Archive for the ‘PHILOSOPHIE’ Category

Dixième travail d’Hercule

Dixième travail d’Hercule

12, il n’y en a que douze, ces travaux. Ils nous servent à présenter quelques réflexions sur des valeurs humaines, sur de judicieuses manières d’accomplir ce qu’Aristote appellerait notre « métier d’hommes ». Hercule nous sert encore de prétexte. Mais nous reviendrons à la philosophie. Mais notre goût d’une certaine simplicité nous interdira, eu égard à la vocation de ce billet, d’aller en profondeur. Nous nous contentons de jeter un mot ou un autre, le compagnonnage voulant qu’en chacun les mots poursuivent leur route et aboutissent à cette conclusion fameuse du philosophe : « ici aussi les dieux sont présents ». Dans l’attente de ces jours glorieux, lisons le dixième travail d’Hercule :

10° Capture des boeufs de Géryon : ce géant demeurait dans un pays de l’Ouest, au-delà des limites connues de la Terre. Héraclès partit en expédition, franchit le détroit de Gibraltar, y élevant deux colonnes pour laisser des traces de son passage. Mais, accablé par la chaleur, le héros menaça Hélios de ses flèches. Pour l’apaiser, le soleil lui prêta un bateau d’or qui lui permit de franchir l’Océan. Héraclès tua alors Géryon, les gardiens du troupeau et s’empara du bétail. Il revint ensuite par la Gaule, l’Italie et la Thrace dans les territoires d’Eurysthée, qui sacrifia tous les animaux à Héra. »

Bonne lecture, fructueuse méditation. A demain. Mejnour te salue!

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

Pensée du 24 janvier 10

«L’art est la plus haute puissance du faux, il magnifie le « monde en tant qu’erreur », il sanctifie le mensonge, il fait de la volonté de tromper un idéal supérieur »

Gilles DELEUZE, Nietzsche et la philosophie

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GRILLE DE LECTURE

La question de la vérité se retrouve au point de croisement de l’esthétique et de la philosophie. Dans ce réquisitoire dressé contre l’art, le paradoxe de l’énoncé est évident et relance le débat autour du vrai visage de Nietzsche. Nietzsche, on le sait, n’a cessé jamais d’affirmer que l’art avait plus de valeur que la vérité (celle des philosophes s’entend) et que nous avions l’art pour ne pas périr de la vérité. En détruisant le platonisme et les apparences sensibles, en faisant du monde intelligible une fable (Le Crépuscule des idoles), Nietzsche fait de l’art l’une des formes de connaissance les plus hautes. C’est avec juste raison que l’on peut se demander si le philosophe voudrait ici reprendre le manteau des classiques qui faisaient de la beauté esthétique une représentation sensible et dégradée du vrai ? Rien n’est moins sûr.

Certes, selon Deleuze, l’art nietzschéen est une puissance du faux, il sanctifie le mensonge dans un monde erroné. Mais il ne faut pas s’arrêter là. Car c’est parce que l’art est faux qu’il est vrai dans l’acception nietzschéenne. Cela s’explique par le fait qu’il ne prétend pas s’élever au-dessus du relativisme de la vie. L’art se présente honnêtement comme une interprétation. Ce faisant, l’art est en accord avec le caractère perspectif de l’existence dont tous nos jugements ne sont que des symptômes, de simples évaluations. Si la vérité artistique est effectuation de la puissance du faux, l’artiste est un chercheur de cette vraie vérité. L’artiste, en traduisant le mensonge du réel en toute vérité, est le seul qui en mentant, ne ment pas. C’est peut-être ce qui fait dire à Deleuze qu’il fait de la volonté de tromper un idéal supérieur. Pour Nietzsche, l’art a une fonction de connaissance, une vocation à traduire une réalité plus réelle que celle des philosophes. Et la pensée du philosophe-artiste, pour être en phase avec la vie, ne doit plus surplomber la vie, elle doit en devenir l’expression la plus amicale.

Emmanuel AVONYO, op

Apatride

Le Billet de Mejnour 90

L’œuvre de création tout entière ne prend sens que si elle s’enracine dans la liberté pour déboucher sur la liberté. Comme fruit le plus élevé de cet événement unique, l’homme a le devoir de sortir des schémas qui tuent. Et l’un des plus mortels est identitaire. Il se nomme patriotisme.

Rien, pourtant, n’est plus réjouissant que d’entendre dire : « le monde est ma patrie, faire le bien est ma religion ». L’homme est universel. De quelle valeur sont les colorations patriotiques dont l’effet le plus évident est cette exclusion qui avilit l’alter ego à qui je ne veux pas ressembler ?

Et puisque nous parlons pour quelques temps de monuments d’humanité, n’est-il pas bon de se souvenir que Marx, Bertolt Brecht ou Einstein furent, plus ou moins longtemps, apatrides. Et que cela ne constitua guère de frein à leurs contributions au progrès de l’Idée parmi les hommes.

Nos frontières, souvent, ont la facticité d’identités meurtrières. La question, elle nous vient de Hamlet : « être ou ne pas être ? » Or, ce qu’il s’agit d’être, c’est une parcelle constructive de l’humanité.

Mejnour vous salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 23 janvier 10

« C’est par croire que les hommes sont esclaves. Réfléchir, c’est nier ce que l’on croit… Qui croit seulement ne sait même plus ce qu’il croit. Qui se contente de sa pensée ne pense plus rien. »

ALAIN, Propos sur la religion

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GRILLE DE LECTURE

Alain nous appelle à nous détacher de nos préjugés. Réfléchir exige de nous une sortie, une sortie des idées toutes faites, une sortie des minorités comme l’avait dit le philosophe prussien. Philosopher c’est apprendre à réfléchir et à penser rationnellement en évitant les préjugés. Nous pouvons affirmer en ce sens que le philosophe Alain a été peut-être influencé par l’humanisme cartésien, passionné de la liberté, qui ne propose pas un système ou une école philosophique mais invite à se méfier des idées toutes faites. Pour  lui, la capacité de jugement qu’offre la perception des choses doit être en prise directe avec la réalité du monde et non bâtie à partir d’un système théorique. Cette pensée du philosophe français a peut-être des subtilités d’athéisme que nous ne maîtrisons pas bien, mais l’enseignement que nous y avons reçu est celui d’une invitation à penser par nous-mêmes selon l’ordre de la raison

Mervy Monsoleil AMADI, op

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE

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Pensée du 22 janvier 10

« Chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition »

Montaigne, Essais

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GRILLE DE LECTURE

Ouvrons les yeux et regardons, nous verrons que dans un geste phénoménologique s’offre à notre vue une diversité d’apparences physiques. Au-delà de ces apparences physiques s’offre à nous encore le fait que nos idées, nos mœurs, nos cultures ne sont pas les mêmes. Cette diversité ne traduit-elle pas, toutefois, l’expression de la vie, une en elle-même ? Ici trouve origine la différence des races et des cultures, en tant que la manifestation de l’homme s’éprouvant dans son infinie richesse, et n’étant vivante que dans la particularité des figures. Ici se trame l’idée de l’unité dans la différence, de la comm-union dans la diversité.

Chaque homme porte en lui la forme entière de l’humanité en ceci que nous partageons une même intercorporéité. Je suis homme à la manière des autres, l’autre se présente ainsi comme un miroir dans lequel je vois. Le visage de l’autre me révèle mon propre visage ; puisque je ne puis me poser hors de moi-même pour me saisir comme un objet, c’est à travers l’autre que je me découvre, que je me connais. Cette affirmation de toute évidence une implication éthique.

Faisant un peu de la logique, nous dirons que si en chaque homme particulier il y a une forme de l’entière condition humaine, alors la sentence philosophico-éthique serait : ne traite jamais autrui comme objet mais comme sujet. La relation à autrui en ce sens revêt une coloration éthique où ce ne sont que des subjectivités qui se rencontrent dans un acte de respect réciproque.

Fr Mervy-Monsoleil AMADI, op

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Monuments d’humanité

Le Billet de Mejnour 89

Il est, dans l’histoire, des gens qui ont refusé de se laisser enchaîner, enfermer, limiter, par les décrets de la fatalité. Ce sont précisément ces femmes, ces hommes qui ont écrit l’Histoire. Ce sont eux qui interrogent nos paresses et nous défient de conquérir chaque jour un peu plus les lauriers du progrès.

En regardant ce que fut leur vie, nous nous mettrons à l’école des grands, ceux-là mêmes par qui nous deviendrons des géants. Ces monuments d’humanité auront donc la mission de nous instruire. Pour que nous empruntions les chemins du nouvel an avec la conviction d’entrer dans la vie par les boulevards de la liberté. Ces monuments furent apatrides ou patriotes, adulés ou exilés, humiliés ou célébrés. Tous furent heureux parce que, d’une façon ou de l’autre, ils aidèrent à construire l’Homme (en tous ces genres). Allons à leur rencontre.

Mejnour vous salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Possibles constructifs

Le Billet de Mejnour 88

Vivre, c’est rencontrer une succession de possibles. A la différence de monsieur tout le monde, le philosophe veut inviter la Sophia sur la terre. C’est un possible constructif. Car un univers où tout serait confié au hasard, serait exactement l’icône de la laideur et de l’arbitraire. Or il est une cohérence subtile qui meut le monde et fit dire aux Anciens « Mens agitat molem » (L’esprit meut la matière).

Heureux l’homme que la pensée tient en éveil, heureux celui qui, sur les ailes de l’idéal, s’envole vers les cimes de l’Absolu pour en rapporter, comme Prométhée, le feu de la connaissance à ceux qui en ont le plus besoin !

Chaque créature humaine dit une multitude de possibles dont l’univers tout entier a besoin pour persévérer dans son être. Le tout est de s’ouvrir à ce qui construit. Librement. Gratuitement. Comme une semence d’espérance !

Et Mejnour vous salue

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 21 janvier 10

« L’homme se découvre quand il se mesure avec l’obstacle »

Saint-Exupéry, Terre des hommes

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GRILLE DE LECTURE

L’homme, enfermé dans une maison ténébreuse non-étoilée, finit un jour par s’habituer à sa nouvelle situation. La nuit de la maison lui devient si familière qu’il finit par y faire corps. Cette expérience nous permet de formuler une proposition : l’homme est capable d’adaptation. Il se découvre à chaque fois qu’il se trouve devant une difficulté à laquelle il doit faire face. Ceci ne révèle-t-il pas que l’homme est un être qui se dépasse ?

L’homme n’est pas que cela qui se montre. Il est un au-delà qui se découvre de jour en jour. L’homme habite sa nouvelle condition par son propre être comme il habite son lieu propre qui est son corps. Il sait faire corps avec son milieu environnant. Dans les conditions les plus difficiles, l’homme se sait vivre et c’est cela seulement qui le rend différent des autres êtres qui existent. Il intègre désormais sa nouvelle condition à sa propre vie. Tel un étudiant qui est aussi bien capable d’étudier avec la lumière d’une lampe de bougie qu’avec la lumière de l’électricité. Ceci nous révèle encore une chose que l’homme est un mystère.

Mystère de celui qui vit entre le ciel et la terre, la nuit et le jour, la lumière et les ténèbres, le visible et l’invisible. Ainsi, l’homme vit le jour et la nuit comme faisant partie de son être. L’homme se révèle comme un être de mystère capable de dépasser à chaque instant de sa vie les difficultés qu’il rencontre, capable de traverser les jours sombres de sa vie comme une étoile dans la nuit.

Fr Mervy-Monsoleil AMADI, op

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Pensée du 20 janvier 10

« … La morale n’est pas proprement la doctrine qui nous enseigne comment nous devons nous rendre heureux, mais comment nous devons devenir dignes du bonheur. »

Emmanuel Kant, Critique de la raison pratique

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GRILLE DE LECTURE

La moralité chez Emmanuel Kant est une loi par laquelle la raison détermine immédiatement la volonté. Celle-ci exige comme condition nécessaire à l’observation de ses préceptes, que soit postulés Dieu, l’immortalité et la liberté. La loi morale est édictée à la volonté par la raison sous la forme d’un impératif catégorique ; mais elle n’est mise en œuvre que par une volonté libre. En clair, il faut que l’homme soit libre, il faut qu’il y ait l’immortalité et que Dieu existe pour donner sens à notre pratique morale.

Ordinairement, l’homme s’attend à ce que la vertu soit récompensée et que le vice soit puni. L’accord du bonheur et de la vertu, le fait que la vertu soit couronnée par une vie heureuse, est une exigence de la conscience morale (la raison pratique). Or Kant constate que la vertu et le bonheur ne s’accordent pas toujours dans la vie courante. C’est-à-dire que l’expérience montre souvent des fripons heureux et des personnes vertueuses maltraitées par leur sort. Puisque le bonheur semble hors d’atteinte pour les personnes vertueuses, l’immortalité et Dieu sont les postulats requis pour assurer cette union dans l’au-delà.

Si l’exercice de la vertu ne suffit pas à nous rendre heureux, au moins il nous rend dignes du bonheur. La morale nous rend seulement dignes du bonheur, parce que notre action et le cours du monde ne nous y conduisent pas toujours. Dieu étant postulé comme fondement de la morale, Dieu étant la justification de notre action morale, seule la croyance en un Dieu juste et puissant, pourvoyeur de bonheur, peut assurer l’accord du bonheur et de la vertu. L’existence éthique n’est cohérente que dans l’acceptation de la croyance raisonnable en Dieu. Dieu se révèle chez Kant comme une exigence éthique, et non rationnelle.

Nous observons que la nécessité de l’impératif catégorique n’est compréhensible que dans la mesure où elle nous commande tout en nous rendant dignes du bonheur. Elle amène à postuler les conditions de cette nécessité : la liberté de l’homme, l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme. La volonté ne peut être déterminée par la loi que dans les conditions de la liberté. Cette liberté est le fondement inconditionné qui permet de penser la loi morale comme possible a priori.

Emmanuel AVONYO, op

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Nouveaux départs

Le Billet de Mejnour 87

Pourquoi la philosophie, les religions, l’amour passionnent ?  Essentiellement parce qu’ils sont porteurs de messages et de valeurs qui obligent à conquérir un horizon qui, par définition, est à la fois accessible (au regard et à la pensée) et inévitablement imperceptible au goût, au toucher. C’est une tension paradoxale qui entretient la vie. Elle soumet toutes nos facultés à une pression enivrante et douce, un appétit de conquête. Pour le plaisir.

Et pourquoi règnent tant de désolations dans les cœurs humains ? Parce que l’espoir a été assassiné. Parce que nous nous sommes presque tous rendus coupables de la mort de nos rêves, de l’asphyxie de nos aspirations. Et maintenant, il faut se réveiller. Songer, comme le conseille si justement Baudelaire, à être toujours ivre. De philosophie, de foi, d’amour.

Un début d’année, quelle opportunité rêvée pour sortir des prisons de ces conformismes qui tuent ! Il est temps de s’arracher à la dictature des habitudes, il faut quitter la poussière des sentiers battus. « Vivez, si vous m’en croyez ! » Cueillez dès aujourd’hui les roses d’un nouveau départ !

Mejnour vous salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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