Archive for the ‘CULTURE’ Category

Le suicide, un problème philosophique

Pensée du 13 février et grille de lecture

Réponse à une lectrice

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« Les devoirs envers soi-même et ceux envers la société, obligeant l’homme à respecter sa propre vie, le suicide ne pouvait qu’être assimilé à un acte indigne. »

Gilles LIPOVETSKY, Le crépuscule du devenir

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GRILLE DE LECTURE

L’homme est une histoire sacrée, la vie est sacrée. Elle est sacrée parce qu’elle ne nous appartient pas. Nous sommes peut-être d’accord qu’en un moment de l’histoire, nous nous surprenons entrain de vivre. Nous assistons à notre naissance sans en avoir été conscient. L’instant où commence notre vie nous échappe toujours. Nous vivons mais sans jamais savoir ce que c’est que la vie, parce qu’elle est transcendance, elle est une invisibilité fondamentale. N’étant pas l’auteur de notre vie, pour le simple fait de n’en avoir pas été l’auteur en son temps, nous avons cette obligation morale de la respecter. Respecter la vie c’est aussi respecter son auteur. Le suicide est un acte indigne, il fait croire que dans notre entourage, personne ne pouvait nous sortir de la tourmente dans laquelle nous étions empêtré. Il est une injure pour la société. Le suicide prive la société de nos services. Il est un manquement grave au devoir humain et social qu’est vivre simplement.

L’homme ne peut pas pour quelques atrocités de la vie se donner le pouvoir de s’ôter la vie. Nous vivons mais la vie ne nous appartient pas. La chose la plus noble et la plus digne pour un homme est de prendre les moments noirs de son histoire comme la phase négative d’une seule vie. L’homme doit donner sens à sa souffrance. La souffrance vient dire que nous sommes des êtres factuels, limités. Puisqu’il n’y a pas de vie sans les douleurs de l’enfantement, l’homme est appelé à vivre son épreuve existentielle comme un moment de la totalité de la vie.

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Réaction :

« Il me semble que les Anciens doivent se retourner dans leur tombe… ceux qui disaient que si cela était trop difficile, il n’était pas obligatoire de subir. Penser sa mort peut au contraire donner un sentiment de liberté, et le temps où je vis est le seul bien, il m’appartient de le rendre si je le souhaite… »

Une lectrice

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Réponse :

Merci chère lectrice pour le partage de points de vue. Je vous comprends parfaitement, mais je crois qu’une certaine  éthique philosophique serait d’un avis contraire. Savez-vous, les Anciens ne seront pas les seuls à se retourner dans leur tombe, les Contemporains aussi. Je vous convie avec les amis de L’Academos à la visite de ces philosophies de « sinistre mémoire » qui soutiennent que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue et qu’elle n’a du prix que sous la guillotine volontaire ou la mort silencieuse. Vous tirerez vous-même une conclusion qui vous semble logique. Le suicide est une solution extrême, dont les motivations  ultimes échappent  à ceux qui en sont simplement témoins. Encore que la question du suicide peut être vue autrement d’une ère géographique à l’autre.  La philosophie peut-être sans frontières, mais les points de vue varient.

Hégésias de Cyrène pensait que, le bonheur étant chose impossible, et le corps étant accablé de malheurs, la mort était préférable à la vie. Surnommé « Celui qui pousse à la mort », il a été exilé, son école fermée, et ses livres bannis par le roi Ptolémée III.

Socrate pensait que la croyance que l’on va rejoindre les dieux et certains morts rend injuste la révolte contre la mort. Il ne s’est pourtant pas suicidé, il a seulement refusé de fuir la mort pour rester un philosophe digne qui assume ses actes.

Platon le disciple de Socrate aurait détallé, pour empêcher les athéniens de commettre un second meurtre ignominieux. Il invitait à se libérer de notre corps de mort pour accéder à la vie intelligible, pas jamais par le suicide, c’est par l’ascèse philosophique. Il serait bien de donner un coup d’œil dans ses Dialogues. Ses textes frisent parfois la contradiction. Il traite du suicide dans Le Phédon. Platon affirme qu’ « il n’y a que les insensés qui se réjouissent de la mort ! Les humains sont assignés à résidence et nul n’a le droit de s’affranchir de ces liens pour s’évader. Les dieux sont nos gardiens et nous sommes le troupeau. Il ne faut donc pas se donner la mort, avant qu’un dieu ne nous envoie un signe ».

Nietzsche est une grande figure de la philosophie du suicide. « La pensée du suicide est une puissante consolation : elle nous aide à passer maintes mauvaises nuits. » (Par delà bien et mal). « Il y a un droit en vertu duquel nous pouvons ôter la vie à un homme, mais aucun qui permette de lui ôter la mort : c’est cruauté pure et simple. » (Humain, trop humain). « Abstraction faite des exigences qu’imposent la religion, il sera bien permis de se demander : pourquoi le fait d’attendre sa lente décrépitude jusqu’à la décomposition serait-il plus glorieux, pour un homme vieilli qui sent ses forces diminuer, que de se fixer lui-même un terme en pleine conscience ? Le suicide est dans ce cas un acte qui se présente tout naturellement et qui, étant une victoire de la raison, devrait en toute équité mériter le respect… (Humain, trop humain). Retenons que Nietzsche non plus ne s’est pas suicidé. Il aurait détraqué avant d’être témoin de sa lente décrépitude.

Albert Camus est un philosophe du suicide. Il en parle dans Le mythe de Sisyphe. Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux, aimait-il affirmer, c’est le suicide. Le suicide est une solution à l’absurde. Mais Camus ne s’est pas suicidé malgré la conscience aiguë qu’il avait de l’absurdité de l’existence et du non sens de nos recherches.

Emile Cioran est aussi un penseur pessimiste, héritier impénitent de Nietzsche et d’Arthur Schopenhauer. Dans « De l’inconvénient d’être né », Cioran montrait que la vie est une farce, une sorte de maladie dont le ridicule est à son comble. Sa position reste toutefois ambiguë. « Je passe mon temps à conseiller le suicide par écrit et à le déconseiller par la parole. C’est que dans le premier cas il s’agit d’une issue philosophique ; dans le second, d’un être, d’une voix, d’une plainte… »

Ce tour d’horizon non démocratique de la question du suicide ne nous montre que des avis favorables au suicide. Celui qui pense que l’un ou l’autre de ces philosophes a raison, peut retenir ou apporter son aval au suicide comme une fin en douceur, une solution qu’aucun de ces défenseurs du suicide n’a adoptée pour soi-même. Peut-être la vie valait autrement la peine d’être vécue ?

La vie est un bien précieux sur lequel nous n’avons normalement aucune prise. La vie est donnée, le temps aussi, le temps de la vie davantage. Nous sommes de simples intendants d’un précieux bien contenu dans des vases d’argile. La vie nous échappe, elle déborde notre pouvoir d’user et de disposer.  Elle peut être falsifiée, elle peut être bradée en certains cas. La morale nous enseigne que c’est le sommet de l’indignité.  On ne subit pas la vie, elle reste un combat à assumer.  Personne n’a eu  la réussite facile, elle cache toujours une vie dramatique, des années de privations. Trouver que la vie est trop difficile pour chercher le soulagement dans la mort est  à mon sens une capitulation abjecte, une liberté poussée trop loin.

Voilà pourquoi pendant longtemps, les législations de nos pays laïcs, j’entends nos pays de la sortie de la religion (Marcel Gauchet), ont hésité à autoriser l’euthanasie, qui ne s’appelle pourtant pas suicide.  D’ailleurs, de l’éthique médicale à la philosophie, il peut y avoir un hiatus. Aujourd’hui quelques pays ont ouvert la porte à l’euthanasie flanquée d’une kyrielle de conditions, sinon, le tribunal. Cela doit faire réfléchir. L’euthanasie est une question réglée par le progrès de la médecine. La thèse de la douleur atroce ne tient plus. A ma connaissance, aucune loi (laïque, anti religieuse ? ), n’a encore autorisé le suicide. Il se peut que je sois mal informé. C’est le moment d’apprendre quelque chose de vous, lecteurs. Le suicide, d’accord pour des raisons que nous ne pouvons savoir, mais après le suicide, l’acte sera qualifié par la morale. Tuer est un acte intrinsèquement mauvais. Se tuer ou se suicider ne l’est pas moins. Non seulement le suicide serait immoral, mais il serait un acte irresponsable.

Emmanuel AVONYO

Pensée du 14 février 10

« … Quelque chose d’absolu est nécessairement engagé dans l’existence morale de l’homme. »

André Léonard, Le fondement de la morale, essai d’éthique philosophique.

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GRILLE DE LECTURE

L’homme ne peut pas se passer de morale. Une existence est avant tout morale puisqu’il n’y a pas d’existence humaine sans activité de l’homme, et qu’il n’y a pas d’action humaine sans principes moraux. La morale peut se définir comme la science normative catégorique de l’agir humain. Elle fixe les normes inconditionnelles de l’action de l’homme. Parce qu’elle rappelle ce que l’homme doit être compte tenu de sa nature profonde, la philosophie morale ne peut manquer de se prononcer sur le sens de l’être humain, et sur sa destinée totale. La philosophie aide à savoir que les grandes facultés humaines que sont l’intelligence et la volonté, sont constitutivement ouvertes sur l’infini, sur l’absolu, et même sur l’Absolu.

Par son intelligence, l’homme à la différence de l’animal, n’est pas seulement ouvert sur tel ou tel objet ou ensemble d’objets, il est infiniment ouvert sur toute réalité en général, voire sur tout sens simplement possible. Descartes affirmait que c’est par l’intelligence que l’homme ressemble le plus à l’Absolu. Il faut y voir l’indice de la grandeur de l’intelligence humaine, malgré ses humiliations par Pascal. Cette grandeur de l’intelligence fait que l’esprit humain n’est jamais rassasié par une somme, même très grande, de connaissances. Il aspire toujours à plus, il s’élance vers des horizons nouveaux, qu’il n’épuisera pas non plus (parce que près de trois millénaires de science n’ont pas mis un terme à la quête de sens de l’homme). Seule la vérité plénière de l’être lui-même, seule, en fin de compte, la plénitude de l’Etre subsistant pourrait le combler totalement.

De même, la volonté humaine, c’est-à-dire, le désir humain, à la différence de l’appétit animal, n’est pas limité, dans son dynamisme à certaines fins déterminées. Il est orienté de manière absolue, vers cela même qui est capable de le saturer, à savoir la bonté, non pas de tel ou tel bien ou ensemble de biens, mais de l’être lui-même en totalité, et finalement de celui qui est le Bien subsistant. Même la somme intégrale de tous les biens finis le laisserait insatisfait. Cela est su de tout le monde. C’est pourquoi la volonté, en chacun de ses mouvements particuliers, se déborde à l’infini en direction d’un surcroît. L’on pourrait multiplier les exemples, pour évoquer l’expérience de l’amour. L’homme court après un objet qu’il étreint grandement et qui pourtant lui échappe infiniment. Il se cache derrière tout cela une soif d’absolu.  L’Absolu n’est-il pas la limite idéale de tous les êtres ? (Hegel) C’est ce qui fait dire à André Léonard qu’il y a quelque chose d’absolu qui est engagé en le moindre de nos actes volontaires et intelligents. C’est aussi pourquoi la norme morale est absolue et catégorique.

Emmanuel AVONYO, op

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Pensée du 13 février 10

« Les devoirs envers soi-même et ceux envers la société, obligeant l’homme à respecter sa propre vie, le suicide ne pouvait qu’être assimilé à un acte indigne. »

Gilles LIPOVETSKY, Le crépuscule du devenir

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GRILLE DE LECTURE

L’homme est une histoire sacrée, la vie est sacrée. Elle est sacrée parce qu’elle ne nous appartient pas. Nous sommes peut-être d’accord qu’en un moment de l’histoire, nous nous surprenons entrain de vivre. Nous assistons à notre naissance sans en avoir été conscient. L’instant où commence notre vie nous échappe toujours. Nous vivons mais sans jamais savoir ce que c’est que la vie, parce qu’elle est transcendance, elle est une invisibilité fondamentale. N’étant pas l’auteur de notre vie, pour le simple fait de n’en avoir pas été l’auteur en son temps, nous avons cette obligation morale de la respecter. Respecter la vie c’est aussi respecter son auteur. Le suicide est un acte indigne, il fait croire que dans notre entourage, personne ne pouvait nous sortir de la tourmente dans laquelle nous étions empêtré. Il est une injure pour la société. Le suicide prive la société de nos services. Il est un manquement grave au devoir humain et social qu’est vivre simplement.

L’homme ne peut pas pour quelques atrocités de la vie se donner le pouvoir de s’ôter la vie. Nous vivons mais la vie ne nous appartient pas. La chose la plus noble et la plus digne pour un homme est de prendre les moments noirs de son histoire comme la phase négative d’une seule vie. L’homme doit donner sens à sa souffrance. La souffrance vient dire que nous sommes des êtres factuels, limités. Puisqu’il n’y a pas de vie sans les douleurs de l’enfantement, l’homme est appelé à vivre son épreuve existentielle comme un moment de la totalité de la vie.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Pensée du 12 février 10

« On dit souvent que la force est impuissante à dompter la pensée. Mais pour que ce soit vrai, il faut qu’il y ait pensée. Là où des opinions irraisonnées tiennent lieu d’idées, la force peut tout. »

Simone WEIL, Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale.

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GRILLE DE LECTURE

La pensée est la faculté qui ennoblit l’homme. L’homme est capable de penser et c’est cela qui est sa principale tâche. D’où vient qu’il y a encore des maux qui gangrènent nos sociétés si vraiment la force est impuissante à dompter la pensée ? Lorsque la pensée est mise en veilleuse, alors surgit le désordre. Dans la cité où ne règnent que l’irrationalité de l’injustice et les passions de guerre, la raison sommeille. Quand l’opinion prend place, la pensée tire sa révérence. Dans ces conditions, seuls, contemplent à ciel ouvert la lumière comme splendeur du Bien, ceux qui lui sont ouverts, c’est-à-dire qui pensent.

L’homme, pour autant qu’il est homme est capable de cette faculté de se déterminer lui-même qu’est la pensée. Cette faculté est son lien essentiel, jamais monnayable, qu’il ne peut quitter définitivement que par la mort. Si l’homme ne fait pas usage de ce lien essentiel, il se laisse gagner par la paresse. Devenue lourde, son âme est prête à recevoir n’importe quoi. Elle ne peut plus avoir des idées, mais seulement des opinions. Dans ces conditions, elle devient pleinement manipulable, comme une fleur qui se plie à tous les mouvements du vent.

La force peut tout là où la raison de s’exprime plus, là où il y a inattention, là où fait défaut le regard lucide. Et ce regard, précisément, n’est présent à l’homme qu’en des rares instants. En fait, les exigences de la vie quotidienne étouffent notre moi authentique et ne lui permettent pas de s’affirmer. Les nécessités de la vie, en nous encombrant, font que le plus souvent nous vivons à la superficie des choses et de nous-mêmes, laissant ainsi sommeiller notre être profond.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Equilibre

Le billet de Mejnour 58

Le philosophe qui pense le droit pense aussi l’équilibre, la bonne distance qui stabilise les sociétés tout en assurant les libertés individuelles. L’un des symboles de la justice et du droit, c’est, justement, la balance aux plateaux en équilibre. Un symbole dont la philosophie pourrait faire son profit.

Une philosophie qui ne s’ancre pas dans la défense de l’humain, qui préfère la conquête de l’avoir à la recherche du savoir, cette philosophie-là ne mérite que les crachats de consciences opprimées.

Le philosophe qui pense le droit sait que les inégalités entre les hommes et les sociétés sont inévitables. L’univers est ainsi conçu, la montagne a ses sommets ainsi que ses vallées. Mais le sage s’évertue à réduire les inégalités entre les hommes, lesquels naissent d’une « égalité d’humanité », nul n’étant plus homme que l’autre.

Sur ce, Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 11 février 10

« L’humanisme est d’abord un combat pour l’homme ou, plus précisément, pour l’humanité de l’homme : il s’agit de défendre, non une espèce seulement, mais ce que celle-ci a fait de soi, non l’homo sapiens mais l’humanité civilisée. »

André Comte-Sponville, Valeur et vérité, Etudes cyniques.

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GRILLE DE LECTURE

Tous les hommes sont humanistes, ils sont humanistes d’un humanisme pratique. C’est le point de vue de Comte-Sponville. Unis par l’agir, tous les hommes sont humanistes parce que l’humanisme est le but ultime de l’action. C’est l’humanisme qui rassemble les hommes et l’action est un combat pour l’humanisme. Si l’humanisme rime parfaitement avec l’humanité de l’homme, l’engagement humain est le gage sûr du combat pour la reconnaissance de l’humain. Bien plus, ce qui fait des hommes des humains et les rend dignes de l’être, c’est la considération de l’homme comme une fin. En cela, Kant est immortel par ses émules. L’humanisme pratique se définit comme l’affirmation et la défense de l’humanité de l’homme comme une valeur. Sous ce rapport, l’humanisme pratique de Comte-Sponville est le désir affirmé d’être humain au sens normatif du  terme. C’est l’effort assumé de se soumettre à l’humanité non comme un sous ensemble de l’écologique, ou comme une simple espèce biologique, mais comme valeur.

Le bien serait, selon Spinoza, le moyen qui rapproche l’homme de plus en plus du modèle de sa nature humaine. L’humanité en tant que respect humain serait le désir de faire aux hommes seulement ce qui leur plaît. On ne peut pas faire aux hommes un bien qu’ils ne veulent pas. L’humanisme n’est pas à prendre simplement comme un principe explicatif, mais comme un effort d’adaptation aux métamorphoses de l’humanité de l’homme. L’homme n’est pas un dieu et il ne reste homme que dans cette tension vers l’homme par un combat pour sa valeur. L’humanisme pratique est un humanisme spontané dont les mères savent plus que les philosophes. Etre humain, c’est être capable de langage, et être assujetti à l’amour. De génération en génération, l’humanité s’invente auprès de la douceur et de la patience maternelles, de la langue maternelle. L’éducation terminée, on n’a jamais fini de s’humaniser. L’humanisation prend le relais de l’hominisation.

L’humanisme pratique n’appartient à personne, sinon, il n’appartient qu’à ceux qui le pratiquent en effet, c’est-à-dire, qui font preuve d’humanité, qui font de leur existence un combat pour l’homme  et ses nouveaux besoins. L’humanisme théorique, simplement pensé ne suffit pas. Il ne suffit pas mais il n’est pas un immoralisme. Voici que la question se pose : l’humanisme pratique est-il un anti-humanisme théorique ? Mais, l’humanisme pratique peut-il contrister un humanisme théorique, si « les sciences humaines ne sont pas faites pour les chiens » ? Penser l’homme dans sa vérité, dans son histoire et dans sa concrétude, c’est penser la morale dans son urgence. Un homme sans morale serait inhumain (Spinoza) car l’humanité est une valeur. L’humanisme théorique n’est pas moins un combat pour le sens de l’humain. Pour accompagner jusqu’au bout Comte-Sponville dans sa pensée, nous pourrons ajouter que tous les hommes sont humanistes, d’un humanisme théorique ou pratique. On est humaniste à respectant la diversité du regard humain.

Emmanuel AVONYO, op

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Droit

Le billet de Mejnour 57

A quoi pense l’homme de Lettres lorsqu’il interroge le droit ? Qu’est-ce qui est droit ? Comment cela devrait apparaître dans les sociétés (et les vies) humaines ?

La première image du droit, c’est ce qui n’est pas détourné, dévoyé, corrompu, en dents de scie. Le droit, c’est d’abord, au sens de base, ce qui, pour n’être pas penché, est conforme à une certaine rectitude. Et la rectitude est noble. Ce qui est noble est universel. Le droit rend donc raison de la condition humaine. Il dit à l’homme la vérité de l’humain.

Quand le philosophe pense le droit, il s’appesantit donc, aussi, sur la pondération. Car le droit est également question d’équilibre.

Sur ce, Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 10 février 10

« La personne est à-être ; la seule manière d’y accéder, c’est de la faire être ; en langage kantien : la personne est une manière de traiter l’autre et de se traiter soi-même. »

Paul Ricœur, Philosophie de la volonté, tome II.

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GRILLE DE LECTURE

Cet extrait de Philosophie de la volonté de Paul Ricœur laisse surgir la problématique du Soi-même comme un autre. Il rappelle aussi les Fondements de la métaphysique des mœurs d’Emmanuel Kant. Ce dernier écrivait que les hommes en tant qu’êtres rationnels sont appelés des personnes pour une raison fondamentale. C’est parce que leur nature les désigne déjà comme des fins en soi. En effet, tout être raisonnable existe comme une fin en soi et non pas seulement comme un moyen dont telle ou telle volonté puisse user ou disposer comme bon lui semble. Pour Kant, il est clair qu’une existence a en soi-même une valeur absolue. Paul Ricœur partage cette conception de l’homme comme une chose dont l’existence est une fin en soi.  Cela présente un intérêt certain. Si la personne est une manière de traiter l’autre et de se traiter soi-même, ou de traiter l’autre comme soi-même, on peut penser que considérer l’autre comme une fin objective, comme une fin en soi, comme une personne, c’est se poser soi-même dans les mêmes termes. Faire être l’autre, Montaigne dirait « faire bien l’homme », c’est lui conférer tous les attributs personnels humains qui l’élèvent au rang d’une fin.

Le Soi ricoeurien comme une personne, se donne d’abord dans une intention. Le Soi se porte naturellement vers un « objet » qu’il doit considérer comme une fin existante. C’est pourquoi la conscience de Soi, telle la conscience d’une chose, est une conscience intentionnelle. Concevoir l’homme comme une fin en soi, c’est le considérer comme un objet éthique, un objet visé par la conscience relativement au bien. Cette projection de soi vers l’autre est d’autant plus impérieuse que c’est en tant que conscience intentionnelle que le Soi se fait conscience de Soi. Tout comme « l’objet » est le projet de la conscience, l’autre est le projet du Soi. Finalement, le Soi est un Soi projeté. On dirait même que le Soi est un projet reconstitué, dans son retour à soi par la médiation de l’autre. Notons que tandis que la conscience de la chose est une intention théorique, la conscience de Soi, c’est-à-dire la conscience de la personne, est une intention pratique. Elle me fait être en faisant être l’autre. La personne a à-être veut dire que tout être raisonnable à à-être traité comme une fin. Cela veut dire encore qu’un être raisonnable ne devient personne qu’en advenant à sa plénitude d’être par la médiation qui le finalise (ici, le considère comme une fin).

Emmanuel AVONYO, op

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Intériorité

Le billet de Mejnour 56

L’homme est ce fragile roseau pensant dont la toute puissance réside en ceci : faire comparaître en soi l’univers entier. Chef d’œuvre de la Raison dans l’histoire, chacun est investi du devoir impérieux d’écrire l’Histoire en re-faisant le monde.

L’ouvrage est digne des titans. Mais il doit être accompli. C’est là tout le sens des siècles de philosophie qui, se déroulant d’hier à aujourd’hui, prouvent que patiemment, avec une persévérance de chaque instant, l’ascèse intellectuelle meut le monde.

Mais pour réaliser cette ascèse, pour penser, convoquer les dieux, infuser à la création les prodigieux éclats prométhéens de la connaissance, le bon sens recommande de s’asseoir. Ce n’est pas rien que de s’asseoir. Et de scruter tout le sens. Pour conjurer les fatalités qui asservissent les hommes. Pour le meilleur. Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Peut-on tout dire ?

Le billet de Mejnour 55

Cette question a agité plus d’un domaine de la philosophie et des sciences du langage. Evidemment, selon le monde dans lequel chacun se situe, il est des réponses possibles, d’autres prescrites. Il en est aussi de proscrites.

Sur les chemins d’une vie, dans le cadre d’un discours, il est certain que, même si l’on dispose de tout le lexique d’une langue, de toutes les règles de sa syntaxe, il est certain qu’ à vouloir épuiser tout sujet, on épuisera ses lecteurs-auditeurs.

Alors, s’il est vrai qu’on peut tout dire, il est aussi clair que, pour des raisons d’efficacité, l’on fera le choix de l’utile au détriment de l’agréable. De plus, il faudra choisir sa façon de dire ce qui pour soi, est vrai. La philosophie, l’art de penser, est, manifestement, une ascèse. C’est sur ce mot que Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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