Archive for the ‘METAPHYSIQUE’ Category

Pensée du 18 août 11

 « Quelle règle de vérité trouvera-t-on plus claire et plus certaine qu’une idée vraie ? De même que la lumière se montre soi-même et montre avec soi les ténèbres, ainsi la vérité est à elle-même son critérium et elle est aussi celui de l’erreur. »

SPINOZA, Ethique, II

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Pensée du 17 août 11

« La métaphysique de Platon est expressément une correction de celle de Parménide ; de même sa théorie de l’erreur pourrait être considérée comme une correction de celle de Spinoza. Descartes, d’accord avec ces philosophes sur la question des rapports de l’esprit avec les choses, s’éloigne d’eux par la part qu’il fait à la volonté dans sa théorie de l’erreur et dans celle de la certitude ; par là on peut dire qu’il prépare l’avènement de la philosophie critique. »

Victor Brochard, « De l’erreur »

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Pensée du 16 août 11

« Parmi les actions accomplies par l’homme, celles-là seules sont appelées proprement « humaines » qui appartiennent en propre à l’homme selon qu’il est homme. Et l’homme diffère des créatures privées de raison en ce qu’il est maître de ses actes. D’où il suit qu’il faut appeler proprement humaines les seules actions dont l’homme est le maître. Mais c’est par sa raison et sa volonté que l’homme est le maître de ses actes, ce qui fait que le libre arbitre est appelé « une faculté de la volonté et de la raison ». Il n’y a donc de proprement humaines que les actions qui procèdent d’une volonté délibérée. S’il est d’autres actions qui conviennent à l’homme, on pourra les appeler des actions de l’homme, mais non pas des actions proprement humaines, puisqu’elles ne procèdent pas de l’homme en tant qu’homme. Or, il est manifeste que toute action procédant d’une puissance est produite par cette puissance selon le caractère de son objet et l’objet de la volonté c’est la fin et le bien. Il est donc nécessaire que toutes les actions humaines soient faites pour une fin. »

THOMAS D’AQUIN, SOMME DE THEOLOGIE, Ia IIae q.1 a.1

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Pensée du 10 août 11

« Devoir, mot sublime et grand, toi qui pose une loi qui d’elle-même trouve accès dans l’âme, où trouves-t-on la racine de ta noble tige dont dérive la seule valeur que les hommes peuvent se donner à eux-mêmes ? »

KANT, Critique de la raison pratique

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Pensée du 09 août 11

« Tu peux prêter l’oreille à la voix du devoir comme un brave soldat qui entend les ordres de son officier, ou bien comme une femme qui aime celui qui commande, ou bien comme un flatteur et un lâche qui a peur de son maître, ou bien comme un sot qui obéit parce qu’il n’a rien à répliquer. »

NIETZSCHE, Le Gai savoir

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Pensée du 06 août 11

« Pour expliquer la façon dont s’est constituée chez Spinoza la notion de substance, il ne faut pas perdre de vue la relation d’identité qu’elle a eue de bonne heure et que même elle a conservée chez lui avec celle d’attribut. Il y a eu là sans doute une influence de Descartes. On sait que si Descartes paraît faire quelquefois de la substance une espèce de réalité indéterminée et indépendante de ses attributs, il l’identifie ailleurs catégoriquement avec son attribut principal[1] : la pensée peut être dite également attribut principal ou substance de l’âme, comme l’étendue peut être dite également attribut principal ou substance des corps ; une substance ou un attribut principal, c’est avant tout une essence, conçue, soit dans le sujet où elle est réalisée, soit dans la nature intelligible qui en fait l’objet d’une notion complète et distincte. »

Victor Delbos, « La notion de substance et la notion de Dieu dans la philosophie de Spinoza », Revue de métaphysique et de morale, 1908.


[1] Principia philosophiae, I, 53 ; I, 63.

Pensée du 05 août 11

« Si la découverte de l’erreur ne tarde pas à faire disparaître le réalisme naïf, qui est la première croyance de l’esprit humain et qui fait considérer ses idées comme absolument semblables aux choses, ont peut dire aussi qu’elle marque l’avènement de la critique. Elle prouve, en effet, que l’esprit humain ne connaît pas toujours les choses telles qu’elles sont ; il ajoute à ce qu’il reçoit ; souvent il le modifie ; la connaissance n’est pas indépendante du sujet qui connaît. On arrive ainsi à cette conception des choses à laquelle Kant a donné une forme définitive et qu’on appelle la philosophie critique. »

Victor Brochard, De l’erreur

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Pensée du 04 août 11

« Si une action humaine est fin ultime, il faut qu’elle soit volontaire, sans quoi elle ne serait pas humaine, ainsi qu’on vient de le dire. Mais une action est dite volontaire de deux façons: ou bien il s’agit d’une action commandée par la volonté, comme marcher ou parler; ou bien d’une action émise par la volonté, comme le fait même de vouloir. Or il est impossible que l’acte même émis par la volonté soit une fin ultime. En effet, la fin est l’objet même de la volonté de la même manière que la couleur est l’objet de la vue. Or, il est impossible d’attribuer à l’acte même de voir le caractère de première chose visible, car tout acte de ce genre s’adresse d’abord à un objet, à ce qui se voit; ainsi est-il impossible que le désirable premier, qui est la fin, se confonde avec le vouloir même. Il reste donc que si une action humaine est une fin ultime, il s’agit d’une action commandée par la volonté. Et ainsi, même dans ce cas, il demeure au moins un acte, l’acte de vouloir, qui est en vue d’une fin. Donc, quoi que l’homme fasse, il est vrai de dire qu’il agit pour une même fin quand il accomplit l’action -qui est sa fin ultime. »

THOMAS D’AQUIN, SOMME DE THEOLOGIE, Ia IIae q.1 a.1

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Pensée du 26 juillet 11

« Husserl procède par une double approximation à cette phénoménologie de l’incarnation du cogito et de l’appropriation du corps-sujet. Pour cette première approximation de l’incarnation du cogito, Husserl va emprunter, selon les mots de Ricœur, le rude chemin de la réduction transcendantale qui seul, peut d’abord dire ce que signifie ego et ensuite l’investir dans le monde. Le fondateur de la phénoménologie marque très bien une distinction entre l’ego pur et le sujet incarné. L’ego pur est issu de la réduction phénoménologique tandis que le sujet incarné est une réalité déjà constituée en ce monde. »

David-Le-Duc TIAHA, Paul Ricœur et le paradoxe de la chair. Brisure et suture. L’Harmattan, 2009.

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Pensée du 22 juillet 11

« Transcender, c’est dépasser dans un mouvement. Le verbe est meilleur que le nom, et quand on emploie le nom, il faut en user comme d’un substantif d’action plus que comme d’un substantif d’état. »

Emmanuel Mounier, Introduction aux existentialismes, 179.

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GRILLE DE LECTURE

La notion de transcendance joue un rôle important dans tout existentialisme. Mais d’un existentialisme à l’autre, elle recouvre des sens radicalement hétérogènes. Emmanuel Mounier suggère « transproscendance » pour désigner l’être humain comme un projet de transcendance, perpétuellement jeté au devant de soi, comme l’ont thématisé Martin Heidegger et Jean-Paul Sartre. Nicolas Berdiaeff (Cinq leçons sur l’existence) propose le concept de « transcendement » au lieu de transcendance. Jean Wahl emploie « transascendance » pour dire l’expérience d’un mouvement infini ou indéfini vers un plus d’être. Il faisait observer que chez Martin Heidegger, le philosophe d’Etre et Temps, « transcendance » signifie « la transcendance de l’existence sur le néant », « la transcendance de l’existant à l’égard du monde », « la transcendance du monde à l’égard de l’existant », « la transcendance de l’existant par rapport à lui-même, dans le mouvement par lequel il se projette en avant de lui-même vers l’avenir. »

Emmanuel Mounier note qu’une transcendance aussi éclectique recouvre toutes les confusions. Cette ambivalence est celle qui se produit au sujet de l’être, dans la notion sartrienne voisine de « l’éclatement de l’être », destinée à remplacer la vieille notion de substance, conçue comme « persévérance étalée de l’être dans son être ». Pour Emmanuel Mounier, les existentialismes, généralement, ont dégourdi en tous sens cette notion de transcendance ; ils l’ont si bien assouplie qu’elle a plusieurs fois risqué d’y perdre toute consistance. La pensée objectivante a toujours tendance à faire de la transcendance une donnée, une situation élevée que l’on imagine selon le schématisme des plans superposés ; ce qui livrerait à de grossiers quiproquos d’ordre spatial. Si la transcendance n’était qu’un état hors de nos prises, n’est-ce pas l’abolition de la transcendance ou la transcendance absente ? Comment la percevrions-nous comme un mouvement intérieur ?

La transcendance ne saurait donc être un être infiniment au-dessus de nous, dans la mesure où « notre existence est comme un acte sollicité de nous. » Au vrai, la transcendance tient de l’idée de plénitude, de celle de mouvement, de celles aussi bien de l’extériorité que de la domination. La transcendance est un substantif d’action. Elle est l’action humaine de transcender. Il est nécessaire de garder à l’esprit l’action qu’exprime le verbe transcender pour ne pas réduire la transcendance à un état, situé à mille lieues de l’homme. Bien plus, il importe à l’homme de ne pas oublier d’élever son action de transcender à un mode d’être supérieur ou à une plénitude plus achevée (transascendance de Jean Wahl). La transcendance devient donc à titre élémentaire, une expérience de l’inexhaustibilité de l’être, et à titre supérieur, une expérience de dépassement et de débordement qui se saisit comme plénitude commençante et gloire entrevue de l’être.

Emmanuel AVONYO, op