Archive for the ‘CULTURE’ Category

Monuments d’humanité

Le Billet de Mejnour 89

Il est, dans l’histoire, des gens qui ont refusé de se laisser enchaîner, enfermer, limiter, par les décrets de la fatalité. Ce sont précisément ces femmes, ces hommes qui ont écrit l’Histoire. Ce sont eux qui interrogent nos paresses et nous défient de conquérir chaque jour un peu plus les lauriers du progrès.

En regardant ce que fut leur vie, nous nous mettrons à l’école des grands, ceux-là mêmes par qui nous deviendrons des géants. Ces monuments d’humanité auront donc la mission de nous instruire. Pour que nous empruntions les chemins du nouvel an avec la conviction d’entrer dans la vie par les boulevards de la liberté. Ces monuments furent apatrides ou patriotes, adulés ou exilés, humiliés ou célébrés. Tous furent heureux parce que, d’une façon ou de l’autre, ils aidèrent à construire l’Homme (en tous ces genres). Allons à leur rencontre.

Mejnour vous salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Possibles constructifs

Le Billet de Mejnour 88

Vivre, c’est rencontrer une succession de possibles. A la différence de monsieur tout le monde, le philosophe veut inviter la Sophia sur la terre. C’est un possible constructif. Car un univers où tout serait confié au hasard, serait exactement l’icône de la laideur et de l’arbitraire. Or il est une cohérence subtile qui meut le monde et fit dire aux Anciens « Mens agitat molem » (L’esprit meut la matière).

Heureux l’homme que la pensée tient en éveil, heureux celui qui, sur les ailes de l’idéal, s’envole vers les cimes de l’Absolu pour en rapporter, comme Prométhée, le feu de la connaissance à ceux qui en ont le plus besoin !

Chaque créature humaine dit une multitude de possibles dont l’univers tout entier a besoin pour persévérer dans son être. Le tout est de s’ouvrir à ce qui construit. Librement. Gratuitement. Comme une semence d’espérance !

Et Mejnour vous salue

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 21 janvier 10

« L’homme se découvre quand il se mesure avec l’obstacle »

Saint-Exupéry, Terre des hommes

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GRILLE DE LECTURE

L’homme, enfermé dans une maison ténébreuse non-étoilée, finit un jour par s’habituer à sa nouvelle situation. La nuit de la maison lui devient si familière qu’il finit par y faire corps. Cette expérience nous permet de formuler une proposition : l’homme est capable d’adaptation. Il se découvre à chaque fois qu’il se trouve devant une difficulté à laquelle il doit faire face. Ceci ne révèle-t-il pas que l’homme est un être qui se dépasse ?

L’homme n’est pas que cela qui se montre. Il est un au-delà qui se découvre de jour en jour. L’homme habite sa nouvelle condition par son propre être comme il habite son lieu propre qui est son corps. Il sait faire corps avec son milieu environnant. Dans les conditions les plus difficiles, l’homme se sait vivre et c’est cela seulement qui le rend différent des autres êtres qui existent. Il intègre désormais sa nouvelle condition à sa propre vie. Tel un étudiant qui est aussi bien capable d’étudier avec la lumière d’une lampe de bougie qu’avec la lumière de l’électricité. Ceci nous révèle encore une chose que l’homme est un mystère.

Mystère de celui qui vit entre le ciel et la terre, la nuit et le jour, la lumière et les ténèbres, le visible et l’invisible. Ainsi, l’homme vit le jour et la nuit comme faisant partie de son être. L’homme se révèle comme un être de mystère capable de dépasser à chaque instant de sa vie les difficultés qu’il rencontre, capable de traverser les jours sombres de sa vie comme une étoile dans la nuit.

Fr Mervy-Monsoleil AMADI, op

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Pensée du 20 janvier 10

« … La morale n’est pas proprement la doctrine qui nous enseigne comment nous devons nous rendre heureux, mais comment nous devons devenir dignes du bonheur. »

Emmanuel Kant, Critique de la raison pratique

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GRILLE DE LECTURE

La moralité chez Emmanuel Kant est une loi par laquelle la raison détermine immédiatement la volonté. Celle-ci exige comme condition nécessaire à l’observation de ses préceptes, que soit postulés Dieu, l’immortalité et la liberté. La loi morale est édictée à la volonté par la raison sous la forme d’un impératif catégorique ; mais elle n’est mise en œuvre que par une volonté libre. En clair, il faut que l’homme soit libre, il faut qu’il y ait l’immortalité et que Dieu existe pour donner sens à notre pratique morale.

Ordinairement, l’homme s’attend à ce que la vertu soit récompensée et que le vice soit puni. L’accord du bonheur et de la vertu, le fait que la vertu soit couronnée par une vie heureuse, est une exigence de la conscience morale (la raison pratique). Or Kant constate que la vertu et le bonheur ne s’accordent pas toujours dans la vie courante. C’est-à-dire que l’expérience montre souvent des fripons heureux et des personnes vertueuses maltraitées par leur sort. Puisque le bonheur semble hors d’atteinte pour les personnes vertueuses, l’immortalité et Dieu sont les postulats requis pour assurer cette union dans l’au-delà.

Si l’exercice de la vertu ne suffit pas à nous rendre heureux, au moins il nous rend dignes du bonheur. La morale nous rend seulement dignes du bonheur, parce que notre action et le cours du monde ne nous y conduisent pas toujours. Dieu étant postulé comme fondement de la morale, Dieu étant la justification de notre action morale, seule la croyance en un Dieu juste et puissant, pourvoyeur de bonheur, peut assurer l’accord du bonheur et de la vertu. L’existence éthique n’est cohérente que dans l’acceptation de la croyance raisonnable en Dieu. Dieu se révèle chez Kant comme une exigence éthique, et non rationnelle.

Nous observons que la nécessité de l’impératif catégorique n’est compréhensible que dans la mesure où elle nous commande tout en nous rendant dignes du bonheur. Elle amène à postuler les conditions de cette nécessité : la liberté de l’homme, l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme. La volonté ne peut être déterminée par la loi que dans les conditions de la liberté. Cette liberté est le fondement inconditionné qui permet de penser la loi morale comme possible a priori.

Emmanuel AVONYO, op

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Nouveaux départs

Le Billet de Mejnour 87

Pourquoi la philosophie, les religions, l’amour passionnent ?  Essentiellement parce qu’ils sont porteurs de messages et de valeurs qui obligent à conquérir un horizon qui, par définition, est à la fois accessible (au regard et à la pensée) et inévitablement imperceptible au goût, au toucher. C’est une tension paradoxale qui entretient la vie. Elle soumet toutes nos facultés à une pression enivrante et douce, un appétit de conquête. Pour le plaisir.

Et pourquoi règnent tant de désolations dans les cœurs humains ? Parce que l’espoir a été assassiné. Parce que nous nous sommes presque tous rendus coupables de la mort de nos rêves, de l’asphyxie de nos aspirations. Et maintenant, il faut se réveiller. Songer, comme le conseille si justement Baudelaire, à être toujours ivre. De philosophie, de foi, d’amour.

Un début d’année, quelle opportunité rêvée pour sortir des prisons de ces conformismes qui tuent ! Il est temps de s’arracher à la dictature des habitudes, il faut quitter la poussière des sentiers battus. « Vivez, si vous m’en croyez ! » Cueillez dès aujourd’hui les roses d’un nouveau départ !

Mejnour vous salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 19 janvier 10

« Celui qui reconnaît l’existence de la beauté absolue et qui est capable d’apercevoir à la fois cette beauté et les choses qui en participent, sans confondre ces choses avec le beau, le beau avec les choses, la pensée de cet homme qui reconnaît mérite le nom de connaissance.»

Platon, République

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GRILLE DE LECTURE

Il en va de soi chez Platon que l’image du philosophe est celui des prisonniers de la caverne qui sont depuis leur enfance dans une caverne dont l’entrée est ouverte à la lumière. Ils sont assis le long de la façade, ils tournent le dos à la lumière et ils voient défiler sur le mur les images faites par les ombres portées par les objets ; ils croient que ces ombres sont la réalité ; si on les détachait pour leur montrer la réalité des objets et la lumière véritable, ils souffriront et beaucoup préféreraient revenir dans la caverne pour ne pas être éblouis ; or il faut monter vers la vérité et, lorsqu’on la reconnaît, se conduire avec sagesse dans la vie privée et la vie publique.

La vérité chez Platon est dans les lieux supérieurs. Il faut distinguer entre les apparences, qui sont changeantes, et la véritable réalité constituée par des éléments permanents qui sont cachés à notre esprit. Il apparaît que la connaissance vraie est différente de la connaissance superficielle, celle qui s’attache aux apparences que Platon dénomme doxa. Le philosophe est celui qui aime à contempler la vérité dans sa splendeur. Pour devenir philosophe, il faut dépasser le domaine des apparences et aller jusqu’à l’essence des choses, et Platon situe l’essence des choses dans l’Idée.

Le connaître philosophique est de l’ordre de la délectation, d’une délectation spirituelle, de la contemplation. L’âme à un certain moment chez le philosophe, doit laisser le corps, et dans une ascension vers les lieux supérieurs, faire l’expérience de la vérité telle qu’elle est dans sa clarté. Seul celui qui est capable de cette ascension est digne d’être nommé connaisseur. En clair, le philosophe est ami de la vérité.

Fr Mervy-Monsoleil AMADI, op

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Procrastinations

Le Billet de Mejnour 86

« Qui remet à demain trouve malheur en chemin. », dit l’adage. Que sert-il de mettre à demain. De quel temps manquerions-nous aujourd’hui si nous avions l’audace de prendre le jour pour ce qu’il est ? CARPE DIEM ! (Mange le jour). Vis en te demandant ce que tu ferais si tu en étais aux derniers instants de ton séjour terrestre. Vois comme il peut être beau de rencontrer la pensée, de se laisser porter sur ses ailes vagabondes vers les sommets de l’extase !

Comme il peut être doux de concevoir un « monde écologiquement correct » au grand dam de puissances dont le goût de l’avoir émousse le sens du pouvoir et l’ouverture au savoir !

Si l’on pense à un développement durable, n’est-ce pas, déjà, une façon d’inscrire notre présent dans un éternel beau jour ? Sans remettre à demain ce qui pourrait donner du sens au jour présent dont les heures précipitent subtilement la fin ?

Allons, Mejnour vous salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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L’existentialisme athée de Maurice Merleau-Ponty (1908-1961)

L’Atelier des concepts, par Emmanuel AVONYO, op

Semaine du 18 janvier 2010

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EXISTENTIALISME/3                 >>>L’existentialisme athée de Sartre>>>

On présente Merleau-Ponty comme le philosophe de « l’ambiguïté » (Ferdinand Alquié). Sa philosophie « boiteuse » est à cheval entre l’action et la pensée, le non-sens et l’absolu. Elle veut pourtant chercher dans la notion d’existence le moyen de se penser, et affronter comme un problème le rapport de l’homme avec l’homme. L’homme est une idée historique dans laquelle tout est nécessité et contingence. Mais qu’en est-il du rapport de Merleau-Ponty à la foi ? Là encore, l’ambiguïté est de règle. Sa critique du christianisme suffit pourtant à le ranger, à tort ou à raison, parmi les humanistes athées. Nous esquissons ici quelques idées d’ordre général pour introduire à cette pensée brillante qui mérite d’être fréquentée tant pour sa profondeur que pour sa subtilité.

Sartre et Merleau-Ponty

Jean Paul Sartre et Maurice Merleau-Ponty ont été tous deux élèves de l’Ecole Normale Supérieure pendant la même période. Sans avoir été le disciple de Sartre, Maurice Merleau-Ponty a une pensée à coloration sartrienne. Autrement dit, les idées des deux philosophes concordent souvent, tant ils ont vécu dans le même milieu intellectuel et partagé le même engagement politique en faveur des principes marxistes et communistes. Déçu par l’ultrabolchevisme de Sartre, Merleau-Ponty claqua la porte de la Revue Temps modernes dont ils étaient co-directeurs.

L’œuvre de Merleau-Ponty est aussi engagée politiquement que celle de Sartre, ils vouent un culte varié pour des domaines d’intérêt tels que la littérature, l’art, l’anthropologie et la psychologie. La phénoménologie husserlienne a été un point de départ décisif pour Merleau-Ponty. Son analyse phénoménologique du vécu  humain, et plus particulièrement de la perception, illustre sa démarche au sein de la phénoménologie existentialiste française. La perception est le but et le moyen de toute recherche. Nos perceptions nous font naître au monde. Ferdinand Alquié et Alphonse De Waelhens qualifient sa doctrine de « philosophie de l’ambiguïté ». Et pourtant, notre philosophe s’est souvent évertué à tirer au clair des malentendus philosophiques.

« La querelle de l’existentialisme »

Nous n’allons pas restituer ici cette querelle, vu la brièveté requise pour notre propos. Plusieurs textes de Merleau-Ponty, dont celui contenu dans Sens et non-sens, sont édifiants à ce sujet. Il est tout de même important de signaler ici que Merleau-Ponty veut échapper à une alternative classique s’agissant de la conception de l’existence humaine. « D’un côté l’homme est une partie du monde, de l’autre il est une conscience constituante du monde. Aucune de ces deux vues n’est satisfaisante. » Il n’adoptera donc aucune des voies ouvertes par cette double tradition phénoménologique.

Merleau-Ponty répond aux parties en présence que « si l’homme était une chose entre les choses, il ne saurait en connaître aucune, puisqu’il serait, comme cette chaise ou comme cette table, enfermé dans ses limites, présent en un certain lieu de l’espace et donc incapable de se les représenter tous. » C’est pourquoi la philosophie doit reconnaître à l’homme une autre manière d’exister, une existence entre-deux pôles qui s’appellent. Ce qui, de notre point de vue, rend quasiment insaisissable l’existant Merleau-pontynien.

Laissons-lui encore la parole afin qu’il précise sa pensée sur la condition existentielle de l’homme : « Il faut lui reconnaître une manière d’être très particulière, l’être intentionnel, qui consiste à viser toutes choses et à ne demeurer en aucune. Mais si l’on voulait conclure de là que, par notre fond, nous sommes esprit absolu, on rendrait incompréhensibles nos attaches corporelles et sociales, notre insertion dans le monde, on renoncerait à la condition humaine. » En un mot, Merleau-Ponty privilégie par-dessus tout l’enracinement de l’homme dans sa condition sans absolutisation de son être. Sa phénoménologie en est une description typique.

La phénoménologie existentialiste merleau-pontynien.

Une conviction fondamentale marque variée de cette philosophie existentielle : « Si philosopher est découvrir le sens premier de l’être, on ne philosophe donc pas en quittant la situation humaine : il faut au contraire s’y enfoncer. » Ces propos tirés de Eloge de la philosophie servent de grille de lecture à sa pensée. L’on ne s’enfonce dans le monde que par son corps qui est le « véhicule de l’être au monde ». Chaque corps se trouve avec un autre corps dans un monde intersubjectif, de réciprocité. L’être humain est avant tout chair, et non pas seulement corps. La chair vient dire que le corps est à la fois chose et conscience.

De grands ouvrages ponctuent l’itinéraire philosophique de Merleau-Ponty. Mentionnons-en deux : La structure du comportement (1942)et Phénoménologie de la perception (1945). Merleau-Ponty y aborde dans des perspectives différentes une étude philosophique sur l’homme en lien avec le monde.

La structure du comportement vise essentiellement à montrer que « les conceptions mécanistes du behaviorisme et de la théorie de la forme ne sauraient expliquer le comportement des organismes et, à plus forte raison, celui des êtres doués de conscience. » La nature ou le monde physique est celui de l’explication causale, mais la vie finalisée fait appel à la compréhension du sens des choses. Merleau-Ponty rejette aussi bien le matérialisme que le spiritualisme dualiste de Descartes. Il prône l’unité de l’âme et du corps comme le produit d’une élaboration intellectuelle et non des données immédiates. Pour lui, métaphysique et phénoménologie s’identifient l’une à l’autre. Et le « retour aux choses mêmes » signifie le retour au monde d’avant la connaissance dont la connaissance parle toujours.

Phénoménologie de la perception. Ayant réduit la métaphysique à la phénoménologie, Merleau-Ponty réduit aussi le sujet à sa fonction perceptive, et la réalité perçue à la perception qu’en a le sujet ; car la conscience est toujours conscience de quelque chose plutôt que d’elle-même. C’est pourquoi le champ des phénoménologues n’est pas un monde intérieur, le phénomène n’est pas un état de conscience, mais ce que la conscience vise ou constitue. Si Merleau-Ponty ne paraît pas à priori subjectiviste ni réaliste, il apparaît cependant comme un semblant d’idéaliste. Le « champ phénoménal » qui n’est pas un état de conscience, n’existe que par la conscience que le sujet en prend. Le monde n’est pas un en-soi, c’est moi qui le fais être pour-moi. L’influence de Husserl et Sartre paraît ici prégnante.

Cet idéalisme n’est qu’apparent lorsqu’on sait que le monde n’est pas un en-soi pour-moi. « Le monde naturel se donne comme existant en-soi au-delà de son existence pour-moi. » C’est le monde pour-moi et non en-soi qui doit exister à la conscience que j’en prends. Ainsi, la nature n’a pas toujours besoin d’être perçue pour exister. Or ce qui n’est qu’en soi ne possède qu’une existence virtuelle. Il ne deviendra un être actuel que grâce à la perception qu’en a une conscience. Par la perception, la nature accède à un mode d’être nouveau qu’est le « mode phénoménal ». C’est toute la subtilité de la phénoménologie Merleau-Ponty.

A propos de la Phénoménologie de la perception de Merleau-Ponty, Paul Ricœur écrit que la troisième partie de l’ouvrage constitue une pierre de touche privilégiée pour mesurer à la fois l’écart entre les deux positions qu’il met dos à dos et la distance que Merleau-Ponty met lui-même entre ses deux maîtres. En effet, Merleau-Ponty opère un mouvement de pensée qui le porte non seulement au-delà de l’alternative entre l’intellectualisme néo-kantien et l’empirisme behavioriste, mais aussi par-delà Husserl et Heidegger. Toutefois, le titre de cette troisième partie « L’être pour soi et l’être au monde » semble rendre justice aussi bien à Husserl de l’intentionnalité qu’à Heidegger de l’être au monde. Cette philosophie existentielle des frontières a-t-elle une influence sur sa relation à la foi révélée ?

L’athéisme ambigu de Merleau-Ponty

Au sein de la phénoménologie française naissance, Merleau-Ponty a entretenu des rapports critiques avec le christianisme, qui confirment son penchant de philosophe athée. Merleau-Ponty semble situer à ses débuts sa pensée philosophique dans la foi chrétienne. Mais il se montrera comme un critique de la théologie trinitaire et un défenseur de l’athéisme. Il semble que sur la fin de sa vie, Merleau-Ponty ait encore prôné le dialogue avec les formes de non-philosophie, y compris le christianisme. Comment comprendre ces mouvements de pensée ?

Il est possible que Merleau-Ponty soit un philosophe marqué par le christianisme de son enfance. L’athéisme intellectuel que professait Merleau-Ponty fut moins tenace que celui de Sartre. Sartre rapporte après la mort de Merleau-Ponty que ce dernier fut chrétien jusqu’à l’âge de 20 ans, et aimait à dire « on croit qu’on croit mais on ne croit pas. » On peut aussi penser que la phénoménologie existentielle conduit souvent à une philosophie de la sécularisation et même à l’athéisme, même si les contre-exemples sont nombreux (Gabriel Marcel, Emmanuel Levinas, Jean-Luc Marion …) L’accent mis sur l’expérience vécue incline souvent vers la négation du divin et vers une forme d’humanisme radical.

Ainsi, le parcours philosophique de Merleau-Ponty qui va jusqu’en 1951 est une phase de relation complexe avec le christianisme. Dans Eloge de la philosophie, le philosophe examine par moments les rapports de proximité entre philosophie et christianisme. Dans un texte intitulé « christianisme et ressentiment », Merleau-Ponty prend clairement la défense du christianisme. Il retient des leçons importantes du christianisme qu’il s’agit de dépasser et de conserver à la fois.

Merleau-Ponty affirme que la critique nietzschéenne qui fait du christianisme une religion du ressentiment est intolérable malgré sa pertinence. Le christianisme est selon lui la manifestation de la surabondance de la vie. Il est une manière de donner sens à la conscience intentionnelle. Ainsi, être chrétien, c’est s’engager dans le monde pour la défense des valeurs de justice et de charité en vue de l’avènement d’une surhumanité de grâce.

Merleau-Ponty sera considéré comme un athée radical lorsqu’il rejettera toute politique d’inspiration chrétienne et opposera philosophie et pensée chrétienne. Il semble que sa critique du christianisme dans les années quarante soit liée au rapprochement de Merleau-Ponty avec le marxisme. Merleau-Ponty exclut la possibilité d’une pensée philosophique cohérente qui s’appuierait sur la pensée chrétienne. Car il y a une contradiction inhérente au christianisme qui risque de déteindre sur la pensée. Tandis que saint Augustin enseigne que Dieu est intérieur à moi, le philosophe soutient que ce Dieu est en même temps extérieur à la société des hommes. La preuve se trouve dans les situations de désespoir que traversent les hommes sans l’intervention de Dieu. Dans Sens et non sens, Merleau-Ponty montre que le christianisme est une « religion du Père », religion où la supposée toute puissance reste à une distance infinie d’un monde en cours d’appauvrissement.

Deux points pour nous résumer :

L’existentialisme – Merleau-Ponty s’oppose à la conception de l’homme « comme le résultat des influences physiques, physiologiques et sociologiques qui le détermineraient du dehors et feraient de lui une chose entre les choses ». Il ne le réduit pas non plus à un esprit absolu à la manière de Hegel. L’homme n’est pas qu’une partie du monde, il n’est pas non plus réductible à une conscience constituante. Il a l’existence particulière d’un être intentionnel qui vise toutes choses sans demeurer dans aucune (Sens et non-sens, 1965, pp. 124-125).

L’atheisme – Merleau-Ponty fait un double parcours : du christianisme à la critique du christianisme, puis il reviendra au dialogue avec la théologie comme une forme de non philosophie. Il affirme ceci : de même que Jésus révèle le Père, tout visible est une doublure d’invisible. Cependant, en dépit du mérite historique que Merleau-Ponty reconnaît au christianisme, rien n’autorise à penser que la philosophie de Merleau-Ponty soit en accord avec la foi. Le concept de « chair » à lui seul est une réfutation de l’onto-théologie. D’une posture philosophico-politique inscrite au départ dans le christianisme, Merleau-Ponty en vient à une forme d’athéisme radical comme une propédeutique au dialogue.

>>> L’intelligibilité à l’aulne de la transcendance>>>

>>> La facticité de la condition existentielle >>>

>>>L’existentialisme athée de Sartre>>>

>>> Qu’est-ce que l’existentialisme ?>>>


Sources

  • Emmanuel Mounier, Introduction aux existentialismes, Gallimard, 1962.
  • Gilles Vannier, Pour comprendre l’existentialisme, Paris, L’Harmattan, 2001.
  • Jacques Mantoy, Précis d’histoire de la philosophie, Paris, L’Ecole, 1966.
  • Paul Ricœur, Lectures 2, La contrée des philosophes, Seuil, 1992.
  • « L’athéisme de Jean-Paul Sartre et de Maurice Merleau-Ponty », Concilium 16, 1966.
  • Dominique Janicaud, Le tournant théologique de la phénoménologie française, Paris, L’Eclat, 1991.
  • Maurice-Merleau Ponty, Sens et non-sens, éd. Nagel, 1965.
  • Alphonse De Waelhens, Une philosophie de l’ambiguïté ; l’existentialisme de Maurice Merleau-Ponty, Louvain,E. Nauwelaerts, 1970.

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Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 18 janvier 10

« Le temps, irréparable, fuit »

Virgile (Publius Vergilius Maro), Géorgiques

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GRILLE DE LECTURE

Le temps quand on en parle, il s’est déjà écoulé. Cette fuite ou cet écoulement du temps dit l’infinie non-coïncidence de soi avec soi. Le temps n’étant pas posé devant soi comme objet, il ne saurait être saisissable, objectivable. Le temps est posé comme sujet dans son sens fort de sub-jet, de ce qui se tient dessous, de ce qui soutien. Le sujet pour autant qu’il est sujet est toujours en avant de soi. Le sujet est glissement, écoulement, mouvement. Pour autant que je suis sujet, je ne me saisis pas moi-même. Je me présente à moi-même comme ce qui est saisi et insaisissable ; comme ce qui est senti et in-sensible.

Je suis pour moi-même au présent de ce qui est toujours au passé, mais d’un passé qui se présentifie phénoménologiquement. La preuve palpable est la non-coïncidence de moi-même avec l’événement de ma naissance qui se présentifie dans ma vie. Je me surprends toujours entrain de vivre sans saisir l’instant de mon ek-stase originel. En ce sens, le temps comme mon temps, comme le temps du sujet est toujours en fuite parce que je ne suis pas le même qu’hier, pourtant, je garde ma mêmeté. Qu’il y ait à la fois un changement et un devenir dans le temps, ma mêmeté reste la même. C’est le même bébé tout petit hier qui a 20 ans aujourd’hui, pourtant je ne puis vivre ce présent passé que si je vivais comme enfant. Ce qui n’est plus possible à 20 ans. En ce sens, nous pouvons concevoir le temps comme ce qui est sans cesse en fuite, comme ce qui est irréparable. Comme l’eau versée, le temps n’est jamais qu’irrécupérable.

Fr Mervy-Monsoleil AMADI, op

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Deuils

Le Billet de Mejnour 85

Aller de l’avant, vers la réalisation de son projet, c’est avoir le courage des ruptures, la force d’accomplir ses deuils. Il faut rompre avec ces amitiés marginales, ces relations qui usent l’homme et abusent de ses ressources intérieures.

L’ami que nous présente notre bon vieux sage d’Aristote, c’est celui qui marche avec nous sur les chemins de la perfection. Car le projet de l’humanité, c’est bien d’arriver dans le voisinage immédiat de la perfection. Celle-ci ne peut s’atteindre totalement, quoique nul ne la manque tout à fait.

Voici pourquoi les deuils, comme de fulgurants rituels d’adieu, ont leur pouvoir et leur charme. Car il importe de s’arracher au passé. En en gardant le minimum nécessaire, l’expérience constructive.

Se forger un rêve qui trace les sillons de notre destinée pour nous inscrire dans l’histoire. Puis dans la durée. Puis dans l’éternité. Cela se prend de la plus sérieuse des manières. Il faut avoir le courage de s’y atteler. C’est pour cela que doit être semée l’espérance dans l’esprit des hommes. Et surtout des jeunes.

Mejnour vous salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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