Archive for the ‘CULTURE’ Category

Douxième travail d’Hercule

« 12° Enlèvement de Cerbère aux Enfers : Ce fut la dernière et la plus périlleuse des missions qu’accomplit Héraclès. Aidé par Hermès et Athéna, le héros descendit au royaume des Ombres, d’où jamais aucun mortel n’était revenu. Il profita de ce voyage pour délivrer Thésée, immobilisé depuis plusieurs années sur la chaise de l’Oubli, et réussit à s’emparer de Cerbère et à la transporter en Argolide. Epouvanté, Eurysthée lui fit aussitôt rendre le monstre aux Enfers. »
C’est avec ces lignes, cher compagnon, que prend fin notre incursion dans le monde mythique d’Hercule. Ce travail, le dernier, nous replonge dans l’atmosphère des premiers jours. Mais il nous offre aussi le privilège indéniable de conserver dans un recoin de notre mémoire, l’image d’un homme qui s’est offert à nos réflexion pour nous inviter à émerger des nuages de nos complicités tacites avec les appâts de la terre. Demain, nous conclurons notre méditation sur ce dernier travail. En attendant, cher compagnon, Mejnour te salue!

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

Pensée du 26 janvier 2010

« Autrui n’est jamais tout à fait un être personnel, si j’en suis un moi-même absolument, et si je me saisis dans une évidence apodictique. »

Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception

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GRILLE DE LECTURE

Le cours de l’histoire générale du monde garde en arrière-plan une image de méfiance entre les hommes. C’est de cela que ne cessent de témoigner les conflits meurtriers qui chaque jour endeuillent l’humanité. L’homme désormais a une manière de se poser par rapport à l’autre. La construction du Moi ne laisse pas de place à l’autre ; dans cette optique, l’autre se voit réifier, chosifier. Dans ce sens, comment redonner place à autrui ?

Pour Merleau-Ponty redonner place à autrui c’est le laisser vivre comme sujet. Or, tant qu’autrui réside dans le monde, qu’il y est visible et qu’il fait partie de mon champ, il n’est jamais un Ego au sens où je le suis pour moi-même. Pour le penser comme un véritable Je, je devrais me penser comme simple objet pour lui, ce qui m’est interdit par le savoir que j’ai de moi-même. Ni moi ni autrui, personne n’est réductible à un objet. Ainsi pour que je laisse autrui vivre et qu’il me laisse vivre, ni moi, ni lui ne devrons nous poser comme un absolu. L’évidence d’autrui est possible parce que je ne suis pas transparent pour moi-même et que ma subjectivité traîne après elle son corps.

Le regard absolu est unilatéral et ramène tout à soi. Pour une authentique relation, l’homme doit sortir de son ipséité, de sa subjectivité monadologique afin de s’ouvrir à l’autre. C’est pourquoi le corps merleau-pontien est déhiscence, ouverture. Ouverture à autrui parce que nous partageons un même sol corporel, une même chair.

Endurance, persévérance, ruse

Le Billet de Mejnour

Vivre! Ce verbe ne se conjugue vraiment qu’avec art. En effet, se donner le temps de vivre exige qu’on en possède l’art. Et qu’est-ce l’art de vivre sinon le choix de persévérer dans ses options jusqu’à leur entière satisfaction? Cela exige une résistance à toute épreuve. Car nul n’avance seul. Chacun a ses adjuvants et ses opposants. Tous, nous sommes mus par quelque force (humaine ou surhumaine, matérielle ou spirituelle) vers les horizons et l’azur de bonheurs divers. Et tout au long de ce périple vers l’azur, il est nécessaire de faire face à moult fluctuations et frustrations. Mais il ne faut pas perdre de vue l’objectif, ne pas lâcher la proie pour son ombre.

Résister au sens où il faut « croire qu’un autre monde est possible et contribuer à le bâtir » est un signe patent de cette endurance qui prend l’éclat de sa splendeur dans une persévérance éclairée par la raison. A bien réfléchir, personne ne veut partager le destin des feuilles mortes qu’emporte le moindre vent. Et s’il faut, pour atteindre ses objectifs, soulever la terre et manquer de se laisser écraser par elle, ce n’est point dramatique. L’essentiel est de ne point perdre de vue ce qu’on cherche. Et tant que le jeu en vaut la chandelle, il peut être utile, agréable et nécessaire d’user de ruse. User, pas abuser. Telle est l’une des leçons possible de ce jeu de la vie dont Hercule nous livre un des nombreux aspects. Simplement. Mejnour te salue!

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

La facticité de la condition existentielle

L’Atelier des concepts, par Emmanuel AVONYO, op

Semaine du 24 janvier 2010

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Dans cet exposé sur la facticité de la condition humaine que nous voulions initialement intituler les concepts de la condition existentielle de l’homme, notre but est double : montrer dans un premier temps le caractère prépondérant du concept de facticité dans la philosophie existentielle qui se réclame de Heidegger et de Sartre ; puis, dans un deuxième temps, expliciter le lien entre la facticité, la transcendance et l’intelligibilité. L’atelier de concepts de cette semaine s’occupe du premier objectif énoncé.

1. La contingence et la facticité

2. La déréliction et la facticité

Lire l’article >>> LA FACTICITE DE LA CONDITION EXISTENTIELLE.PDF

Dans ce bref parcours exploratoire de la notion de facticité, nous l’avons définie comme une non-nécessité d’exister. La facticité se révèle au centre d’un réseau de concepts qui caractérisent la condition humaine dans l’existentialisme. La facticité, la contingence, la déréliction sont autant d’acceptions du même mode d’existence qui n’accèdent pas directement à l’intelligibilité. Lorsqu’il s’emploie à les comprendre, l’homme se dévoile comme un être constamment en dépassement de soi pour s’élever à une transcendance dont il est le « chiffre ». L’intelligibilité et la transcendance étant deux autres concepts qui entretiennent une étroite relation avec la facticité, nous en parlerons la semaine à venir.

Emmanuel AVONYO

>>> L’intelligibilité à l’aulne de la transcendance>>>

>>> L’existentialisme athée de Merleau-Ponty >>>

>>>L’existentialisme athée de Sartre>>>

>>> Qu’est-ce que l’existentialisme ?>>>


[1] Selon Gilles Vannier, François Vezin, traducteur d’Etre et Temps, aurait rendu le terme facticité par factivité.

Pensée du 25 janvier 10

« Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d’être vécue, c’est répondre à la question fondamentale de la philosophie. »

Camus, Le Mythe de Sisyphe

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GRILLE DE LECTURE

Interroger la vie nous conduit souvent à la problématique du sens. D’abord, parce que vivre c’est sentir et se sentir. Toute vie s’éprouve d’abord, agréable ou désagréable, l’existence est toujours sentiment d’exister. Mais lorsqu’il s’agit de la vie d’un être raisonnable, nous voudrions comprendre, comment, pourquoi et en vue de quoi il vit. Question qui n’est pas sans importance, car c’est de sa réponse que dépend la valeur de la vie : la vie vaut-elle ou non la peine d’être vécue, et qu’est-ce qui peut lui donner cette valeur ? D’où découle une autre question : sommes-nous maître de notre vie, ou en sommes-nous toujours dépossédé, d’une manière ou d’une autre ?

Telles sont les questions qui habitent journellement l’homme. Question qui nourrit la quotidienneté philosophique du philosophe. Avoir affaire au sens de la vie même ou plutôt à son non-sens, c’est enfin penser aux choses sérieuses. Comme le dit Camus dans le même texte, « il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. » Et les autres problèmes que pose la philosophie gravitent autour de la question du sens de la vie ou convergent sur cela. L’expérience de la vie est une question capitale de la philosophie, elle est aussi au cœur de la pensée camusienne. En un mot la question du sens de la vie répond à la vocation fondamentale de la philosophie.

Fr Mervy-Monsoleil AMADI, op

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Dixième travail d’Hercule

Dixième travail d’Hercule

12, il n’y en a que douze, ces travaux. Ils nous servent à présenter quelques réflexions sur des valeurs humaines, sur de judicieuses manières d’accomplir ce qu’Aristote appellerait notre « métier d’hommes ». Hercule nous sert encore de prétexte. Mais nous reviendrons à la philosophie. Mais notre goût d’une certaine simplicité nous interdira, eu égard à la vocation de ce billet, d’aller en profondeur. Nous nous contentons de jeter un mot ou un autre, le compagnonnage voulant qu’en chacun les mots poursuivent leur route et aboutissent à cette conclusion fameuse du philosophe : « ici aussi les dieux sont présents ». Dans l’attente de ces jours glorieux, lisons le dixième travail d’Hercule :

10° Capture des boeufs de Géryon : ce géant demeurait dans un pays de l’Ouest, au-delà des limites connues de la Terre. Héraclès partit en expédition, franchit le détroit de Gibraltar, y élevant deux colonnes pour laisser des traces de son passage. Mais, accablé par la chaleur, le héros menaça Hélios de ses flèches. Pour l’apaiser, le soleil lui prêta un bateau d’or qui lui permit de franchir l’Océan. Héraclès tua alors Géryon, les gardiens du troupeau et s’empara du bétail. Il revint ensuite par la Gaule, l’Italie et la Thrace dans les territoires d’Eurysthée, qui sacrifia tous les animaux à Héra. »

Bonne lecture, fructueuse méditation. A demain. Mejnour te salue!

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

Pensée du 24 janvier 10

«L’art est la plus haute puissance du faux, il magnifie le « monde en tant qu’erreur », il sanctifie le mensonge, il fait de la volonté de tromper un idéal supérieur »

Gilles DELEUZE, Nietzsche et la philosophie

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GRILLE DE LECTURE

La question de la vérité se retrouve au point de croisement de l’esthétique et de la philosophie. Dans ce réquisitoire dressé contre l’art, le paradoxe de l’énoncé est évident et relance le débat autour du vrai visage de Nietzsche. Nietzsche, on le sait, n’a cessé jamais d’affirmer que l’art avait plus de valeur que la vérité (celle des philosophes s’entend) et que nous avions l’art pour ne pas périr de la vérité. En détruisant le platonisme et les apparences sensibles, en faisant du monde intelligible une fable (Le Crépuscule des idoles), Nietzsche fait de l’art l’une des formes de connaissance les plus hautes. C’est avec juste raison que l’on peut se demander si le philosophe voudrait ici reprendre le manteau des classiques qui faisaient de la beauté esthétique une représentation sensible et dégradée du vrai ? Rien n’est moins sûr.

Certes, selon Deleuze, l’art nietzschéen est une puissance du faux, il sanctifie le mensonge dans un monde erroné. Mais il ne faut pas s’arrêter là. Car c’est parce que l’art est faux qu’il est vrai dans l’acception nietzschéenne. Cela s’explique par le fait qu’il ne prétend pas s’élever au-dessus du relativisme de la vie. L’art se présente honnêtement comme une interprétation. Ce faisant, l’art est en accord avec le caractère perspectif de l’existence dont tous nos jugements ne sont que des symptômes, de simples évaluations. Si la vérité artistique est effectuation de la puissance du faux, l’artiste est un chercheur de cette vraie vérité. L’artiste, en traduisant le mensonge du réel en toute vérité, est le seul qui en mentant, ne ment pas. C’est peut-être ce qui fait dire à Deleuze qu’il fait de la volonté de tromper un idéal supérieur. Pour Nietzsche, l’art a une fonction de connaissance, une vocation à traduire une réalité plus réelle que celle des philosophes. Et la pensée du philosophe-artiste, pour être en phase avec la vie, ne doit plus surplomber la vie, elle doit en devenir l’expression la plus amicale.

Emmanuel AVONYO, op

Apatride

Le Billet de Mejnour 90

L’œuvre de création tout entière ne prend sens que si elle s’enracine dans la liberté pour déboucher sur la liberté. Comme fruit le plus élevé de cet événement unique, l’homme a le devoir de sortir des schémas qui tuent. Et l’un des plus mortels est identitaire. Il se nomme patriotisme.

Rien, pourtant, n’est plus réjouissant que d’entendre dire : « le monde est ma patrie, faire le bien est ma religion ». L’homme est universel. De quelle valeur sont les colorations patriotiques dont l’effet le plus évident est cette exclusion qui avilit l’alter ego à qui je ne veux pas ressembler ?

Et puisque nous parlons pour quelques temps de monuments d’humanité, n’est-il pas bon de se souvenir que Marx, Bertolt Brecht ou Einstein furent, plus ou moins longtemps, apatrides. Et que cela ne constitua guère de frein à leurs contributions au progrès de l’Idée parmi les hommes.

Nos frontières, souvent, ont la facticité d’identités meurtrières. La question, elle nous vient de Hamlet : « être ou ne pas être ? » Or, ce qu’il s’agit d’être, c’est une parcelle constructive de l’humanité.

Mejnour vous salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 23 janvier 10

« C’est par croire que les hommes sont esclaves. Réfléchir, c’est nier ce que l’on croit… Qui croit seulement ne sait même plus ce qu’il croit. Qui se contente de sa pensée ne pense plus rien. »

ALAIN, Propos sur la religion

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GRILLE DE LECTURE

Alain nous appelle à nous détacher de nos préjugés. Réfléchir exige de nous une sortie, une sortie des idées toutes faites, une sortie des minorités comme l’avait dit le philosophe prussien. Philosopher c’est apprendre à réfléchir et à penser rationnellement en évitant les préjugés. Nous pouvons affirmer en ce sens que le philosophe Alain a été peut-être influencé par l’humanisme cartésien, passionné de la liberté, qui ne propose pas un système ou une école philosophique mais invite à se méfier des idées toutes faites. Pour  lui, la capacité de jugement qu’offre la perception des choses doit être en prise directe avec la réalité du monde et non bâtie à partir d’un système théorique. Cette pensée du philosophe français a peut-être des subtilités d’athéisme que nous ne maîtrisons pas bien, mais l’enseignement que nous y avons reçu est celui d’une invitation à penser par nous-mêmes selon l’ordre de la raison

Mervy Monsoleil AMADI, op

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE

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Pensée du 22 janvier 10

« Chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition »

Montaigne, Essais

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GRILLE DE LECTURE

Ouvrons les yeux et regardons, nous verrons que dans un geste phénoménologique s’offre à notre vue une diversité d’apparences physiques. Au-delà de ces apparences physiques s’offre à nous encore le fait que nos idées, nos mœurs, nos cultures ne sont pas les mêmes. Cette diversité ne traduit-elle pas, toutefois, l’expression de la vie, une en elle-même ? Ici trouve origine la différence des races et des cultures, en tant que la manifestation de l’homme s’éprouvant dans son infinie richesse, et n’étant vivante que dans la particularité des figures. Ici se trame l’idée de l’unité dans la différence, de la comm-union dans la diversité.

Chaque homme porte en lui la forme entière de l’humanité en ceci que nous partageons une même intercorporéité. Je suis homme à la manière des autres, l’autre se présente ainsi comme un miroir dans lequel je vois. Le visage de l’autre me révèle mon propre visage ; puisque je ne puis me poser hors de moi-même pour me saisir comme un objet, c’est à travers l’autre que je me découvre, que je me connais. Cette affirmation de toute évidence une implication éthique.

Faisant un peu de la logique, nous dirons que si en chaque homme particulier il y a une forme de l’entière condition humaine, alors la sentence philosophico-éthique serait : ne traite jamais autrui comme objet mais comme sujet. La relation à autrui en ce sens revêt une coloration éthique où ce ne sont que des subjectivités qui se rencontrent dans un acte de respect réciproque.

Fr Mervy-Monsoleil AMADI, op

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