Archive for the ‘ETHIQUE’ Category

Pensée du 30 octobre 11

« (…) Cette relation si primitive qu’on ne sait comment la nommer ne repose point sur ceci ou cela, c’est tout le reste qui repose sur elle. Pure aurore des commencements. Dans la pensée par exemple, c’est en amont du ‘je pense donc je suis’, comme ce qui sépare de la folie où ‘je pense’ pourrait s’engloutir, jusqu’à se prendre pour le seul. C’est en amont de ce que nous nommons morale ou éthique, parce qu’avant d’être exigence, c’est donation. C’est en amont du politique qui, sans cette référence, est livré au meurtre. »

Maurice Bellet, Incipit ou le commencement, Paris, Desclée de Brouwer, 1992, p. 12-13.

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Pensée du 25 septembre 11

« Notre époque ne se définit pas par le triomphe de la technique pour la technique, comme elle ne se définit pas par l’art pour l’art, comme elle ne se définit pas par le nihilisme. Elle est action pour un monde qui vient. Elle est action pour un monde qui vient, dépassement de son époque, dépassement de soi qui requiert l’épiphanie de l’Autre. »

LEVINAS, L’Humanisme de l’autre homme

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Pensée du 06 septembre 11

« Un pardon qui pourrait venir après la justice serait donc un pardon qui militerait pour la justice, qui chercherait à rétablir la réciprocité rompue par le tort, l’injure ou l’agression. Ou plus exactement, si l’universel problème de la loi de réciprocité des échanges humains est de fonder les bons échanges tout en arrêtant les mauvais, le pardon rend ici visible ce sens de la justice qui dit tout peut recommencer à condition de ne pas recommencer la violence. Il s’agit donc de trouver une « dernière violence », qui répare la violence précédente. Se présentent alors deux possibilités : soit la punition, qui fait payer par une douleur physique une faute morale, et rétablit ainsi l’équivalence entre le mal subi et le mal agi ; soit « prendre sur soi », décider que la violence précédente était la dernière violence, sacrifier sa vengeance en quelque sorte et rendre le bien pour le mal. »

Olivier Abel, Publié dans Alternatives non-violentes n°84 sept. 92.

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Pensée du 31 août 11

« Agis toujours de telle sorte que tu puisses ériger la maxime de ton action en loi universelle… Agis toujours de sorte que tu traites l’humanité en ta personne et en la personne d’autrui, comme une fin et jamais comme un moyen… Agis toujours comme si tu étais législateur en même temps que sujet. »

KANT, Critique de la raison pratique

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Pensée du 26 août 11

« Le Moi peut être mis en accusation, malgré son innocence, (…), par Autrui qui l’obsède et qui, prochain ou lointain, lui impute une responsabilité, irrécusable comme traumatisme, responsabilité pour laquelle il n’avait pas pris de décision, mais à laquelle il ne peut se dérober, enfermé en soi. »

LEVINAS, Humanisme de l’autre homme

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Pensée du 19 août 11

« Notre époque ne se définit pas par le triomphe de la technique pour la technique, comme elle ne se définit pas par l’art pour l’art, comme elle ne se définit pas par le nihilisme. Elle est action pour un monde qui vient. Elle est action pour un monde qui vient, dépassement de son époque, dépassement de soi qui requiert l’épiphanie de l’Autre. »

Emmanuel LEVINAS, Humanisme de l’autre homme

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Pensée du 12 août 11

« Nous disions : les humains préfèrent encore que le malheur soit la rétribution d’une faute ou d’une erreur, plutôt que d’accepter qu’il soit dénué de toute signification. C’est pourquoi, sous cette loi de la rétribution totale, l’échange a toujours la forme d’une surenchère : pour que l’échange remplisse sa fonction, il doit réintégrer cette marge, et donc augmenter. Appliquée au mimétisme de la violence, cette surenchère fait que lorsqu’on a commencé à faire du mal, on préfère se donner les raisons d’en faire plus encore, plutôt que d’arrêter. La Rochefoucauld écrit que l' »on déteste ceux à qui on a fait du mal ». Le sentiment n’est que l’énergie cinétique soulevée par l’acte. Pour le dire autrement : le mal fait toujours un peu plus de « bruit » encore que de mal, mais ce bruit même nous entraîne à faire du mal en plus. C’est ce qui fait l’irréversibilité de l’échange. Si le caractère proprement irrémédiable du malheur est qu’il nous place devant l’irréversible, tout se passe comme si, à partir du moment où l’on ne maîtrise plus l’irréversible, on était tenté d’en rajouter. »

Olivier Abel, Publié dans Alternatives non-violentes n°84 sept. 92.

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Pensée du 28 juillet 11

« Il faut, en outre, considérer que, parmi les désirs, les uns sont naturels, les autres vains, et que, parmi les désirs naturels, les uns sont nécessaires, les autres naturels seulement. Parmi les désirs nécessaires, les uns le sont pour le bonheur, les autres pour l’absence de souffrances du corps, les autres pour la vie même. En effet, une étude de ces désirs qui ne fasse pas fausse route, sait rapporter tout choix et tout refus à la santé du corps et à l’absence de troubles de l’âme, puisque c’est là la fin de la vie bienheureuse. Car c’est pour cela que nous faisons tout: afin de ne pas souffrir et de n’être pas troublés. Une fois cet état réalisé en nous, toute la tempête de l’âme s’apaise, le vivant n’ayant plus à aller comme vers quelque chose qui lui manque, ni à chercher autre chose par quoi rendre complet le bien de l’âme et du corps… Et c’est pourquoi nous disons que le plaisir est le principe et la fin de la vie bienheureuse. »

Epicure, Lettre à Ménécée, in Lettres et Maximes, 127-129.

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Pensée du 28 mai 11

« Les libertés politiques n’épuisent pas le contenu de l’esprit de liberté qui, pour la civilisation européenne, signifie une conception de la destinée humaine. Elle est un sentiment de la liberté absolue de l’homme vis-à-vis du monde et des possibilités qui sollicitent son action. L’homme se renouvelle éternellement devant l’Univers. À parler absolument, il n’a pas d’histoire. Car l’histoire est la limitation la plus profonde, la limitation fondamentale. Le temps, condition de l’existence humaine, est surtout condition de l’irréparable. »

Emmanuel Levinas, Quelques réflexions sur la philosophie de l’hitlérisme, Éditions Fata Morgana.

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Pensée du 10 mai 11

« Avant de se formaliser sous l’aspect des systèmes juridiques, la justice est pour Ricœur une notion qui appartient à la sphère éthique. Le juste s’inscrit dans la visée de la vie bonne et en rapport avec la sollicitude pour autrui. L’autrui de l’amitié et le chacun de la justice ne se confondent pas mais ils ne sont pas séparables. La justice ajoute à la sollicitude en élargissant son souci d’égalité à l’humanité entière. En même temps, l’idée d’ethos embrasse dans une unique visée le souci de soi, le souci de l’autre et le souci de l’institution. A ce stade, il est essentiel de remarquer que pour Ricœur, la justice est encore une vertu, c’est un sens du juste et de l’injuste avant d’être une loi qui argumente, organise et contraint. »

Alain Thomasset, Paul Ricœur. Une poétique de la morale, Presses Universitaires de Louvain, 1996.

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