique de Pierre-Yves Bourdil s’inscrit dans la droite ligne de celle développée par Emmanuel Kant contre les preuves de l’existence de Dieu. Elle relève trois éléments : tout d’abord, la preuve rationnelle de Dieu est l’expression d’un besoin humain mais ne justifie pas les prétentions de l’entreprise. Ensuite, ce besoin est le lieu d’une projection de notre humanité sur Dieu. Enfin, cet effort intellectuel humain ne prouve jamais un Dieu existant. Ce jugement de Pierre-Yves Bourdil est implacable, il souligne l’incapacité de la raison humaine à atteindre l’objet divin de son désir.

Pour être proche de la critique de Feuerbach, cette approche est à la fois très kantienne dans la mesure où pour Kant, les preuves a priori de l’existence de Dieu ne sont guère conclusives. La connaissance tend vers l’intuition de son objet mais l’intuition n’a lieu qu’autant que l’objet nous est donné. De fait, l’existence n’est pas une propriété que l’on puisse démontrer, elle est indéductible, elle se constate dans l’expérience. Dieu ne peut qu’être postulé par la raison pratique comme le fondement du sens moral de l’homme.P

Emmanuel AVONYO, op

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Pensée du 20 janvier 10

« … La morale n’est pas proprement la doctrine qui nous enseigne comment nous devons nous rendre heureux, mais comment nous devons devenir dignes du bonheur. »

Emmanuel Kant, Critique de la raison pratique

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GRILLE DE LECTURE

La moralité chez Emmanuel Kant est une loi par laquelle la raison détermine immédiatement la volonté. Celle-ci exige comme condition nécessaire à l’observation de ses préceptes, que soit postulés Dieu, l’immortalité et la liberté. La loi morale est édictée à la volonté par la raison sous la forme d’un impératif catégorique ; mais elle n’est mise en œuvre que par une volonté libre. En clair, il faut que l’homme soit libre, il faut qu’il y ait l’immortalité et que Dieu existe pour donner sens à notre pratique morale.

Ordinairement, l’homme s’attend à ce que la vertu soit récompensée et que le vice soit puni. L’accord du bonheur et de la vertu, le fait que la vertu soit couronnée par une vie heureuse, est une exigence de la conscience morale (la raison pratique). Or Kant constate que la vertu et le bonheur ne s’accordent pas toujours dans la vie courante. C’est-à-dire que l’expérience montre souvent des fripons heureux et des personnes vertueuses maltraitées par leur sort. Puisque le bonheur semble hors d’atteinte pour les personnes vertueuses, l’immortalité et Dieu sont les postulats requis pour assurer cette union dans l’au-delà.

Si l’exercice de la vertu ne suffit pas à nous rendre heureux, au moins il nous rend dignes du bonheur. La morale nous rend seulement dignes du bonheur, parce que notre action et le cours du monde ne nous y conduisent pas toujours. Dieu étant postulé comme fondement de la morale, Dieu étant la justification de notre action morale, seule la croyance en un Dieu juste et puissant, pourvoyeur de bonheur, peut assurer l’accord du bonheur et de la vertu. L’existence éthique n’est cohérente que dans l’acceptation de la croyance raisonnable en Dieu. Dieu se révèle chez Kant comme une exigence éthique, et non rationnelle.

Nous observons que la nécessité de l’impératif catégorique n’est compréhensible que dans la mesure où elle nous commande tout en nous rendant dignes du bonheur. Elle amène à postuler les conditions de cette nécessité : la liberté de l’homme, l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme. La volonté ne peut être déterminée par la loi que dans les conditions de la liberté. Cette liberté est le fondement inconditionné qui permet de penser la loi morale comme possible a priori.

Emmanuel AVONYO, op

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Pensée du 16 novembre 09

«… ce n’est pas seulement pour atteindre le bonheur mais la vertu que la raison a été donnée à l’homme ».

Emmanuel KANT, Fondements de la métaphysique des mœurs.

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GRILLE DE LECTURE

L’homme est un être libre doué d’intelligence et de volonté. Il est un être raisonnable qui est aussi un être de désir. Nous parions que personne n’ignore la dimension sociale, communautaire de l’homme. Ce qui voudrait dire que tout ce qui fait l’homme et sa noblesse l’oriente nécessairement et inéluctablement vers ce qui le satisfait pleinement et vers les autres êtres humains. L’homme n’est ni un être isolé ni un être fait pour quelque chose d’autre que le bonheur auquel il aspire fondamentalement. Et la raison qu’il a en propre et qui l’ennoblit en le distinguant des autres créés l’aide dans cette démarche existentielle.

En effet, comme le disait Descartes, l’homme est « une chose qui pense » et par la suite Pascal, son disciple, l’homme est « un roseau pensant », l’homme est cet être parmi les êtres qui se définit par la raison, cette faculté de distinguer le bien du mal, cette faculté de percement des mystères pour la vérité, pour l’orientation des actes et faits divers. Et comme le dit Kant, « Le bonheur est la satisfaction de toutes nos inclinations (tant extensive, quant à leur variété, qu’intensive, quant au degré, et aussi protensive, quant à la durée) ».

Or, nous savons que la vérité est une condition sine qua non pour le bonheur. La vérité et le bonheur sont étroitement liés. Il n’y a pas de bonheur sans vérité. L’homme qui vit dans le mensonge, le doute…de ses acquis n’est pas heureux. La raison l’aide dans la quête du savoir, de la connaissance et de la vérité.  L’acquisition de la vérité aide justement l’homme dans son périple terrestre car la découverte du sens de l’exister humain est capitale pour être heureux. L’homme qui se pose des questions sur son exister demeure malheureux, en quête de quelque chose qui lui manque. Il y a comme un vide en lui. Il demeure insatisfait existentiellement.

Mais nous disons aussi que l’homme ne peut en ce monde se prendre ou se considérer comme un être fait pour vivre seul. Il est intrinsèquement social et sociable. C’est dire qu’il doit vivre avec les autres, être en rapport avec eux, entretenir avec eux des relations bienfaisantes, constructives. L’homme dans son agir ne doit donc pas oublier la portée existentielle, sociale, historique de son faire. Il est appelé à vivre éthiquement avec les autres. Nous voulons dire qu’il doit être vertueux. Depuis Aristote, nous savons que la vertu est très analysée. Elle désigne la perfection en toute sorte de fonction, d’être et d’action. La vertu sur le plan moral est cette disposition permanente à faire le bien.

Et lorsque Kant dit que la raison est donnée à l’homme pour atteindre la vertu, il veut insister sur le fait que l’homme vertueux est celui qui, en société, use à bon escient de sa raison. On dirait que l’homme vertueux est cet être vraiment raisonnable puisqu’il ne peut qu’agir raisonnablement, poser des actes raisonnables. La vertu est le principe même des actions humaines et le principe qui en détermine nécessairement les fins morales. Pour Kant, les fins morales de tout acte sont au nombre de deux : la perfection de celui qui pose l’acte et le bonheur d’autrui. La raison de l’homme fait donc de lui un être qui pose de bons actes, des actes moraux.

fr Aristide BASSE, op

Pensée du 15 novembre

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