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Pensée du 13 mai 18

« Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l’avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours ; ou nous rappelons le passé, pour l’arrêter comme trop prompt : si imprudents, que nous errons dans les temps qui ne sont pas nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient ; et si vains, que nous songeons à ceux qui ne sont plus rien, et échappons sans réflexion au seul qui subsiste. C’est que le présent, d’ordinaire, nous blesse. Nous le cachons à notre vue, parce qu’il nous afflige ; et s’il nous est agréable, nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l’avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance, pour un temps où nous n’avons aucune assurance d’arriver. Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et à l’avenir. Nous ne pensons presque point au présent ; et, si nous y pensons, ce n’est que pour en prendre la lumière pour disposer de l’avenir. Le présent n’est jamais notre fin : le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais. »

Pascal, Pensées, Lafuma 47 (1670)

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Dignité et abstraction

« Dignité et abstraction »

Pr Jean Gobert TANOH

(Texte présenté au cours du Colloque sur les politiques de dignité, 31 mai au 04 juin 2016 à l’université de Cocody)

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Mesdames et Messieurs, Honorables participants,

Chers invités, Chers collègues, Chers étudiants,

Nul ne saurait contester la nécessité capitale de la préservation de sa dignité ! En revanche, malheureusement, ce que nous voulons pour nous-mêmes, nous ne sommes pas prêts, et parfois avec un sens cynique, à l’accorder aux autres. La dignité, si elle devient question, sujet de réflexion commune, c’est donc moins pour nous-mêmes que pour tous les autres. C’est dans la relation avec l‘autre, avec tout ce qui n’est pas nôtre, autrement dit, avec tout ce qui nous ne nous intéresse pas qu’il faut chercher pourquoi il est aujourd’hui important de réfléchir sur la dignité. Si l’autre ou tout ce qui nous est étranger avait le respect et la noblesse dus, jamais il ne nous serait venu à l’idée de nous rassembler ici dans le cadre d’un colloque.

En intitulant notre intervention Dignité et Abstraction, nous voulions, au-delà de tout discours formaliste, toucher le point déterminant, parce que fondamental, à partir duquel la dignité conviale et sociale peut être effective. Nul ne se serait capable d’objectiver et de vivre la dignité partagée en société et en politique, s’il ne parvient, dans une appropriation substantielle de soi, à vivre l’expérience d’être et de l’être, qui fait que bien qu’ayant parfois un sens confus de la dignité, il ne peut s’empêcher de la défendre au prix même de sa vie. En réalisant mon être singulier, je comprends en même temps l’interdépendance dans laquelle je suis. J’interagis avec le monde et avec le monde des autres. C’est en un certain sens l’être-au-monde heideggérien : l’être-là en relation avec soi, avec les autres et avec le monde des choses. Comment donc faire être la dignité dans un monde d’interaction, de connexion et d’interdépendance où l’obstacle majeur est l’ego, élevé souvent au rang de référence absolue ? c’est la question, à la fois, essentielle et directrice de cette réflexion !

Pour y parvenir, nulle voie n’est aussi primordiale que celle-ci : l’Abstraction. Pourquoi l’abstraction ? Le concept n’est-il pas en lui-même repoussant ou répulsif ? Que de fois n’avons-nous pas vu le dédain ou le sourire du coin à l’idée de l’idée abstraite ? Et pourtant, aussi paradoxal que cela puisse paraître, tout savoir repose sur l’abstraction. Cela est d’autant plus vrai que les objets de la technologie, qui peuplent aujourd’hui notre existence, n’auraient pu être s’ils n’étaient portés quelque part par des formules abstraites de mathématiques et de physique.

Alors qu’est que l’abstraction ? Dans l’imaginaire populaire, et souvent chez certains sachants (ce qui est déconcertant), l’abstraction est vacance de la réalité massive, et donc absolument inutile. L’anecdote, bien connue, de la servante de Thrace se moquant de Thalès tombé dans un puit, illustre parfaitement cette caricature de l’abstraction. Or, il suffit de prendre un seul instant de méditation pour s’apercevoir que la noblesse de notre humanité repose dans l’exigeante et nécessaire tache d’abstraction, qui consiste à soumettre au polissage de l’esprit la primitivité de notre être. Le passage de notre état primitif (au sens premier du terme) à la civilité humaine se fait par l’inesquivable biais de l’abstraction, pour laquelle, il apparait, clairement, que d’un point de vue biologique et physiologique, nous disposons d’une chose comme le cerveau.

Il y a donc un lien certes symbolique, mais réel entre le cerveau et l’humanité s’accomplissant dans l’abstraction.

Philosophiquement ou conceptuellement, disons qu’il s’agit de la conscience. Pourquoi, sommes-nous des êtres conscients, sachant distinguer les choses les unes avec les autres ? Sans doute, pour ne pas les confondre, en nous installant dans la confusion ; mais tant que la conscience sera simplement une conscience immédiate, celle d’une simple distinction, elle ne sera pas encore elle-même, en tant qu’elle est en nous afin d’accomplir, dans la profondeur de sa vérité, notre humanité. En effet, une conscience, pleinement conforme à sa vérité est celle qui se tient dans l’abstraction. Autrement dit, la raison qui explique et justifie l’être conscient de l’homme, est incontestablement le nécessaire effort d’abstraction. Abstraire signifie isoler la réalité singulière ou particulière afin de l’installer dans la substantialité, à partir de laquelle une harmonie des singularités ou des particularités devient pensable, et historiquement vivable, parce que viable.

Nous connaissons dans l’histoire de la philosophie, l’idée, devenue presque proverbiale, parce que célèbre de Platon, selon laquelle « nul n’entre dans son académie s’il n’est géomètre ». En cette idée, il ne faudrait pas voir seulement la rigueur du raisonnement philosophique exigée, mais aussi, et surtout, la nécessaire tache d’abstraction, pour laquelle la géométrie demeure l’excellente mesure, et sans laquelle, de toute évidence, aucun raisonnement rigoureux ne peut être consistant.

La géométrie est le lieu même de l’abstraction. En s’y référant, et même en s’y exerçant, l’homme éduque son âme à la vérité de son essence, celle d’élever les objets à la pensée de l’idée, par laquelle seulement peut s’établir entre lui et le monde l’ensemble des valeurs possibilisant l’existence.

Si l’idée ou le concept (en un sens moderne) peut être considéré comme pure abstraction, loin des réalités, dites immédiates, et par conséquent, peu nécessaire à aider l’homme à se construire dignement, dans ses aspirations les plus essentielles, c’est sans doute parce que l’œil de trop fait défaut, selon le terme bien connu de Hegel. La lumière intérieure de l’âme ou de la conscience n’est pas suffisamment allumée. Platon, dans le livre de la République donne une image assez saisissante de cette lumière intérieure que l’on ne saurait tenir éteinte ; faute de quoi notre forme humaine ne sera que le désordre constant de notre naturalité ou de notre primitivité.

De quoi s’agit-il ? En effet, Platon nous dit que tous les sens, seul l’œil a besoin d’un genre intermédiaire. Si les autres sens peuvent s’exercer directement, il en est autrement en ce qui concerne l’œil, qui a besoin de la lumière pour s’exercer, en tant qu’organe de la vision. La vision exige, pour ainsi dire, de la visibilité. Or tel n’est pas nécessairement le cas de toucher, du gout et de l’écoute qui peuvent même s’exercer dans la nuit la plus noire.

Ainsi, tout comme l’œil du corps a besoin de la lumière, l’œil de l’âme en exige, au-delà d’un simple besoin. Car c’est de la lumière intérieure, pour autant qu’elle ne se donne pas a priori comme le soleil astral qui éclaire nos jours, mais exige de l’homme un constant et permanent effort d’accession, dans la mesure ou la subtilité de l’abstraction, pour laquelle cette lumière est donnée, n’est possible que dans un éclairage substantiel. La particularité de la lumière intérieure se trouve dans un aller-retour entre elle et l’abstraction. Plus l’effort à l’abstraction est déterminant, mieux elle éclaire pour rendre permanent cet effort où se construit sens et humanité du sens. N’est-ce pas cela même penser ? Sans doute ! Pascal dira, à juste titre, que la dignité de l’homme repose dans la pensée : c’est là tout son mérite. Notre mérite, qui donne à notre dignité tout son sens, c’est donc de penser, c’est-à-dire élever la conscience à la vérité de son contenu par l’exigeante tâche d’abstraction, pour que le rapport au particulier dans lequel nous avons, malheureusement, tendance à nous enfermer, soit ouverture à l’autre dans l’essentiel mouvement de l’universel. Notre incapacité à donner, parfois, aux valeurs fondamentales une dimension vivante procède de ce qu’il y a une dissonance, absolument désagréable entre les parchemins, souvent impressionnants, et la conviction que ceux-ci portent en eux le signe lumineux du dialogue constructif de soi et du monde.

La pure abstraction est vie, contrairement à ce qu’on pourrait penser, car elle nous éloigne des encombrements étouffants d’un égo surdimensionné pour laisser venir à nous, ce qui, libre de soi, rend conviale la relation à l’autre, en ne le considérant pas comme un potentiel danger. Cette pure abstraction, libre de soi, est, à notre sens, ce que donne à voir la figure de Socrate. HEIDEGGER ne le considère pas moins comme le « pure penseur de l’occident », pour autant que sa conscience, parvenue à la substantialité des choses, n’a été que vie transfigurée, désencombrée de l’immédiateté de la naturalité. Socrate demeure, pour ainsi dire, la référence absolue, du point de vue de l’idée ou du concept, de ce que peut accomplir l’humain dans l’exigence de la dignité.

Tous les platoniciens savent que la justice dans la cité ne peut être effective que lorsqu’elle est enracinée dans la justice intérieure. C’est d’autant plus vrai que l’extérieur n’est que la conséquence de l’intérieur. Une parole de Christ dit que « tout arbre se reconnait par ses fruits. » Comment donc soigner l’intérieur si on n’élève pas la conscience au pur principe de soi, dans et par l’abstraction ? Le savoir transfigure celui qui sait. Le savoir conceptuel ne peut donc être imprécis, parce que abstrait, comme l’a contrairement pensé Bergson, mais sans doute inopérant, parce que dénué de la vitalité nécessaire que seule peut donner l’expérience de la vie intérieure. Et sur ce point, Bergson a parfaitement raison, le savoir est une mystique vivante qui doit vitaliser la conscience sachante.

Le professeur Sery Bailly, du département d’Anglais de l’Université d’Abidjan-Cocody qui nous accueille, a dit que « un authentique intellectuel ne saurait prendre des armes ». Nous ne savons pas à quelle occasion le professeur a prononcé cette parole ; mais nous l’avons lue, sous la plume d’Alex Kipré, dans un numéro, relativement récent de Fraternité -matin, quotidien ivoirien pro-gouvernemental. Belle formule à méditer, si tant est que l’arme ici n’est pas seulement l’engin tueur, mais toutes les formes subtiles ou manifestes de destruction de vie et de dignité, dans lesquelles, malheureusement, des sachants, d’une manière ou d’autre, peuvent se mêler.

Que cet exercice, auquel nous participions, ne soit pas alors simplement intellectuel, mais soit un élan essentiel d’appartenance radicale à soi, dans une mystique déterminante, ou l’humanité acquiert la plénitude de son rayonnement ! Mystique, au sens où l’entend André Comte-Sponville, c’est-à-dire la mise entre parenthèses du temps, du manque, de la parole et de la dualité ; lorsqu’on est pleinement dans le présent, on est contemporain de l’Eternité, seul lieu ou on peut fleurir la dignité humaine dans un bonheur social et politique partagé !

Nous vous remercions !

Pr Jean Gobert TANOH

Département de philosophie

Université de Bouaké

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Pensée du 20 décembre 17

« Tout comme l’œil du corps a besoin de la lumière, l’œil de l’âme en exige, au-delà d’un simple besoin. Car c’est de la lumière intérieure, pour autant qu’elle ne se donne pas a priori comme le soleil astral qui éclaire nos jours, mais exige de l’homme un constant et permanent effort d’accession, dans la mesure ou la subtilité de l’abstraction, pour laquelle cette lumière est donnée, n’est possible que dans un éclairage substantiel. La particularité de la lumière intérieure se trouve dans un aller-retour entre elle et l’abstraction. Plus l’effort à l’abstraction est déterminant, mieux elle éclaire pour rendre permanent cet effort où se construit sens et humanité du sens. N’est-ce pas cela même penser ? »

Pr Jean Gobert TANOH, « Dignité et abstraction », Colloque sur les politiques de la dignité, 31 mai au 04 juin 2016 – Université de Cocody – Abidjan (Côte d’Ivoire).

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Texte intégral

 

Pensée du 18 décembre 11

« Voici donc le philosophe en proie aux symboles, instruit par la phénoménologie de la religion et par l’exégèse. Que peut-il faire à partir de là ? Une chose essentielle, dont il est responsable dans l’autonomie de sa pensée : se servir du symbole comme d’un détecteur de réalité, et, ainsi guidé par une mythique, élaborer une empirique des passions qui trouve son centre de référence et de gravité dans les grands symboles du mal humain. Le philosophe n’a donc pas à faire une interprétation allégorisante du symbole, mais à déchiffrer l’homme à partir des symboles de chaos, de mélange et de chute. C’est ce qu’a fait par exemple Kant dans l’Essai sur le Mal radical, où le mythe de la chute lui sert de révélateur des passions et des maux et d’instrument de radicalisation de la conscience de soi. Il n’allégorise pas, mais il forme, en philosophe, l’idée d’une maxime mauvaise de toutes les maximes mauvaises qui consisterait dans la subversion, une fois pour toutes, de la hiérarchie entre la raison et la sensibilité. Je ne veux pas dire que Kant ait épuisé par là les possibilités de penser à partir du mythe ; je donne sa tentative comme le modèle méthodologique d’une réflexion aiguillonnée par le mythe et proprement responsable d’elle-même. Sans le ravitaillement en sous-main de la pensée par le mythe, le thème réflexif s’effondre et pourtant il ne s’insère dans la philosophie que comme idée, – même si cette idée est « inscrutable », comme le dit Kant. »

Paul Ricoeur, Philosophie de la volonté, II, 2, Aubier.

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Pensée du 17 décembre 11

« Entre M. Bergson et nous‑même, c’est donc toujours la même différence de méthode ; il prend le temps plein d’événements au niveau même de la conscience des événements, puis il efface peu à peu les événements, ou la conscience des événements; il atteindrait alors, croit‑il, le temps sans événements, ou la conscience de la durée pure. Au contraire, nous ne savons sentir le temps qu’en multipliant les instants conscients (…). La conscience du temps est toujours pour nous une conscience de l’utilisation des instants, elle est toujours active, jamais passive, bref la conscience de notre durée est la conscience d’un progrès de notre être intime, que ce progrès soit d’ailleurs effectif ou mimé ou encore simplement rêvé. »

Gaston Bachelard, L’intuition de l’instant, 1932, Éd. Gonthier, coll. Médiations, p. 34.

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Pensée du 15 décembre 11

« L’esprit pensant est ce qui crée les problèmes. L’esprit agissant vaque à sa tâche; l’esprit pensant arrive et s’interpose. Il l’interrompt, disant : « fais-tu bien comme il faut ? Cela ne pourrait-il pas être mieux fait ? Et que va-t-il se passer si tu échoues ? Tu vas perdre ton job ». Et toute cette ingérence de l’esprit pensant gène l’esprit agissant, qui ne peut bien évidemment pas fonctionner avec efficience. Lorsque vient cette conviction que je ne peux avoir aucune emprise sur les résultats, que je ne peux que me livrer à ma tâche, l’esprit pensant est progressivement évincé ; l’esprit agissant règne alors seul à bord et fonctionne magnifiquement sans être interrompu par l’esprit pensant. Et l’esprit agissant, à la fin de la journée est surpris de la rapidité à laquelle le travail a été accompli, sans tension, simplement parce qu’il n’a pas été interrompu par l’esprit pensant. »

Ramesh S. Balsekar, L’Appel de l’Etre, Editions du Relié, p. 159.

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Pensée du 11 décembre 11

« Le commencement et la fin, l’origine et l’issue, franchissent le temps. L’existence humaine n’est dans le temps qu’à la suite d’une chute, et elle doit sortir du temps; elle appartient au temps seulement par le milieu de son cours. En cette région moyenne elle est sujette au mal du temps, mal mortel. C’est pour cela que le temps engendre la nostalgie et la tristesse du passé, la nostalgie et la tristesse de l’avenir. La crainte de l’avenir se prolonge dans la crainte de la mort, laquelle se prolonge en crainte de l’enfer. Mais c’est toujours une crainte provoquée par l’élément temporel de notre destinée, par l’absence de fin dans le temps, c’est-à-dire par la crainte d’une objectivation sans issue, sans fin. »

Nicolas Berdiaef, Cinq méditations sur l’existence.

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Pensée du 10 décembre 11

« C’est par le travail que l’animal devint humain. Le travail avant tout fut le fondement de la connaissance et de la raison. La fabrication des outils ou des armes fut le point de départ de ces premiers raisonnements qui humanisèrent l’animal que nous étions. L’homme, façonnant la matière, sut l’adapter à la fin qu’il lui assignait. Mais cette opération ne changea pas seulement la pierre […] L’homme se changea lui-même : c’est évidemment le travail qui de lui fit l’être humain, l’animal raisonnable que nous sommes. »

Georges Bataille, Lascaux ou la naissance de l’Art.

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Pensée du 09 décembre 11

« La langue est une forme et non une substance.»

Ferdinand De SAUSSURE, Cours de linguistique générale (1916).

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GRILLE DE LECTURE

Le langage courant emploie à tort « langue » et « langage » comme des synonymes. La langue est un ensemble de signes verbaux propres à une communauté d’individus qui l’utilisent pour s’exprimer et communiquer entre eux (ex. la langue allemande, le Swahili, le Wolof…) tandis que le langage est la faculté propre à l’homme d’exprimer et de communiquer sa pensée au moyen d’un système de signes vocaux ou graphiques (le langage humain). Le langage se distingue encore de la langue en ceci qu’il est un système structuré de signes non verbaux remplissant une fonction de communication précise (ex. le langage gestuel, le langage de la raison…) La faculté précède la structure verbale. Il faut encore ajouter que la langue a fait l’objet d’une longue étude historique. La philologie s’intéresse à l’origine des langues et aux lois qui gouvernent le passage d’un état de langue à une autre. Pour offrir une étude scientifique diachronique de la langue (dia = à travers, chronos = temps), elle s’appuie sur la linguistique qui s’occupe de l’étude scientifique de l’évolution de la langue à travers le temps. Ferdinand de SAUSSURE est celui qui a révolutionné la linguistique. Il ne cherche plus à connaître l’origine de la langue mais son fonctionnement.

Certes, l’histoire de la linguistique a souvent considéré la langue comme une structure de pensée existant indépendamment de toute mise en forme linguistique. On pensait que la langue est un noyau stable qui sous-tend l’expression verbale circonstancielle, une substance sur laquelle le sens se greffe. SAUSSURE vient rappeler que le sens d’une expression verbale n’existe pas de façon détachée, car la langue n’a pas de fonction substantielle mais de communication. La langue n’est pas la matière (la substance) dont quelque chose est formé mais elle est une forme, c’est-à-dire un système de signes, dont on fait usage pour communiquer. Un signe linguistique ou langagier est un élément composite. Il est un mot, un geste ou une image qui se donne à saisir comme un phénomène bifacial : il conjoint un signifiant et un signifié. Il n’y a de communication que dans l’articulation d’un signifiant, élément d’ordre matériel (image acoustique, suite de sons ou de gestes) relevant de l’expression, et d’un signifié, la représentation mentale, l’idée, le concept d’une chose désigné par le signifiant. Le signifié (animal domestique qui miaule) est le contenu de ce que désigne le signifiant (CHAT). La langue est une forme à double étages : c’est un système de signes (le rapport du signe au signe) ; et chaque signe est aussi un ensemble d’éléments matériel et formel (le rapport du signifiant au signifié). Elle est un système plutôt qu’une substance, qu’un noyau fermé.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 08 décembre 11

« Il n’y a que la paresse qui soit durable, l’acte est instantané. Comment ne pas dire alors que réciproquement l’instantané est acte ? Qu’on se rende donc compte que l’expérience immédiate du temps, ce n’est pas l’expérience si fugace, si difficile, si savante, de la durée, mais bien l’expérience nonchalante de l’instant, saisi toujours comme immobile. Tout ce qui est simple, tout ce qui est fort en nous, tout ce qui est durable même, est le don d’un instant. On se souvient d’avoir été, on ne se souvient pas d’avoir duré (…). La mémoire, gardienne du temps, ne garde que l’instant… »

Gaston Bachelard, L’intuition de l’instant, 1932, Éd. Gonthier, coll. Médiations, pp 22‑23.

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