Archive for the ‘CULTURE’ Category

La justice a-t-elle besoin de déontologie ? (1)

L’Atelier des concepts, par Emmanuel AVONYO, op

Semaine du 08 février 2010

_______________________________________________________________

Première section : Le concept téléologique de justice

A quoi bon un article sur la déontologie de la justice ? Dans une réflexion publiée récemment à L’ACADEMOS sous le titre « Quelle déontologie de la justice pour une paix sociale durable », nous tenions la position selon laquelle tout comme il existe des stratégies et des lois pour une « guerre juste », il serait temps de penser une déontologie de la justice pour accéder à une paix sociale durable. Considérant que la justice est le plus court chemin vers la paix, nous avions essayé de proposer un contenu à la justice avec les modalités formelles de sa mise en œuvre tirées de la pensée de Rawls. Peut-être n’avions-nous pas pris la mesure de toute l’étendue de notre hypothèse de travail. Une lectrice a eu l’idée lumineuse de nous poser la question de savoir si la justice avait besoin de déontologie. Le présent travail est donc un effort de clarification de notre pensée et une tentative de réponse à cette question essentielle à la compréhension du concept de justice en lien avec la pratique sociale.

Nous vous proposons de découvrir la première section de cet article

>>> LE CONCEPT TELEOLOGIQUE DE JUSTICE

Voir aussi la deuxième section ?

LE CONCEPT DEONTOLOGIQUE DE JUSTICE


_____________________________________________________________

Les paradoxes de la justice procédurale de John Rawls selon Paul Ricoeur

Les enjeux politiques de la justice comme équité de John Rawls

Pensée du 08 février 10

« De la joie, nous dirons qu’elle est un acte ; et du bonheur, nous dirons qu’il est constitué par l’ensemble des actes de joie lorsqu’ils sont des actes substantiels. »

Robert Misrahi, Le bonheur, Essai sur la joie

______________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

Point n’est besoin de surcharger le sens d’une pensée aussi limpide, dirait-on. Les eaux dormantes, les pensées simples, sont d’une profondeur insoupçonnée. Robert Misrahi nous invite donc à une nouvelle randonnée métaphysique d’exploration du sens de l’existence. Choisissons cet angle d’attaque : comment la joie devient-elle (est-elle) un acte substantiel ? Voilà qui nous introduit dans une phénoménologie de la joie. Pour être une attitude intentionnelle, c’est-à-dire un désir actif par lequel l’individu donne valeur aux événements qui le réjouissent, la joie est un sentiment qui ne se réduit pas à l’état d’une sensibilité passive. Ce n’est qu’un premier niveau de sens qui faudra dépasser.

Certes, la joie est un acte parce qu’elle est de l’ordre de l’intentionnalité, elle est une véritable activité de la conscience orientée vers un objet. Elle est une attitude librement choisie et librement maintenue en vie et en acte à travers l’écoulement actif du temps. Ainsi, pour Robert Misrahi, la joie s’oppose aux purs plaisirs passifs issus des besoins et de leur satisfaction. Elle est un acte qui a de la substance. La joie devient un acte substantiel quand elle est perçue comme partie constituante du bonheur d’une existence. Pour que la joie puisse remplir cette fonction, elle ne sera donc plus réduite au plaisir (Epicure),  à la perfection du plaisir (Aristote), à la joie de la contemplation (Platon, Schopenhauer), à la joie de l’amour (Sartre), à la joie de la création (Bergson), à l’accroissement de notre puissance d’exister (Spinoza), à la joie du oui dans la tristesse du fini (Ricœur).

Toutes ces définitions de la joie repèrent, selon Misrahi, un noyau de sens qui reste non élucidé. La joie comme forme affirmative du désir est un événement intégrateur de la conscience qui revêt non seulement une dimension réflexive (comme acte conscient) mais surtout une dimension fondatrice (décisive et essentielle à l’homme). En effet, pour s’intégrer dans l’ensemble durable d’une existence heureuse, la joie doit dépasser un simple sentiment actif pour devenir un acte substantiel où l’individu se saisit comme la source du sens qu’il veut donner à son existence, la source de validité des raisons qui font son bonheur. La joie comme intuition se redouble ici d’une adhésion réflexive et fondatrice, elle nous fait transcender le temps qui nous constitue et nous inscrit dans une dimension intemporelle. Elle nous ouvre à une sorte d’éternité où se joue une substantialité véritable qui pose un sens.

Emmanuel AVONYO, op

SOMMAIRE >>>

Méthode

Le billet de Mejnour 54

Que voulez-vous dire ? De quels moyens disposez-vous pour le dire ? Le philosophe est maître en l’art d’user rationnellement de concepts tirés de tous les secteurs d’activité de l’homme. C’est dire que, pour lui plus que pour tout autre, « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément ». D’où l’importance, de peser scrupuleusement la pertinence et la rigueur de la pensée que l’on souhaite proférer, jeter dans l’histoire.

La méthode est alors un chemin de pensée, le témoignage d’une pensée qui creuse, interroge en s’interrogeant. Elle est une constante invitation à se dépouiller de tout l’accessoire qui brouille la lucidité, le philosophe étant un homme de vision. Le philosophe écoute aussi. Car tout maître fut disciple. Il sut écouter.

Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

>>> SOMMAIRE

____________________________________________________________

Pensée du 07 février 10

« La tâche permanente de la philosophie, c’est permettre à l’homme de devenir vraiment lui-même en prenant conscience de l’être. »

Karl Jaspers, La foi philosophique

______________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

Karl Jaspers nous livre ici son postulat fondamental en ce qui concerne la pratique philosophique. Il éduque notre sens de philosophe en l’éveillant à l’essentiel : devenir vraiment soi-même. La finalité de la philosophie n’est pas extérieure à l’homme. La société, l’extérieur n’est qu’une médiation. En cela, la philosophie est proprement inutile. Le faire de la philosophie est un faire de l’esprit. Dans la réflexion philosophique s’accomplit ceci, qui échappe à tous ses détracteurs : l’homme y atteint sa plénitude d’être au prix de profondes ruptures. Jaspers pense que la philosophie est absolue mais sans but. Elle n’est ni un chêne ni un roseau auquel on puisse s’arrimer. On ne peut pas l’utiliser. Elle est une finalité sans fin : c’est bien la raison de toutes les attaques contre l’entreprise philosophique.

L’homme ordinaire se demande avec dédain, à quoi bon la philosophie ? Elle ne sert à rien. Platon n’a pas sauvé les Grecs de l’effondrement politique, il ne les a pas préservés de la ruine. Il y a même indirectement contribué. La philosophie ne guérit donc pas des turbulences politiques.  Socrate ne méritait rien de mieux que la ciguë. Giordano Bruno était bon pour le martyre. En dépit de l’inutilité de l’activité de l’esprit, Jaspers nous fait observer que ceux qui condamnent la philosophie la jugent de l’extérieur. C’est finalement la condamnation de la philosophie qui est inutile : la philosophie pérenne ne cessera pas avant l’homme. Sa tâche, permettre à l’homme d’être un homme libre par la conscience assumée d’une existence consistante.

Le but de l’acquisition du métier philosophique est la conquête de l’indépendance de l’être humain et de la paix avec soi-même. Comme Parménide, construisons un autel pour demander la paix d’une existence harmonieuse avec l’être. Chercher la paix pour soi et pour le monde par la philosophie, ce n’est pas inhiber ses capacités créatrices par une évasion conceptuelle fumeuse, mais penser l’existence en tenant sans cesse notre inquiétude en éveil. C’est rejeter les superstitions de l’homo lupus et s’affranchir des déterminismes irrationnels et obscurantistes de la guerre préventivement juste. La conscience de l’être appelle à se mettre au-dessus des fixations identitaires pour un meilleur devenir de l’homme.

Emmanuel AVONYO, op

SOMMAIRE>>>

Pensée du 06 février 10

« L’idée de Dieu fut jusqu’à présent la plus grande objection contre l’existence. Nous nions Dieu… par là seulement nous sauvons le monde. »

NIETZSCHE, Le crépuscule des idoles

_________________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

Sauver le monde par la négation de Dieu, c’est un des défis les plus hardis de l’existence de l’homme. Comment concevoir un Dieu qui empêche l’homme d’être l’heureux jouisseur de ses biens, l’absolu maître de ses désirs et créations. Dieu objecte contre l’existence humaine. Nietzsche est peut-être l’un des nombreux philosophes qui en sont absolument convaincus. Nietzsche associe « Dieu » aux interdits qui empêchent le sujet de vivre selon son naturel, de faire ce qu’il désire et ce qu’il projette lui-même. Par son athéisme Nietzsche appelle de ses vœux un type d’homme nouveau qui ose aller son propre chemin en évitant deux écueils. Il veut d’abord éviter un Dieu moralisateur dont l’essence réside dans une perfection qui nous étouffe, un Etre suprême incapable de devenir, de changer, de se renouveler, donc de vivre une vie véritable. Eviter un Dieu dont le domaine est le passé parfait, l’idée conclue, le fait accompli, le jugement sans appel, la sentence définitive, car sa raideur risque toujours de se propager et d’entraver la vie ; éviter ce Dieu de la mort, mort lui-même, en tuant s’il le faut son ombre qui hante encore nos parages . Mais il veut aussi échapper à l’autre extrême, celui du nihilisme séculier et « laïc » qui rend impossible toute nouveauté véritable par manque d’imagination

Mervy Monsoleil AMADI, op

Pensée du 05 février 10

« Si Dieu nous a faits à son image, nous le lui avons bien rendus. »

VOLTAIRE, Le sottisier

_________________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

Que l’on m’excuse de parler ici avec faste d’une cause que je ne connais pas plus que quiconque. C’est un truisme  : Nietzsche a proclamé que le corps de Dieu est en putréfaction, il a appelé l’homme à s’assumer courageusement pour que vive le Surhomme. Alors que Dieu aurait créé les hommes à son image et à sa ressemblance, les hommes sont assez responsables de leur destin pour se désolidariser de toute image invisible et de tout concept vide de Dieu, de ce Dieu cachottier. Si Dieu a vraiment créé l’homme à son image, il y a peut-être de quoi affirmer que les hommes le lui ont bien rendu en le façonnant à leur image.

Rappelons-nous les  philosophes du soupçon. Pour Freud, la foi est un symptôme à guérir. Dieu n’est que la sublimation de l’image du père. Avant Nietzsche et Freud, le brulot était déjà ouvert par Feuerbach. Ce philosophe trouve que les hommes sont des fabricateurs de dieux. Il démonte philosophiquement le mécanisme de la machine dans ce qu’il appelle L’essence du christianisme. La religion est l’expression du sentiment et de l’imagination. Il affirme que l’homme créa Dieu à son image, car l’homme était déjà Dieu lui-même. La phrase de Voltaire est ainsi renversée. L’évacuation de Dieu de l’univers imaginatif de l’homme est la condition pour le rendre désormais responsable de sa vie.

Nos contemporains aussi pensent qu’au silence de Dieu doit correspondre le silence sur Dieu. Comme si cela ne suffisait pas, ils parlent de Dieu comme d’un criminel de guerre, pendant qu’il se plairait à voir mourir ses fils d’Haïti ; ils diffament Dieu, ils égrènent des chefs d’accusation contre lui, et c’est à peine que Dieu n’ait pas été re-condamné à mort après l’épisode de Pilate, cette fois-ci par pendaison un peu comme en Irak.  On parle désormais de laïcité comme d’une religion sociale. En fait, affirmer désormais publiquement son identité religieuse  (comme en ont droit les athées) devient une injure. Ainsi, la rhétorique est dorénavant bien proportionnée : plus de signes religieux ostensibles sur les places publiques. Si celui-là qui se donne pour nom Dieu a créé l’homme à son image,  comment les hommes ne le lui auront-ils pas bien rendu ? N’est-ce pas que Dieu doive être humanisé pour que l’homme soit divinisé ? L’humanisme de l’homme-Dieu est promis à un lendemain philosophique intéressant.

Emmanuel AVONYO, op

L’academos

Sommaire

Pensée du 04 février 10

« L’interprétation utilitariste de la justice consiste chez Epicure à garder l’enveloppe de ce qui est juste tout en en rejetant le contenu. Pour lui, est juste ce qui est utile en société.»

Dominique ASSALE AKA-BWASSI, Extrait du cours des Grands courants de philosophie, L2, 2008-2009, UCAO-UUA, ABIDJAN

________________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

L’utilitarisme contemporain porte la marque des philosophes anglo-saxons. L’école utilitariste rassemble depuis le 19e siècle des figures comme James Mill, Jeremy Bentham, John Stuart Mill, Henry Sidgwick, Edward Moore. Cette doctrine politique et morale se définit comme la recherche du plus grand bonheur pour le  plus grand nombre. Elle soutient que les actions sont bonnes et justes dans la mesure où elles tendent à accroître le bonheur (eudémonisme). La valeur morale d’une action est déterminée par l’utilité sociale. Ainsi, en société, à force de chercher à maximiser le plus le bien-être du plus grand nombre, l’on peut être amené à sacrifier ceux qui ne sont pas utiles (infirmes, impotents, chômeurs…) Cette forme de justice est qualifiée de téléologique, elle est préconisée par l’utilitarisme qui proclame la priorité du bien recherché sur le juste. C’est le contraire que revendique le déontologisme de Jürgen Habermas et de John Rawls dans sa Théorie de la justice comme équité.

La pensée de Dominique ASSALE a le mérite de nous renvoyer aux sources antiques de l’utilitarisme. Epicure (-341.-270) serait le père de l’utilitarisme. En plaçant le bonheur suprême dans le plaisir sensible (hédonisme), les épicuriens faisaient déjà le lit de l’utilitarisme contemporain. En effet, rechercher seulement le plaisir, le bonheur et l’utilité sans se préoccuper d’attribuer à aux citoyens ce qui leur revient de droit, c’est travestir la définition de la justice. Faire de l’utile en société ce qui est juste, c’est chercher la production sans aucun égard pour le producteur. Le sage épicurien, selon ASSALE, peut bien rendre à chacun ce qui lui est dû et obéir aux lois dans le seul but de garder la paix. C’est cette vision restrictive du bien et ce formalisme de la justice qui justifient l’idée selon laquelle l’interprétation utilitariste de la justice garde l’enveloppe de ce qui est juste tout en la vidant de son contenu.

Emmanuel Sena AVONYO, op

Pensée du 03 février 10

« Un roman, un poème, un tableau, un morceau de musique sont des individus… C’est en ce sens que le corps est comparable à l’œuvre d’art »

Maurice MERLEAU-PONTY, Phénoménologie de la perception

________________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

Le corps signifie au-delà de lui-même, comme la vision donne à voir beaucoup plus que ce qu’elle voit, comme un roman, un poème, donnent à comprendre plus que les mots, comme la création picturale et la musique disent plus que ce qui est dit. Ainsi, ce style d’être-au-monde qu’est le corps, manifeste une sorte d’imbrication de la nature et de la culture, de l’immanence et de la transcendance. Il est l’horizon de sens par lequel le monde lui-même prend sens et s’exprime tout en étant exprimé.

Ce faisant, les rapports signe-sens, expression-exprimé, sont à réinterpréter, puisque, loin de manifester leur scission, ils témoignent par cette unité existentielle qu’est le corps de leur interdépendance. L’existence charnelle n’est pas d’ordre mécanique, ni non plus du seul ressort de l’organique. Elle est prégnance de sens, ouverture, conscience corporelle et gestes symboliques. En définitive, elle repose sur cette ambiguïté, qui est en même temps condition de richesse, qui fait que l’ordre humain ne vit que d’équivocité ou de plurivocité. Le corps, en tant que style d’être-au-monde, exprime ces sens possibles et ces glissements, porte en lui et hors de lui cette équivocité. Ma chaire est de ce fait une modulation stylistique de mon incarnation, ouverture d’une différence non close sur elle-même.

Dire que le corps est comparable à l’œuvre d’art, cela ne relève pas d’une simple analogie. L’on y voit la preuve tangible de l’origine de tout style, y compris artistique. Exister, humainement s’entend, n’a de sens et de valeur que stylistique. Et, si la comparaison est justement possible, c’est en raison de l’unité vivante et originale qu’est le corps. Dire qu’un roman, un poème, un tableau, un morceau de musique sont des individus, c’est dire que ce sont des êtres où l’on ne peut distinguer l’expression de l’exprimé, ce sont des êtres dont le sens n’est accessible que par un contact direct. Ils rayonnent leur signification sans quitter leur place temporelle.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Pensée du 02 février 10

« L’advenue de quelque chose comme ‘‘Dieu’’ en philosophie relève donc moins de Dieu même que de la métaphysique, comme figure destinale de la pensée de l’Etre. »

Jean-Luc MARION, Dieu sans l’être

_______________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

Le philosophe Jean-Luc Marion a été élu à l’Académie française le 06 novembre 2008, reçu à l’Institut de France le 25 janvier 2010. Jean-Luc Marion fait une philosophie de Dieu aux accents théologiques indéniables. Il n’est pas étonnant qu’il occupe sous la Coupole le fauteuil du cardinal Jean-Marie Lustiger. Jean-Luc Marion fait observer, à la lecture de l’histoire de la pensée, que Dieu et l’amour sont absents de la philosophie. En dépit de sa portée positive, le « Dieu » de la métaphysique n’est pas Dieu lui-même, il n’est que l’objet final de la pensée conceptuelle de l’Etre. Cette notion doit donc être pensée autrement en philosophie. Repenser Dieu en philosophie revient à accéder à une pensée de Dieu qui ne soit ni illusoire ni idolâtrique.

En effet, la représentation conceptuelle de Dieu à laquelle procède la philosophie risque de sombrer dans l’idolâtrie. Elle n’offre de Dieu qu’une idole si limitée qu’elle ne peut ni prétendre à un culte et ni revendiquer une adoration. Ce « Dieu », nul ne peut ni le prier, ni lui sacrifier (Heidegger). Concrètement, la philosophie de Dieu doit quitter le domaine de l’Etre pour accéder au domaine de l’amour ou de la charité. Au lieu de concevoir Dieu comme Efficience, Etre, Cause, ou comme un Concept, il faut laisser Dieu se penser à partir de sa seule et pure exigence, l’agapè, qui outrepasse les prérogatives du concept. Dieu n’a pas à être, c’est en aimant qu’il se révèle et c’est à aimer qu’il se donne. Le propre de l’amour consiste en ceci qu’il se donne.

Dieu ne peut se donner à penser sans idolâtrie qu’à partir de lui seul : c’est-à-dire se donner à penser comme amour, comme une pensée du don, ou mieux, comme un don de la pensée. Jean-Luc Marion, avec une finesse toute heideggérienne, fait remarquer qu’un don qui se donne à jamais, ne peut se penser que par une pensée qui se donne au don à penser. Et pour la pensée, qu’est-ce que se donner, sinon aimer ? Autrement dit, philosophie et métaphysique doivent faire allégeance à Dieu pour en révéler toute la splendeur, c’est à l’intérieur du mouvement divin d’amour que la philosophie de Dieu doit se réinventer de façon crédible.

Emmanuel AVONYO, op

SOMMAIRE>>>

L’intelligibilité à l’aulne de la transcendance

L’Atelier des concepts, par Emmanuel AVONYO, op

Semaine du 1er février 2010

_______________________________________________________________

Après avoir montré dans « La facticité de la condition existentielle » le caractère prépondérant de la facticité dans le réseau des concepts de la philosophie existentielle, la question se pose de savoir comment s’articulent ces différents modes d’être dans l’existence de l’homme. Nous partons du présupposé suivant : que l’on soit adepte du relativisme, du nihilisme ou du dogmatisme, l’on ne peut se dispenser de l’épreuve du retour réflexif sur soi par lequel la conscience est mise en demeure d’élucider son existence factice. Dans ces conditions, l’exigence humaine d’intelligibilité culmine souvent dans l’affirmation de la transcendance comme une logique de l’existence et une condition de la liberté de l’homme.

Télécharger >>> L’intelligibilité à l’aulne de la transcendance.pdf

_______________________________________________________________

Domaine du discours

L’exigence d’intelligibilité

Intelligibilité et transcendance

Transcendance et limite de l’intelligibilité

La transcendance immanente

_______________________________________________________________

La facticité de la condition existentielle de l’homme reçoit une explication par l’intelligibilité qu’elle reçoit de la transcendance. Pour prendre conscience de soi comme icône de la transcendance, l’homme doit admettre qu’il s’origine dans le transcendant. Sans transcendance, il n’y a pas d’intelligibilité, et sans intelligibilité, il n’y a pas de liberté, c’est le règne absolu de la contingence. L’homme choit au rang d’un simple fait biologique parmi d’autres. Il est livré aux lois de la nécessité naturelle et des fatalités invincibles de l’imaginaire. Sans intelligibilité, l’existant est abandonné au pessimisme de la course à la mort, au déclin de la conscience. La reconnaissance de la transcendance comme source première d’intelligibilité n’est-elle pas la foi philosophique de l’homme en ses possibles, la condition de la projection d’un idéal d’homme ?

>>> La facticité de la condition existentielle >>>

>>> L’existentialisme athée de Merleau-Ponty >>>

>>> L’existentialisme athée de Sartre>>>

>>> Qu’est-ce que l’existentialisme ?>>>