Archive for the ‘METAPHYSIQUE’ Category

Pensée du 12 juillet 11

« S’il y a un être du soi, il ne peut être atteint que par des détours d’altérité. Ces détours d’altérité sont de deux types. Le premier est phénoménologique : la chair, le corps, le corps propre, l’autre, la conscience et le monde. Le second est herméneutique : le symbole, le signe, le texte, l’action, l’histoire et l’œuvre. »

David-Le-Duc TIAHA, Paul Ricœur et le paradoxe de la chair. Brisure et suture. L’Harmattan, 2009.

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Pensée du 07 juillet 11

« Ainsi donc, si ce fut bien pour échapper à l’ignorance que les premiers philosophes se livrèrent à la philosophie, c’est qu’évidemment ils poursuivaient le savoir en vue de la seule connaissance et non pour une fin utilitaire. Et ce qui s’est passé en réalité en fournit la preuve : presque toutes les nécessités de la vie, et les choses qui intéressent son bien-être et son agrément avaient reçu satisfaction, quand on commença à rechercher une discipline de ce genre. Je conclus que, manifestement, nous n’avons en vue, dans notre recherche, aucun intérêt étranger. Mais, de même que nous appelons libre celui qui est à lui-même sa fin et n’existe pas pour un autre, ainsi cette science est aussi la seule de toutes les sciences qui soit une discipline libérale, puisque seule elle est à elle-même sa propre fin. »

ARISTOTE, Métaphysique, A, 2, 982 b 10, trad. J. Tricot, Vrin.

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Pensée du 03 juillet 11

L’OUVERTURE A LA TRANSCENDANCE

Le penseur de l’être vrai ne peut éviter l’irruption de la transcendance. L’être n’est pas qu’une catégorie de la compréhension mais surtout une position de la contemplation, c’est-à-dire une catégorie de l’écoute. L’être est événementiel, l’être est in-stance et événement inattendu, selon le Maître Heidegger. Si la theoria est la forme la plus élevée de l’activité pensante, c’est parce que c’est là où l’homme écoute plus qu’il ne produit. L’homme ne parvient à un tel niveau de production artistique ou philosophique qu’à la condition de faire de l’écoute un facteur d’adhésion profonde à l’être. L’être est surgissement et il peut être l’objet d’une production. Il est donation et il ne connaît d’usurpation matérielle. Il ne se donne à effleurer dans son jaillissement que comme une « altérité de surprise, le surgissement soudain et comme de biais, le dérangement de l’histoire » (Michel de Certeau), la gravure subreptice et poétique de la singularité. L’homme théorique, le contemplatif, le philosophe ou l’artiste, c’est l’homme de la Gelassenheit. C’est l’homme sollicité par l’être qui se plonge dans l’affleurement de l’indicible, une perception indicible. L’homme, est un poème commencé par l’être, disait Heidegger, il se tient à l’écoute de celui le fait advenir continuellement à l’être. L’homme convoqué par les dieux n’a qu’à se laisse toucher par eux dans un état de ravissement inénarrable. La figure du divin n’est perceptible que dans ce jeu des médiations où l’homme ne peut prétendre à aucune maîtrise, lui-même étant événement, être-donné, altérité intermittente, dans la béance et la facticité du monde. Cette facticité le fait vite prendre conscience que seule la convivialité humaine est condition nécessaire et non suffisante de son enracinement affectif dans l’être. L’homme est un être de contingence. Mais la noblesse de son âme est le premier témoin de son ouverture conscientielle dans la transcendance.

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Pensée du 23 juin 11

« Ricœur discerne la rupture entre l’ontologie et la métaphysique dans le moment kantien. Le passage de la Critique de la raison pure à la Critique de la raison pratique atteste bien que la question de l’être renaît de la déconstruction kantienne de la métaphysique. Bien que la chose en soi reste le fondement du phénomène, la raison pratique est un essai de détermination de la notion d’être à partir de la liberté, c’est-à-dire une ontologie pratique. Une ontologie sans métaphysique devient possible. »

David-Le-Duc TIAHA, Paul Ricœur et le paradoxe de la chair. Brisure et suture. L’Harmattan, 2009.

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Pensée du 17 juin 11

CHEMINS CONTEMPLATION

Les premiers penseurs que l’on appelés « philosophes » étaient des amis de la sagesse, non d’une sagesse possédée mais d’une sagesse sans cesse désirée et recherchée. Ils étaient ainsi appelés parce qu’ils s’étonnaient, s’interrogeaient sur l’existence des choses. Ils ont entrepris de comprendre l’organisation du cosmos, ils se sont mis à contempler le juste et bel ordonnancement des choses divines par l’intelligence. Une étymologie possible de « theoria » ne viendrait-elle pas de theion orao (je vois le divin) ? La theoria est donc la vision du divin, et plus proprement, la contemplation du divin. Le divin fait toujours déjà corps avec ses attributs que sont le Beau, le Bien, la Vérité. C’est ainsi que la recherche de la sagesse était proprement désir du divin, effort de contemplation de la Vérité, celle qui recueille tous les êtres dans leur origine divine et les confirme dans leurs fins spirituelles. Cette Vérité dont aucun artiste ne doute qu’elle plonge dans l’expression la plus achevée de l’action qui élève les âmes pures. La contemplation est donc une activité et non une passivité, elle est une praxis spirituelle, une action communiante avec la source éternelle de tout bien. C’est à ce stade que l’artiste et le philosophe font route commune et se partagent les secrets auxquels le commun des mortels, inhibé par une civilisation de pureté matérielle n’entrevoit guère. La contemplation crédite artistes et philosophes d’une existence ascendante, une existence qui grandit à la fois dans sa fécondité à accoucher des esprits, mais aussi dans sa fidélité à l’accomplissement d’elle-même et dans une aptitude constante à ne pas se laisser dissoudre dans les vicissitudes quotidiennes. Les chemins de contemplation se tracent d’eux-mêmes, qui dans la forêt noire, qui dans l’univers exquis des artistes…

Pensée du 15 juin 11

« Le faire et l’agir diffèrent, car faire est un acte qui passe dans une matière extérieure…, alors qu’agir est un acte qui demeure dans l’agent lui-même. »

Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, I-II, q. 57, a. 4.

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GRILLE DE LECTURE

A la suite d’Aristote, Saint Thomas d’Aquin distingue le faire de l’agir. Le faire se rapporte à une activité productrice de l’homme tandis que l’agir est relatif à une activité d’ordre moral, une opération immanente à l’agent. L’activité productrice de l’homme est ordonnée à une réalisation matérielle précise dont les résultats s’offrent concrètement à l’appréciation objective. La botanique, la culture de la tomate et des épinards, sont des activités ayant un but matériel. Or, l’agir est une opération purement intentionnelle. Le principe déterminant et la fin de l’agir sont intérieurs. Sans résultat matériel, l’agir a une finalité qualitative et morale souvent intérieure à l’agent.

A titre d’exemple, la connaissance et l’amour (l’amitié) ne relèvent pas du faire humain. Dans l’acte de connaissance intellectuelle, le bien acquis est proprement intérieur. En matière d’amour, on tend également vers un bien (-aimé) qu’on ne possède pas mais qui nous attire intérieurement et nous perfectionne. Marie-Dominique Philippe écrivait que « Dans ses actes d’intention et d’amour, l’homme est en présence d’un certain absolu vers lequel il tend et qui est capable de polariser toutes ses énergies et tous ses désirs ; (cependant) l’œuvre qui est le fruit de son activité ne peut être un tel absolu… elle ne peut être pour lui qu’une fin-résultat. » L’amitié par exemple produit un attrait irrésistible de nature spirituelle, elle perfectionne l’homme sans produire a priori des résultats mesurables à l’extérieur.

La distinction entre le « faire » extérieur et l’« agir » intérieur porte sur la cause formelle mais également sur la cause finale. Comme l’exprime Marie-Dominique Philippe, tout ce qui relève de l’intention morale (l’amitié, le connaître) est finalisé par un bien connu et aimé ; celui-ci s’impose toujours à l’homme comme un au-delà capable de l’achever, une réalité qui la dépasse et la perfectionne. Pour celui qu’il finalise, ce bien n’est jamais un résultat matériel, car il ne provient pas de son activité productrice. L’œuvre, par contre, achève l’activité fabricatrice sans achever l’agent. Elle est le résultat du faire de l’homme, elle dépend de lui. Or, une activité qui fait communier à un bien intime ne passe pas dans une matière extérieure.

Par ailleurs, la sorte de perfection humaine liée à l’activité productrice concerne l’accroissement de ses capacités et de son bien-être social. Sur cet aspect, le faire et l’agir semblent se rapprocher en visant le progrès de l’homme. Le premier est tourné vers la transformation extérieure, le deuxième vers le perfectionnement intérieur. Une activité morale n’est pas plus (ou moins) humanisante que l’activité fabricatrice. Cette dernière, qui est ordonnée à la réalisation d’une œuvre utilitaire, est tout aussi importante d’un point de vue social dans la mesure où elle est contrôlable et mesurable dans ses effets.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 13 juin 11

« La métaphysique est la science qui contient les premiers fondements de ce qui est saisi par la connaissance humaine. »

Martin Heidegger, Kant et le problème de la métaphysique, Paris, Gallimard, 1953.

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GRILLE DE LECTURE

Nous conviendrons que l’histoire du concept scolaire de métaphysique a connu trois principales modulations épistémologiques. Chez Aristote (dans l’œuvre des Aristotéliciens), il était d’abord une simple dénomination classificatrice devant aider à désigner l’ensemble des traités d’Aristote faisant matériellement suite à ceux du groupe de la physique, aux côtés de la logique et de l’éthique. La métaphysique est comprise dans un deuxième temps comme ontologie, comme la connaissance fondamentale de l’étant comme tel en sa totalité. Sa détermination traditionnelle comme ontologie s’étendra jusqu’à la scolastique et alimentera les trois ruptures épistémologiques modernes de ce concept.

Ces modulations du concept tiennent à trois distinctions essentielles. La première consiste dans la distinction faite entre la métaphysique traditionnelle et la métaphysique spéciale qui s’occupe des trois composantes de la totalité de l’étant que sont Dieu, le monde et l’homme. La deuxième rupture est celle du dépassement de l’identification traditionnelle de l’ontologie à la métaphysique. Troisièmement, faire de la métaphysique, c’est réfléchir à ce qui fonde la métaphysique de l’être : c’est la métaphysique de la réalité humaine. Il n’est donc pas étonnant que Kant définisse la métaphysique comme la science qui étudie ce qui rend possible la connaissance humaine. Cette dernière modulation semble être le point d’arrivée de Kant et le point de départ de Heidegger.

La définition de la métaphysique que nous propose ici Heidegger n’est pas la sienne propre. C’est une reprise par Kant d’une formule de Baumgarten, formule qui rend compte de l’horizon dans lequel Kant voulait situer la métaphysique. En fait, pour Heidegger, la métaphysique kantienne prend la forme de l’instauration du fondement de la métaphysique. Elle demeure dans la ligne de la métaphysique traditionnelle tout en se démarquant d’elle. Selon Kant, la métaphysique a pour objet l’étant en général, l’étant suprême. Cependant, il faut encore  entreprendre de refonder, après Hume, la métaphysique sur des bases solides. La « reine des sciences » passe donc pour la science de la raison pure, indépendante de l’expérience contingente car son mode de connaissance est parfaitement rigoureux et absolument contraignant.

Pour ce travail philosophique de refondation scientifique, Kant déplace le centre de gravité de la métaphysique traditionnelle vers la métaphysique spéciale en accordant un intérêt particulier à l’homme. La réflexion sur l’étant suprême implique l’étude des premiers fondements (et des limites) de ce qui est connaissable par l’homme. Le déplacement d’accent s’explique d’abord par le fait que l’homme devient le centre de tout élan de connaissance, ensuite parce que l’homme ne peut connaître que ce qui se manifeste sous ses sens, et enfin parce que la science n’est possible que dans la sphère phénoménale. Le problème de l’être et celui de l’homme deviennent si étroitement liés que la métaphysique de Kant se présente désormais comme celle qui pense le fondement d’une métaphysique conforme à la nature de l’homme.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 07 juin 11

« D’une part, la physique de Galilée et de Descartes mettra fin à la métaphysique, au sens de philosophie des formes substantielles. D’autre part, la critique kantienne marquera un arrêt de la métaphysique au sens de l’onto-théologie. L’Esthétique transcendantale et la Logique transcendantale de la Critique de la raison pure, sur la base de la spontanéité de l’entendement toujours tournée vers la réceptivité de la sensibilité par l’opérativité liante de l’imagination transcendantale, rendent impossible la connaissance des êtres non sensibles. Toute connaissance des êtres non sensibles échappant à la détermination de l’espace et du temps, s’enlise dans l’illusion transcendantale. »

David-Le-Duc TIAHA, Paul Ricœur et le paradoxe de la chair. Brisure et suture. L’Harmattan, 2009.

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Pensée du 27 mai 11

« Dévoiler quelle est la constitution de l’être de la réalité-humaine, c’est cela l’Ontologie. »

Martin Heidegger, Kant et le problème de la métaphysique

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GRILLE DE LECTURE

Emmanuel Kant a sonné le glas de la métaphysique traditionnelle qui s’identifiait presque parfaitement à l’ontologie de l’être comme substance. Avant la Critique de la raison pure, l’ontologie, c’est-à-dire l’étude de l’être en tant qu’être était encore la métaphysique. Avec Kant, la question fondamentale de la métaphysique étant devenue « qu’est-ce que l’homme ? », on parlerait plutôt d’une métaphysique de la réalité-humaine. Si la métaphysique de la réalité-humaine devient chez Kant la fondation de la métaphysique, c’est bien l’ontologie fondamentale qui est à la base de la métaphysique de la réalité-humaine. Qu’est-ce alors que l’ontologie fondamentale ? Si la logique fonctionne ici, on répondrait que l’ontologie fondamentale est la fondation de la fondation de la métaphysique. Autant dire que l’ontologie est un double fondement.

Heidegger définit l’ontologie kantienne comme le dévoilement de la constitution de l’être de la réalité-humaine. L’œuvre de fondation de la métaphysique, affirme Heidegger, doit obéir à une direction unique qui doit être donnée par la question fondamentale de l’œuvre de la fondation, c’est-à-dire l’ontologie. Cette question fondamentale se décline ontologiquement : c’est le problème de la possibilité interne de l’intelligence de l’être. La constitution de l’être renvoie effectivement à la structure interne de ce lieu philosophique inexpugnable qu’est l’être. Inutile de préciser qu’il s’agit désormais de l’être de la réalité-humaine.  Une relation de dépendance s’est instaurée entre la métaphysique de la réalité-humaine et l’ontologie fondamentale. Celle-ci fonde celle-là, mais celle-là est chargée d’assurer le dévoilement de la constitution interne de l’être de la réalité-humaine.

En quoi la manifestation de cette constitution intérieure peut-elle être dite fondamentale (ontologie fondamentale) ? Non seulement parce que c’est dans cette constitution que la possibilité de la métaphysique trouve sa base, mais aussi parce que l’ontologie fondamentale est le premier degré de la métaphysique de la réalité humaine. Mais la vraie raison est celle qui va s’énoncer : pour que la constitution de l’être de chaque existant soit accessible, la compréhension de l’être doit prendre le caractère d’un pro-jet (Entwurt). Ce que montre l’ontologie fondamentale est que le comprendre (Verstehen) n’est pas seulement un mode particulier de connaissance, mais l’accomplissement même du pro-jet. L’ontologie est fondamentale parce qu’elle présente le comprendre comme un mode d’être de l’être existant qui consiste à projeter la réalité-humaine dont la marque essentielle est la finitude. L’ontologie fondamentale intelligibilise l’être de l’homme comme un pro-jet fini.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 25 mai 11

« La science et l’art viennent aux hommes par l’intermédiaire de l’expérience. »

Aristote, Métaphysique, A, 1, 981 a 3.

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GRILLE DE LECTURE

L’expérience est-elle un préalable à toute connaissance ? A quoi doit-elle son caractère primordial et fondamental dans les domaines de la science et de l’art ? La première question nous situe à notre insu en plein chantier de philosophie kantienne de la connaissance. Là on répondra que toute connaissance scientifique positive repose sur l’expérience sensible. L’expérience est le laboratoire des représentations d’objets qui conduisent à une connaissance conceptuelle. Quant à la deuxième question, il paraît mieux indiqué d’y répondre dans le cadre de la métaphysique réaliste d’Aristote, même si celle-ci est déjà une anticipation de Kant. La science et l’art relèvent de l’expérience, dit Aristote. Il n’y a pas de science ni d’inspiration artistique sans expérience. Ces deux activités procèdent du contact immédiat avec la réalité sensible ou physique. L’artiste et l’homme de science dépendent de leur milieu de vie d’où leur vient l’inspiration. La pénétration du vrai et le jugement du goût naissent aussi au contact de l’expérience de la vie. On peut encore se demander si l’art comme la science ne sont pas deux œuvres de l’esprit et deux sortes d’expérience pratique qui culminent dans l’expérience mystique. Ne peut-on pas dire à bon droit que ce sont là deux activités expérientielles qui s’achèvent dans une expérience supérieure de l’esprit ?

Concentrons notre regard sur l’expérience artistique. L’art a pour point de départ l’expérience et pour point de  chute la contemplation du vrai. L’expérience est génétiquement la matrice de l’art, ainsi l’art est une forme particulière d’expérience. On la présenterait volontiers comme l’expérience sensible par excellence en raison du fait que l’émotion esthétique est suscitée par les sensations que nous éprouvons en présence d’une œuvre d’art, d’un beau paysage… L’art relève encore de l’expérience sensible parce que l’expérience artistique est source de plaisir et de jouissance. Toutefois, le propre de l’objet d’art est d’inviter à une élévation d’âme vers la source intemporelle de toute beauté. Dès lors, on peut pressentir qu’une autre forme d’expérience porte l’art de l’expérience sensible vers l’expérience mystique : c’est l’expérience métaphysique. L’étonnement devant les figures de beauté que recèle la nature est un acte métaphysique. Cet acte philosophique consiste à interroger à la fois l’objet touché et à questionner son origine. Dans la science comme dans l’art plusieurs types d’expérience se mêlent pour élever l’activité humaine à la dimension d’une expérience naturelle appelée à transcender le réel.

Emmanuel AVONYO, op