Posts Tagged ‘Platon’

Pensée du 05 avril 11

« Lorsque quelqu’un vient nous annoncer qu’il a trouvé un homme instruit de tous les métiers, qui connaît tout ce que chacun connaît dans sa partie, et avec plus de précision que quiconque, il faut lui répondre qu’il est un naïf, et qu’apparemment, il a rencontré un charlatan et un imitateur, qui lui en a imposé au point de lui paraître omniscient, parce que lui-même n’était pas capable de distinguer la science, l’ignorance et l’imitation. »

PLATON, La République, livre X, 598a-599b.

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Pensée du 21 mars 11

« L’imitation est donc loin du vrai, et si elle façonne tous les objets, c’est semble-t-il, parce qu’elle ne touche qu’à une petite partie de chacun, laquelle n’est d’ailleurs qu’une ombre. »

PLATON, La République, livre X, 598a

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GRILLE DE LECTURE

Parmi les artistes, les poètes semblent être ceux que Platon considère le plus comme des imitateurs, car ils « créent des fantômes, et non des réalités ». Contrairement au jugement de la multitude, ils ne savent pas ce dont ils parlent si bien. Et pour cause, ils n’ont accès qu’à une infime partie du réel. Les poètes sont éloignés au troisième degré du réel. On sait que Platon distingue dans La République, trois niveaux d’accès au réel, à partir de l’exemple d’un lit à représenter. L’Idée du lit, dont s’inspire le charpentier, est le degré le plus élevé de la réalité. Cependant, le lit physique, en bois, n’est que le deuxième degré d’accès à la réalité. Quant à l’apparence du lit (en peinture par exemple), elle est le troisième degré du réel. On comprend pourquoi pour Platon, les poètes, rivés à ces deux derniers degrés de réalité, sont considérés comme faisant passer l’ombre pour le vrai, la copie pour le modèle. Leur attitude est comparable à  celle des sophistes des Dialogues de Platon qui ne cultivent l’art de bien parler que pour séduire leur auditoire. Bref, les poètes, pâles imitateurs du réel, tristes fabricateurs d’illusions, éloignent de la recherche de la vérité ceux qui contemplent leurs œuvres.

La critique platonicienne des arts « mimétiques » ne revient-elle pas à lui refuser toute valeur (scientifique) ? Platon confond-il création artistique et recherche scientifique ? Une création artistique a-t-elle forcément à voir avec la vérité scientifique ? Ces questions dépassent le propos limité de cette grille de lecture. Qu’il suffise de rappeler ici la critique adressée par l’historien Erwin Panofsky à la philosophie platonicienne de l’art : « … Il n’en demeure pas moins légitime de désigner la philosophie de Platon, sinon comme une ennemie déclarée de l’art, du moins comme une philosophie étrangère à l’art. » En effet, en mesurant la valeur des productions de la sculpture et de la peinture en fonction du concept scientifique d’une vraie connaissance, c’est-à-dire du concept de la conformité à l’Idée (essence intelligible des réalités sensibles), Platon montre tout d’abord qu’une esthétique des arts plastiques est absente dans son système philosophique, ou y reçoit une valeur conditionnelle, à titre spécifique de domaine de l’esprit ; ensuite, si l’art a pour mission d’être vrai au sens idéaliste, c’est-à-dire s’il doit entrer en concurrence avec la connaissance rationnelle, son but consisterait nécessairement alors à ramener le monde visible aux Formes idéelles éternellement valables. L’art-imitation des Grecs est rejeté au profit de l’art canoniquement valable, obéissant à des règles esthétiques.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 02 juillet 10

« Le jugement de la justice est le traitement médical de la perversité. »

PLATON, Gorgias

Pensée du 03 avril 10

« Si le courage de la pensée vient d’un appel de l’Etre, ce qui nous est dispensé trouve son langage ».

Martin HEIDEGGER, L’Expérience de la pensée

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GRILLE DE LECTURE

Avec Platon, la pensée se présente comme le dialogue de l’âme avec elle-même. Dans le prolongement de cette intuition, on pourrait ajouter que la pensée est le lieu où l’homme est le plus près de lui-même. Ainsi peut-il, parce que proche de lui-même, s’élever jusqu’à atteindre ce qui constitue la fine pointe de son principe. Un tel exercice est douloureux car il requiert de l’homme une énergie intellectuelle, une rigueur et une discipline. De ce point de vue, il n’est pas faux de dire que pour penser, il faut du courage.

Or s’il est vrai que l’exercice de la pensée relève du courage, il n’est pas moins vrai que ce courage de la pensée vient d’un appel. L’appel de l’être. L’être faut-il le rappeler est vérité au sens de A-lètheia. Cette vérité est celle qui supporte la vie, la façonne et lui donne son contenu. Si donc le courage de la pensée vient de l’être, alors, il importe de savoir que la dignité de l’homme consiste à être le représentant de l’indéfinissable[1]. Par la pensée en effet, l’homme devient la terre de noblesse qui se laisse revendiquer par l’être pour dire sa vérité. Une vérité qui nous affranchit et nous éclaire. Dans le partage harmonieux de cet héritage, notre humanité commune exige autre chose de nous. Elle exige que là où la vérité paraît multiple, il nous faut l’éclairer.

Au regard de ce qui précède, il appert que quiconque fait de la philosophie veut non seulement vivre pour la vérité mais veut aussi et surtout imposer profondément ces données à sa propre  pensée[2]. En ce sens il est arrivé à Heidegger de penser qu’il y a quelque chose d’essentiel vers laquel l’homme doit tendre l’oreille afin d’être fécondé par le langage de l’Etre. Le concept de langage pour Heidegger dit la demeure de l’être, le lieu de la détermination de ce qui vient insuffler de l’Etre aux petits êtres désontologisés. Pourtant, s’il est vrai que le langage est la demeure de l’être et que l’homme est son berger, ne faudrait-il pas que le langage soit aussi la maison de l’être humain, le lieu où celui-ci habite, s’installe. Dans le langage, l’homme se rencontre dans l’autre. L’un des espaces   les plus habitables de cette maison est l’espace de la poésie et de l’art[3]?

Klaourou Elvis Aubin

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[1] Karl JASPERS, Introduction à la méthode philosophique, trad. Laurent Jospin, Paris, ed. Payot & Rivages, 1966, p. 50.

[2] Ibidem,

[3] Hans Georg Gadamer, L’héritage de ‘Europe. Trad. Philippe Ivernel, Paris, ed. Payot & Rivages, 2003, p.17.


Pensée du 08 février 10

« De la joie, nous dirons qu’elle est un acte ; et du bonheur, nous dirons qu’il est constitué par l’ensemble des actes de joie lorsqu’ils sont des actes substantiels. »

Robert Misrahi, Le bonheur, Essai sur la joie

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GRILLE DE LECTURE

Point n’est besoin de surcharger le sens d’une pensée aussi limpide, dirait-on. Les eaux dormantes, les pensées simples, sont d’une profondeur insoupçonnée. Robert Misrahi nous invite donc à une nouvelle randonnée métaphysique d’exploration du sens de l’existence. Choisissons cet angle d’attaque : comment la joie devient-elle (est-elle) un acte substantiel ? Voilà qui nous introduit dans une phénoménologie de la joie. Pour être une attitude intentionnelle, c’est-à-dire un désir actif par lequel l’individu donne valeur aux événements qui le réjouissent, la joie est un sentiment qui ne se réduit pas à l’état d’une sensibilité passive. Ce n’est qu’un premier niveau de sens qui faudra dépasser.

Certes, la joie est un acte parce qu’elle est de l’ordre de l’intentionnalité, elle est une véritable activité de la conscience orientée vers un objet. Elle est une attitude librement choisie et librement maintenue en vie et en acte à travers l’écoulement actif du temps. Ainsi, pour Robert Misrahi, la joie s’oppose aux purs plaisirs passifs issus des besoins et de leur satisfaction. Elle est un acte qui a de la substance. La joie devient un acte substantiel quand elle est perçue comme partie constituante du bonheur d’une existence. Pour que la joie puisse remplir cette fonction, elle ne sera donc plus réduite au plaisir (Epicure),  à la perfection du plaisir (Aristote), à la joie de la contemplation (Platon, Schopenhauer), à la joie de l’amour (Sartre), à la joie de la création (Bergson), à l’accroissement de notre puissance d’exister (Spinoza), à la joie du oui dans la tristesse du fini (Ricœur).

Toutes ces définitions de la joie repèrent, selon Misrahi, un noyau de sens qui reste non élucidé. La joie comme forme affirmative du désir est un événement intégrateur de la conscience qui revêt non seulement une dimension réflexive (comme acte conscient) mais surtout une dimension fondatrice (décisive et essentielle à l’homme). En effet, pour s’intégrer dans l’ensemble durable d’une existence heureuse, la joie doit dépasser un simple sentiment actif pour devenir un acte substantiel où l’individu se saisit comme la source du sens qu’il veut donner à son existence, la source de validité des raisons qui font son bonheur. La joie comme intuition se redouble ici d’une adhésion réflexive et fondatrice, elle nous fait transcender le temps qui nous constitue et nous inscrit dans une dimension intemporelle. Elle nous ouvre à une sorte d’éternité où se joue une substantialité véritable qui pose un sens.

Emmanuel AVONYO, op

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Pensée du 19 janvier 10

« Celui qui reconnaît l’existence de la beauté absolue et qui est capable d’apercevoir à la fois cette beauté et les choses qui en participent, sans confondre ces choses avec le beau, le beau avec les choses, la pensée de cet homme qui reconnaît mérite le nom de connaissance.»

Platon, République

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GRILLE DE LECTURE

Il en va de soi chez Platon que l’image du philosophe est celui des prisonniers de la caverne qui sont depuis leur enfance dans une caverne dont l’entrée est ouverte à la lumière. Ils sont assis le long de la façade, ils tournent le dos à la lumière et ils voient défiler sur le mur les images faites par les ombres portées par les objets ; ils croient que ces ombres sont la réalité ; si on les détachait pour leur montrer la réalité des objets et la lumière véritable, ils souffriront et beaucoup préféreraient revenir dans la caverne pour ne pas être éblouis ; or il faut monter vers la vérité et, lorsqu’on la reconnaît, se conduire avec sagesse dans la vie privée et la vie publique.

La vérité chez Platon est dans les lieux supérieurs. Il faut distinguer entre les apparences, qui sont changeantes, et la véritable réalité constituée par des éléments permanents qui sont cachés à notre esprit. Il apparaît que la connaissance vraie est différente de la connaissance superficielle, celle qui s’attache aux apparences que Platon dénomme doxa. Le philosophe est celui qui aime à contempler la vérité dans sa splendeur. Pour devenir philosophe, il faut dépasser le domaine des apparences et aller jusqu’à l’essence des choses, et Platon situe l’essence des choses dans l’Idée.

Le connaître philosophique est de l’ordre de la délectation, d’une délectation spirituelle, de la contemplation. L’âme à un certain moment chez le philosophe, doit laisser le corps, et dans une ascension vers les lieux supérieurs, faire l’expérience de la vérité telle qu’elle est dans sa clarté. Seul celui qui est capable de cette ascension est digne d’être nommé connaisseur. En clair, le philosophe est ami de la vérité.

Fr Mervy-Monsoleil AMADI, op

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Pensée du 04 novembre

« Si le courage de la pensée vient d’un appel de l’Etre, ce qui nous est dispensé trouve son langage ».

Martin HEIDEGGER, L’Expérience de la pensée

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GRILLE DE LECTURE

Avec Platon, la pensée se présente comme le dialogue de l’âme avec elle-même. Dans le prolongement de cette intuition, on pourrait ajouter que la pensée est le lieu où l’homme est le plus près de lui-même. Ainsi peut-il, parce que proche de lui-même, s’élever jusqu’à atteindre ce qui constitue la fine pointe de son principe. Un tel exercice est douloureux car il requiert de l’homme une énergie intellectuelle, une rigueur mieux une discipline. De ce point de vue, il n’est pas faux de dire que pour penser, il faut du courage.

Or s’il est vrai que l’exercice de la pensée relève du courage, il n’en demeure pas moins vrai que ce courage de la pensée vient d’un appel. L’appel de l’être. L’être faut-il le rappeler est vérité au sens de A-lètheia. Cette vérité est celle qui supporte la vie, la façonne et lui donne son contenu. Si donc le courage de la pensée vient de l’être, alors, il importe de savoir dans cette conjoncture que la dignité de l’homme consiste à être le représentant de l’indéfinissable[1]. Par la pensée en effet, l’homme devient la terre de noblesse qui se laisse revendiquer par l’être pour dire sa vérité. Une vérité qui nous affranchit et nous éclaire. Dans le partage harmonieux de cet héritage, notre humanité commune exige autre chose de nous. Elle exige que là où la vérité paraît multiple, il nous faut l’éclairer.

Au regard de ce qui précède, il appert que quiconque fait de la philosophie veut non seulement vivre pour la vérité mais veut aussi et surtout imposer profondément ces données à sa propre  pensée[2]. En ce sens il est arrivé à Heidegger de penser qu’il y a quelque chose d’essentielle vers laquelle l’homme doit tendre l’oreille afin d’être fécondé par le langage de l’Etre. Le concept de langage pour Heidegger est la demeure de l’être. Le lieu de la détermination de ce qui vient insuffler de l’Etre aux petits êtres désontologisés.

Pourtant s’il est vrai que le langage est la demeure de l’être et que l’homme est son berger, ne faudrait-il pas que le langage soit aussi la maison de l’être humain, le lieu où celui-ci habite, s’installe, se rencontre dans l’Autre et que l’un des espaces les plus habitables dans cette maison est l’espace de la poésie et de l’art[3]?

DEBATS>>>

Klaourou Elvis Aubin

e.klaourou@yahoo.fr

Pensée du 03 novembre

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE

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[1] Karl JASPERS, Introduction à la méthode philosophique, trad. Laurent Jospin, Paris, ed. Payot & Rivages, 1966, p. 50.

[2] Ibidem,

[3] Hans Georg Gadamer, L’héritage de ‘Europe. Trad. Philippe Ivernel, Paris, ed. Payot&Rivages, 2003, p.17.