Archive for the ‘SAGESSE’ Category

Pensée du 18 mars 11

« De tout temps la recherche d’une sagesse de vie a été chose difficile et rare ; parce que l’homme, en raison même de sa complexité et de sa richesse, risque toujours de se distraire, de se laisser prendre par les problèmes immédiats et d’oublier l’essentiel, (…) ».

Marie-Dominique Philippe, Lettre à un ami. Itinéraire philosophique.

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GRILLE DE LECTURE

Dialoguer avec la tradition philosophique appelle à un retour à l’expérience immédiate. Mais cette réalité dans son état « sauvage », dans son état natif, exige de nous une purification qui est lente à se faire à cause de l’emmaillotement de notre intelligence dans l’imaginaire. C’est pourquoi, dans Lettre à un ami, cet aristotélicien essaye, en réponse à son ami, de proposer une sorte d’itinéraire précisant les grandes étapes de la réflexion philosophique. Cet ami n’est pas à chercher loin, parce que la première marque d’amitié se trouve dans la recherche commune de la vérité : « J’écris vraiment ce livre pour celui qui, en quête de vérité, est mon ami, un ami philosophe, désireux de l’être toujours plus. » La vérité qui unit les amis philosophes est celle d’une sagesse de vie, qui a malheureusement toujours été chose difficile et rare. Cette recherche devient particulièrement difficile à notre époque à cause du contexte culturel défavorable dans lequel l’homme vit.

En effet, la quête de la sagesse est perçue de nos jours comme une activité dépourvue d’intérêt, comme une nostalgie qui n’a plus de sens. Le développement des sciences et des techniques oriente les regards vers l’efficacité de l’homme. L’accroissement de son pouvoir sur la matière biologique et inerte est sa première préoccupation. Marie-Dominique Philippe souligne que le progrès de la technique a donné à l’homme des possibilités étonnantes. Là où le bas blesse, c’est que les nouvelles possibilités offertes deviennent pour l’homme une sorte d’excroissance qui le déséquilibre, qui supprime son harmonie profonde. L’homme s’est résolument mis au diapason du développement technologique. Or, lorsque le développement devient la préoccupation dominante de l’homme, il engendre fatalement un certain scepticisme à l’égard de la philosophie (surtout la métaphysique ou la philosophie première). Il devient difficile de discerner que l’intelligence humaine est faite pour aller au-delà des connaissances scientifiques, et parvenir à une vérité d’un autre caractère.

La neutralité par rapport à la négation des fins propres à l’homme orchestrée par le développement serait une sorte de compromission. Le supplément d’âme que le développement requiert de la part de l’homme serait d’inventer de nouvelles capacités d’aimer, de penser et de contempler. Ces trois capacités énoncent l’essentiel du programme qui meuble l’itinéraire philosophique de Lettre à un ami. Pour parvenir à une authentique recherche de sagesse, l’homme doit s’interroger sur ce qu’il est comme personne humaine. Il doit redécouvrir, à partir de ses propres expériences, ce qui donne à sa vie son sens : la recherche de l’amour d’amitié, de la vérité et de la contemplation.  Si l’esprit humain est fait pour chercher et contempler la vérité, le cœur humain aussi est fait avant tout pour aimer une personne humaine, pour l’aimer comme un ami. Désormais descendus au creux de la vague, les hommes doivent lutter pour la défense de la finalité de l’existence. C’est en proposant à la science d’être au service de l’homme que la philosophie comme sagesse pourrait reconquérir la place qui est la sienne.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 17 mars 11

« Dès que nous commençons à penser conformément à la philosophie, au contraire, nous voyons… que même les choses les plus ordinaires de la vie quotidienne posent des problèmes auxquels on ne trouve que des réponses très incomplètes. La philosophie, bien qu’elle ne soit pas en mesure de nous donner avec certitude la réponse aux doutes qui nous assiègent, peut tout de même suggérer des possibilités qui élargissent le champ de notre pensée et délivrent celle-ci de la tyrannie de l’habitude. Tout en ébranlant notre certitude concernant la nature de ce qui nous entoure, elle accroît énormément notre connaissance d’une réalité possible et différente ; elle fait disparaître le dogmatisme quelque peu arrogant de ceux qui n’ont jamais parcouru la région du doute libérateur, et elle garde intact notre sentiment d’émerveillement en nous faisant voir les choses familières sous un aspect nouveau. »

Bertand Russel, Problèmes de philosophie, Petite Bibliothèque Payot, 1968, p. 183.

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Pensée du 16 mars 11

« Ce livre me plaît et me déplaît comme il est, honnête et imparfait, et si je ne déteste pas qu’on le loue, c’est humain, il m’importe peu qu’on l’approuve. Son principal effet sur moi fut de me libérer de lui. »

André Comte-Sponville, Une éducation philosophique

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GRILLE DE LECTURE

Lire, c’est goûter à une forme de liberté. Notre auteur ne déteste pas qu’on loue ou qu’on approuve un livre, parce qu’il est un homme libre. Il est le produit des livres, il est une liberté façonnée par la culture. Aussi étonnant que puisse paraître ce point de vue, bien au-delà de ce que peut percevoir un œil profane, un lecteur est un Homme libre, c’est un impénitent de la liberté d’esprit, un chantre de la faculté de juger. Après la lecture, il faut pouvoir quitter l’ouvrage. L’intérêt que représente une lecture ne doit guère induire une forme d’esclavage. La lecture a beau être un « vice impuni », elle n’est pas une fin en soi. Son but suprême, c’est la liberté de l’Homme. Lire en vue de transmettre ce qu’on a contemplé, en vue de se construire soi-même, de vivre et d’être partie prenante de l’existence, c’est encore parier pour la liberté. Mais pour quelle liberté ? Avant tout pour la liberté de l’esprit qui ne prend plus rien pour parole d’évangile et qui ose s’affirmer comme un sujet humain. Pour Comte-Sponville, la lecture n’est pas la finalité de la lecture. On ne peut pratiquer la lecture que comme un art du penser, du savoir-vivre, du savoir-être. Les livres sont des échelles sur lesquelles il faut monter pour voir plus loin que les auteurs eux-mêmes. A ce titre, la lecture n’est pas qu’une alternative à l’Action. Elle est une autre forme d’Action, le point de départ de l’Action libre qui prend en charge la fragilité de l’humaine condition.

Le philosophe qui fréquente les livres ne saurait être un vicariant de la pensée ou un agitateur de citations d’auteurs. Il doit être un homme qui ose penser par lui-même, après s’être approprié les matériaux offerts généreusement par l’histoire de la pensée. Dans la préface de l’ouvrage Les femmes qui lisent sont dangereuses (Laure Adler & Stephan Bollmann, 2006), nous lisons : « Ecrire, c’est produire le texte. Lire, c’est le recevoir d’autrui sans y marquer sa place, sans le refaire. » Après la lecture, il faut encore lui marquer sa place, il faut le refaire. Le « faire » est à prendre au sens grec du « créer ». Si la lecture est une Action créatrice d’un nouveau soi, d’un soi autre que le moi qui vient à la lecture (Ricœur), elle nous libère de tout, y compris de nous-même. Elle nous libère des déterminismes et des préjugés, de l’étroitesse d’esprit et de l’obscurantisme, elle nous façonne une armure pour le combat de la vie. Laure Adler ajoute : « Penser c’est vivre. Vivre c’est penser. Pas de pensée sans prise de risque. Pas de pensée qui ne soit un affrontement personnel avec le monde. Penser, c’est aussi frôler le précipice, assumer le désespoir et la solitude qui peuvent en résulter » (Laure Adler, Dans les pas de Hannah Arendt).

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 14 mars 11

« Puisque l’homme excelle à connaître la fin de son œuvre et à se mouvoir lui-même, c’est dans ses actes que l’on trouve le plus haut degré de volontaire. »

Saint Thomas d’Aquin, S. T., Les actes humains

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GRILLE DE LECTURE

Thomas d’Aquin veut répondre à la question suivante : « Trouve-t-on du volontaire dans les actes humains ? » La réponse à cette question n’est pas aussi évidente qu’on le pense si on se rappelle qu’Aristote avait affirmé que ce qui est volontaire est ce qui procède d’un principe intérieur, et que selon des idées reçues, le principe des actes humains n’est pas dans l’homme, mais en dehors de lui. Ce point de vue s’appuie sur le fait que l’appétit de l’homme est déterminé à agir par un objet désirable qui lui est extérieur et le meut. S’il s’avère que le principe des actes humains est extérieur à l’homme, on aurait pu affirmer qu’on ne trouve pas de volontaire dans les actes humains.

Or, saint Thomas soutient ici que c’est dans les actes humains que l’on trouve le plus haut degré de volontaire. Il motive cette thèse par le fait que l’homme excelle à connaître la fin de son œuvre et à se mouvoir lui-même. Pour comprendre cette double justification du niveau de perfection élevé de l’acte volontaire en l’homme, il nous faut approfondir la notion du volontaire. Pour saint Thomas d’Aquin, le volontaire se définit par deux traits essentiels :

On appelle une action volontaire celle qui contient en soi son principe dynamique et la connaissance de sa fin, c’est-à-dire qui est à la fois spontanée et intelligente. Ainsi, même si l’objet désirable meut l’homme de l’extérieur, le principe premier de son mouvement lui est intérieur. Cette double caractéristique de l’acte volontaire indique que les deux facultés dont procède l’acte volontaire de l’homme sont la volonté et l’intelligence. Par la volonté, l’homme se meut à agir, il excelle à se mouvoir lui-même, il est le principe dynamique de son action. Puisque tout agent, tout être mû, agit ou est mû en raison d’une fin, la connaissance de la fin est aussi déterminante.

Ainsi, l’intelligence nous rend capables d’orienter notre action selon la connaissance qu’elle nous donne de la fin que nous visons. Lorsque Thomas affirme que c’est dans les actes humains que l’on trouve le plus haut degré de volontaire, il insinue que l’homme est doté de la faculté du libre choix. Le libre arbitre est une « faculté de volonté et de raison ». L’homme qui agit librement, agit volontairement, car cela se passe sous la conjonction de la volonté et de l’intelligence. La perfection chez l’homme provient de la connaissance de la fin vers laquelle il se meut. Le principe de son action lui est intrinsèque contrairement aux animaux qui ne connaissent pas la fin vers laquelle ils se meuvent. Quant bien même leur mouvement peut venir du dedans, ils ne se meuvent pas eux-mêmes, parce qu’ils n’ont pas une connaissance intelligente de la fin.

Emmanuel AVONYO, op

 

Pensée du 13 mars 11

« Posons donc que tout ce qui est universel, chez l’homme, relève de l’ordre de la nature et se caractérise par la spontanéité, que tout ce qui est astreint à une norme appartient à la culture et présente les attributs du relatif et du particulier. Nous nous trouvons alors confrontés avec un fait, ou plutôt un ensemble de faits, qui n’est pas loin, à la lumière des définitions précédentes d’apparaître comme un scandale: nous voulons dire cet ensemble complexe de croyances, de coutumes, de stipulations et d’institutions que l’on désigne sommairement sous le nom de prohibition de l’inceste. Car la prohibition de l’inceste présente, sans la moindre équivoque, et indissolublement réunis, les deux caractères où nous avons reconnu les attributs contradictoires de deux ordres exclusifs : elle constitue une règle, mais une règle qui, seule entre toutes les règles sociales, possède en même temps un caractère d’universalité. »

Claude Lévi-Strauss, Les Structures élémentaires de la parenté (1947), Mouton, 1967, p. 10.

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Pensée du 12 mars 11

« Pour résumer toute notre anthropogenèse de la paix le plus simplement possible, disons qu’elle ne tient qu’en trois choses : l’arbre à palabre, qui symbolise la communication politique et sociale ; le bois sacré, qui symbolise le silence transcendantal ; et les sociétés initiatiques, qui symbolisent l’éthique de la paix, car seuls ceux qui sont initiés au silence transcendantal peuvent être promoteurs de paix authentique en théorie comme en pratique ; la théorie de la paix étant du domaine de la parole, de l’enseignement, de l’éducation à la paix ; la pratique de la paix étant de celui de l’action, du comportement et des attitudes pacifiques avec les hommes et entre les hommes. »

Lanciné Sylla, Anthropologie de la paix, Les Editions du CERAP, Abidjan, 2007.

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Pensée du 11 mars 11

« Le néant et l’être sont toujours absolument autres, c’est précisément leur isolement qui les unit ; ils ne sont pas vraiment unis, ils se succèdent seulement plus vite devant la pensée. »

Maurice Merleau-Ponty, Le visible et l’invisible

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GRILLE DE LECTURE

Le philosophe des figures chiasmatiques et des dialectiques circulantes nous conduit de nouveau dans son antre où ne cessent de fermenter la pensée de l’être sauvage, celle de la réflexion d’avant toute réflexion, la pensée de l’entrelacs du visible et de l’invisible, et celle du dédoublement ambivalent de l’être et du néant. Le néant et l’être sont absolument autres, ils ne font que se succéder devant la pensée, l’espace virtuel d’une unité dans la différence. Le néant et l’être sont radicalement autres, mais ils ne sont pas moins unis d’une unité discriminante, d’une unité qui distingue et différencie, d’une unité qui n’en est pas une. Le néant et l’être sont des fragments de l’Etre, le néant est négatif et l’être est positif. Le mirage de l’unité surgit au moment où le négativisme le plus absolu se donne à saisir comme l’autre du positivisme. Merleau-Ponty précise que les deux ne sont pas réellement unis. Ils sont pourtant à prendre comme une ambivalence, la même chose en deux contradictoires.

 

En fait, le néant ne peut pas éviter toute contamination par l’être. Négation et position s’équivalent au plus fort de leur complicité et de leur tumulte silencieux. C’est pourquoi Merleau-Ponty affirme que le problème ontologique antique du « pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » n’est plus un problème lorsqu’on parvient à l’idée que le rien ne saurait prendre la place du quelque chose de l’être, et que le rien et le quelque chose s’ajustent l’un sur l’autre. La façon d’être du néant est de ne pas être, et celle de l’être est d’être. La perception de l’être et l’imperception du néant sont coextensives l’une à l’autre et ne font qu’un, car il n’y a pas le plus petit écart possible entre la pensée du négatif dans son originalité et la pensée de l’être dans son sa plénitude. Au fond de cette ambivalence, c’est l’Etre qui convoque le néant à l’être tel qu’il est.

Pour Merleau-Ponty, la pensée du négatif est essentielle à la compréhension de l’être au monde. Au nom de l’exigence d’être tout, le néant s’incorpore à l’être. De la même façon que chaque être s’éprouve mêlé aux autres par sa situation d’inhérence à l’Etre, le néant et l’être revendiquent une commune appartenance à l’Etre. Tout comme les êtres du monde ne sont pas des îlots, des fragments d’êtres cloisonnés, il sourd en chaque être l’exigence fondamentale d’un néant constitutif. Ma présence est donc fondamentalement référée au néant, je suis un néant. Le fait pour moi d’être un néant ne m’enlève pas l’être, car le néant est destiné à l’Etre, et ma présence comme néant est à comprendre simplement comme une exigence de totalité et de cohésion du néant et de l’être. Au-delà d’une distinction légitime du néant et de l’être, la force de l’être s’appuie sur la faiblesse du néant qui est son complice tout comme l’obscurité de l’En Soi s’éclipse devant la clarté du Pour Soi.

Emmanuel AVONYO, op

 

Pensée du 10 mars 11

« Il n’existe pas de critère extérieur à la polis permettant d’évaluer rationnellement une polis en ce qui concerne la justice ou tout autre bien. La compréhension de ce qu’est une polis, de la nature du bien qu’elle a pour fonction de réaliser, et du degré de réussite de la polis dont on est citoyen dans la réalisation de ce bien, tout cela requiert l’appartenance à une polis. Sans cette condition, il manque inévitablement des éléments essentiels de l’apprentissage des vertus et de l’expérience de la vie des vertus qui sont indispensables à cette compréhension. Mais il y a plus : il manque inévitablement la faculté du raisonnement pratique. »

Alasdair MacIntyre, Quelle justice, quelle rationalité, Paris, PUF, 1993.

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Pensée du 09 mars 11

« Le postulat ontologique du pneuma est l’assise du système stoïcien sur laquelle reposent les théories connexes que sont la physique, la morale et la logique, qui jouent dans cet ensemble épistémologique la fonction scientifique d’un acte architectonique. »

Dominique ASSALE, « Pour une phénoménologie de l’histoire du stoïcisme », Cours d’histoire de la philosophie, UCAO-UUA-2009.

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GRILLE DE LECTURE

La densité de la pensée de ce jour nous met en demeure de procéder de façon quelque peu cartésienne : commençons par la définition des concepts clés. Un postulat est une proposition indémontrable, une vérité proposée à la concession au départ de toute construction. Dominique ASSALE appelle « postulat ontologique » la vérité ou l’intuition fondamentale affirmée par une philosophie. Tout philosophe part d’une vérité postulée qui éclaire l’ensemble de sa pensée. Les Stoïciens partent de l’intuition fondamentale du Pneuma (souffle, esprit). L’acte architectonique est l’un des actes génétiques d’une philosophie, cet acte qui donne naissance au système philosophique se caractérise par la fonction scientifique (systématique) qu’il confère à une philosophie. En clair, l’acte architectonique positionne une philosophie comme un corpus scientifique. Dans la philosophie stoïcienne de la période hellénistique post-aristotélicienne, le caractère scientifique découle de l’entrelacement et de l’ordonnancement des théories regroupées à l’intérieur de la physique, de la morale et de la logique. Ces trois sphères constituent une totalité systématique, la philosophie stoïcienne. Les différentes parties de la structure épistémologique (ici, scientifique ou systématique) de l’espace stoïcien tirent leur principe d’une vérité fondamentale : l’intuition du pneuma. Elle se rapporte au domaine de la physique. Ce qui fait dire à Chrysippe que la morale et la logique sont au service de la physique. Accordons à présent notre attention au postulat ontologique.

Le pneuma peut être présenté comme le souffle vital, un ensemble de flux et reflux, qui pénètrent tout l’univers, animant tout être naturel et unifient tout l’ordre naturel. Dominique ASSALE soutient que ce postulat ontologique du pneuma n’apparaît clairement que dans la physique du Portique (des Stoïciens) : « Au fond de la description de la physique, le pneuma se constitue comme un principe actif qui est à l’œuvre dans l’univers… C’est grâce au pneuma que toutes les parties de l’univers sont maintenues en équilibre sans courir le risque d’une désintégration dans le vide infini. » C’est pourquoi le pneuma est considéré comme le soubassement de tout l’édifice philosophique du Portique. C’est le pneuma qui structure toute la doctrine élaborée par les stoïciens. Il est un logos immanent d’organisation qui assure la continuité et l’équilibre dans la nature. L’unité de chaque être provient de la diversité de ses manifestations sous l’impulsion féconde du principe actif et divin qu’est le pneuma. Ainsi, dans la philosophie stoïcienne, le dualisme métaphysique de l’un et du multiple est surmonté. Le destin naturel qui unifie toutes les parties du monde s’apparente à Dieu. Selon Dominique ASSALE, le nom qui, dans la philosophie du Portique, convient le mieux à ce destin immanent présidant à la sympathie universelle est la providence.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 08 mars 11

« … Telle est la situation : d’une part, tout a été dit avant la philosophie, par signe et par énigme ; c’est un des sens du mot d’Héraclite : Le maître dont l’oracle est à Delphes ne parle pas, ne dissimule pas : il signifie. D’autre part, nous avons la tâche de parler clairement, en prenant peut-être aussi le risque de dissimuler, en interprétant l’oracle. La philosophie commence à soi, elle est commencement. Ainsi, le discours suivi des philosophies est à la fois reprise herméneutique des énigmes qui le précèdent, l’enveloppent et le nourrissent, et recherche du commencement, quête de l’ordre, appétit du système. Heureuse et rare serait la rencontre, au sein d’une même philosophie, entre l’abondance des signes et des énigmes retenues et la rigueur d’un discours sans complaisance. »

Paul Ricœur, Le conflit des interprétations, Paris, Seuil, 1969, p. 292.

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