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Paul Ricoeur et la primauté du monde du texte

Fr Emmanuel AVONYO, op

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I.                   LE PROBLEME DU MONDE DU TEXTE

L’interprétation textuelle en tant que discipline scientifique a connu un développement remarquable grâce à l’œuvre de Paul Ricœur. Confronté dès les années 1960 au problème de l’exégèse biblique de la symbolique du mal, le philosophe français s’est mis à la recherche d’une méthodologie herméneutique originale. Il éprouva d’abord une fascination pour le devenir-texte du discours et prit le texte comme le point de départ de l’action humaine en tant qu’acte d’habiter le monde. Ayant ensuite mis au jour la relation d’inclusion mutuelle entre la méthodologie philosophique de l’interprétation et l’herméneutique biblique, il tira une double conclusion : d’un côté, l’interprétation des Ecritures apparaît comme une application régionale ou contextuelle de la théorie générale de l’interprétation propre à l’herméneutique philosophique et, de l’autre, l’interprétation biblique se subordonne l’herméneutique philosophique comme un organon.[1]

Que l’on considère l’herméneutique biblique comme une province de l’herméneutique textuelle ou que l’on établisse l’herméneutique générale simplement comme un organon pour l’interprétation des textes, le texte semble s’affirmer comme le centre de toute entreprise herméneutique. Dans cette perspective, Paul Ricœur présente le « monde du texte » comme « le centre de gravité de la question herméneutique »[2]. Dans la présente étude, nous voudrions introduire une réflexion d’ambition très modeste sur la notion de « monde du texte » qui apparaît comme la lame de fond de la philosophie herméneutique de Paul Ricœur. De façon particulière, notre propos s’intéresse à la place du concept de « monde du texte » dans la constitution du soi dans l’œuvre de Paul Ricœur. La question qui nous met en mouvement s’énonce donc ainsi : quelle est la médiation exercée par le concept de « monde du texte » dans la compréhension du soi qui vient à la lecture ? Nous parviendrons à la réponse que la trajectoire de sens tracée par la flèche du « monde du texte » s’achève dans la refiguration créatrice du monde du lecteur et dans la métamorphose de sa subjectivité.

II.   LA NOTION DE MONDE DU TEXTE

III. LA FONCTION DE DISTANCIATION ET L’APPROPRIATION

IV. CONCLUSION

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[1] Paul Ricœur, L’herméneutique biblique, coll. « La nuit surveillée », Paris, Editions du Cerf, 2001, p. 37.

[2] Paul Ricœur, « La fonction de distanciation », in Du texte à l’action. Essai d’herméneutiqueII, Paris, Cerf, 1986, p. 102.

Pensée du 01 décembre 11

« La conception de la logique comme théorie de la science, comme discipline théorique autonome, va de pair avec son idéalité normative. Son objectif est de déterminer ce qui appartient en propre à la science vraie et valide, c’est-à-dire ce qui fait science dans le scientifique comme tel. Cet a priori de la science devient la norme pour toute connaissance ayant quelque prétention à une validité universelle. »

Dominique Assalé Aka-Bwassi, L’idée d’une logique de l’expérience dans la phénoménologie de Husserl, L’Harmattan, Paris, 2009, Quatrième partie, chap. 1.

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Pensée du 02 novembre 11

« La conscience de soi n’existe en et pour soi, que dans la mesure et par le fait qu’elle existe pour une autre conscience de soi. »

Friedrich HEGEL, Phénoménologie de l’Esprit

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GRILLE DE LECTURE

La version de la Phénoménologie de l’Esprit d’où la pensée du jour est tirée nous échappe. G. JARCYK et P. J. LABARRIERE adoptent cette traduction que nous trouvons illustrative : « L’autoconscience n’atteint sa satisfaction que dans une autre autoconscience. » En d’autres termes, « exister en et pour soi » pour une conscience de soi, c’est d’abord atteindre sa satisfaction. Mais cette condition dépend d’une autre. Car, ensuite, la conscience de soi n’atteint sa véritable satisfaction que dans une autre autoconscience, c’est-à-dire dans une autre conscience de soi satisfaite ou une autre conscience satisfaite de soi. Ce style a quelque chose de redondant, puisqu’on aurait pu se contenter de définir simplement la conscience de soi par la satisfaction de l’autre. En prenant un peu de liberté avec le texte hégélien, on irait jusqu’à dire qu’une conscience ne devient « conscience de soi » qu’en se déclinant en termes de satisfaction : satisfaction de l’autre en vue de sa propre satisfaction.

C’est en cela que la lecture de cette pensée nous saurait faire l’économie du problème philosophique de l’identité posé en termes de reconnaissance et d’estime de soi. Poser le problème de l’identité, c’est en effet faire signe vers la problématique de la reconnaissance. C’est à dire que la conscience de soi nous conduit à réfléchir au problème de la reconnaissance-identification. P. RICŒUR écrivait dans Parcours de la reconnaissance : « La reconnaissance est une structure du soi réfléchissant sur le mouvement qui emporte l’estime de soi vers la sollicitude et celle-ci vers la justice. La reconnaissance introduit la dyade et la pluralité dans la constitution de soi-même. » L’estime de soi est en effet une figure de la reconnaissance-identification. Dans l’estime de soi, il se joue une fine dialectique du soi-même et de l’autre que soi, qui fait que le soi n’est ce qu’il est que dans la mesure où il se transporte vers l’autre que soi dans l’amitié.

De la mutualité de l’amitié (et de la sollicitude) à l’égalité proportionnelle de la justice, le soi se retrouve dans la sphère de la pluralité, où il lui est demandé, à défaut d’être l’ami de tous, de pratiquer la justice ; cette justice, seule, est le gage de la survie de l’identité du soi. Cette forme de reconnaissance de l’autre permet l’identification de soi-même. Par ailleurs, on ne peut pas occulter la catégorie hégélienne selon laquelle tout parcours de la reconnaissance de l’autre en vue de l’identité personnelle apparaît au mieux comme un parcours de combattant. D’abord parce que la justice à instaurer en société est le fait d’une lutte contre les autres, les injustes et les dictateurs en l’occurrence ; puis dans la mesure où l’affirmation de soi s’accompagne presque toujours de la négation un brin partielle de l’autre. Rappelons-nous la dialectique du maître et de l’esclave (HEGEL). Une question ici rebondit : pour être reconnu pour ce qu’on est, doit-on nécessairement briser l’être de l’autre ? A qui confions-nous la charge de nous reconnaître si nul ne peut exister (trouver sa satisfaction) devant nous ?

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 01 novembre 11

« Husserl a cherché à reconstituer la relation séculaire entre être et pensée qui avait garanti à l’homme sa demeure dans le monde par le biais de la structure intentionnelle de la conscience. Puisque chaque acte de conscience possède en son essence un objet, je peux être certain d’au moins une chose ; que j’ai les objets de ma conscience. En écartant totalement la question de la réalité, la question de l’être peut tout simplement être mise de côté ; en tant qu’être conscient, j’ai tous les étants, et en tant que conscience je suis, dans mon mode humain, l’être du monde. L’arbre vu, l’arbre comme objet de ma conscience, n’a pas à être l’arbre réel, il est assurément l’objet réel de ma conscience ».

 

Hannah Arendt, Qu’est-ce que la philosophie de l’existence?, Rivage poche, p. 27-28.

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Pensée du 04 septembre 11

« Le génie cartésien est d’avoir porté à l’extrême cette intuition d’une pensée qui fait cercle avec soi en se posant et qui n’accueille plus en soi que l’effigie de son corps et l’effigie de l’autre (…) L’existence du monde qui prolonge celle de mon corps comme son horizon ne peut plus être suspendue sans une grave lésion du Cogito lui-même qui, en perdant l’existence du monde, perd celle de son corps et finalement son indice de première personne. »

PAUL RICOEUR, Philosophie de la volonté, I

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Pensée du 02 septembre 11

 « La vérité empirique de l’homme comme esclave s’ajoute à la vérité eidétique de l’homme comme libre, elle ne la supprime pas : je suis libre et cette liberté est indisponible. »

PAUL RICOEUR , Philosophie de la volonté, I

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Pensée du 21 août 11

« En effet, toujours, l’âme se tourne vers une lumière qu’elle ne voit pas encore, vers une lumière à naître, dans l’espoir d’être tirée de sa nuit présente, nuit d’attente, nuit qui ne peut se prolonger sans la livrer à tout ce qui l’entraîne en quelque sorte organiquement vers la dissolution.»

GABRIEL MARCEL, Homo Viator

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Pensée du 31 juillet 11

« Dans l’expérience naturelle de la perception, la conscience réflexive du sujet, la subjectivité, court le risque de s’oublier elle-même, lorsqu’elle se dépasse et tend à se confondre avec les aspects mêmes de la chose perçue. En ce sens, la conscience perceptive peut-être absorbée par la chose vécue. Cependant, l’oubli du corps et du sujet dans la phénoménologie de la perception ne peut pas être total. Il faut donc, en conséquence, faire une réflexion sur les modes non remarqués d’implication du corps dans la perception des choses. »

David-Le-Duc TIAHA, Paul Ricœur et le paradoxe de la chair. Brisure et suture. L’Harmattan, 2009.

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Pensée du 27 juillet 11

« Un roman, un poème, un tableau, un morceau de musique sont des individus… C’est en ce sens que le corps est comparable à l’œuvre d’art.»

Maurice MERLEAU-PONTY, Phénoménologie de la perception

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GRILLE DE LECTURE

Le corps signifie au-delà de lui-même, comme la vision donne à voir beaucoup plus que ce qu’elle voit, comme un roman, un poème, donnent à comprendre plus que les mots, comme la création picturale et la musique dit plus que ce qui est dit. Ainsi, ce style d’être-au-monde qu’est le corps, manifeste une sorte d’imbrication de la nature et de la culture, de l’immanence et de la transcendance. Il est l’horizon de sens par lequel le monde lui-même prend sens et s’exprime tout en étant exprimé.

Ce faisant, les rapports signe-sens, expression-exprimé, sont à réinterpréter, puisque, loin de manifester leur scission, ils témoignent par cette unité existentielle qu’est le corps de leur interdépendance. L’existence charnelle n’est pas d’ordre mécanique, ni non plus du seul ressort de l’organique. Elle est prégnance de sens, ouverture, conscience corporelle et gestes symboliques. En définitive, elle repose sur cette ambiguïté, qui est en même temps condition de richesse, qui fait que l’ordre humain ne vit que d’équivocité ou de plurivocité. Le corps, en tant que style d’être-au-monde, exprime ces sens possibles et ces glissements, porte en lui et hors de lui cette équivocité. Ma chaire est de ce fait une modulation stylistique de mon incarnation, ouverture d’une différence non close sur elle-même.

Dire que le corps est comparable à l’œuvre d’art, cela ne relève pas d’une simple analogie. L’on y voit la preuve tangible de l’origine de tout style, y compris artistique. Exister, humainement s’entend, n’a de sens et de valeur que stylistique. Et, si la comparaison est justement possible, c’est en raison de l’unité vivante et originale qu’est le corps. Dire qu’un roman, un poème, un tableau, un morceau de musique sont des individus, c’est dire que ce sont des êtres où l’on ne peut distinguer l’expression de l’exprimé, ce sont des êtres dont le sens n’est accessible que par un contact direct. Ils rayonnent leur signification sans quitter leur place temporelle.

 Mervy-Monsoleil AMADI, op

 

Pensée du 26 juillet 11

« Husserl procède par une double approximation à cette phénoménologie de l’incarnation du cogito et de l’appropriation du corps-sujet. Pour cette première approximation de l’incarnation du cogito, Husserl va emprunter, selon les mots de Ricœur, le rude chemin de la réduction transcendantale qui seul, peut d’abord dire ce que signifie ego et ensuite l’investir dans le monde. Le fondateur de la phénoménologie marque très bien une distinction entre l’ego pur et le sujet incarné. L’ego pur est issu de la réduction phénoménologique tandis que le sujet incarné est une réalité déjà constituée en ce monde. »

David-Le-Duc TIAHA, Paul Ricœur et le paradoxe de la chair. Brisure et suture. L’Harmattan, 2009.

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