Archive for the ‘SAGESSE’ Category

Pensée du 26 octobre 11

« L’essence de l’art est de montrer – ou plus énergiquement, de rendre manifeste – comment le sens ad-vient à la réalité dans le monde. Cet advenir est l’instauration du sens, laquelle définit la beauté. »

Jean Granier, Art et vérité, p. 162.

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GRILLE DE LECTURE

Les propos de Jean Granier sur l’art sont des plus saisissants. Remarquons tout d’abord que l’esthétique est au confluent de plusieurs regards philosophiques : la philosophie de l’art, la métaphysique, la phénoménologie, l’herméneutique… La philosophie s’interroge sur tout ce qui est, y compris l’univers artistique. Elle devient phénoménologie lorsqu’elle prend en charge le problème central du statut du sens et du fondement des significations qui forment le monde naturel et culturel. La science de l’interprétation intervient en esthétique pour aider la philosophie à déchiffrer le sens caché sous les apparences sensibles relevées par la phénoménologie, et pour voir en quoi ce sens peut construire l’homme. Étudier  le comment de l’ad-venir du sens, c’est aussi faire de l’interprétation. Cette introduction faite, revenons à l’essentiel : l’essence de l’art est de dire le comment de l’instauration du sens dans le monde.

L’art n’est pas un dérivatif d’ennuis, l’art n’est pas le domaine de l’aléatoire, il n’est pas un exutoire pour une âme désolée. L’émotion esthétique est une convocation de l’être au sens. L’art est un support essentiel du sens de l’être monde, il est la traduction des significations que les choses du monde prennent pour une conscience singulière incarnée qui passe pour le berger de l’être. L’art est un point de rencontre entre l’être et le paraître, entre l’essence et l’apparence sensible. L’art nous fait entrevoir quelque chose qui dépasse l’apparence (Hegel). C’est pourquoi Jean Granier affirmait que la vocation de l’art est de transfigurer le sensible, de sorte qu’il devienne le médiateur de la pensée elle-même. Ce que l’art a encore de particulier, c’est qu’il instaure le sens dans (de) l’existence, mais ce sens s’incruste dans la beauté, qui n’est pas qu’une apparence belle, mais le reflet de cela (le sens) qui la précède (qui ad-vient).

A suivre

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 25 octobre 11

« Notre civilisation est très attentive aux besoins du corps, que ce soit pour ce qui touche à l’hygiène, à la santé, à l’esthétique ou à la forme. Elle nous presse de cultiver notre corps, de le soigner (quitte d’ailleurs, à restreindre la liberté individuelle en adoptant des lois qui interdisent des comportements jugés dangereux pour la santé), de le laver, de le rendre beau et fort. Par contre, elle est beaucoup plus silencieuse, beaucoup plus discrète sur les besoins de la raison et les manières de les satisfaire. Autant elle est directive et autoritaire pour ce qui regarde le corps, autant elle est évasive et libérale en ce qui regarde la raison. Étrange partage qu’il vaudrait la peine d’envisager de façon approfondie. »

Christophe Lamoure, Kalos, espace de philosophie

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Pensée du 24 octobre 11

Langue et unité africaines

« Quel intérêt un Français a-t-il aujourd’hui à apprendre telle ou telle langue africaine ? (…) Il y a à cela plusieurs raisons certes, mais certainement pas le souci d’aider les Africains à unifier leur multitude de langues ».

Njoh-Mouelle E., Jalons II, Yaoundé, CLE, 1975, p. 12.

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GRILLE DE LECTURE

 M. Njoh-Mouelle l’a bien compris, la langue est un outil de domination et le semblant des Occidentaux qui pensent nous faire un « honneur » en apprenant nos langues n’a certainement rien de gratuit, il s’agit d’une tentative de renforcer les divisions africaines tout comme la balkanisation a permis de fortement affaiblir notre continent. Il n’y a dans cette entreprise aucune philanthropie. L’unification doit se faire par les Africains et pour les Africains. Mais, contrairement à M. Njoh-Mouelle, nous ne pensons pas que la langue soit un facteur déterminant. Nous sommes partisans de la théorie nkrumahiste. L’unification doit se faire sur trois plans : la politique, l’économie et l’idéologie.

Jean Eric BITANG

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Pensée du 23 octobre 11

« La conscience du temps, sous la forme la plus pure, c’est l’ennui, c’est à dire la conscience d’un intervalle que rien ne traverse ou que rien ne peut combler… C’est l’attente et plus particulièrement l’attente indéterminée qui nous donne la conscience du temps pur… L’éternité ne peut pas être définie comme une négation, sinon en ce sens qu’elle est la négation d’une négation, c’est à dire non pas du temps lui même, mais de tout ce qu’il y a dans le temps de négatif. »

Louis Lavelle, Du temps et de l’éternité, pp. 236, 280, 405.

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Pensée du 22 octobre 11

« Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée, et la situation respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grand corps de l’univers et ceux du plus léger atome: rien ne serait incertain pour elle, l’avenir comme le passé seraient présents à ses yeux. »

Laplace, Théorie analytique des probabilités.

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Pensée du 20 octobre 11

« Il paraît particulièrement nécessaire de faire de nouveau de la philosophie une affaire sérieuse. Pour toutes les sciences, les arts, les talents, les techniques, prévaut la conviction qu’on ne les possède pas sans se donner de la peine et sans faire l’effort de les apprendre et de les pratiquer. Si quiconque ayant des yeux et des doigts, à qui on fournit du cuir et un instrument, n’est pas pour cela en mesure de faire des souliers, de nos jours domine le préjugé selon lequel chacun sait immédiatement philosopher et apprécier la philosophie puisqu’il possède l’unité de mesure nécessaire dans sa raison naturelle – comme si chacun ne possédait pas aussi dans son pied la mesure d’un soulier. Il semble que l’on fait consister proprement la possession de la philosophie dans le manque de connaissances et d’études, et que celles-ci finissent quand la philosophie commence. »

F. Hegel, La phénoménologie de l’Esprit.

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Pensée du 19 octobre 11

« Protagoras d’Abdère a proclamé que l’homme est la mesure de toutes choses, pour celles qui sont, de leur existence ; pour celles qui ne sont pas, de leur non-existence. »

Sextus Empiricus, Contre les mathématiciens

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GRILLE DE LECTURE

L’affirmation de Protagoras selon laquelle l’homme est la mesure de toutes choses est contenue dans l’ouvrage que la tradition philosophique appelle Les discours terrassants ou le Traité de la vérité. On dit couramment que Protagoras est le père antique du relativisme selon lequel toutes les opinions s’équivalent, ou que le sens et la valeur des croyances et actions humaines n’ont pas de références absolues qui seraient transcendantes. Certes, Protagoras affirme que toutes les représentations et toutes les opinions sont vraies, et que la vérité est de l’ordre du relatif. Tout ce qui est objet de représentation ou d’opinion pour un homme est immédiatement doté d’une existence relative à lui. Avec Protagoras, il faudrait donc admettre une universelle mobilité du sens. Ce qui veut dire que tenter de fixer le sens dans une interprétation, c’est faire apparaître la contradiction qui la traverse, c’est la réfuter.

Ce philosophe a été traité de tous les méchants noms. Il a été rangé dans le chœur des philosophes qui ont détruit le critère de la vérité. Ses premiers juges étaient les Anciens. Platon faisait dire à Socrate dans le Théétète qu’il admire Protagoras pour sa science, mais qu’il se trouve que ses jugements ne sont pas plus avisés que ceux d’un têtard de grenouille. Car selon Socrate, cette parole de Protagoras que nous commentons aurait été adressée sur un ton de grand seigneur, débordant de mépris. Platon fait en effet une lecture très critique de la doctrine de Protagoras : « La vérité de Protagoras ne serait vraie pour personne : ni pour un autre que lui, ni pour lui. » Dire que toute affirmation est relative, c’est se mettre dans la position du reptile qui se mord la queue. Diogène Laërce de son côté pense que Protagoras fut le premier à affirmer que, sur toute chose, il y avait deux discours possibles, contradictoires, et que l’homme n’est rien si l’on supprime les sensations.

La doctrine de Protagoras ne serait pas qu’un relativisme, mais également un subjectivisme absolu. Or, il semble qu’aucune pensée absolument subjectiviste ne saurait se constituer en doctrine valable pour les autres. C’est ainsi qu’on peut relire les propos de Platon. La pensée de Protagoras implique que soit maîtrisée la contradiction dont elle semble l’origine. Il faut en effet retourner l’ordre des questions : si toutes choses trouvent leur mesure en l’homme en tant que subjectivité individuelle, elles perdent toute possibilité de mesure. La formule de Protagoras n’exprimerait qu’une référence sans référence. Il paraît donc plus juste pour le destin de la doctrine de Protagoras de se demander à quelles conditions l’homme peut être considéré comme une unité référentielle ? Ce qui revient à exclure, et la subjectivité totale, et la nature. Car, que l’homme soit la mesure de toutes choses, cela signifie de la manière la plus profonde, que rien n’est par nature, mais que tout est par convention, d’établissement humain.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 18 octobre 11

« La recherche de la vérité apparaît comme le critère véritable d’une démarche authentiquement philosophique. Renoncer à l’exigence de vérité est une autre manière de rompre avec la philosophie. C’est sans doute le cœur, non exclusivement rationnel, de la philosophie : le goût de la vérité. Le philosophe est convaincu qu’il ne saurait y avoir de vie sensée et digne d’être vécue hors de l’exigence de vérité. Dans cette optique, la philosophie joue un rôle de premier ordre car, en cultivant la raison, elle contribue à libérer l’individu des illusions qui l’égarent vers des choix sans avenir ni satisfaction réelle et elle affermit et approfondit par la fréquentation des grands auteurs et des grandes œuvres son désir de vérité, de beauté et de justice.

Christophe Lamoure, Kalos, espace de philosophie

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Pensée du 16 octobre 11

« Notre intelligence, telle que l’évolution de la vie l’a modelée, a pour fonction essentielle d’éclairer notre conduite, de préparer notre action sur les choses, de prévoir, pour une situation donnée, les événements favorables ou défavorables qui pourront s’ensuivre. Elle isole donc instinctivement, dans une situation, ce qui ressemble au déjà connu : elle cherche le même, afin de pouvoir appliquer son principe que « le même produit le même ». En cela consiste la prévision de l’avenir par le sens commun. La science porte cette opération au plus haut degré possible d’exactitude et de précision, mais elle n’en altère pas le caractère essentiel. »

Henri Bergson, Evolution créatrice

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Pensée du 15 octobre 11

« L’existence est une douleur constante, tantôt lamentable et tantôt terrible ; … Tout cela, envisagé dans la représentation pure ou dans les œuvres d’art est affranchi de toute douleur et présente un imposant spectacle. »

Arthur Schopenhauer,Le Monde comme volonté et comme représentation.

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