Archive for the ‘PHILOSOPHIE’ Category

Pensée du 05 juillet 11

« Quand on est jeune il ne faut pas hésiter à s’adonner à la philosophie, et quand on est vieux il ne faut pas se lasser d’en poursuivre l’étude. Car personne ne peut soutenir qu’il est trop jeune ou trop vieux pour acquérir la santé de l’âme. Celui qui prétendrait que l’heure de philosopher n’est pas encore venue ou qu’elle est déjà passée, ressemblerait à celui qui dirait que l’heure n’est pas encore arrivée d’être heureux ou qu’elle est déjà passée. Il faut donc que le jeune homme aussi bien que le vieillard cultivent la philosophie : celui-ci pour qu’il se sente rajeunir au souvenir des biens que la fortune lui a accordés dans le passé, celui-là pour être, malgré sa jeunesse, aussi intrépide en face de l’avenir qu’un homme avancé en âge (…). »

Epicure, Lettre à Ménécée, trad. trad. E. Boyancé P.U.F.

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Pensée du 04 juillet 11

QU’EST-CE QUE LE CONSCIENCISME ?

« Le consciencisme est l’ensemble, en termes intellectuels, de l’organisation des forces qui permettront à la société africaine d’assimiler les éléments occidentaux, musulmans et euro-chrétiens présents en Afrique et de les transformer de façon qu’ils s’insèrent dans la personnalité africaine ».

Nkrumah K., Le consciencisme, tr. fr. L. Jospin, Paris, Payot, 1964, p. 120.

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GRILLE DE LECTURE

Lorsqu’on parle de Nkrumah, on ne retient trop souvent de lui que le fait qu’il ait dit qu’il fallait défendre l’Afrique du colonialisme. On oublie aussi trop souvent que le consciencisme est une philosophie de l’intégration et non une philosophie de l’exclusion. Nkrumah se réclame de la dialectique dans le sens où ce terme signifie intégration de la différence. C’est ainsi que l’aspect sociopolitique de sa théorie prône le mixage culturel afin de garantir l’être Africain dans le monde actuel. Nkrumah est ainsi l’un des rares philosophes de l’époque postcoloniale à opposer aux modèles de « renaissance africaine » et d’extinction du soi Africain, un modèle conciliateur qui n’exclurait ni l’une ni l’autre des parties, mais qui prendrait en compte la prépondérance du Soi Africain dans la construction de l’identité africaine. Ce que Nkrumah appelle donc la « personnalité africaine » n’est ni la tradition africaine, ni l’apport occidental [islam et christianisme], mais l’alliage savamment réalisé de ces deux composantes. De ce point de vue, le consciencisme est une philosophie relativement dialectique et humaniste.

Toutefois, il serait tout naturel de se poser la question de la faisabilité d’un tel projet. Peut-on associer ces composantes sans qu’il n’y ait de clash culturel ? Si oui, comment faire ? Si non, quelle philosophie pour l’Afrique si ce n’est le consciencisme ? Voilà les questions que peuvent susciter un pareil projet et auxquelles nous devons apporter des réponse.

Jean Eric BITANG

Pensée du 03 juillet 11

L’OUVERTURE A LA TRANSCENDANCE

Le penseur de l’être vrai ne peut éviter l’irruption de la transcendance. L’être n’est pas qu’une catégorie de la compréhension mais surtout une position de la contemplation, c’est-à-dire une catégorie de l’écoute. L’être est événementiel, l’être est in-stance et événement inattendu, selon le Maître Heidegger. Si la theoria est la forme la plus élevée de l’activité pensante, c’est parce que c’est là où l’homme écoute plus qu’il ne produit. L’homme ne parvient à un tel niveau de production artistique ou philosophique qu’à la condition de faire de l’écoute un facteur d’adhésion profonde à l’être. L’être est surgissement et il peut être l’objet d’une production. Il est donation et il ne connaît d’usurpation matérielle. Il ne se donne à effleurer dans son jaillissement que comme une « altérité de surprise, le surgissement soudain et comme de biais, le dérangement de l’histoire » (Michel de Certeau), la gravure subreptice et poétique de la singularité. L’homme théorique, le contemplatif, le philosophe ou l’artiste, c’est l’homme de la Gelassenheit. C’est l’homme sollicité par l’être qui se plonge dans l’affleurement de l’indicible, une perception indicible. L’homme, est un poème commencé par l’être, disait Heidegger, il se tient à l’écoute de celui le fait advenir continuellement à l’être. L’homme convoqué par les dieux n’a qu’à se laisse toucher par eux dans un état de ravissement inénarrable. La figure du divin n’est perceptible que dans ce jeu des médiations où l’homme ne peut prétendre à aucune maîtrise, lui-même étant événement, être-donné, altérité intermittente, dans la béance et la facticité du monde. Cette facticité le fait vite prendre conscience que seule la convivialité humaine est condition nécessaire et non suffisante de son enracinement affectif dans l’être. L’homme est un être de contingence. Mais la noblesse de son âme est le premier témoin de son ouverture conscientielle dans la transcendance.

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Pensée du 02 juillet 11

« La manifestation par la chose est comme la condensation d’un discours infini ; manifestation et signification sont strictement contemporaines et réciproques ; la concrétion dans la chose est la contrepartie de la surdétermination d’un sens inépuisable qui se ramifie dans le cosmique, dans l’éthique et le politique. »

Paul RICOEUR, Philosophie de la volonté, II – Finitude et culpabilité, Livre II – La symbolique du mal, p. 174.

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Pensée du 01 juillet 11

« Les logiciens et les moralistes se sont souvent occupés des erreurs, les uns, pour en déterminer les diverses espèces et dresser la liste des sophismes ; les autres, pour découvrir dans la variété complexe sentiments et des passions, les influences qui faussent le jugement, et expliquer par les entraînements du cœur les égarements de l’esprit. A côté de ces questions, à coup sûr intéressantes et importantes, il y a place pour un autre problème à la fois logique et métaphysique.

On peut se demander ce que l’erreur est en elle-même, comment elle est possible en des intelligences dont la fonction semble être de connaître la vérité, comment elle apparaît sous tant de formes diverses, tantôt partielle et comme dissimulée entre plusieurs vérités, tantôt générale et faussant, par la place qu’elle occupe, les vérités mêmes qui l’entourent ; presque toujours si étroitement unie à la vérité qu’elle peut à peine en être détachée par la plus minutieuse attention, et mêlée de vérité plus souvent encore quelle n’est mêlée à la vérité. »

Victor Brochard, De l’erreur

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Pensée du 30 juin 11

« (…) Rien n’est plus commun ni plus ordinaire que de se tromper lourdement entre l’existence réelle des corps qui sont hors de nous et l’existence objective des perceptions qui sont dans notre esprit. Nos perceptions elles-mêmes sont distinguées de nous, et entre elles, autant qu’elles aperçoivent les objets présents, et leurs rapports, et les rapports de ces rapports. Ce sont des pensées, en tant qu’elles nous rapportent les images des choses absentes ; ce sont des idées, en tant qu’elles nous rapportent les images des objets qui sont en nous. Cependant toutes ces choses ne sont que des modalités, ou manières d’exister de notre être, qui ne sont pas plus distinguées entre elles ni de nous-mêmes que l’étendue, la solidité, la figure, la couleur, le mouvement d’un corps, le sont de ce corps. »

Marquis de Sade, « Dieu, l’immortalité de l’âme et autre chimères », in Histoire de Juliette, ou les prospérités du vice.

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Pensée du 29 juin 11

« L’homme se découvre quand il se mesure avec l’obstacle »

Saint-Exupéry, Terre des hommes.

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GRILLE DE LECTURE

L’homme, enfermé dans une maison ténébreuse non-étoilée, finit un jour par s’habituer à sa nouvelle situation. La nuit de la maison lui devient si familière qu’il finit par y faire corps. Cette expérience nous permet de formuler une proposition : l’homme est capable d’adaptation. Il se découvre à chaque fois qu’il se trouve devant une difficulté à laquelle il doit faire face. Ceci ne révèle-t-il pas que l’homme est un être qui se dépasse ?

L’homme n’est pas que cela qui se montre. Il est un au-delà qui se découvre de jour en jour. L’homme habite sa nouvelle condition par son propre être comme il habite son lieu propre qui est son corps. Il sait faire corps avec son milieu environnant. Dans les conditions les plus difficiles, l’homme se sait vivre et c’est cela seulement qui le rend différent des autres êtres qui existent. Il intègre désormais sa nouvelle condition à sa propre vie. Tel un étudiant qui est aussi bien capable d’étudier avec la lumière d’une lampe de bougie qu’avec la lumière de l’électricité. Ceci nous révèle encore une chose que l’homme est un mystère.

Mystère de celui qui vit entre le ciel et la terre, la nuit et le jour, la lumière et les ténèbres, le visible et l’invisible. Ainsi, l’homme vit le jour et la nuit comme faisant partie de son être. L’homme se révèle comme un être de mystère capable de dépasser à chaque instant de sa vie les difficultés qu’il rencontre, capable de traverser les jours sombres de sa vie comme une étoile dans la nuit.

Mervy-Monsoleil AMADI, op

Pensée du 28 juin 11

« Se faire l’interprète de ce que veut la loi ou l’interprète de la promesse divine, ce n’est pas là manifestement une forme de domination mais une forme de service. C’est au service de ce qu’elles ont le devoir de faire valoir que se tiennent les interprétations qui incluent une forme d’interprétation ( herméneutiques juridique et théologique). Notre thèse est donc que l’herméneutique historique (philologique) a elle aussi à accomplir un travail d’application, car elle est, elle aussi, au service de la mise en valeur du sens, elle qui comble expressément et consciemment la distance temporelle séparant l’interprète du texte, elle qui surmonte l’aliénation de sens survenue au texte. »

Hans Georg Gadamer, Vérité et méthode. Les grandes lignes d’une herméneutique philosophique, Paris, Seuil, 1976.

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Pensée du 27 juin 11

« Nous sommes entrés dans le règne de l’humanisme où les valeurs ne sont plus du domaine de l’être, ne sont plus domiciliées dans la nature, mais relèvent du devoir-être, d’un idéal à venir, et non d’un réel a priori  harmonieux et bon, toujours déjà donné aux hommes et prêt à les accueillir avec bienveillance ». 

LUC FERRRY, Qu’est-ce qu’une vie réussie ? p. 440

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GRILLE DE LECTURE

L’humanisme est une doctrine philosophique et éthique qui met l’homme et les valeurs humaines au-dessus de toutes les autres valeurs. La doctrine humaniste est caractérisée par un effort pour promouvoir la dignité de la personne humaine et endiguer toute tentative de la réduire à un simple moyen. Né depuis le temps de Protagoras, le mouvement parvient à maturité dans la modernité marquée par la liberté de choix, le désir d’accomplissement moral personnel, et ce que Marcel Gauchet appelle « le désenchantement du monde ».  Alors que les Grecs voyaient dans la nature l’harmonie parfaite et le modèle d’être, l’humanisme moderne, sous la houlette de Descartes et Kant, déplace le centre de gravité des valeurs de la nature au sujet rationnel doué d’autonomie morale.

Le règne de l’humanisme est donc celui de la redéfinition de la vertu, qui n’est plus simple actualisation d’une nature bien née, mais lutte de liberté contre la naturalité en nous. L’ordre naturel y perd sa transcendance et l’humanité à construire ne préexiste pas à l’homme. Les valeurs sont dorénavant du devoir-être. Les accents de normativité et de religiosité cosmiques antiques deviennent surannés et font place à l’émergence d’un sujet dont la centralité dénonce toute valeur établie. Du coup, l’homme semble devenir sa propre norme, il donne la forme qui lui convient à sa vie morale selon les circonstances de la vie. L’esprit critique et la faculté de choix de l’homme finissent de lui enlever la bienveillance par laquelle il pouvait docilement se soumettre à une axiologie naturelle.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 26 juin 11

« Vivre pour le juste, c’est vivre pour ce qui est bon, pour ce que l’on considère bon. C’est vouloir partager, amener les autres à comprendre ce qui pour nous est bon et nous rend heureux. En vivant pour le juste l’on se pense toujours légitime, et luttant pour la vérité, pour le bien. C’est une position beaucoup plus collective que de vivre pour le plaisir. Mais cette lutte après tout, est elle réellement légitime. Un Homme peut il prétendre savoir ce qui est réel et ce qui rend heureux ? Cette volonté de partager ce qui convient à soi-même peut être néfaste même partant d’un bon sentiment. Les plus grands massacres ont été commis, persuadés de leurs bons fondements… »

Guillaume Deloison, « Vivre pour le plaisir ou pour le juste ? »

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