Posts Tagged ‘Aristide Basse’

Pensée du 25 avril 10

« Fait capital et d’une immense portée, une conception anthropomorphique de Dieu nous est à la fois philosophiquement interdite et religieusement nécessaire. »

LE ROY, Le problème de Dieu

_______________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

L’anthropomorphisme est le fait d’attribuer à Dieu la nature humaine, de lui donner des caractéristiques ou des représentations de l’homme. La religion le fait mieux. En effet, la religion est une relation entre l’homme et le divin. Du latin religare (relier), la religion signifie en soi ce qui relie l’homme au divin. Mais dans la conception religieuse en général, le divin est éloigné de l’homme (cf. les Religions Traditionnelles Africaines). Ainsi pour montrer le divin, l’homme passe par soi. Comme le divin est au-delà de ce qui est sensible, qu’il ne peut  demeurer avec l’homme, c’est à travers des hommes qu’il se fait voir, qu’il dirige le monde. Le divin s’incarne dans les grands hommes. Il prend ainsi la peau humaine, agit par l’homme, agit en homme. Les grands hommes de ce monde, de l’histoire sont donc l’incarnation du divin. Le divin a ainsi des attributions humaines. Les calamités sont attribuées au divin mécontent : il a été lésé, offensé, négligé… Le divin a alors des actes, des sentiments humains, il agit comme l’homme dans la colère, en état de réclamation, de besoin (d’adoration et de sacrifice par exemple…). Voilà l’anthropomorphisme de Dieu. Cela engage toute la croyance religieuse.

Mais cela ne passe pas chez les philosophes qui voient dans la conception anthropomorphique de Dieu une certaine trahison, une imposture, une méprise. Dieu qui est l’Etre transcendant ne peut être cerné, caractérisé. Il ne peut être enfermé dans les schèmes du sensible, il dépasse tout ce qui est représentable intellectuellement puisqu’il est invisible. Dieu dépasse toutes les catégories humaines. L’Etre nécessaire, transcendant, ne peut être vu comme un homme car l’homme est un être qui doit le tout de son être à l’Etre suprême. L’homme est comme un effet du don de l’être par l’Etre suprême qui est sa cause. Or, la Cause ne peut être prise comme et pour le causé, l’effet. Dieu est la Cause incausée de tous les êtres dont fait partie l’homme. Le rapport entre Dieu et l’homme est la causalité, la création, la donation de l’être. Leibniz disait « C’est se jouer de Dieu par des anthropomorphismes perpétuels : c’est se le représenter comme un homme qui se doit tout entier à l’affaire dont il s’agit » (Théodicée, I, § 122).

En effet, pour le philosophe, Dieu est trahi, est joué et l’anthropomorphisme n’a pas sa raison d’être. Par l’anthropomorphisme, le causé se joue de l’Etre causant non causé. Aussi, Dieu est un Etre Absolu, et l’homme est un être relatif. L’Absolu ne peut revêtir la peau du relatif. Chacun a ses attributs propres qui le distinguent essentiellement de l’autre. On ne peut ramener l’Absolu, le nécessaire et l’Infini au relatif, au contingent et au fini.

fr Aristide BASSE, op

Pensée du 24 avril 10

« L’hypothèse est une interprétation anticipée et rationnelle des phénomènes de la nature. »

CLAUDE BERNARD, Introduction à la médecine expérimentale

_______________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

La science fonctionne par hypothèse. L’élaboration d’une hypothèse est une réponse anticipée à la question de la recherche. L’hypothèse est donnée comme une solution anticipée à l’objet de la recherche. En effet, l’hypothèse est une idée qu’on met en avant pour permettre la recherche, pour construire quelque chose. C’est une proposition qui est à titre de principe et qui permet la recherche. C’est donc dire qu’en procédant par la vérification de l’hypothèse qu’il s’est donné dans et pour une recherche, le scientifique la pose comme la première intuition ou la première solution intuitionnée. Mais il s’agit ici d’une intuition rationnelle puisque l’hypothèse est construite.

Mais cette hypothèse doit s’établir de fait pour s’imposer comme vérité, comme la réelle connaissance, la réelle solution du moment, le vrai résultat escompté et vérifié et vérifiable. L’hypothèse se base toujours sur la question de la recherche, elle vient dire anticipativement l’objet de la nature sur lequel porte ou veut porter la recherche : les phénomènes de la nature. Elle est là pour interpréter déjà les phénomènes mais tout reste à vérifier, à expérimenter pour une authentification, pour l’établissement des lois de la nature, des lois scientifiques ; car la science n’établit pas  définitivement sa vérité sur la seule base des intuitions, d’où qu’il faut vérifier (expérimentation). L’hypothèse ne sort pas ex nihilo. Elle vient dire une pré-compréhension d’un phénomène donné. C’est dire qu’elle est justement une interprétation de ce qui se donne là à être interprété, à être compris, à être saisi dans sa réalité fonctionnelle, dans sa réalité intrinsèque.

fr Aristide BASSE, op

Pensée du 18 avril 10

« Le droit individuel au suicide, cela se discute, le droit au suicide de l’humanité, cela ne se discute pas ».

Hans JONAS, Principe Responsabilité.

___________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

Hans Jonas, en pensant la technoscience dans la démesure de sa production voit que l’humanité tout entière est menacée, elle court un danger. La menace plane sur la vie de l’homme individuel et sur l’humanité puisqu’il y a une importance des dégâts collatéraux de l’agir ultra-technologique de l’homme. Le technoscientique est en train de risquer sa vie et celle de tous ceux qui partagent les mêmes conditions d’existence que lui, ceux qui sont dans une même communauté de vie que lui. La vie de tous est pariée.

Mais le pari ne concerne que soi. L’on ne peut risquer que ce qui nous est propre. L’on ne doit pas risquer quelque chose qui appartient aux autres. C’est pourquoi, le suicide qui est toujours un fait personnel peut se décider par celui qui veut s’ôter la vie. Lui-même réfléchit, voit les contours et peut décider. C’est dans ce sens que Hans Jonas pense la discussion sur quelque suicide personnel, individuel. Vouloir se suicider, c’est vouloir délibérément s’enlever la vie qui est une propriété. L’homme qui vit a la vie en propre. On dirait qu’il est le « propriétaire » de sa propre vie.

L’humanité dépasse l’homme individuel, c’est une entité plus large qui englobe tout. On dirait que l’homme est une goutte d’eau dans cette mer de l’humanité. Et donc l’homme ne peut risquer la vie de toute une masse de gens. L’humanité n’est pas une personne qui  peut décider de s’enlever, de risquer, de parier quelque chose qui lui est propre. On ne peut donc discuter du suicide de l’humanité. Le suicide d’une collectivité ne peut être décidé par quelqu’un. Seule la collectivité a des droits sur ses biens, ses affaires, sur ses acquis, bref, sur ce tout ce qui lui appartient et dont elle peut jouir à son aise, à sa guise. Droits et obligations à l’égard de l’autre, à l’égard de tout ce qui le fait, à l’égard de tout ce qu’il a et de tout ce qu’il est  sont soulignés ici. L’éthique dans les relations, dans les faires, dans les actes est ici revalorisée.

fr Aristide BASSE, op

Pensée du 17 avril 10

« C’est l’essence propre de la science, c’est à priori son mode d’être, d’être hypothèse à l’infini et vérification à l’infini. »

EDMUND HUSSERL, Recherches logiques

____________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

Spencer, dans Premiers principes (2è partie, ch. I, § 37) distinguait la connaissance vulgaire comme une connaissance non unifiée, de la science comme connaissance partiellement unifiée et de la philosophie comme connaissance totalement unifiée. C’est dire que pour lui, la science donne quelque connaissance qui n’est pas complète, achevée. On peut alors dire que la vérité scientifique est réfutable. Quelque chose reste toujours à vérifier dans la science.

La réfutabilité de la science, de la vérité scientifique lui donne le caractère de ce qui est comme le commencement de quelque chose, de ce qui est comme provisoire. C’est ce que pense Husserl quand il dit que la science dans son essence propre est une « hypothèse à l’infini et vérification à l’infini ». L’épistémologie comme philosophie des sciences nous montre que la science n’est pas dogmatique, elle ne donne pas des vérités dogmatiques. Mais cela n’est-ce pas en lien avec la nature même de son objet qu’est la nature ? Ce qui fait sa force, ce qui fait la science, c’est son caractère expérimental. Nous parlons ici de la science de la nature.

Ce qui est vraiment de l’ordre de la science, c’est l’expérimentation, la vérification. C’est dire que toute vérité scientifique reste une hypothèse qui est à passer au crible de la vérification, de l’expérimentation. Nous le disons puisque la véritable science procède par une énonciation d’hypothèse qui se donne à la vérification, à l’expérimentation pour enfin aboutir à un résultat. Mais ce résultat peut faire à son tour l’objet d’une nouvelle expérience.

Aucune vérité scientifique n’est éternelle. Elle doit être prise comme un savoir acquis, vérifié pour un moment, mais des expériences ultérieures peuvent la réfuter à cause de nouvelles révélations ou encore la mise en place d’autres matériels de vérification plus appropriés, plus performants. Une vérité scientifique doit être à la fois vérifiée et vérifiable.

fr Aristide BASSE, op

Pensée du 17 novembre 09

« Nous appelons personnaliste toute doctrine, toute civilisation affirmant le primat de la personne humaine sur les nécessités matérielles et sur les appareils collectifs qui soutiennent son développement ».

Emmanuel MOUNIER, Manifeste du personnalisme.

____________________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

Le personnalisme est un courant de pensée qui pose l’absoluité de la personne. Il veut donc affirmer le caractère absolu de la personne humaine. Nous savons qu’une personne est un individu en relation, en rapport avec les autres. C’est dire qu’une personne ne peut qu’être relationnelle. Elle est au cœur de tout ce qui est fait pour son bonheur, son développement, son mieux-être social. L’absoluité de la personne humaine vient dire aussi l’absoluité de sa vie, de son existence. Nous pensons alors que tout ce qui constitue sa vie, son existence, ses réalités, son histoire est absolu, c’est-à-dire qu’il n’est pas à relativiser. Il prime absolument sur tout.

Toutes les actions qui concernent la personne humaine ne peuvent avoir de sens que si elles sont orientées vers la personne humaine. Dans cette pensée que nous sommes en train de méditer, Mounier veut nous montrer que toute entreprise concernant la personne ne peut la surpasser, se passer de ses réelles aspirations profondes et existentielles.  La personne doit être à l’origine, au centre et à la fin de tout cela. Une civilisation, une quelconque œuvre, un quelconque faire ne peut faire et ne doit faire fie de la personne humaine. Tout doit être orienté vers elle. Le personnalisme vient rappeler que toutes les politiques, toutes les entreprises humaines sont pour la personne humaine.

On peut dire que la personne humaine est aux yeux du personnalisme « sacrée » et son être, « sacré ». Le développement en société ne sera développement que dans la mesure où il prend en compte la personne humaine. Dans cette ère de la technologie pointue, le personnalisme tire la sonnette d’alarme pour la considération de la personne. La vie humaine n’est pas à dénaturer. La personne n’est pas à aliéner, à dénaturer. Tout doit se faire par l’homme et pour l’homme. La recherche effrénée des produits, du matériel de tout genre (posé comme ce qui est visé et donc ce qui est absolument la fin des entreprises technoscientifiques) est un dérapage. Tout ce qui menace la vie humaine, la personne humaine doit être banni pour son bonheur. La personne est valorisée dans toute conception personnaliste. La personne comme un être « absolu » prime sur tout.

fr Aristide BASSE, op

Pensée du 16 novembre

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE>>>

ALLER AU SOMMAIRE >>>

________________________________________________________________

Pensée du 16 novembre 09

«… ce n’est pas seulement pour atteindre le bonheur mais la vertu que la raison a été donnée à l’homme ».

Emmanuel KANT, Fondements de la métaphysique des mœurs.

___________________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

L’homme est un être libre doué d’intelligence et de volonté. Il est un être raisonnable qui est aussi un être de désir. Nous parions que personne n’ignore la dimension sociale, communautaire de l’homme. Ce qui voudrait dire que tout ce qui fait l’homme et sa noblesse l’oriente nécessairement et inéluctablement vers ce qui le satisfait pleinement et vers les autres êtres humains. L’homme n’est ni un être isolé ni un être fait pour quelque chose d’autre que le bonheur auquel il aspire fondamentalement. Et la raison qu’il a en propre et qui l’ennoblit en le distinguant des autres créés l’aide dans cette démarche existentielle.

En effet, comme le disait Descartes, l’homme est « une chose qui pense » et par la suite Pascal, son disciple, l’homme est « un roseau pensant », l’homme est cet être parmi les êtres qui se définit par la raison, cette faculté de distinguer le bien du mal, cette faculté de percement des mystères pour la vérité, pour l’orientation des actes et faits divers. Et comme le dit Kant, « Le bonheur est la satisfaction de toutes nos inclinations (tant extensive, quant à leur variété, qu’intensive, quant au degré, et aussi protensive, quant à la durée) ».

Or, nous savons que la vérité est une condition sine qua non pour le bonheur. La vérité et le bonheur sont étroitement liés. Il n’y a pas de bonheur sans vérité. L’homme qui vit dans le mensonge, le doute…de ses acquis n’est pas heureux. La raison l’aide dans la quête du savoir, de la connaissance et de la vérité.  L’acquisition de la vérité aide justement l’homme dans son périple terrestre car la découverte du sens de l’exister humain est capitale pour être heureux. L’homme qui se pose des questions sur son exister demeure malheureux, en quête de quelque chose qui lui manque. Il y a comme un vide en lui. Il demeure insatisfait existentiellement.

Mais nous disons aussi que l’homme ne peut en ce monde se prendre ou se considérer comme un être fait pour vivre seul. Il est intrinsèquement social et sociable. C’est dire qu’il doit vivre avec les autres, être en rapport avec eux, entretenir avec eux des relations bienfaisantes, constructives. L’homme dans son agir ne doit donc pas oublier la portée existentielle, sociale, historique de son faire. Il est appelé à vivre éthiquement avec les autres. Nous voulons dire qu’il doit être vertueux. Depuis Aristote, nous savons que la vertu est très analysée. Elle désigne la perfection en toute sorte de fonction, d’être et d’action. La vertu sur le plan moral est cette disposition permanente à faire le bien.

Et lorsque Kant dit que la raison est donnée à l’homme pour atteindre la vertu, il veut insister sur le fait que l’homme vertueux est celui qui, en société, use à bon escient de sa raison. On dirait que l’homme vertueux est cet être vraiment raisonnable puisqu’il ne peut qu’agir raisonnablement, poser des actes raisonnables. La vertu est le principe même des actions humaines et le principe qui en détermine nécessairement les fins morales. Pour Kant, les fins morales de tout acte sont au nombre de deux : la perfection de celui qui pose l’acte et le bonheur d’autrui. La raison de l’homme fait donc de lui un être qui pose de bons actes, des actes moraux.

fr Aristide BASSE, op

Pensée du 15 novembre

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE>>>

ALLER AU SOMMAIRE >>>

___________________________________________________________________

Pensée du 15 novembre 09

« Fait capital et d’une immense portée, une conception anthropomorphique de Dieu nous est à la fois philosophiquement interdite et religieusement nécessaire. »

LE ROY, Le problème de Dieu

____________________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

L’anthropomorphisme est le fait d’attribuer à Dieu la nature humaine, de lui donner des caractéristiques ou des représentations de l’homme. La religion le fait mieux. En effet, la religion est une relation entre l’homme et le divin. Du latin religare (relier), la religion signifie en soi ce qui relie l’homme au divin. Mais dans la conception religieuse en général, le divin est éloigné de l’homme (cf. les Religions Traditionnelles Africaines).

Ainsi pour montrer le divin, l’homme passe par soi. Comme le divin est au-delà de ce qui est sensible, qu’il ne peut faire demeure avec l’homme, c’est à travers des hommes qu’il se fait voir, qu’il dirige le monde. Le divin s’incarne dans les grands hommes. Il prend ainsi la peau humaine, agit par l’homme, agit en homme. Les grands hommes de ce monde, de l’histoire sont donc l’incarnation du divin. Le divin a ainsi des attributions humaines. Les calamités sont attribuées au divin mécontent : il a été lésé, offensé, négligé… Le divin a alors des actes, des sentiments humains, il agit comme l’homme dans la colère, la réclamation, le besoin (d’adoration et de sacrifice par exemple…). Voilà l’anthropomorphisme de Dieu. Cela engage toute la croyance religieuse.

Mais cela ne passe pas chez les philosophes qui voient dans la conception anthropomorphique de Dieu une certaine trahison, une imposture, une méprise. Dieu qui est l’Etre transcendant ne peut être cerné, caractérisé. Il ne peut être enfermé dans les schèmes du sensible, il dépasse tout ce qui est représentable intellectuellement puisqu’il est invisible. Dieu dépasse toutes les catégories humaines. L’Etre nécessaire, transcendant, ne peut être vu comme un homme car l’homme est un être qui doit le tout de son être à l’Etre suprême.

L’homme est comme un effet du don de l’être par l’Etre suprême qui est sa cause. Or, la Cause ne peut être prise comme et pour le causé, l’effet. Dieu est la Cause incausée de tous les êtres dont fait partie l’homme. Le rapport entre Dieu et l’homme est la causalité, la création, la donation de l’être. Leibniz disait « C’est se jouer de Dieu par des anthropomorphismes perpétuels : c’est se le représenter comme un homme qui se doit tout entier à l’affaire dont il s’agit » (Théodicée, I, § 122).

En effet, pour le philosophe, Dieu est trahi, est joué et l’anthropomorphisme n’a pas sa raison d’être en fait. Par l’anthropomorphisme, le causé se joue de l’Etre causant non causé. Aussi, Dieu est un Etre Absolu, et l’homme est un être relatif. L’Absolu ne peut revêtir la peau du relatif. Chacun a ses attributs propres qui le distinguent essentiellement de l’autre. On ne peut ramener l’Absolu, le nécessaire et l’Infini au relatif, au contingent et au fini.

fr Aristide BASSE, op

Pensée du 14 novembre

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE>>>

ALLER AU SOMMAIRE >>>

_______________________________________________________________

Pensée du 14 novembre 09

« L’hypothèse est une interprétation anticipée et rationnelle des phénomènes de la nature. »

CLAUDE BERNARD, Introduction à la médecine expérimentale

____________________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

La science fonctionne en terme d’élaboration d’une hypothèse qui vient donner une réponse anticipée à la question de la recherche. L’hypothèse est donnée comme une solution anticipée à l’objet de la recherche. En effet, l’hypothèse est une idée qu’on met en avant pour permettre la recherche, pour construire quelque chose. C’est une proposition qui est à titre de principe et qui permet la recherche. C’est donc dire qu’en procédant par la vérification de l’hypothèse qu’il s’est donné dans et pour une recherche, le scientifique la pose comme la première intuition ou la première solution intuitionnée. Mais il s’agit ici d’une intuition rationnelle puisque l’hypothèse est construite.

Mais cette hypothèse doit s’établir de fait pour s’imposer comme vérité, comme la réelle connaissance, la réelle solution, le vrai résultat escompté et vérifié et vérifiable. L’hypothèse se base toujours sur la question de la recherche, elle vient dire anticipativement l’objet de la nature sur lequel porte ou veut porter la recherche : les phénomènes de la nature. Elle est là pour interpréter déjà les phénomènes mais tout reste à vérifier, à expérimenter pour une authentification, pour l’établissement des lois de la nature, des lois scientifiques ; car la science n’établit pas sa vérité à base des intuitions d’où qu’il faut vérifier (expérimentation). L’hypothèse ne sort pas ex nihilo. Elle vient dire une pré-compréhension d’un phénomène donné. C’est dire qu’elle est justement une interprétation de ce qui se donne là à être interprété, à être compris, à être saisi dans sa réalité fonctionnelle, dans sa réalité intrinsèque.

fr Aristide BASSE, op

Pensée du 13 novembre

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE>>>

ALLER AU SOMMAIRE >>>

______________________________________________________

Pensée du 12 novembre 09

« Le droit individuel au suicide, cela se discute, le droit au suicide de l’humanité, cela ne se discute pas ».

Hans JONAS, Principe Responsabilité.

___________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

Hans Jonas, en pensant la technoscience dans la démesure de sa production voit que l’humanité tout entière est menacée, elle court un danger. La menace plane sur la vie de l’homme individuel et sur l’humanité puisqu’il y a une importance des dégâts collatéraux de l’agir ultra-technologique de l’homme. Le technoscientique est en train de risquer sa vie et celle de tous ceux qui partagent les mêmes conditions d’existence que lui, ceux qui sont dans une même communauté de vie que lui. La vie de tous est pariée.

Mais le pari ne concerne que soi. L’on ne peut risquer que ce qui nous est propre. L’on ne doit pas risquer quelque chose qui appartient aux autres. C’est pourquoi, le suicide qui est toujours un fait personnel peut se décider par celui qui veut s’ôter la vie. Lui-même réfléchit, voit les contours et peut décider. C’est dans ce sens que Hans Jonas pense la discussion sur quelque suicide personnel, individuel. Vouloir se suicider, c’est vouloir délibérément s’enlever la vie qui est une propriété. L’homme qui vit a la vie en propre. On dirait qu’il est le « propriétaire » de sa propre vie.

L’humanité dépasse l’homme individuel, c’est une entité plus large qui englobe tout. On dirait que l’homme est une goutte d’eau dans cette mer de l’humanité. Et donc l’homme ne peut risquer la vie de toute une masse de gens. L’humanité n’est pas une personne qui  peut décider de s’enlever, de risquer, de parier quelque chose qui lui est propre. On ne peut donc discuter du suicide de l’humanité. Le suicide d’une collectivité ne peut être décidé par quelqu’un. Seule la collectivité a des droits sur ses biens, ses affaires, sur ses acquis, bref, sur ce tout ce qui lui appartient et dont elle peut jouir à son aise, à sa guise. Droits et obligations à l’égard de l’autre, à l’égard de tout ce qui le fait, à l’égard de tout ce qu’il a et de tout ce qu’il est  sont soulignés ici. L’éthique dans les relations, dans les faires, dans les actes est ici revalorisée.

fr Aristide BASSE, op

Pensée du 11 novembre

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE>>>

_____________________________________________________

Pensée du 11 novembre 09

« C’est l’essence propre de la science, c’est à priori son mode d’être, d’être hypothèse à l’infini et vérification à l’infini. »

EDMUND HUSSERL, Recherches logiques

____________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

Spencer, dans Premiers principes (2è partie, ch. I, § 37) distinguait la connaissance vulgaire comme une connaissance non unifiée, de la science comme connaissance partiellement unifiée et de la philosophie comme connaissance totalement unifiée. C’est dire que pour lui, la science donne quelque connaissance qui n’est pas complète, achevée. On peut alors dire que la vérité scientifique est réfutable. Quelque chose reste toujours à vérifier dans la science.

La réfutabilité de la science, de la vérité scientifique lui donne le caractère de ce qui est comme le commencement de quelque chose, de ce qui est comme provisoire. C’est ce que pense Husserl quand il dit que la science dans son essence propre est une « hypothèse à l’infini et vérification à l’infini ». L’épistémologie comme philosophie des sciences nous montre que la science n’est pas dogmatique, elle ne donne pas des vérités dogmatiques. Mais cela n’est-il pas en lien avec la nature même de son objet qu’est la nature ? Ce qui fait sa force, ce qui fait la science, c’est son caractère expérimental. Nous parlons ici de la science de la nature.

Ce qui est vraiment de l’ordre de la science, c’est l’expérimentation, la vérification. C’est dire que toute vérité scientifique reste une hypothèse qui est à passer au crible de la vérification, de l’expérimentation. Nous le disons puisque la véritable science procède par une énonciation d’hypothèse qui se donne à la vérification, à l’expérimentation pour enfin aboutir à un résultat. Mais ce résultat peut faire à son tour l’objet d’une nouvelle expérience.

Aucune vérité scientifique n’est éternelle. Elle doit être prise comme un savoir acquis, vérifié pour un moment, mais des expériences ultérieures peuvent la réfuter à cause de nouvelles révélations ou encore la mise en place d’autres matériels de vérification plus appropriés, plus performants. Une vérité scientifique doit être à la fois vérifiée et vérifiable.

fr Aristide BASSE, op

Pensée du 10 novembre

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE>>>

ALLER AU SOMMAIRE >>>

___________________________________________________________