Archive for the ‘CULTURE’ Category

Pensée du 19 février 10

« La pensée est l’engagement par et pour la vérité de l’Etre, cet Etre dont l’histoire n’est jamais révolue, mais toujours en attente. L’histoire de l’Etre supporte et détermine toute condition et situation historique humaine. »

Martin Heidegger, Lettre sur l’humanisme

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GRILLE DE LECTURE

Le nouvel humanisme que Martin Heidegger appelle de tous ses vœux est-il un humanisme de l’Etre ? Point n’est besoin de tenter de le contester. Que serait la philosophie sans l’Etre ? Qu’est-ce qui serait sans le prédicat « est » ? Rien. Pas même l’histoire, le récit des évènements ayantété. L’histoire de l’Etre n’est pas passée, c’est un ayant-été qui s’actualise au présent sur l’horizon du devoir-être encore. L’Etre devance l’histoire pour faire être l’histoire. L’histoire de l’Etre est encore celle de la condition historique de l’homme. L’Etre engage l’homme dans le discours pour l’élucidation de sa situation historique.

Comment l’histoire de l’Etre pourrait-elle être révolue tant que l’homme dure (Bergson), tant qu’il persévère dans l’être (Spinoza) ? Comment la philosophie se passerait-elle de l’Etre si c’est l’Etre qui jette l’homme dans la pensée ? Ecoutons la voix prophétique et jamais révolue d’Aristote : en vérité, l’objet éternel de toutes nos recherches présentes et passées, l’objet constant de notre embarras, c’est la question qu’est-ce que l’Etre ? Quel que soit le dessein de chaque philosophie, penser, c’est rendre hommage à Aristote, à Platon, à Hegel, c’est renvoyer à la plus ancienne des questions de la philosophie. C’est ce qui fait dire à Ricœur, disciple éminent de Heidegger, que dire ce qui vient à l’être et ce qui a à être, ce qui doit être et ce qui ne devrait pas être, c’est toujours cligner l’œil du côté de l’être tout en parlant d’autre chose que lui.

Tenons le pour dit, l’humanisme de l’Etre heideggérien est un humanisme d’une double historicité corrélative l’une à l’autre : celle de la condition historique du sujet du discours philosophique et celle du questionnement historique sur la vérité de l’Etre. Cela revient au même : l’Etre questionné est l’Etre de l’homme, c’est pourquoi nous parlons d’humanisme. Selon le dessein de Heidegger, le philosophe doit se libérer de l’interprétation technique de la pensée. La pensée est revendiquée par l’Etre pour dire la vérité de l’Etre. Elle doit opérer un retour sur elle-même pour redonner un sens à l’humanisme. La philosophie est la pensée de l’Etre en tant qu’advenue par l’Etre, elle est encore pensée de l’Etre en tant qu’appartenant à l’Etre.

Emmanuel AVONYO, op

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Etre homme

Le Billet de Mejnour 62

C’est précisément être responsable ». La responsabilité veut qu’en hommes raisonnables, l’on s’engage en connaissance de cause dans tout ce que l’on fait. En effet, le monde, en tant que déploiement cohérent de la Raison exige que tout contribue à la défense de l’harmonie universelle dont la sagesse préside aux destinées.

Etre homme, c’est aussi et peut-être surtout défendre une certaine sophocratie en vertu de laquelle se réalise la promotion de l’homme sage, éclairé qui pense le monde en s’attelant à lui donner un visage noble.

Etre homme, c’est savoir ce que l’on fait, pourquoi on le fait, dans quelle mesure ce qu’on fait mérité de l’être. Car ce qui vaut la peine d’être fait vaut la peine d’être bien fait…au nom de l’humain.

Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 18 février 10

« La morale répond à la question que dois-je faire ? Elle se veut une et universelle. Elle tend vers la vertu et culmine dans la sainteté. »

André Comte-Sponville, Valeur et vérité, Etudes cyniques.

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GRILLE DE LECTURE

La pensée de ce jour a des accents kantiens qu’il faut respecter pour laisser apparaître le contraste. Que dois-je faire ? est la grande question qui traverse la Critique de la raison pratique de Kant, considérée comme un traité de morale. Chez Kant, la doctrine du devoir désigne la morale alors que la doctrine du bonheur est ce que nous appelons l’éthique. Kant affirme que la distinction entre l’éthique et la morale est la première et la plus importante affaire de la raison pure pratique. Pour cette raison, la morale du devoir ne saurait se dissoudre dans l’éthique du bonheur, ni celle-ci se réduire à celle-là. La morale se plie à l’impératif catégorique, alors que l’éthique est soumise à des impératifs hypothétiques. Selon Comte-Sponville, la morale répond à la question que dois-je faire ? alors que l’éthique répond à celle de savoir comment vivre ? Comment vivre pour être heureux. Ces questions peuvent à loisir se combiner pour donner celles-ci : quelle place dois-je faire à la morale pour être heureux ? Pour être moral, quelle place dois-je faire au bonheur ? Comte-Sponville est convaincu, contre Aristote et les Antiques,  que la vertu ne suffit pas plus au bonheur que le bonheur ne suffit à la vertu.

C’est pourquoi il entreprend de proposer d’autres définitions plus opératoires que celles de Kant. La morale se définirait désormais comme le discours normatif et impératif qui résulte de l’opposition du Bien et du Mal. Etant entendu que le Bien et le Mal sont des valeurs transcendantes, des valeurs absolues et universelles qui s’imposent inconditionnellement à tous. La morale répond pour cela à la question que dois-je faire ?, elle tend vers la vertu et culmine dans la sainteté. Les principes qui doivent présider à nos choix ne sont moraux que s’ils sont extensibles à toute l’humanité, s’ils peuvent être appliqués à l’autre bout du monde sans faire du tort à quelqu’un. La vertu vers laquelle tend la morale reste une disposition acquise à faire le bien, et le bien s’apprécie universellement. Le terme « sainteté » est employé ici comme chez Kant : au sens moral, et non religieux, du terme. On parlerait par exemple de volonté « sainte » pour dire celle qui ne serait capable d’aucune maxime contraire à la loi du devoir. L’éthique quant à elle résulte de l’opposition du bon et du mauvais. L’éthique est relative et particulière. Elle tend vers le bonheur et culmine dans la sagesse. On peut bien se demander pourquoi la morale tend seulement vers la vertu. Que la vertu ne suffise pas à faire le bonheur, et que le bonheur soit hors d’atteinte totalement, qu’est-ce qui empêche le malheureux d’être vertueux ? Si le « saint » n’est pas toujours heureux, qu’est ce qui empêche le sage d’être vertueux ? Ne peuvent-ils pas assumer une disposition constante à faire le bien ? Qu’est-ce qui dispense le saint et le sage d’une disposition habituelle à bien agir, si ce n’est un désir délibéré de vider sémantiquement l’action humaine  de toute substance perfectible ? On ne se brouille pas avec les Anciens impunément.

Emmanuel AVONYO, op

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Apprentissages

Le Billet de Mejnour 61

La raison a ceci de génial qu’elle impose la mobilisation de facultés en vue d’un apprentissage, d’une éducation. L’animal est installé dans les automatismes confortables de l’instinct. L’homme pense. De là sa gloire, mais aussi, hélas, ses ténèbres.

L’éducation exige une vigilance de chaque instant pour sortir de l’impotence et cheminer vers la puissance (ou la potence). Qui ne se souvient des larmes dont ses premiers pas sur les chemins de l’école furent inondés ! A combien plus forte raison l’art de penser par soi devrait découler d’efforts constants, de déceptions retentissantes, de notes humiliantes.

Ces échecs apparents sont autant d’invitations à la persévérance dans la pensée droite, le concept passé au creuset de la réflexion profonde. L’art surgit des profondeurs de l’homme. La pensée du philosophe en est la preuve éloquente. Et la force de l’humaine condition se déduit de cet apprentissage de la vie à l’aune de la sagesse

Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 17 février 10

« Du politique à la politique, on passe de l’avènement aux événements, de la souveraineté au souverain, de l’Etat au gouvernement, de la Raison historique au Pouvoir. »

Paul Ricœur, Histoire et Vérité

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GRILLE DE LECTURE

Le politique et la politique se distinguent en s’unissant. Le politique ne va pas sans la politique, et inversement. L’agencement de cette pensée indique que Ricœur pose le politique avant la politique, mais il est essentiel de remarquer que le politique ne prend son sens que dans la politique. Comment ? C’est ce qu’il faut entreprendre de comprendre. Le politique est organisation raisonnable, le politique touche à l’institution sociale et historique, la politique est structure décisionnelle, moyen d’action du politique ou de l’exercice politique. Autant la rationalité vient à l’histoire par le politique, autant l’Etat ainsi constitué avance à travers l’histoire à coups de décisions. Mais les décisions à portée historique définissent (font, concrétisent) le politique, c’est-à-dire que la politique entre dans la définition du politique.

La politique est faite de réflexions, de rétrospection, de débats publics, de référendum, elle se joue dans le projet, dans le déchiffrement incertain des événements contemporains (ex. enjeux d’une coopération militaire France-Afrique) comme dans la fermeté des résolutions (ex. armistices, ratification de traités politiques). La politique semble n’exister que dans les événements, les grands moments historiques, les crises, les tournants, les nœuds de l’histoire. Si l’on passe du politique à la politique, comme de l’avènement de la Raison à la prévalence des crises du vivre-ensemble, il est clair qu’on ne peut pas ne pas inclure dans la politique le moment volontaire de la décision.

De même, on ne peut pas parler de politique (ex. décision politique) sans réfléchir sur le pouvoir (sur le politique). En fait, c’est l’Etat qui détient le monopole de la contrainte physique légitime. Le politique se définit par la spécificité de ses moyens, l’Etat par sa fin et sa forme, par son pouvoir moral d’exiger et son pouvoir physique de contraindre. Le pouvoir est l’instrument de la rationalité historique, l’aiguillon de la politique. De la politique, nous pouvons retenir qu’elle est l’ensemble des activités qui ont pour objet l’exercice du pouvoir, et donc aussi la conquête et la conservation du pouvoir. Le politique et la politique se distinguent tout en étant indémêlables.

Emmanuel AVONYO, op

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Métier d’homme

Le Billet de Mejnour 60

Cette heureuse expression est due à la tradition aristotélicienne. Réaliser son métier d’homme n’est pas à entendre comme exercer une profession mais bien plutôt en tant que façon d’accomplir son humanité.

Ceci suppose que nous nous entendions sur ce qu’est l’homme. L’on sait que l’artisan fut apprenti. Avec le temps, il obtint la liberté d’agir, la licence, ayant eu le loisir d’approfondir sa formation. Ceci fait, il a bien fallu qu’il montre sa maîtrise de l’art. Ce niveau de maître, pour l’instant, nous intéresse et nous suffit.

Métier d’homme. Que d’ascèses avant l’aboutissement au « grand nom d’homme » ! Que de chemins parcourus ! Oscar Wilde écrit si justement que « tout ce qui est exquis dissimule une tragédie. » Ensemble, donc, cher compagnon, allons, parcourons quelques uns de ces chemins d’hommes qui font le métier d’homme.

Sur ce, Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 16 février 10

« Pour découvrir les meilleures règles de société qui conviennent aux nations, il faudrait une intelligence supérieure, qui vît toutes les passions des hommes et qui n’en éprouvât aucune… Il faudrait des dieux pour donner des lois aux hommes. »

Jean-Jacques Rousseau, Du Contrat Social

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GRILLE DE LECTURE

Parlant du rôle joué dans l’histoire par les grands hommes, Hegel écrit que « rien de grand ne se fait sans passion ». D’où vient-il alors que le législateur suprême de la société des hommes verra toutes sortes de passions sans en connaître aucune ? Jean-Jacques Rousseau dont il est question dans la pensée de ce jour est l’un des chantres de la démocratie moderne et ses institutions. Rousseau est-il un démocrate pessimiste ou un pessimiste de la vie en société ? Le Contrat Social est-il hypothéqué par Rousseau dès sa conception ? L’anthropologie politique de Rousseau est un vaste sujet qu’il vaut mieux remettre à des études ultérieures.  Nous savons  quand même que Rousseau a défini la démocratie comme un gouvernement digne d’un peuple de dieux, un gouvernement si parfait qu’il soit loin de convenir aux hommes. En dehors du fait que les hommes ne soient pas en mesure de tirer le meilleur du modèle démocratique, il y a le fait que le législateur doive être à l’image des dieux. Parfaite symétrie : un peuple de dieux, et un souverain divin.

Intéressons-nous à l’objet de son propos dans la pensée de ce jour. Il s’agit bien du paradoxe du législateur. Il faut une intelligence supérieure pour légiférer parce qu’il doit être indemne de toutes les passions qui mènent les hommes. Il doit connaître la nature des hommes à fond, mais sans avoir aucun rapport avec cette nature. Son bonheur doit être indépendant de celui des hommes dont il a pourtant la charge de s’occuper. Sa gloire serait telle qu’il travaillerait dans un siècle pour jouir dans un autre. Le portrait est peut-être très divin. Mais ce souverain extraterrestre, que vient chercher dans notre galère ? Rousseau semble nous répondre que pour qu’il n’y ait plus de manipulation des textes de droit, celui qui rédige les lois ne doit avoir aucun droit législatif.

Bien plus, il faudrait que l’effet pût devenir cause, que l’esprit social, qui doit être l’ouvrage de l’institution, présidât à l’institution elle-même. Cette fois-ci, parfaite circularité entre l’effet politique recherché et la cause, les hommes doivent être avant les lois ce qu’ils doivent devenir par elles. L’entreprise semble au-delà de la force humaine. Il est dès lors nécessaire que l’on recoure à une autorité d’un autre ordre, fut-il un ange, pour qu’il entraîne les hommes sans violence et cherche à les persuader sans les convaincre. Les difficultés sont énormes, il faut l’intervention des cieux. Pendant ce temps, nos modèles de démocratie n’ont peut-être pas grand’chose à se reprocher. Les droits de l’homme sont assez respectés dans nos institutions, bien sûr, sauf à Gwantanamo, pour que l’exception confirme la règle.

Emmanuel AVONYO, op

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Impersonnelle

Le billet de Mejnour 59

Thémis, dont le tribunal grec est le temple, a les yeux bandés. Tméi, l’égyptienne, à en croire certains auteurs, a également les yeux bandés. Ce n’est pas que la justice est aveugle, c’est qu’elle est générale.

Il n’est, dit le philosophe, de connaissance que du général. De même, il n’est de justice personnelle que dans un cadre privé. La justice universelle n’est au service d’untel que dans la mesure où celui-ci relève de l’humaine condition. En se mettant au service de l’individu, la justice, pour être impersonnelle, n’est pas moins facteur de droit. En fait, dans chaque homme, la justice défend l’humanité sublime qui est universelle, inaltérable, éternelle.

Il peut donc se comprendre que la déesse de la justice ait les yeux bandés. Ainsi, le droit ne devrait pas s’attarder sur les détails pernicieux qui le détournent de sa vocation intrinsèque. Pour que le droit soit tel, il importe de se souvenir d’un certain adage suivant lequel « le diable est dans le détail ». Thémis est impersonnelle.

Et Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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La justice peut-elle se passer de déontologie ? (2)

L’Atelier des concepts, par Emmanuel AVONYO, op

Semaine du 15 février 2010

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Deuxième section : Le concept déontologique de justice

Nous venons de montrer (première section) que le sens de la justice en lien avec le souhait de la vie bonne est la problématique sous-jacente à la justice à caractère téléologique. Le point de vue que nous allons défendre dans cette troisième partie s’inspire du deuxième théorème de la théorie du juste de Paul Ricœur. « Le sens de la justice élevé au formalisme que requiert la version contractualiste du point de vue déontologique ne saurait se rendre entièrement autonome de toute référence au bien…»[1] En d’autres termes, une théorie purement procédurale de la justice n’est pas possible. Pour rendre raison de ce théorème, nous procédons en trois temps : après avoir situé Rawls par rapport à Kant, nous présenterons la justice déontologique et contractuelle de Rawls, avant de voir comment le problème posé par l’idée de distribution juste et l’hétérogénéité réelle des biens à distribuer empêchent le niveau déontologique de s’autonomiser au point de constituer un niveau exclusif de référence.

Nous vous proposons de découvrir la deuxième section de cet article

>>> LE CONCEPT DEONTOLOGIQUE DE JUSTICE

Voir aussi la première section ?

LE CONCEPT TELEOLOGIQUE DE JUSTICE



[1] Paul Ricœur, Le Juste, Paris, Editions Esprit, 1995, p. 21.

Pensée du 15 février 10

« C’est la mélancolie profonde du cours même de l’histoire, de la fuite du temps qui montre ainsi que des contenus éternels, que des attitudes éternelles perdent leur sens dès qu’ils ont fait leur temps – que le temps peut dépasser l’éternel.»

Georg LUKÁCS, La théorie du roman

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GRILLE DE LECTURE

La grille de lecture de ce jour se veut délibérément questionnante ; elle est innervée par l’interrogation d’un de nos cafés philosophiques. « Penser, c’est dire merci ». Dire merci, c’est aussi aller plus au large et étendre les filets du sens. Fort de cela, nous estimons que ce n’est pas la mélancolie du cours de l’histoire qui fait des valeurs vraies ; ce n’est pas la fuite incoercible du temps qui conditionne la vérité de nos valeurs. L’éternité n’existe que pour celui qui y croit. Le temps n’est réel et fugace que pour celui qui en fait ainsi l’expérience. Le sens des attitudes éternelles ne se délite que pour celui qui le vide de tout contenu.

Et qu’ainsi, la mélancolie n’engendre rien, ce sont nos échelles de valeurs, nos conditionnements philosophiques, sociaux, historiques, ce sont nos appréhensions de l’existence qui font une histoire mélancolique ou un temps « sans temps », un temps qui défie l’éternel. En effet, comment le temps passerait-il l’éternel, s’il n’y a de temps que par rapport à l’éternité ? A titre d’hypothèse, concédons que c’est l’éternité qui passe le temps. Même ici, comment ces attitudes éternelles ne perdraient-elles pas leur sens, si l’homme qui leur désigne des contenus passe infiniment pour un « être-pour-la-mort ? En dépit du fait que l’homme passe, il n’y a de temps que pour l’homme, et il n’y a d’éternité que pour l’homme.

Certes, l’homme est temporel, l’homme n’est pas éternel. L’homme est temporel et le temps passe l’homme comme l’éternité passe le temps. C’est finalement l’homme qui sort du temps, et le temps, de l’éternité. Double victoire par étapes de l’éternité sur le temps, et du temps sur l’homme. Et si le temps passe l’homme qui passe, comment ne passerait-il pas l’éternel dans l’esprit de Georg LUKÁCS, c’est-à-dire dans l’entendement de celui qui le conçoit ? D’où le mirage. N’est-ce pas en vérité l’éternel qui passe le temps et l’homme ? Les attitudes éternelles et leurs contenus ne débordent-ils pas l’homme et le temps de part en part ? Beau sujet de méditation, qui passe les limites de la raison incapable de rendre raison de son raisonnement. Le cours de cette histoire peut paraître dès lors mélancolique comme la fuite désespérée du temps et l’inconsistance de l’homme.

Emmanuel AVONYO, op

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