Archive for the ‘ETHIQUE’ Category

Pensée du 05 mai 11

« Notre fin de millénaire, qui voit renaître le tribalisme et le nationalisme, connaît aussi une aspiration profonde à l’égalité et à la fraternité. Deux cents ans après la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, l’humanité entière est en branle : c’est le pèlerinage de l’élémentaire humain, la conquête de la confiance en l’homme, la vénération de l’être humain dans son aspiration à être davantage lui-même. »

BRUNO CHENU, La brûlure d’une absence, Editions du Centurion, Paris, 1994, p. 153.

Pensée du 03 mai 11

« La philosophie ne s’élève pas au-dessus de son époque, en ce sens qu’elle serait quelque chose de différent de sa signification générale ; mais un seul esprit circule à travers la réalité et à travers la pensée philosophique, celle-ci étant la véritable compréhension du réel lui-même. Ou encore, il y a un seul mouvement, qui porte à la fois l’époque et sa philosophie. La différence réside seulement en ceci, que la détermination de l’époque qui semble encore contingente, n’est pas justifiée et peut ainsi se trouver en opposition hostile avec son contenu véritable et essentiel ; tandis que la philosophie, en tant que justification du principe, est aussi apaisement général et réconciliation générale. »

Friedrich Hegel, in Karl Barth, Hegel, p. 22.

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Pensée du 30 avril 11

« L’individu et la communauté apparaissent à première vue comme deux entités radicalement distinctes. D’un côté, nous avons l’individu, du terme latin individuum, qui désigne une réalité en tant qu’on la considère à la fois comme indivisible et comme différente de toute autre, ce qui lui garantie son unicité. De l’autre, nous avons la communauté, de l’association des termes latins cum et munus, qui désigne un groupe social dont les membres sont liés par un attachement partagé à une loi commune. À travers ces deux entités radicalement distinctes, nous pouvons dégager deux modalités d’existence de l’être humain qui se trouvent en tension : celle qui le pousse à chercher ses semblables et celle qui le pousse à s’émanciper et s’affranchir de l’obéissance à la loi commune… »

Amélie PINSET, « Individu et communauté »

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Pensée du 28 avril 11

« La justice, aussi bien en tant que vertu individuelle qu’en tant qu’elle ordonne la vie sociale, ne peut être réalisée que dans le cadre des formes concrètes et institutionnalisées de quelque polis particulière. Les normes de la justice n’ont pas d’existence indépendante des réalités de chaque polis particulière. Mais il ne s’ensuit pas que les normes de la justice se réduisent à ce que l’on tient pour tel dans chaque polis particulière à un moment donné. »

Alasdair MacIntyre, Quelle justice, quelle rationalité, Paris, PUF, 1993.

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Pensée du 26 avril 11

« Notre lecture de l’œuvre de Ricœur a mis à jour la présence d’une triple couche d’être de la corporéité : le corps-objet, le corps propre et la chair. Cette variation phénoménologique du sens de la corporéité indique l’altérité propre au soi inscrite au plus intime de l’être du mode humain de l’existence incarnée. La circulation du questionnement comme transit phénoménologique, en passant d’une phénoménologie de la perception à une phénoménologie de la volition, a mis à découvert l’oscillation dialectique de la brisure et de la suture de l’être du mode humain de l’existence. Ce jeu dialectique est la source de la finitude fragile et de l’inventivité de notre être-au-monde.»

David-Le-Duc TIAHA, Paul Ricœur et le paradoxe de la chair. Brisure et suture. L’Harmattan, 2009.

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Pensée du 24 avril 11

« De fait, cette douleur, qui n’existe pas quand on meurt, est crainte lors de cette inutile attente ! Ainsi le mal qui effraie le plus, la mort, n’est rien pour nous, puisque lorsque nous existons la mort n’est pas là et lorsque la mort est là nous n’existons pas. Donc la mort n’est rien pour ceux qui sont en vie, puisqu’elle n’a pas d’existence pour eux, et elle n’est rien pour les morts, puisqu’ils n’existent plus. Mais la plupart des gens tantôt fuient la mort comme le pire des maux et tantôt l’appellent comme la fin des maux. Le philosophe ne craint pas l’inexistence, car l’existence n’a rien à voir avec l’inexistence, et puis l’inexistence n’est pas un méfait. »

Epicure, Lettre à Ménécée, trad. trad. E. Boyancé P.U.F.

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Pensée du 20 avril 11

« De même que l’âme ne s’explique pas sans le corps, ainsi l’homme ne saurait s’expliquer en dehors de la nature où il plonge. »

A. – D. Sertillanges, Henri Bergson et le catholicisme, Paris, Flammarion, 1941, p. 21.

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GRILLE DE LECTURE

Le corps a beau être « la prison de l’âme », la deuxième ne se conçoit pas sans le premier. On peut convenir pour une juste raison que l’âme, principe actif et vital de l’homme, loge dans le corps. Le corps n’est pas pour autant un revêtement pour l’âme. Le corps, c’est le corps de l’âme. C’est ici que les propos de Paul Claudel prennent tout leur sens : « Le corps, disait-il, est l’œuvre de l’âme : « il est son expression et son prolongement dans le domaine de la matière. » Et le poète de poursuivre : « Un bon moyen de connaître l’âme est de regarder le corps ». Cet immortel de la poésie française est un philosophe achevé. Les deux pensées que nous mentionnons de lui pourraient constituer tout un programme de réflexion. Si le corps porte l’empreinte de l’âme, le corps est inéluctablement le plus court chemin pour parvenir à la connaissance de l’âme. Ainsi, même par son corps, « prison de l’âme », l’homme est loin de n’occuper que la place minime que la philosophie idéaliste lui octroie dans la nature : « car si notre corps est la matière à laquelle notre conscience (càd : notre âme) s’applique, il est coextensif à notre conscience ; il comprend tout ce que nous percevons ; il comprend tout le domaine où nous pouvons éventuellement agir au moyen de la partie de matière qui nous est immédiatement conjointe » (Sertillanges).

C’est donc « corps et âme » que l’homme se définit, et c’est comme tel que son rapport à la nature doit être envisagé. Certes, comme l’âme face au corps, l’homme non plus ne peut être conçu en dehors de sa terre nourricière. Mais la question mérite d’être clairement posée maintenant : comment l’homme se rattache-t-il à ce milieu de son être ? Comment « l’intelligence qui est tout l’homme selon qu’il est homme » s’adapte-elle à la nature ? Pour Bergson, de la même manière que le corps se spiritualise, la nature doit être comprise comme un immense effort vers la vie et vers l’esprit, Autrement dit, la nature où l’homme plonge est un élan vital qui tend à organiser intelligemment la matière en êtres vivants, en être spirituels. Comme l’être humain, la nature tend vers l’esprit. A la regarder sa parti pris, on est incliné à reconnaître que c’est « une générosité qui se donne » à travers l’impulsion finaliste de la nature.  La nature est le berceau de l’homme, le lieu où le jardinier suprême l’entoure de soins diligents. C’est pourquoi la nature tend merveilleusement à la permanence des espèces en leur intimant ses volontés de croissance sous forme d’instincts naturels de survie. Toutefois, Bergson affirme une coupure nette entre les animaux et l’homme, du point de vue de leur grandeur spirituelle. La nature humaine n’est pas embranchée à la nature animale, elle est autonome biologiquement parlant. L’homme fait l’objet d’une sorte de monisme ontologique dans le monde naturel finalisé. Parmi les êtres naturels, l’homme prime éminemment par son intelligence créatrice d’avenir.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 19 avril 11

« En quoi la philosophie a-t-elle échoué ? La réponse est claire, elle a échoué en ce qu’elle n’a pas pu atteindre l’homme dans ce qu’il est de plus profond. Si la philosophie qui de nature est non-intégriste, si la philosophie qui a essentiellement une parenté intime avec l’ouverture à l’autre et le dialogue à autrui, n’a pas pu transformer l’homme, n’a pas pu communiquer à l’homme le sens aigu de l’écoute de l’autre et de l’agir communicationnel, c’est qu’elle a raté sa mission. Si même, une civilisation qui s’est longtemps montrée détentrice de la raison, la niant ainsi aux autres, fait montre en plein vingt et unième siècle, d’une insanité profonde dans les relations qu’elle entretient à l’autre, cela témoigne déjà que cette sagesse qu’elle croit détenir ne s’est pas véritablement incarnée en elle, dans sa vie… »

Monsoleil-Mervy AMADI, op, « L’hospitalité en fuite et l’échec de la philosophie…

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Pensée du 16 avril 11

« La relation à autrui est un rapport concret, elle se tient toujours et déjà avant l’engament de mon égo, elle m’affecte. Il y a une possibilité originaire de mon existence au monde qui me donne d’être en relation à l’autre avant toute pensée. C’est en ce sens que Gary Brent Madison écrit : « l’existence d’autrui ne pose pas de problème puisque en tant qu’être au monde je suis immédiatement présent à autrui qui est lui aussi être au monde. La relation à autrui passe donc par le monde »[2]…

Monsoleil-Mervy AMADI, op, « L’hospitalité en fuite et l’échec de la philosophie…

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Pensée du 14 avril 11

« (…) Être démocrate, c’est remettre la politique au cœur de l’existence humaine. La politique commence lorsque nous choisissons collectivement des décisions orientant notre devenir. Or ces choix collectifs, seul le démocrate les rend possible. Être démocrate, c’est rendre les homme acteurs de leur histoire, pour le pire mais aussi pour le meilleur. Être démocrate, c’est prendre le risque d’une expérience incertaine dont personne ne connaît l’issue mais cette indétermination rend seule possible notre liberté. Ainsi le démocrate affirme l’exercice de la liberté, entendue comme participation politique, comme valeur car elle est la condition de vie de la démocratie, et même de la vie politique. Cet exercice de la liberté auquel se voue le démocrate et auquel il appelle ses semblables à se vouer vise à déterminer — toujours provisoirement certes — un horizon de sens à notre existence (…).

Amélie PINSET,  « Qu’est-ce qu’être démocrate ? »

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