Archive for the ‘CULTURE’ Category

Pensée du 12 octobre 11

« Dans l’art, la satisfaction est de l’ordre de la faveur. Tout se passe comme si quelque chose venait nous faire signe librement dans une jouissance gratuite. »

Augustin KOUADIO DIBI, « La question du beau », Cours d’esthétique UCAO-UUA 2009.

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GRILLE DE LECTURE

Le type de satisfaction propre au beau n’est pas une satisfaction pathologiquement conditionnée par des excitations, c’est une satisfaction sans intérêt. La satisfaction esthétique est de l’ordre de la faveur (Die Gunst). Selon Emmanuel Kant, le beau ne peut se contempler que par une faveur de la nature (Eine Gunst der Natur). Cette faveur désigne ce qui est une offre gratuite, ce qui est sans moi, avant et après moi. C’est librement et gratuitement que quelque chose vient nous faire signe et nous offrir la jouissance du beau, une jouissance non matérielle. Kant affirme que le beau procure une satisfaction désintéressée. Cette affirmation indique la nature du lien que l’homme entretient avec la chose belle. Certes, est beau pour quelqu’un ce qui lui plaît, ce qui fait plaisir. Mais ici, il s’agit d’un plaisir esthétique ne renvoyant à aucune consommation ni désir. L’intérêt compris dans l’art ne vise pas l’agréable, l’intérêt esthétique ne vise pas le désir même de l’objet. Le propos d’Angélus Silésius que cite Augustin KOUADIO DIBI trouve ici pleinement sa place : « La rose est sans pourquoi, elle fleurit pour fleurir. » La rose semble ne rien signifier en elle-même. Elle ne dépend d’aucun concept déterminé, elle n’est le produit d’aucun discours, elle vient d’une faveur de la nature, dans une donation sans fin.

Au vrai, la rose fleurit et réalise son essence seulement en s’offrant, en fleurissant là, dans l’effectivité, pour s’offrir à notre vue. La fleur que nous trouvons belle procure une satisfaction qui n’est liée à aucun intérêt. Kant parle pour cela d’une satisfaction libre et désintéressée. C’est en ce sens que la satisfaction que le beau procure au goût se distingue de l’agréable (Das Angenehme). L’agréable est ce qui plaît au sens dans la sensation. Déclarer agréable l’objet d’art, c’est déjà exprimer un intérêt empirique pour cet objet. Il ne s’agit pas là d’un simple jugement esthétique, mais d’une affection pathologique de mon état qui rend ma contemplation intéressée, et qui, par la même occasion, vient nier la faveur du beau, le clin d’œil que l’esprit fait à lui-même. Le beau est sans pourquoi, mais il n’est pas le signe de lui-même, il est le signe de l’esprit. Le beau refuse d’être phagocyté par le regard objectivant, parce qu’il héberge une grâce. La nature objective, sensible, semble conditionner le beau, mais il est déterminé par l’esprit. Face à l’objet d’art, il convient de laisser l’épanchement libre de la grâce du beau aller à son terme, de laisser l’esprit transfigurer le réel pour l’élever à son niveau. Dans l’art quelque chose fait un signe gratuit qui répugne à la jouissance, à la dépossession de sa faveur, à l’objectivation du regard, à la boulimie du désir. Quand l’esthétique et l’éthique se rencontrent…

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 11 octobre 11

« Dans la production sociale de leur existence, les hommes nouent des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté; ces rapports de production correspondent à un degré du développement de leurs forces productives matérielles. L’ensemble de ces rapports forme la structure économique de la société, la fondation réelle sur laquelle s’élève un édifice juridique et politique, et à quoi répondent des formes déterminées de conscience sociale. Le mode de production de la vie matérielle domine en général le développement de la vie sociale, politique et intellectuel. »

Karl Marx, Critique de l’économie politique, Gallimard, Pléiade, tome 1

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Pensée du 10 octobre 11

Nkrumah et les coups d’Etats

« Les coups d’Etat sont une forme de lutte tentant à la prise du pouvoir politique (…) tant que le continent africain n’achèvera pas son unification politique, il y a aura encore des coups d’Etat. Tous ces coups d’Etat sont les conséquences d’une même situation : il existe d’une part les puissances néo-colonialistes qui manœuvrent les Etats néo-colonialistes en donnant leur appui aux élites réactionnaires bourgeoise dans leur lutte pour le pouvoir ».

Nkrumah K., La lutte des classes en Afrique, tr. fr. Marie-Aïda Bah-Diop, Paris, Présence Africaine, 1972, p.57, p. 61.

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GRILLE DE LECTURE

C’est en 1970 que Nkrumah écrit Class struggle in Africa et déjà, en grand visionnaire, il avait pressenti les évènements qui agitent notre continent en 2011. Les coups d’Etat dont sont victimes nos gouvernements – en Côte d’Ivoire et en Libye – prouvent bien que Nkrumah avait raison : les puissances coloniales n’ont pas cessé de l’être et comme toujours, elles appuient les mouvements de la bourgeoisie africaine. Les rebelles sont ainsi transformés en « combattants républicains », en « Conseil National de Transition », etc. dans le seul but de continuer de dominer l’Afrique. Mais Nkrumah ne fait pas que diagnostiquer le problème : il propose une solution : l’unification politique de l’Afrique de sorte que les institutions de notre continent soient assez fortes pour résister aux assauts impérialistes de l’Occident. Qui oserait lui donner tort ?

Jean Eric BITANG

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Pensée du 09 octobre 11

« Nous appartenons à une totalité qui nous dépasse et, dès lors, nous devons résister à la tentation de nous regarder comme l’origine et la fin de toutes choses. Cette totalité est à la fois historique et naturelle. Nous sommes liés à une histoire que nous prolongeons en cherchant, chacun à son échelle et dans la mesure de ses possibilités, à y faire triompher les valeurs que nous jugeons les plus désirables. Nous sommes aussi liés à la nature qui nous a fait naître et dont dépend notre existence et toute vie, raison pour quoi nous devons la préserver et la regarder comme l’élément régulateur de notre action. »

Christophe Lamoure, Kalos, espace de philosophie

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Pensée du 08 octobre 11

« L’œuvre d’art, tout en ayant une existence sensible, n’a pas besoin d’avoir une réalité tangiblement concrète ni d’être effectivement vivante… Rien ne nous empêche de dire que, comparée à cette réalité, l’apparence de l’art est illusoire; mais l’on peut dire avec autant de raison que ce que nous appelons réalité est une illusion plus forte, une apparence plus trompeuse que l’apparence de l’art. »

F. Hegel, Esthétique.

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Pensée du 07 octobre 11

« La postérité pour le philosophe, c’est l’autre monde de l’homme religieux.»

Diderot, Encyclopédie

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GRILLE DE LECTURE

Il est hors de doute que la postérité de l’homme religieux renvoie à l’idée de l’au-delà du monde vécu, d’un futur dont l’avènement est eschatologique. Par eschatologie nous entendons eschaton comme la fin dernière, comme les réalités dernières qui achèveront le temps et l’histoire de l’homme. L’homme religieux quel qu’il soit, a une croyance profonde en un au-delà, en une vie après la mort dont la vie présente est l’anticipation ou la préparation. L’homme religieux vit dans l’espérance de l’avènement d’un monde nouveau, d’une cité céleste où ne règnent que la justice, la vérité, l’amour et la paix. Par sa conscience profonde d’être relié à un Etre supérieur qui serait le moteur de la vie et qui ordonne téléologiquement le monde, tout homme cherche par sa vie à se configurer à la vie de son Auteur.

 Il a conscience que s’il veut accéder à cette sphère du divin, il doit se réaliser ici et maintenant selon l’ordre de la justice et de l’amour. Sa vie future est conditionnée par la vie présente. Il vit la béatitude du cœur pur et du cœur  pauvre, la béatitude de celui qui attend tout de Dieu, qui sait que l’histoire lui rendra justice et que l’espérance ne déçoit pas. Il devient ainsi contemporain de la vie future par la rectitude de sa vie présente, par la pauvreté de sa vie, et ne quête son bonheur que de Dieu. D’où l’ascèse dans la vie de l’homme religieux comme chemin et exigence de perfection.

Le portrait ainsi dépeint de l’homme religieux, nous pouvons convenir avec Diderot que la postérité du philosophe est comme l’autre monde de l’homme religieux. Le philosophe vise un monde juste. La plus grande récompense que le philosophe puisse espérer, c’est la reconnaissance de la postérité, ou le droit d’entrée dans le temple de l’histoire par la pensée, où il servira d’exemple, de consolation et d’avertissement aux générations à venir. Dès lors la postérité pour le philosophe représente à la fois, le soutien du malheureux qu’on opprime, et le tribunal de l’histoire qui voue un véritable culte à ceux qui ont œuvré pour le progrès de l’humanité, mais qui rétablit aussi la justice, par une saine vengeance, c’est-à-dire, en dénonçant les persécutions que l’homme doit subir.

Mervy-Monsoleil AMADI, op

Pensée du 06 octobre 11

« Toutes les pensées qui font de l’homme, un être de transcendance … le définissent aussi comme l’être d’anti-nature par excellence. Rien d’étonnant, dans ces conditions, à ce que ce soit pour tirer sur l’apatride, sur celui qui n’est pas enraciné dans une communauté, que l’hitlérien sorte son révolver quand il entend le mot culture. Rien de surprenant non plus à ce qu’il le fasse en conservant intact l’amour pour le chat ou le chien qui viennent peupler sa vie domestique. »

Luc Ferry, Le Nouvel Ordre écologique, Grasset, p. 185.

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Pensée du 05 octobre 11

« La connaissance du réel est une lumière qui projette toujours quelque part des ombres. Elle n’est jamais immédiate et pleine. Les révélations du réel sont toujours récurrentes. »

Gaston Bachelard, La formation de l’esprit scientifique, Vrin, 1970, pp.10-14.

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GRILLE DE LECTURE

Dans le champ humain de la connaissance, rien n’est définitif. Toute connaissance humaine est incomplète car le réel ne se révèle que de manière parcellaire et discontinue. Le réel ne se révèle que par récurrence. Aussi longtemps que les limites humaines le permettent, l’homme ne détiendra du réel que des portions de vérité, des lueurs du vrai. Le philosophe Descartes présentait la propension au doute du Cogito comme la preuve de l’imperfection de la connaissance humaine. Paul Ricœur en approfondissait la cause en affirmant qu’il s’agit en définitive d’un Cogito humain ontologiquement blessé (ou même brisé) par l’épreuve du mal.

Sur le plan épistémologique, Gaston Bachelard apporte un éclairage important à ce questionnement. Que l’on situe l’incomplétude de la connaissance du réel du côté de la finitude de la raison humaine ou du côté du caractère inépuisable du réel, le fait demeure que la connaissance humaine traine toujours une ombre portée. Il note de façon plus précise que lorsqu’on cherche les conditions psychologiques des progrès de la science, on arrive bientôt à cette conviction que c’est en termes d’obstacles qu’il faut poser le problème de la connaissance scientifique. Mais, poursuit-il, il ne s’agit pas de considérer des obstacles externes, comme la complexité et la fugacité des phénomènes, ni d’incriminer la faiblesse des sens et de l’esprit humain. Car au demeurant, c’est dans l’acte même de connaître, intimement, qu’apparaissent, par une sorte de nécessité fonctionnelle, des lenteurs et des troubles.

Au vrai, pour Gaston Bachelard, le connaître se heurte à sa propre stagnation et régression dans tout processus de découverte du vrai, car le réel n’est jamais ce qu’on pourrait croire mais il est toujours ce qu’on aurait dû penser. Ainsi, la vérité se découvre toujours dans un véritable « repentir intellectuel » qui consiste à revenir sur ses connaissances antérieures, à les rectifier et à les porter plus loin. La pensée scientifique évolue par erreurs rectifiées. « En fait, écrit Bachelard, on connaît contre une connaissance antérieure, en détruisant des connaissances mal faites, en surmontant ce qui, dans l’esprit même, fait obstacle à la spiritualisation.» C’est précisément ce sens du problème (cet amour de l’obstacle) qui donne à l’homme la marque du véritable esprit scientifique. Pour un esprit scientifique, toute connaissance est une réponse à une question. S’il n’y a pas eu de question, il ne peut y avoir connaissance scientifique.

Emmanuel AVONYO, op

 

Pensée du 04 octobre 11

« Le goût est la faculté de juger d’un objet ou d’une représentation par une satisfaction dégagée de tout intérêt… Le beau est ce qui est représenté, sans concept, comme l’objet d’une satisfaction universelle… Lorsque je donne une chose pour belle, j’exige des autres le même sentiment ; je ne juge pas seulement pour moi, mais pour tout le monde, je parle de la beauté comme si c’était une qualité des choses, je dis que la chose est belle… La beauté est la forme de la finalité d’un objet, en tant qu’elle est perçue sans représentation d’une fin. »

Emmanuel Kant, Critique de la faculté de juger

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Pensée du 03 octobre 11

Le sorcier, le médecin et le charlatan

« Le sorcier qui connait de façon expérimentale la vertu thérapeutique d’une plante, d’une écorce d’arbre ou d’une racine et qui applique cette connaissance au traitement d’un cas et le traite en fait n’est plus un sorcier, mais un guérisseur, un médecin. Mais si le même sorcier, au moment de soigner, complique son traitement de nombreux autres rites au point de reléguer au second plan le principal agent médicinal de guérison, il devient un charlatan ».

Njoh-Mouelle E., De la médiocrité à la l’excellence, 3e éd., Yaoundé, CLE, 1998, p. 39.

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GRILLE DE LECTURE

Ce texte de M. Njoh-Mouelle est à plusieurs égards intéressant. D’un côté, il nous présente une subtile distinction entre le sorcier médecin et le sorcier charlatan. Mais surtout, parce qu’il ne s’attaque à une distinction qui aurait été aussi très intéressante : prêtre médecin et prêtre charlatan, il nous laisse dans la bouche, comme un goût d’inachevé. En effet, que vaudrait la prière du point de vue médicinal. Tous les médecins qui se respectent seront formels : rien, si ce n’est un heureux effet placebo issu de l’autosuggestion. Or, si l’agent médicinal de la prière est l’autosuggestion, pourquoi encore prier ? Pourquoi réciter des centaines de pages de livres qui ne servent à rien alors qu’on pourrait atteindre le même résultat autrement que par ces voies, qui, du reste, sont parfaitement inutiles puisque totalement contingentes ? Ici, la religion se présente comme essentiellement un commerce d’illusion : du charlatanisme.

Jean-Eric BITANG

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