Posts Tagged ‘Karl Marx’

Pensée du 19 mai 11

« Ma méthode dialectique non seulement diffère par la base de la méthode hégélienne, mais elle en est l’exact opposé. Pour Hegel, le mouvement de la pensée qu’il personnifie sous le nom de l’idée est le démiurge de la réalité, laquelle n’est que la forme phénoménale de l’idée. Pour moi, au contraire, le mouvement de la pensée n’est que la réflexion du mouvement réel, transporté et transposé dans le cerveau de l’homme. »

Karl Marx, Le Capital, Livre 1er, t. I, Editions Sociales. Paris, 1948.

__________________________________________________________________________

Pensée du 13 mai 10

« La religion existe et persiste comme phénomène produit par la société et subit les influences de son évolution. »

Guiseppe SCARVAGLIERI, « Sociologie de la religion »

_______________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

La sociologie de la religion étudie le phénomène religieux du point de vue de son origine et de son développement, du point de vue des attitudes et comportements humains qui le caractérisent, et sous l’angle de sa structure et de sa dynamique (Quelle est sa dynamique propre par rapport aux autres phénomènes sociaux ?) La sociologie de la religion veut saisir le noyau de la religion comme objet d’étude, de même que les fonctions que remplit la religion en tant qu’une forme de réponse aux attentes fondamentales de l’homme. Ce faisant, elle examine la religion directement dans son objet et indirectement dans sa portée relationnelle. L’enquête de la sociologie de la religion est rendue nécessaire d’une part, par la nature sociale de la religion, et d’autre part, par la nature sociale de l’homme. Le phénomène religieux participe au concept et à la dynamique de la culture sociale. Et la sociologie de la religion a pour objet les phénomènes religieux à caractère social ou culturel (pratiques et expériences religieuses), ou les phénomènes sociaux et culturels à caractère religieux (actions, groupes culturels et sociaux modelés par des instances religieuses). Bien plus, la religion intéresse la sociologie parce que celle-là joue un rôle important dans les processus de socialisation, d’assimilation et d’identification personnelle ou collective des humains.

La sociologie de la religion aborde donc les problèmes liés au fait religieux dans son rapport à la société humaine. La religion, comme objet d’étude de la sociologie, existe et persiste comme phénomène produit par la société et subit les influences de son évolution. La religion est un fait social, un produit des conditions sociales, c’est ce qu’en disent les sociologues positivistes qui se sont intéressés à la question : Auguste Comte, Karl Marx, Herbert Spencer, Emile Durkheim. La contribution d’Emile Durkheim est particulièrement importante dans le domaine de la théorie générale sur l’origine et la persistance sociales de la religion. On la découvre dans son ouvrage Les formes élémentaires de la vie religieuse. Pour Durkheim, la religion est un fait social parce qu’elle naît, s’affirme et se développe en fonction du groupe ou du clan. Dans toute société, les groupes intériorisent le fait religieux dans leur conscience collective en observant une pratique rituelle, en choisissant un totem (symbole statique) auquel s’ajoutent des mythes (symboles narratifs) et un culte (symbole opérationnel). L’ensemble de ces dispositions permet d’appréhender la religion comme « un ensemble de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées qui unissent en une seule communauté, appelée Eglise, tous ceux qui y adhèrent. »

Emmanuel AVONYO, op

>>> SOMMAIRE >>>

Pensée du 16 décembre 09

« Je propose le terme de Vita activa pour désigner trois activités humaines fondamentales : le travail, l’œuvre et l’action. Elles sont fondamentales parce que chacune d’elles correspond aux conditions de base dans lesquelles la vie sur terre est donnée à l’homme.»

HANNAH ARENDT, Condition de l’homme moderne

________________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

Travail (labor), œuvre (work) et action (action) constituent la pierre angulaire de Condition de l’homme moderne. Hannah Arendt évalue ces trois activités comme les traits les plus durables de la condition humaine et politique. Paul Ricœur, auteur de sa préface, fait une lecture trans-historique de cet ouvrage en lien avec Origines du totalitarisme. Pour lui, les trois catégories de la Vita activa répondent à la question historique « à quelle condition un univers non totalitaire est-il possible ? » Une citoyenneté censée et une action raisonnable sont les ressources que la condition humaine doit opposer à l’hypothèse terroriste totalitaire.

Hannah Arendt relève que la vie humaine est fondamentalement marquée par le travail en tant que processus biologique du corps humain, nécessité vitale et source des produits de consommation. La condition humaine est laborieuse, elle produit une œuvre comme la marque de son appartenance-au-monde. L’œuvre est la fabrication d’un monde d’artifices avec les matériaux du monde ; ses produits résistent à l’érosion du temps. Quant à l’action, elle est le ferment d’une société humaine plurielle, l’activité par excellence qui constitue le domaine public, la conditio per quam du déploiement de l’histoire de toute vie politique.

En clair, le travail assure la survie de l’individu et de l’espèce sans rien laisser derrière soi, l’œuvre confère une permanence, une durée à la futilité de l’existence mortelle, l’action en maintenant les organismes politiques crée l’Histoire. Selon Ricœur, une connotation temporelle distingue produits du travail et de l’œuvre : les premiers sont consommés, les derniers sont à notre usage, les uns passent et changent, les autres durent et persévèrent. Arendt s’oppose à la substitution des produits de l’œuvre à ceux du travail et fustige la tradition utilitariste qui efface la distinction entre les deux types d’objets. Rapporté à l’action, le travail permet de sérier sphère politique et sphère économico-sociale, domaine public et domaine privé.

A travers cette critique de l’homme moderne, nous lisons une exposition de la condition métaphysique de l’homme. Si la vie sur terre est absolument donnée à travers ce triptyque, il n’est pas anodin que le travail, l’œuvre et l’action soient référés à la mort et la mortalité. Car le monde de la Vita activa est celui des produits temporels de l’homme. Ainsi tout ce que l’homme fait entrer dans le monde est frappé de la condition humaine. Arendt souligne la grandeur et l’illusion de l’homme qui ne pense l’éternité qu’en être mortel. L’entreprise politique qui est le fait du citoyen, est un effort d’immortalisation de l’homme. L’homme ne se confère l’immortalité que pour pouvoir endurer sa condition mortelle.

Arendt pense à la suite de saint Augustin, que l’homme est une question pour lui-même et ne peut pas sauter par-dessus son ombre. Toutefois il doit chercher dans la vie politique un équilibre entre sa grandeur et sa vanité. Ce souci d’équilibre amène Arendt à mettre dos à dos les traditions antique, médiévale et moderne. Elle met en question d’un côté la sous-estimation de la Vita activa chez les platoniciens et médiévaux du christianisme au profit de la Vita contemplativa, et de l’autre, la surestimation de la catégorie du travail depuis Adam Smith et Marx. Elle conteste aussi la hiérarchisation dépréciative, au sein de la Vita activa, de l’agir de l’homme d’Etat, du faire de l’artisan et du labeur du corps humain.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 15 décembre

L’academos

Sommaire

____________________________________________________________