Archive for the ‘PHILOSOPHIE AFRICAINE’ Category

Pensée du 09 novembre

« La responsabilité qui se déploie dans l’éthique traditionnelle est tournée vers le passé en ce sens qu’elle se contente de régler les questions que la mutation a soulevées : l’idée d’un avenir à préparer ne vient pas tout de suite à l’esprit. Dans ces conditions, l’élaboration d’un concept nouveau de la responsabilité s’impose pour sortir du vide éthique face au caractère inédit du pouvoir que l’homme a sur son prochain et sur la société. »

Mawuto Roger AFAN, op, « Quelle responsabilité pour l’avenir de l’Afrique ? » in Christianisme et humanisme en Afrique

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GRILLE DE LECTURE

Le philosophe et théologien Mawuto Roger AFAN propose l’élaboration d’un concept nouveau de la responsabilité pour l’avenir de l’Afrique. C’est une nécessité impliquée par le constat de l’incapacité de l’éthique traditionnelle à répondre à l’urgence de la situation et à l’ampleur des problèmes actuels de l’Afrique. La problématique de la responsabilité comme principe moral n’est pas un effet des contraintes économique, sociale et politique. Elle est plutôt induite par la manifestation de la liberté de l’homme face à ces contraintes.

Au cours de leur existence, les Africains rencontrent au quotidien des problèmes qui obligent la conscience morale à rechercher de nouvelles voies de réalisation de l’homme. Celles-ci ne doivent ni se contenter de trouver des réponses aux questions actuelles soulevées par le progrès, ni s’opposer à l’évolution de la société. Selon Mawuto Roger AFAN, les problèmes que vit le continent africain et qui appellent à une adaptation de notre réflexion morale sont de plusieurs ordres.

Il y a premièrement l’extension considérable des processus que l’économie et de la politique mettent en route et les souffrances que ces mutations engendrent. Dans ce sens, l’on pourrait faire état du phénomène envahissant de la mondialisation et ses conséquences. Deuxièmement, il y a le caractère cumulatif des coups de force politiques. L’on a encore en mémoire les derniers développements de l’actualité politique au Niger avec un référendum obtenu au forceps. Troisièmement, nous pouvons mentionner le discrédit jeté sur le discours moral et la non-responsabilité généralisée constatée.

Ces problèmes devaient inciter à un sursaut de créativité, d’après Mawuto Roger AFAN, face au vide éthique criant et au caractère problématique du pouvoir de l’homme par rapport à l’objectif de son propre vouloir.  Or il constate que l’éthique traditionnelle, qu’elle se rattache au courant téléologique d’Aristote ou qu’elle se situe dans la perspective déontologique de Kant, est incapable de répondre à l’urgence de la situation et à l’ampleur des problèmes actuels de l’Afrique. Au lieu d’aider les Africains à affronter l’horizon indéterminé de leur avenir menacé et incertain, la vision de la responsabilité que promeut l’éthique traditionnelle est plutôt tournée vers le passé.

D’où l’appel à l’élaboration d’un concept nouveau de l’éthique. Le principe de précaution oblige aujourd’hui à une réflexion anticipative. Même si l’avenir est indéfinissable et non indentifiable par définition, même s’il échappe à un savoir prévisionnel, le présent, en tant qu’expression immédiate de l’agir de l’homme, induit cet avenir. Le nouveau concept d’une éthique de la responsabilité ne doit donc pas perdre de vue « la priorité de l’obligation d’exister de l’homme et le devoir de veiller à ce que l’humanité puisse encore exercer son obligation d’être une humanité véritable. » (Christianisme et humanisme en Afrique, p. 339.)

La nécessaire solidarité avec le destin de l’homme est une responsabilité communautaire mais non réciproque puisque les hommes de ce lointain demain ne sont pas encore nés. Ainsi la complexité de l’existence humaine et chrétienne et le déploiement différencié de la responsabilité doivent conduire à envisager l’action sur deux plans : sur le plan décisionnel, l’éthique doit intégrer les impératifs de justice sociale et d’authenticité personnelle. Elle doit cerner l’action en tant que celle-ci se présente comme l’actualisation des possibilités concrètes de la liberté dont dispose l’homme ici et maintenant. Aussi, notre responsabilité doit dépasser l’immédiateté temporelle et la proximité spatiale et rester constamment vigilante face aux possibilités destructrices de la violence contemporaine.

Sur le plan prophétique, Mawuto Roger AFAN estime que pour atteindre la vérité de l’homme et servir efficacement le projet de bonté morale, la responsabilité doit se déployer dans la considération de l’analyse critique de l’histoire. Le sens prophétique apparaît comme le nécessaire instrument pour détecter les moments opportuns d’agir, ainsi que pour créer des possibilités nouvelles d’accomplissement intégral de l’homme. La responsabilité historique et prophétique s’exercera sous la poussée de l’Evangile et de son Esprit. Et seul deviendra comportement humain universel ce que les hommes de bonne volonté feront émerger comme idéal par des paroles et des gestes prophétiques.

>>> Réflexion sur la biodiversité (éthique du futur de Hans Jonas)

>>> Paul Ricoeur et le concept de temps

Emmanuel Sena AVONYO, op

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Pensée du 06 novembre

« Comment parler de patrie à un individu qui a ‘mal tourné’, qui se soucie plus de sa forme que de son âme ? Or, dans le contexte d’une Afrique en quête de bien-être, ce qui préoccupe les individus, ce n’est pas tant d’avoir une âme que d’avoir ‘la forme’… Notre présent est un présent sans mémoire qui, de plus, se refuse à passer, qui a, autrement dit, le culte de la jeunesse, de la nouveauté.»

Saïdou Pierre OUATTARA, Fec, Quel chemin vers une Patrie en Afrique ?

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GRILLE DE LECTURE

La philosophie en Afrique, c’est le lieu de le dire, s’oriente de façon résolue vers une irénisme critique et une autocritique courageuse. Pour être véritablement libératrice et assumer pleinement les aspirations des peuples africains, la philosophie doit être une pensée qui irrigue la vie des hommes et de leur société. Cela ne saurait se faire sans une rationalité philosophique incarnée et débarrassée des scories des complexes induits par les dénégations de l’Histoire à la couleur blanche. Or, certaines couches d’hommes du Continent Noir, plongées dans la jouissance d’un bien-être immédiat, semblent peu réceptives à ce vent de renouveau.

Le philosophe africain Saïdou Pierre OUATTARA tire la sonnette d’alarme pour inviter à une prise de conscience de l’être-là de l’Africain. Il entreprend de dessiner la configuration de la raison en Afrique aujourd’hui dans Quel chemin vers une Patrie en Afrique ? Il tire des conclusions sans complaisance : l’Africain se donne à saisir comme un être sans Patrie, un être de surface vivant à la périphérie de son être, un être préoccupé de sa forme et de ses rondeurs, un être en quête d’un savoir oublieux de l’être. L’Afrique a mal tourné parce qu’elle  est la mère des fils qui ont le culte d’un passé jamais révolu ou qui refusent simplement de ‘passer’. La vaine célébration du passé n’apporte aucune solution aux défis du monde actuel.

L’Afrique a mal tourné, parce qu’elle est écartelée entre la célébration nostalgique d’un passé absent et la délectation morbide d’une nouveauté sans âme. L’Afrique est tiraillée entre la perte de la mémoire de l’origine et la transplantation des modèles exogènes sur sa terre natale. En conséquence, l’Afrique a mal à l’être, elle est en mal d’être faute de mémoire. Le mépris du passé est une expression de la dénégation de son être en tant que don. Etre ne consiste pas non plus à se bloquer à une phase de son développement ou à oublier sa provenance. L’Afrique ne doit pas se complaire dans une tautologie implicite du genre « je suis ce que je suis maintenant ». Il lui faut une âme, une mémoire.

Mais la mémoire n’est pas la répétition du même. La mémoire est une œuvre philosophique qu’il ne faut pas confiner dans le culte de la forme et des traditions. Se recevoir comme fils d’une patrie suppose qu’on se soucie de la conquête d’une intériorité, œuvre de pensée. L’Afrique ne parviendra à édifier une Patrie de la raison qu’en accédant à un savoir authentique qui se répercutera sur la vie sociale. La société africaine dans son rôle de mère doit apprendre à assurer à travers le service de la pensée de quoi nourrir la postérité. La Patrie à laquelle Saïdou Pierre OUATTARA nous convie est celle de la rationalité philosophique, une Patrie de la conscience d’être avec les autres dans une humanité solidaire et riche de promesses.

Emmanuel Sena AVONYO, op


Pensée du 05 novembre

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Pensée du 19 octobre

« L’interprétation utilitariste de la justice consiste chez Epicure à garder l’enveloppe de ce qui est juste tout en en rejetant le contenu. Pour lui, est juste ce qui est utile en société.»

Dominique ASSALE AKA-BWASSI, Extrait du cours des Grands courants de philosophie, L2, 2008-2009, UCAO-UUA, ABIDJAN

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GRILLE DE LECTURE

L’utilitarisme contemporain porte la marque des philosophes anglo-saxons. L’école utilitariste rassemble depuis le 19e siècle des figures comme James Mill, Jeremy Bentham, John Stuart Mill, Henry Sidgwick, Edward Moore. Cette doctrine politique et morale se définit comme la recherche du plus grand bonheur pour le  plus grand nombre. Elle soutient que les actions sont bonnes et justes dans la mesure où elles tendent à accroître le bonheur (eudémonisme). La valeur morale d’une action est déterminée par l’utilité sociale. Ainsi, en société, à force de chercher à maximiser le plus le bien-être du plus grand nombre, l’on peut être amené à sacrifier ceux qui ne sont pas utiles (infirmes, impotents, chômeurs…) Cette forme de justice est qualifiée de téléologique, elle est préconisée par l’utilitarisme qui proclame la priorité du bien recherché sur le juste. C’est le contraire que revendique le déontologisme de Jürgen Habermas et de John Rawls dans sa Théorie de la justice comme équité.

La pensée de Dominique ASSALE a le mérite de nous renvoyer aux sources antiques de l’utilitarisme. Epicure (-341.-270) serait le père de l’utilitarisme. En plaçant le bonheur suprême dans le plaisir sensible (hédonisme), les épicuriens faisaient déjà le lit de l’utilitarisme contemporain. En effet, rechercher seulement le plaisir, le bonheur et l’utilité sans se préoccuper d’attribuer à aux citoyens ce qui leur revient de droit, c’est travestir la définition de la justice. Faire de l’utile en société ce qui est juste, c’est chercher la production sans aucun égard pour le producteur. Le sage épicurien, selon ASSALE, peut bien rendre à chacun ce qui lui est dû et obéir aux lois dans le seul but de garder la paix. C’est cette vision restrictive du bien et ce formalisme de la justice qui justifient l’idée selon laquelle l’interprétation utilitariste de la justice garde l’enveloppe de ce qui est juste tout en la vidant de son contenu.

Emmanuel Sena AVONYO, op

Pensée du 18 octobre

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