Posts Tagged ‘FRIEDRICH HEGEL’

Pensée du 15 avril 11

« L’homme est cette nuit, le néant vide qui contient tout dans sa simplicité. C’est cette nuit qu’on aperçoit lorsqu’on regarde un homme dans les yeux. On plonge alors dans une nuit qui devient terrible ; c’est la nuit du monde qui se trouve en face de nous ».

Friedrich Hegel, La philosophie de l’Esprit

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GRILLE DE LECTURE

La nuit traduit l’idée de l’obscurité, du néant, de l’invisible, en clair de ce qui échappe, de l’in-objectif. On pourrait en un autre sens dire que la nuit dit l’apparaître de ce qui est comme une frontière pour la conscience objectivante. La nuit est le lieu du silence, elle est cet instant de l’extase originelle où loin des bruits du monde l’Etre a commencé son poème ; lieu où l’Etre s’est comme retiré en attente de l’éclosion du jour. La nuit en ce sens est la préfiguration du jour, elle est l’annonce du jour. Cela souligne l’idée d’une nécessité interne entre  le jour et la nuit. La nuit est nécessaire pour le jour, et le jour l’est aussi pour la nuit. La nuit est cela qui prépare le jour. Elle est la dimension de l’épaisseur, de la profondeur. Si l’homme est comparé à la nuit, cela veut dire que l’homme est l’être de profondeur. Cette profondeur est cela qui signifie la nuit qu’on aperçoit lorsqu’on regarde l’homme dans ses yeux, dans son visage.

Le visage est la partie de l’homme qui signifie son humanité. Le visage se donne à voir pour un autre visage, un autre regard et il est toujours susceptible de me révéler, de me donner à lire et à interpréter. Au milieu du visage s’ouvrent les yeux et s’allume le regard. L’un est inséparable de l’autre, avec toutefois cette nuance étonnante que souligne Sartre : le regard apparaît précisément à cet instant fugace où les yeux disparaissent, leur couleur, leur contour, pour n’être plus qu’une intentionnalité, une intensité, une émotion. Ne serait-il pas commode en effet de dire que nous touchons là à l’inexprimable, à la profondeur même de l’homme, à cette part irréductible d’obscurité qui nous habite tous ? Si le regard est silencieux, il n’en signifie pas moins et il suscite une interprétation qui, elle, relève bien de l’exprimable. Le regard peut bien être compris comme cet au-delà des yeux qui leur donne un style singulier, il n’est rien d’autre que l’écho de la profondeur d’une existence sortant d’elle-même puisqu’elle est communication et rencontre d’autrui. Ainsi, le regard reste pouvoir d’échappement sans cesser de rayonner d’un soi. Que l’homme par cet abîme qu’on aperçoit dans les yeux soit comparé à une nuit, cela signifie que son être-là est le visible d’un invisible.

Mervy-Monsoleil AMADI, op

Pensée du 28 mars 11

« De toute façon, il suffit de dire que, du point de vue de la simple imitation, l’art ne pourra jamais rivaliser avec la nature et se donnera l’allure d’un verre de terre rampant derrière un éléphant. »

Friedrich HEGEL, Cours d’esthétique (1818-1829), tome 1, Aubier, 1995.

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GRILLE DE LECTURE

On se rappelle que selon l’historien Erwin Panofsky, la valeur d’une création artistique se détermine pour Platon comme « valeur d’une recherche scientifique », c’est-à-dire « en fonction de l’intelligence théorétique et surtout mathématique qui s’y trouve investie ». Dans La République et Le Sophiste, Platon a lancé des condamnations bien connues contre l’art mimétique ; celui-ci n’étant pas conforme au canon « mathématique » des Idées. Platon rejette donc l’art par imitation, l’art par simulacre. Quant à Hegel, l’un des plus dignes porte-parole de la philosophie moderne de l’art, il a une conception plus mitigée de l’image artistique. L’apparence est l’essence de l’art, et l’imitation fait partie de l’art. L’imitation parfaite est cependant un leurre. Hegel n’hésite pas à affirmer que l’imitation parfaite de la nature n’est pas le but de l’art. A supposer qu’un artiste reproduit si parfaitement un insecte que cela abuse un singe qui bondit sur l’image pour la déchiqueter, on doit pouvoir reconnaître que c’est un échec pour l’artiste. D’après Hegel, l’art ne se réduit pas à une parfaite maîtrise des techniques de reproduction et de représentation. C’est un but médiocre que l’on assigne souvent à l’œuvre d’art comme fin suprême et ultime.

Hegel emploie une image très forte, celle d’un verre de terre rampant derrière un éléphant, pour désigner l’insignifiante course de l’artiste qui veut reproduire la nature. L’art-imitation ne peut jamais rivaliser avec la nature, dit-il. Car, la simple production de copies ne réussit jamais à égaler parfaitement le modèle naturel. D’ailleurs, le philosophe allemand soutient que l’on ne peut se réjouir de pouvoir produire quelque chose qui existe déjà par ailleurs ; l’œuvre d’art est dû à son propre travail, à son habileté et à son application propres. La seule fin qu’on puisse désormais assigner à l’art est « le plaisir pris au tour d’adresse consistant à réaliser quelque chose qui ressemble à la nature. » Une création par simple imitation peut ressembler à la nature. Il sied mieux à l’homme de prendre plaisir à ce qu’il produit de semblable à la nature à partir de ses propres ressources. Ce que désapprouve Hegel, c’est la prétention et l’illusion de la parfaite reproduction. On attend de la libre puissance productrice de l’homme qu’il rappelle les inflexions de l’émotion humaine et montre son habileté imitative en recherchant une certaine originalité dans toute œuvre artistique. L’imitation n’est pas en soi condamnable, mais elle doit être consciente de ses limites et les confesser esthétiquement.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 13 février 11

Pour que la philosophie apparaisse il faut la conscience de la liberté, et le peuple dans lequel la philosophie commence doit avoir la liberté comme principe ; pratiquement, cela est lié à l’épanouissement de la liberté réelle, la liberté politique. Celle-ci commence seulement là où l’individu se sait comme individu pour soi, comme universel, comme essentiel, comme ayant une valeur infinie en tant qu’individu ; où le sujet a atteint la conscience de la personnalité, où donc il veut affirmer sa valeur absolument pour soi. La libre pensée de l’objet y est incluse, – de l’objet absolu, universel, essentiel. Penser, cela veut dire mettre quelque chose dans la forme de l’universalité; se penser veut dire se savoir comme universel, se donner la détermination de l’universel, se rapporter à soi. Là est contenu l’élément de la liberté pratique […]. Dans l’histoire la philosophie apparaît donc seulement là où se forment de libres constitutions. L’Esprit doit se séparer de son vouloir naturel, de son immersion dans la matière »

Friedrich HEGEL, Leçons sur l’histoire de la philosophie.

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Pensée du 13 juin 10

« Le bonheur n’est pas seulement un plaisir singulier, mais un état durable, d’une part du plaisir affectif, d’autre part aussi, des circonstances et moyens qui permettent, à volonté, de provoquer du plaisir.»

FRIEDRICH HEGEL, Propédeutique philosophique

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GRILLE DE LECTURE

Peut-on s’accorder sur une définition du mot « bonheur » lorsqu’on s’entend souvent dire que chacun a sa vision du bonheur et qu’il est vain d’en chercher une définition rigoureuse et unanime ? Définir le bonheur est un exercice malaisé car ses conceptions sont diverses et variables selon la perspective où l’on se situe. Hegel nous propose une façon de définir le bonheur. Il ressort essentiellement de cette acception du bonheur que celui-ci est un état durable. Il n’est pas réductible à une joie fugace, à des plaisirs ou satisfactions passagers.

Depuis la philosophie antique, le but de la vie humaine est le bonheur. Il est considéré comme la fin parfaite et le souverain bien, comme un état de satisfaction complète, caractérisé par sa plénitude et sa stabilité et qui se distingue du plaisir et de la joie. Aujourd’hui encore, chacun veut vivre en harmonie profonde avec le monde qui l’entoure et dans la sérénité intérieure. Toutes les quêtes spirituelles contemporaines, toutes les formes de religiosité alternative venues d’Orient visent un accomplissement profond de l’homme. Toute l’activité existentielle de l’homme semble orientée vers la recherche d’un bien-être plénier et durable.

C’est pour cette raison que dans la Métaphysique des mœurs, Emmanuel Kant définit le bonheur comme « le contentement de l’état où l’on se trouve accompagné de la certitude qu’il est durable». Mais cette aspiration de l’homme n’est réellement « aspiration » que par son caractère durable et par l’ardeur que l’homme met à vouloir l’atteindre. C’est dans la même perspective que s’inscrit cette pensée de Hegel. Mais ces définitions du bonheur ne sont  pas absolument complètes ni généralisables à l’infini. Car l’on peut se demander si l’assassin qui passe son temps à tuer pour survivre sans être inquiété, et qui a réuni des conditions durables de sa joie dans le meurtre professionnel, répond à ce critère de bonheur.

Emmanuel AVONYO, op

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Pensée du 15 janvier 10

« La raison cherche son autre, sachant bien qu’en lui elle ne possèdera rien d’autre qu’elle-même ; elle quête seulement sa propre infinité. »

Friedrich Hegel, Phénoménologie de l’esprit

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GRILLE DE LECTURE

L’idéalisme hégélien confesse que le fini est fini de l’infini, que l’autre est l’autre du même. Le positif et le négatif, dans une relation dialectique, coexistent et vivent ensemble. C’est dans le mouvement dialectique que la raison s’altère et s’explicite dans l’histoire. Dans le mouvement dialectique la raison est en parcours d’elle-même. La raison pour autant qu’elle est raison doit se poser hors de soi. La vie est une et diverse, seul ce qui est un peut se diviser, peut s’éclater.

La raison universelle ne perd rien de son être en s’avérant, puisqu’elle se scinde de toute éternité, avant la temporalité phénoménale, elle se différencie et se divise, faisant sortir de soi autrui. La raison n’est pas solitaire et monolithique, même dans sa dimension spirituelle, c’est-à-dire avant le temps. En ce sens, la différence qui existe en l’Idée de toute éternité, devient séparation, voire négation et rupture intérieure, intériorisée, déjà dans le but de rejoindre pleinement la nature. Dans le mouvement dialectique la raison ne perd rien d’elle-même, puisque c’est elle qui se pose comme autre. Le soi dans la dialectique se pose comme autre et dans un troisième moment de la dialectique se reprend comme esprit absolu.

Le jaillissement de cette unité dans la différence est perçu par Hegel, ce penseur moderne à la frontière entre le christianisme biblique et le panthéisme romantique, dans l’histoire de Jésus-Christ. D’emblée il fixe son regard sur la croix comme le point culminant de l’incarnation (Leçons sur la philosophie de la religion, 3e partie. La religion absolue, p. 163). Parce que l’Autre éternel de Dieu est devenu mortel et qu’il est mort en effet, il est devenu pleinement homme. C’est ainsi que s’effectue la jonction entre le mode d’être divin de l’Esprit universel et son mode d’être humain. Il est donc évident que chez Hegel Dieu, l’Idée, la Raison est sans cesse en colloque et en récollection de soi d’où la célèbre affirmation : ce qui est effectif est rationnel et ce qui est rationnel est effectif.

Fr Mervy-Monsoleil AMADI, op

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Pensée du 28 novembre 09

« Le bonheur n’est pas seulement un plaisir singulier, mais un état durable, d’une part du plaisir affectif, d’autre part aussi, des circonstances et moyens qui permettent, à volonté, de provoquer du plaisir.»

FRIEDRICH HEGEL, Propédeutique philosophique

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GRILLE DE LECTURE

Peut-on s’entendre sur une définition du mot « bonheur » lorsqu’on s’entend souvent dire que chacun a sa vision du bonheur et qu’il est vain d’en chercher une définition rigoureuse et unanime ? Définir le bonheur est un exercice malaisé car ses conceptions sont diverses et variables selon la perspective où l’on se situe. Hegel nous propose une façon de définir le bonheur. Il ressort essentiellement de cette acception du bonheur que celui-ci est un état durable. Il n’est pas réductible à une joie fugace, à des plaisirs ou satisfactions passagers.

Depuis la philosophie antique, le but de la vie humaine est le bonheur. Il est considéré comme la fin parfaite et le souverain bien, comme un état de satisfaction complète, caractérisé par sa plénitude et sa stabilité et qui se distingue du plaisir et de la joie. Aujourd’hui encore, chacun veut vivre en harmonie profonde avec le monde qui l’entoure et dans la sérénité intérieure. Toute l’activité existentielle de l’homme semble orientée vers la recherche d’un bien-être plénier et durable.

C’est pour cette raison que dans la Métaphysique des mœurs, Emmanuel Kant définit le bonheur comme « le contentement de l’état où l’on se trouve accompagné de la certitude qu’il est durable». Mais cette aspiration de l’homme n’est réellement « aspiration » que par son caractère durable et par l’ardeur que l’homme met à vouloir l’atteindre. C’est dans la même perspective que s’inscrit cette pensée de Hegel. Mais ces définitions du bonheur ne sont  pas soutenables absolument ni généralisables à l’infini. Car l’on peut se demander si l’assassin qui passe son temps à tuer sans être inquiété, qui a réuni des conditions durables du meurtre professionnel, répond à ce critère de bonheur.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 27 novembre

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