Archive for the ‘CULTURE’ Category

Pensée du 14 mai 11

IRASCIBLE SOCIETE

Sphère chimérique, d’un fard trop blanc teintée,
ne subsistent qu’illusion et tromperie,
de ce cosmos sans conscience, écervelé
deviendra un jour mauvais souvenir enfoui.

Là où la lumière gouverne affranchie,
Dans des contrées lointaines, dites indomptées
par cette farcesque et étrange comédie,
nous nous imprégnerons d’infinie vérité.

Des Pantins interprêtant telle mascarade,
voyant en les ressentiments les plus sublimes,
quelque distraction juste digne de bravade.

Déshabillons-nous de ces vêtements puérils
Couvrons nos simples âmes d’un linceul sans mime,
Pour vivre loin de l’humanité infantile.

Théo CHAUDET

Pensée du 13 mai 11

« Le génie cartésien est d’avoir porté à l’extrême cette intuition d’une pensée qui fait cercle avec soi en se posant et qui n’accueille plus en soi que l’effigie de son corps et l’effigie de l’autre »,

Paul RICOEUR, Philosophie de la volonté, I.

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GRILLE DE LECTURE

Descartes, en quête de certitude absolue a pu mettre en place dans le Discours de la Méthode, le doute méthodique et même hyperbolique. Il en est arrivé à atteindre une intuition qu’il trouve inébranlable : l’intuition que le sujet est une pensée pensante. Le « Cogito ergo sum » (je pense, donc je suis) est au terme de cette démarche de doute qui montre que tout ce qui entoure l’homme, ses raisonnements et son corps le trompent souvent. Il peut donc douter de tout. Cependant, il ne peut douter du fait que le sujet qui doute existe et qu’il est quelque chose. Le Cogito signifie donc que le sujet pensant a conscience de lui-même. Nous pouvons sur le coup dire que cette intuition fondamentale dans la connaissance qu’a le sujet de lui-même et des autres choses exclut sur le champ toute réalité extrinsèque au sujet pour d’abord le poser comme tel.

C’est pourquoi Paul Ricœur peut affirmer que la pensée (le sujet) fait cercle avec soi en se posant. Seule l’intuition de la pensée d’une existence inébranlable du sujet qui doute est certaine. L’existence du sujet est certaine. Le sujet est donc un « roseau pensant » essentiellement. Cela traduit le fait que même si l’on peut refuser au sujet certains accidents, certaines réalités qui font son être-au-monde, il  y a pour lui quelque chose qui le constitue intrinsèquement : la pensée. Car, cette pensée le conduit nécessairement et sans aucun doute à se réaliser existant, et cela irrévocablement. La pensée est donc intrinsèque à l’homme. Nous pouvons affirmer que l’homme est pensée fondamentalement, il est une pensée pensante comme nous l’avons souligné plus haut. La pensée se pense et se pose comme pensée pensante, agissante. Sans cela, l’homme ne peut se saisir véritablement, ni être sujet véritablement. Le corps devient en fin de compte comme un accident, quelque chose qui se greffe sur la pensée.

Avec Descartes donc, la pensée est substance de l’homme, et son corps, un accident. Mais dans l’opération même de la pensée, ce corps est pensé et reçu, comme une image qui survient et survit. Dans cette même opération, le corps de l’autre aussi se trouve au même niveau car l’homme ne peut faire abstraction d’une saisie de tout ce qu’il perçoit, pénètre de sa pensée et intellige. L’homme comme pensée demeure toujours en relation avec soi et avec l’autre. Sinon il ne serait plus relationnel, personnel. Il se déploie avec sa pensée et accueille les autres en lui, à commencer par lui-même. L’homme a conscience de lui-même dans la relation à soi et dans la relation à l’autre. La conscience est ici une aperception transcendantale, et elle ne peut plus que représenter les autres choses en dehors d’elle. Car nous le savons, la conscience (pure) est un savoir de toutes les représentations de l’humain.

Aristide BASSE, op

Pensée du 12 mai 11

« (…) La nostalgie de la vérité absolue et la soif de parvenir à la plénitude de sa connaissance demeurent toujours au fond du cœur de l’homme. L’inépuisable recherche humaine dans tous les domaines et dans tous les secteurs en est la preuve éloquente. Sa recherche du sens de la vie le montre encore davantage. Le développement de la science et de la technique, magnifique témoignage des capacités de l’intelligence et de la ténacité des hommes, ne dispense pas l’humanité de se poser les questions religieuses essentielles ; il la pousse plutôt à affronter les combats les plus douloureux et les plus décisifs, ceux du cœur et de la conscience morale. »

Ioannes Paulus PP. II, Veritatis splendor

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Pensée du 11 mai 11

« Lorsqu’on se refuse à admettre le caractère interchangeable des idées, le sang coule. »

Emil Cioran, Précis de décomposition, Editions Gallimard, 1949, p. 10.

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GRILLE DE LECTURE

Emil Cioran s’attache à faire la généalogie du fanatisme dans l’un de ses textes consignés dans le Précis de décomposition. Il est persuadé que les hommes sont des idolâtres par instinct. Ils convertissent en absolu et en inconditionné les objets de leurs songes et de leurs intérêts, ils en deviennent des fanatiques. Le fanatique ressemble à un monstre à double tête. Si pour une idée il tue, il peut tout aussi bien se faire tuer pour elle. Le fanatique est tantôt un tyran, lorsqu’il tue pour une idée, tantôt un martyr, quand il meurt pour ses chères convictions. Les convictions fortes, les doctrines, les croyances, les dogmatismes forcenés sont autant de maux qui gangrènent l’histoire des hommes en avilissant l’esprit humain.

Car, si on ne peut imputer aucune des grandes convulsions de l’histoire aux finauds, aux fripons et aux farceurs, on doit au moins en tenir les dogmatiques pour responsables. Ceux qui agitent des croyances, des « vérités » supposées inattaquables et des idéologies surréalistes passent souvent pour des sanguinaires. La puissance humaine d’adorer, d’idolâtrer, est l’un des facteurs importants de crimes, dans la mesure où « celui qui aime indûment un dieu contraint les autres à l’aimer, en attendant de les exterminer s’ils s’y refusent.» Les conséquences des actes de l’homme deviennent incalculables dès « qu’il transforme son idée en dieu ».

En effet, pour Cioran, défendre une idée au nom d’un dieu ou de ses contrefaçons est porteuse de dérives extrémistes et fanatiques. C’est ainsi que les tyrans et les martyrs sont tout à la fois des fanatiques. Et les martyrs particulièrement sont des plus nuisibles. « Point n’est plus  dangereux que ceux qui ont souffert une croyance : les grands persécuteurs se recrutent parmi les martyrs auxquels on n’a pas coupé la tête. Loin de diminuer l’appétit de puissance, la souffrance l’exaspère. » Celui qui meurt pour une idée est littéralement capable de faire périr les autres pour les mêmes raisons. Il convient de souligner qu’en elle-même, une idée ne faut pas mourir. Elle ne devient virtuellement assassine que si on en fait la contrefaçon d’un dieu ou une croyance intolérante vis-à-vis de la différence.

En elle-même, toute idée est neutre, interchangeable, ou devrait l’être, selon Cioran. Ce sont les hommes qui l’animent et l’accaparent en y projetant leurs flammes et leurs démences. Les idées deviennent impures et prennent la figure d’événements lorsqu’elles s’insèrent dans le temps en étant transformées en croyances intransigeantes. Cioran n’évoque aucune figure historique contemporaine en exemple, sinon qu’il affirme se sentir plus en sûreté auprès d’un Pyrrhon que d’un saint Paul. Il compare la pensée de Pyrrhon à « une sagesse à boutades », et parle d’une sainteté déchaînée en ce qui concerne saint Paul.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 10 mai 11

« Avant de se formaliser sous l’aspect des systèmes juridiques, la justice est pour Ricœur une notion qui appartient à la sphère éthique. Le juste s’inscrit dans la visée de la vie bonne et en rapport avec la sollicitude pour autrui. L’autrui de l’amitié et le chacun de la justice ne se confondent pas mais ils ne sont pas séparables. La justice ajoute à la sollicitude en élargissant son souci d’égalité à l’humanité entière. En même temps, l’idée d’ethos embrasse dans une unique visée le souci de soi, le souci de l’autre et le souci de l’institution. A ce stade, il est essentiel de remarquer que pour Ricœur, la justice est encore une vertu, c’est un sens du juste et de l’injuste avant d’être une loi qui argumente, organise et contraint. »

Alain Thomasset, Paul Ricœur. Une poétique de la morale, Presses Universitaires de Louvain, 1996.

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Pensée du 09 mai 11

« Atteindre la vérité, la contempler, en vivre au plus intime de nous-mêmes est autre chose que l’exprimer, la dire, la manifester en l’écrivant, en la communiquant aux autres. »

Marie-Dominique Philippe, Philosophie de l’art, t.1, Editions universitaires, 1991, p. 156.

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GRILLE DE LECTURE

Il y a bien une différence notable entre contempler la vérité et traduire aux autres les fruits de sa contemplation. Ce sont là deux activités spirituelles qui se complètent sans néanmoins s’équivaloir. Ainsi, rédiger une grille de lecture philosophique pour partager mon point de vue, ce n’est pas philosopher au sens propre. La contemplation philosophique est censée l’avoir précédé. Car philosopher, au sens fort, ce n’est pas « faire » quelque chose, c’est chercher la vérité de la manière la plus parfaite possible. Philosopher, c’est contempler la vérité et s’ouvrir à la réalité intelligible qui dispense le sens. Cela implique une rencontre philosophique avec la vérité.

L’activité (l’ouverture) contemplative est purement immanente comme un bien intime du philosophe. En rigueur de termes, la contemplation n’est pas une activité, elle ne vise pas un but matériel, elle ne se ramène pas à une œuvre de fabrication. Dans ce qu’elle a de plus élevé, c’est-à-dire l’atteinte de la vérité, elle est ordonnée au bien propre du philosophe : la perfection de son intelligence. Le bien spirituel qu’est la vérité ne peut être atteint que par une opération immanente d’amour et de connaissance de la vérité. Si la vérité est le bien propre de l’intelligence, la connaissance intellectuelle spéculative dans sa pureté relève beaucoup plus d’une communion spirituelle que d’un « faire » quelconque.

Certes, contempler et manifester la vérité contemplée ne s’opposent guère. Contempler et transmettre le savoir s’interpénètrent et effacent toute frontière dès lors que l’un complète l’autre, et que le fait d’exprimer ce que nous savons nous permet de l’affermir, de mieux le comprendre et de le questionner davantage. Cependant, Marie-Dominique Philippe fait observer que « dès qu’on analyse philosophiquement la pensée, l’activité intellectuelle, on est obligé de distinguer ce que relève des exigences propre de la connaissance intellectuelle et ce qui relève des exigences de la parole, du dire, de la communication aux autres. » Connaissance intellectuelle et communication du savoir diffèrent comme contempler et traduire le fruit de sa contemplation.

C’est pourquoi le lien de dépendance entre la pensée et son expression n’est pas identique au lien entre l’expression de la pensée et la pensée elle-même. En clair, pour manifester une vérité en l’écrivant, pour rédiger une grille de lecture philosophique, il faut comprendre ce dont on parle (la vérité). Pour communiquer la vérité aux autres, il faut normalement l’avoir déjà entrevue, saisie et contemplée. L’inverse n’est pas nécessaire, car le moyen de comprendre une question philosophique, d’en vivre au plus intime de soi-même n’est pas nécessairement de la communiquer en écrivant à son sujet. Il paraît donc évident que l’activité intellectuelle spéculative de contemplation possède une autonomie et une noblesse que l’art de communiquer doit encore inventer.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 08 mai 11

« Nous nous trompons, lorsqu’entraînés par une passion, et fixant toute notre attention sur un des côtés d’un objet, nous voulons, par ce seul côté, juger de l’objet entier. Nous nous trompons encore, lorsque, nous établissant juges sur une matière, notre mémoire n’est point chargée de tous les faits de la comparaison desquels dépend en ce genre la justesse de nos décisions. Ce n’est pas que chacun n’ait l’esprit juste ; chacun voit bien ce qu’il voit : mais, personne ne se défiant assez de son ignorance, on croit trop facilement que ce que l’on voit dans un objet est tout ce que l’on y peut voir. Dans les questions un peu difficiles, l’ignorance doit être regardée comme la principale cause de nos erreurs. »

C. A. HELVETIUS, De l’esprit

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Pensée du 07 mai 11

« Quand on est petit, il faut être intelligent pour survivre, c’est la loi de la nature. C’est pourquoi le genre humain, plus faible dans la férocité de la nature et de la chaîne alimentaire a utilisé le génie de son cerveau pour des inventions technologiques qui ont fait de lui « Maître et Possesseur de la Nature ». Quand on est petit, il faut savoir ce qu’on fait, où on va, de quoi on dispose comme ressource. Quand on est petit, il faut savoir construire des pactes et alliances utiles, se soumettre aux règles de ces pactes. »

VINCENT TOHBI IRIE

Source : http://www.lebanco.net/banconet/bco4882.htm

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Pensée du 06 mai 11

« La métaphysique arrive-t-on à affirmer de nos jours, traite moins de l’étant en général que du sens de l’existence. »

Paul Gilbert, La patience d’être, Métaphysique

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GRILLE DE LECTURE

Employée par Andronicos de Rhodes pour classer certains ouvrages d’Aristote traitant des sujets qui viennent après ceux de la Physique, l’expression « métaphysique », étude des propriétés générales de l’étant, a coïncidé pendant la scolastique, avec l’ontologie, l’étude de l’être en tant qu’être. Les scolastiques entendaient ainsi montrer que c’est la substance d’Aristote que visait la métaphysique. Il semble que même l’Antiquité grecque de Parménide et d’Aristote ait identifié l’ontologie à la métaphysique, même si ces acceptions n’étaient pas encore en vogue. L’étude de l’être en tant qu’être et l’étude de l’étant renvoyaient à la même réalité. Trois ruptures épistémologiques s’opèrent par la suite : la première rupture, celle de la modernité, a consisté à distinguer la métaphysique générale (traditionnelle) de la métaphysique spéciale.

La métaphysique générale est le domaine de l’ontologie, c’est-à-dire de l’étude de l’être en tant qu’être ou substance. La spéciale comprend la cosmologie rationnelle (l’être de la nature), la psychologie rationnelle (l’être de l’âme) et la théologie rationnelle (l’être de Dieu). La deuxième rupture est celle où l’emploi du terme métaphysique en lien avec l’ontologie a été dénoncé. Kant et Heidegger ont sonné le glas de l’ambition substantialiste de la métaphysique traditionnelle qui identifiait l’ontologie avec l’être en tant que substance d’Aristote.  S’il n’est possible de connaître que le phénomène, la métaphysique comme étude de la substance de l’Etre est obsolète. La troisième rupture qui intervient déplace la métaphysique de l’étude des déterminations communes de l’étant vers  la scrutation du sens de l’existence. Paul Gilbert assume cette nouvelle orientation de la métaphysique. Il veut désormais  ressaisir la substance de l’intérieur, car la scrutation de la substance est l’exercice d’un sens recherché, celui de l’existence.

Pour Paul Gilbert, même si notre époque, « héritière rebelle du rationalisme des temps moderne » doute de la fondation ultime du sens de l’existence, il est important de rappeler que Heidegger a invité à passer des étants à l’être, de l’être en tant qu’être au sens de l’être, afin d’arracher nos espaces intérieurs à la dictature du non sens. Si aucun savoir théorique n’est capable de nous donner adéquatement le sens de l’être, il ne s’ensuit pas que le sens ne se manifeste pas dans nos vies, dans la pratique de nos désirs et de nos affections. La philosophie contemporaine nous offre un moyen privilégié pour la quête du sens de l’existence : la science pratique du discours herméneutique qui éclaire notre agir. Le sens advient grâce à l’interprétation des signes de notre existence et de ses richesses vécues. Le passage de la métaphysique à l’ère de l’herméneutique par le moyen de la phénoménologie ne vise qu’à renouveler notre sens de l’être et notre compréhension de nos traditions culturelles.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 05 mai 11

« Notre fin de millénaire, qui voit renaître le tribalisme et le nationalisme, connaît aussi une aspiration profonde à l’égalité et à la fraternité. Deux cents ans après la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, l’humanité entière est en branle : c’est le pèlerinage de l’élémentaire humain, la conquête de la confiance en l’homme, la vénération de l’être humain dans son aspiration à être davantage lui-même. »

BRUNO CHENU, La brûlure d’une absence, Editions du Centurion, Paris, 1994, p. 153.