Archive for the ‘PHILOSOPHIE’ Category

Pensée du 25 juin 11

« Il n’y a point de questions plus grossières que celles qui sont posées ici, qui sont retournées ici. La philosophie présente qui dit et croit qu’elle se déroule au profit de l’homme est-elle dirigée réellement et non plus en discours et croyances en faveur des hommes concrets ? À quoi sert cette philosophie ? Que fait-elle pour les hommes ? Que fait-elle contre eux ? »

Paul-Yves NIZAN, Les chiens de garde, Paris, Rieder, 1932.

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Pensée du 24 juin 11

« Est-ce, comme on l’a souvent prétendu, la définition de la substance, originairement admise par Spinoza, qui a engendré dans le système spinoziste la thèse de l’unité de substance ? Il peut sembler au contraire, après examen, que cette définition, avec les caractères qui en déterminent le sens, aboutirait logiquement à une conception « pluraliste » plutôt que « moniste », et que c’est la définition de Dieu, non celle de la substance, qui va droit à la négation de toute autre substance que Dieu.

Pour expliquer la façon dont s’est constituée chez Spinoza la notion de substance, il ne faut pas perdre de vue la relation d’identité qu’elle a eue de bonne heure et que même elle a conservée chez lui avec celle d’attribut. Il y a eu là sans doute une influence de Descartes. On sait que si Descartes paraît faire quelquefois de la substance une espèce de réalité indéterminée et indépendante de ses attributs, il l’identifie ailleurs catégoriquement avec son attribut principal[1] : la pensée peut être dite également attribut principal ou substance de l’âme, comme l’étendue peut être dite également attribut principal ou substance des corps ; une substance ou un attribut principal, c’est avant tout une essence, conçue, soit dans le sujet où elle est réalisée, soit dans la nature intelligible qui en fait l’objet d’une notion complète et distincte. »

Victor Delbos, « La notion de substance et la notion de Dieu dans la philosophie de Spinoza », in Revue Métaphysique et Morale, 1908, p. 783.


[1] Principia philosophiae, I, 53 ; I, 63.

Pensée du 23 juin 11

« Ricœur discerne la rupture entre l’ontologie et la métaphysique dans le moment kantien. Le passage de la Critique de la raison pure à la Critique de la raison pratique atteste bien que la question de l’être renaît de la déconstruction kantienne de la métaphysique. Bien que la chose en soi reste le fondement du phénomène, la raison pratique est un essai de détermination de la notion d’être à partir de la liberté, c’est-à-dire une ontologie pratique. Une ontologie sans métaphysique devient possible. »

David-Le-Duc TIAHA, Paul Ricœur et le paradoxe de la chair. Brisure et suture. L’Harmattan, 2009.

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Pensée du 22 juin 11

« La raison cherche son autre, sachant bien qu’en lui elle ne possèdera rien d’autre qu’elle-même ; elle quête seulement sa propre infinité. »

Hegel, Phénoménologie de l’esprit

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GRILLE DE LECTURE

L’idéalisme hégélien confesse que le fini est fini de l’infini, que l’autre est l’autre du même. Le positif et le négatif, dans une relation dialectique, coexistent et vivent ensemble. C’est dans le mouvement dialectique que la raison s’altère et s’explicite dans l’histoire. Dans le mouvement dialectique la raison est en parcours d’elle-même. La raison pour autant qu’elle est raison doit se poser hors de soi. La vie est une et diverse, seul ce qui est un peut se diviser, peut s’éclater.

La raison universelle ne perd rien de son être en s’avérant, puisqu’elle se scinde de toute éternité, avant la temporalité phénoménale, elle se différencie et se divise, faisant sortir de soi autrui. La raison n’est pas solitaire et monolithique, même dans sa dimension spirituelle, c’est-à-dire avant le temps. En ce sens, la différence qui existe en l’Idée de toute éternité, devient séparation, voire négation et rupture intérieure, intériorisée, déjà dans le but de rejoindre pleinement la nature. Dans le mouvement dialectique la raison ne perd rien d’elle-même, puisque c’est elle qui se pose comme autre. Le soi dans la dialectique se pose comme autre et dans un troisième moment de la dialectique se reprend comme esprit absolu.

Le jaillissement de cette unité dans la différence est perçu par Hegel, ce penseur moderne à la frontière entre le christianisme biblique et le panthéisme romantique, dans l’histoire de Jésus-Christ. D’emblée il fixe son regard sur la croix comme le point culminant de l’incarnation (Leçons sur la philosophie de la religion, 3e partie. La religion absolue, p. 163). Parce que l’Autre éternel de Dieu est devenu mortel et qu’il est mort en effet, il est devenu pleinement homme. C’est ainsi que s’effectue la jonction entre le mode d’être divin de l’Esprit universel et son mode d’être humain. Il est donc évident que chez Hegel Dieu, l’Idée, la Raison est sans cesse en colloque et en récollection de soi d’où la célèbre affirmation : ce qui est effectif est rationnel et ce qui est rationnel est effectif.

Monsoleil-Mervy AMADI, op

 

Pensée du 21 juin 11

« La politique est comme la chasse, on entre en politique comme on entre dans l’association des chasseurs. La grande brousse où opére le chasseur est vaste, inhumaine et impitoyable comme l’espace, le monde politique ».

Ahmadou Kourouma, En attendant le vote des bêtes sauvages, Paris, Seuil, 1998.

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Pensée du 20 juin 11

« La philosophie, prise en elle-même est au-dessus de l’utile. Et pour cette raison même, la philosophie est éminemment nécessaire aux hommes. »

Jacques Maritain, La philosophie dans la cité, Paris, Editions Alsatia, 1960.

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GRILLE DE LECTURE

A quoi sert la philosophie ? La philosophie n’a pas à servir à quelque chose. Elle est au-dessus de tout service à caractère matériel ; d’où son importance radicale pour l’homme. Une pensée d’Emil Cioran peut bien rejoindre celle que nous commentons : « Nous ne commençons à vivre réellement qu’au bout de la philosophie, sur sa ruine, quand nous avons compris sa terrible nullité, et qu’il était inutile de recourir à elle, qu’elle n’est d’aucun secours. » La philosophie est éminemment nécessaire aux hommes au bout de la philosophie, quand la cause est entendue qu’elle est d’une terrible nullité, qu’elle est cécité de l’esprit et ruine de l’âme. C’est lorsqu’on est convaincu que la philosophie ne nous sert pas qu’elle fait son bon homme de chemin. Car la philosophie en elle-même, c’est-à-dire en tant qu’activité désintéressée ordonnée à la vérité aimée pour elle-même, est au-dessus de l’utile. Elle ne vise pas à conférer à l’homme un pouvoir sur les choses, ni un instrument de domination. Mais elle n’est jamais autant utile que lorsqu’elle n’est plus d’aucun secours. Cela fait dire à Cioran que la vie véritable est celle qui commence après l’abandon des chemins de l’utile, après les livres. La philosophie, comme les livres, ne nous sert que lorsque nous la quittons. En fait, elle est une boussole, elle est le précurseur qui trace le chemin de la terre promise sans jamais y entrer. La philosophie ne sert à rien d’autre qu’à ordonner l’existence à la surexistence, la nature à la surnature.

 

En effet, toute l’éminence de sa nécessité réside en ce qu’elle oriente les regards humains vers l’utilité suprême des choses. La philosophie les fait se souvenir, comme dirait Platon, de l’utilité suprême de ces choses qui concernent non pas les moyens, mais les fins. Elle apprend aux hommes qu’il y a des choses qui doivent être recherchées non pour leur utilité mais pour elles-mêmes : les valeurs, la vie de l’esprit, les réalités qui sont au-dessus du temps. L’homme ne vit pas seulement de fromages, de vitamines et de découvertes techniques, mais aussi de rencontre questionnante avec l’Infini, avec le Temps, avec le Destin. La vie de l’homme ne doit pas se limiter à cette alternance de candides joies et de sordides horreurs, quand bien même elle exprime le rythme même de l’être, dans ses oscillations régulières, ses dissonances allègres, ses véhémences amères et espérances éphémères. L’homme se nourrit également de cette nourriture invisible qui soutient la vie de l’esprit. Des nourritures autres que terrestres font prendre conscience à l’homme, non des moyens mis au service de sa vie, mais de sa raison même de vivre, de pâtir et d’espérer.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 19 juin 11

« Prendre un livre, écouter une musique, partager un repas avec quelqu’un,  se lever pour travailler… Choisir est un verbe de mouvement qui s’impose à nous à chaque instant, qui précède chaque geste et  chaque action. Kant disait « Agis de telle sorte que la maxime de ton acte puisse être érigé en principe universel ». L’acte de chacun étant en lui-même choisi, par cette décision nous définissons ce qu’on choisit d’être, ou définissons nous la vision de l’homme comme nous imaginons qu’il devrait être ? »

Guillaume Deloison, Le choix, définition de soi ou de l’Homme ?

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Pensée du 18 juin 11

« La philosophie – la sagesse – est en quelque sorte une affaire personnelle du philosophe. Elle doit se constituer en tant que sienne, être sa sagesse, son savoir qui, bien qu’il tende vers l’universel, soit acquis par lui et qu’il doit pouvoir justifier dès l’origine et à chacune de ses étapes, en s’appuyant sur ses intuitions absolues. Du moment que j’ai pris la décision de tendre vers cette fin, décision qui seule peut m’amener à la vie et au développement philosophique, j’ai donc par là même fait voeu de pauvreté en matière de connaissance. Dès lors il est manifeste qu’il faudra alors me demander comment je pourrais trouver une méthode qui me donnerait la marche à suivre pour arriver au savoir véritable. Les méditations de Descartes ne veulent donc pas être une affaire purement privée du seul philosophe Descartes, encore moins une simple forme littéraire dont il userait pour exposer ses vues philosophiques. »

E. HUSSERL, Méditations cartésiennes (1929), trad. G. Peiffer et E. Lévinas, Ed. Vrin, 1947, p.15.

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Pensée du 17 juin 11

CHEMINS CONTEMPLATION

Les premiers penseurs que l’on appelés « philosophes » étaient des amis de la sagesse, non d’une sagesse possédée mais d’une sagesse sans cesse désirée et recherchée. Ils étaient ainsi appelés parce qu’ils s’étonnaient, s’interrogeaient sur l’existence des choses. Ils ont entrepris de comprendre l’organisation du cosmos, ils se sont mis à contempler le juste et bel ordonnancement des choses divines par l’intelligence. Une étymologie possible de « theoria » ne viendrait-elle pas de theion orao (je vois le divin) ? La theoria est donc la vision du divin, et plus proprement, la contemplation du divin. Le divin fait toujours déjà corps avec ses attributs que sont le Beau, le Bien, la Vérité. C’est ainsi que la recherche de la sagesse était proprement désir du divin, effort de contemplation de la Vérité, celle qui recueille tous les êtres dans leur origine divine et les confirme dans leurs fins spirituelles. Cette Vérité dont aucun artiste ne doute qu’elle plonge dans l’expression la plus achevée de l’action qui élève les âmes pures. La contemplation est donc une activité et non une passivité, elle est une praxis spirituelle, une action communiante avec la source éternelle de tout bien. C’est à ce stade que l’artiste et le philosophe font route commune et se partagent les secrets auxquels le commun des mortels, inhibé par une civilisation de pureté matérielle n’entrevoit guère. La contemplation crédite artistes et philosophes d’une existence ascendante, une existence qui grandit à la fois dans sa fécondité à accoucher des esprits, mais aussi dans sa fidélité à l’accomplissement d’elle-même et dans une aptitude constante à ne pas se laisser dissoudre dans les vicissitudes quotidiennes. Les chemins de contemplation se tracent d’eux-mêmes, qui dans la forêt noire, qui dans l’univers exquis des artistes…

Pensée du 16 juin 11

« Le premier dogme qui s’offre à moi, lorsqu’on me parle de religion, est celui de l’existence de Dieu : comme il est la base de tout l’édifice, c’est par son examen que je dois raisonnablement commencer. Ô Juliette ! n’en doutons pas, ce n’est qu’aux bornes de notre esprit qu’est due la chimère d’un Dieu ; ne sachant à qui attribuer ce que nous voyons, dans l’extrême impossibilité d’expliquer les inintelligibles mystères de la nature, nous avons gratuitement placé au-dessus d’elle un être revêtu du pouvoir de produire tous les effets dont les causes nous étaient inconnues. »

Marquis de Sade, « Dieu, l’immortalité de l’âme et autre chimères », in Histoire de Juliette, ou les prospérités du vice.

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