Posts Tagged ‘transcendance’

Pensée du 25 avril 10

« Fait capital et d’une immense portée, une conception anthropomorphique de Dieu nous est à la fois philosophiquement interdite et religieusement nécessaire. »

LE ROY, Le problème de Dieu

_______________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

L’anthropomorphisme est le fait d’attribuer à Dieu la nature humaine, de lui donner des caractéristiques ou des représentations de l’homme. La religion le fait mieux. En effet, la religion est une relation entre l’homme et le divin. Du latin religare (relier), la religion signifie en soi ce qui relie l’homme au divin. Mais dans la conception religieuse en général, le divin est éloigné de l’homme (cf. les Religions Traditionnelles Africaines). Ainsi pour montrer le divin, l’homme passe par soi. Comme le divin est au-delà de ce qui est sensible, qu’il ne peut  demeurer avec l’homme, c’est à travers des hommes qu’il se fait voir, qu’il dirige le monde. Le divin s’incarne dans les grands hommes. Il prend ainsi la peau humaine, agit par l’homme, agit en homme. Les grands hommes de ce monde, de l’histoire sont donc l’incarnation du divin. Le divin a ainsi des attributions humaines. Les calamités sont attribuées au divin mécontent : il a été lésé, offensé, négligé… Le divin a alors des actes, des sentiments humains, il agit comme l’homme dans la colère, en état de réclamation, de besoin (d’adoration et de sacrifice par exemple…). Voilà l’anthropomorphisme de Dieu. Cela engage toute la croyance religieuse.

Mais cela ne passe pas chez les philosophes qui voient dans la conception anthropomorphique de Dieu une certaine trahison, une imposture, une méprise. Dieu qui est l’Etre transcendant ne peut être cerné, caractérisé. Il ne peut être enfermé dans les schèmes du sensible, il dépasse tout ce qui est représentable intellectuellement puisqu’il est invisible. Dieu dépasse toutes les catégories humaines. L’Etre nécessaire, transcendant, ne peut être vu comme un homme car l’homme est un être qui doit le tout de son être à l’Etre suprême. L’homme est comme un effet du don de l’être par l’Etre suprême qui est sa cause. Or, la Cause ne peut être prise comme et pour le causé, l’effet. Dieu est la Cause incausée de tous les êtres dont fait partie l’homme. Le rapport entre Dieu et l’homme est la causalité, la création, la donation de l’être. Leibniz disait « C’est se jouer de Dieu par des anthropomorphismes perpétuels : c’est se le représenter comme un homme qui se doit tout entier à l’affaire dont il s’agit » (Théodicée, I, § 122).

En effet, pour le philosophe, Dieu est trahi, est joué et l’anthropomorphisme n’a pas sa raison d’être. Par l’anthropomorphisme, le causé se joue de l’Etre causant non causé. Aussi, Dieu est un Etre Absolu, et l’homme est un être relatif. L’Absolu ne peut revêtir la peau du relatif. Chacun a ses attributs propres qui le distinguent essentiellement de l’autre. On ne peut ramener l’Absolu, le nécessaire et l’Infini au relatif, au contingent et au fini.

fr Aristide BASSE, op

Pensée du 21 mars 10

« La compréhension est le mouvement même de la ‘‘Transcendance’’».

Hans Georg GADAMAER, le problème de la conscience historique (p. 51)

_______________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

Avec Heidegger, la compréhension n’est plus une opération qui irait  en sens inverse de celle de la vie constituante et qui lui serait postérieure. Elle est bien au contraire, le mode d’être originaire de la vie humaine elle-même. Ici se trouve le testament heideggérien légué à Gadamer. Lequel testament invite à admettre que comprendre n’est pas un mode de comportement parmi d’autres mais le mode d’être du dasein. Mais en fait que veut dire comprendre ? Une approche du concept en sa résonance allemande pourrait tracer le chemin de la réponse à la question posée.

A la lumière de cette approche, nous découvrons que le verbe comprendre (Verstehen) possède deux sens. Tout d’abord il a le même sens qu’en français lorsque nous disons, par exemple : « je comprends la signification de quelque chose ». Ensuite il signifie aussi : « s’y connaître en quelque chose ». De ces deux acceptions, la compréhension en conséquence, devient l’acte par lequel l’on communie à ce qui se pose là devant soi et qui toujours déjà entretient avec nous un lien d’amitié. La compréhension est donc une question « d’appartenance » dans la mesure où le mouvement de la compréhension est porté par le désir de faire communauté avec le sens. Au fond, il s’agit de prendre conscience que « ce que nous nous préparons à accueillir n’est jamais sans quelque résonance en nous, et il est le miroir où chacun de nous se reconnaît »[1]. De ce point de vue, il n’est pas hasardeux d’affirmer avec Gadamer que « la compréhension est le mouvement même de ‘‘la transcendance’’». Cette affirmation requiert de nous au moins une seconde de silence.

Pareil silence nous donne de comprendre en un éclair que la compréhension est le mouvement même de la transcendance parce qu’elle est le lieu même où se tissent silencieusement les fiançailles de l’homme d’avec la vérité (la transcendance). C’est donc cette vérité qui suscite en l’homme son désir, sa soif de comprendre. Dès lors, dire que « la compréhension est le mouvement même de ‘‘la transcendance’’ revient à dire que la compréhension a un poids ontologique et que « toute compréhension commence par le fait que quelque chose nous appelle »[2]. Elle est une détermination transcendantale qui donne à l’herméneutique une nouvelle dimension et une portée universelle. De ce fait, toute compréhension herméneutique commence et finit par la chose même[3].


[1]Hans Georg GADAMAER, le problème de la conscience historique, trad. Pierre Fruchon, Paris, ed. Seuil, 1996, p.56.

[2] Ibidem, p.88.

[3] Ibidem, p. 90.

Klaourou Elvis Aubin

Elvis-Aubin KLAOUROU

e.klaourou@yahoo.fr

L’intelligibilité à l’aulne de la transcendance

L’Atelier des concepts, par Emmanuel AVONYO, op

Semaine du 1er février 2010

_______________________________________________________________

Après avoir montré dans « La facticité de la condition existentielle » le caractère prépondérant de la facticité dans le réseau des concepts de la philosophie existentielle, la question se pose de savoir comment s’articulent ces différents modes d’être dans l’existence de l’homme. Nous partons du présupposé suivant : que l’on soit adepte du relativisme, du nihilisme ou du dogmatisme, l’on ne peut se dispenser de l’épreuve du retour réflexif sur soi par lequel la conscience est mise en demeure d’élucider son existence factice. Dans ces conditions, l’exigence humaine d’intelligibilité culmine souvent dans l’affirmation de la transcendance comme une logique de l’existence et une condition de la liberté de l’homme.

Télécharger >>> L’intelligibilité à l’aulne de la transcendance.pdf

_______________________________________________________________

Domaine du discours

L’exigence d’intelligibilité

Intelligibilité et transcendance

Transcendance et limite de l’intelligibilité

La transcendance immanente

_______________________________________________________________

La facticité de la condition existentielle de l’homme reçoit une explication par l’intelligibilité qu’elle reçoit de la transcendance. Pour prendre conscience de soi comme icône de la transcendance, l’homme doit admettre qu’il s’origine dans le transcendant. Sans transcendance, il n’y a pas d’intelligibilité, et sans intelligibilité, il n’y a pas de liberté, c’est le règne absolu de la contingence. L’homme choit au rang d’un simple fait biologique parmi d’autres. Il est livré aux lois de la nécessité naturelle et des fatalités invincibles de l’imaginaire. Sans intelligibilité, l’existant est abandonné au pessimisme de la course à la mort, au déclin de la conscience. La reconnaissance de la transcendance comme source première d’intelligibilité n’est-elle pas la foi philosophique de l’homme en ses possibles, la condition de la projection d’un idéal d’homme ?

>>> La facticité de la condition existentielle >>>

>>> L’existentialisme athée de Merleau-Ponty >>>

>>> L’existentialisme athée de Sartre>>>

>>> Qu’est-ce que l’existentialisme ?>>>

La facticité de la condition existentielle

L’Atelier des concepts, par Emmanuel AVONYO, op

Semaine du 24 janvier 2010

_____________________________________________________________

Dans cet exposé sur la facticité de la condition humaine que nous voulions initialement intituler les concepts de la condition existentielle de l’homme, notre but est double : montrer dans un premier temps le caractère prépondérant du concept de facticité dans la philosophie existentielle qui se réclame de Heidegger et de Sartre ; puis, dans un deuxième temps, expliciter le lien entre la facticité, la transcendance et l’intelligibilité. L’atelier de concepts de cette semaine s’occupe du premier objectif énoncé.

1. La contingence et la facticité

2. La déréliction et la facticité

Lire l’article >>> LA FACTICITE DE LA CONDITION EXISTENTIELLE.PDF

Dans ce bref parcours exploratoire de la notion de facticité, nous l’avons définie comme une non-nécessité d’exister. La facticité se révèle au centre d’un réseau de concepts qui caractérisent la condition humaine dans l’existentialisme. La facticité, la contingence, la déréliction sont autant d’acceptions du même mode d’existence qui n’accèdent pas directement à l’intelligibilité. Lorsqu’il s’emploie à les comprendre, l’homme se dévoile comme un être constamment en dépassement de soi pour s’élever à une transcendance dont il est le « chiffre ». L’intelligibilité et la transcendance étant deux autres concepts qui entretiennent une étroite relation avec la facticité, nous en parlerons la semaine à venir.

Emmanuel AVONYO

>>> L’intelligibilité à l’aulne de la transcendance>>>

>>> L’existentialisme athée de Merleau-Ponty >>>

>>>L’existentialisme athée de Sartre>>>

>>> Qu’est-ce que l’existentialisme ?>>>


[1] Selon Gilles Vannier, François Vezin, traducteur d’Etre et Temps, aurait rendu le terme facticité par factivité.

Pensée du 15 novembre 09

« Fait capital et d’une immense portée, une conception anthropomorphique de Dieu nous est à la fois philosophiquement interdite et religieusement nécessaire. »

LE ROY, Le problème de Dieu

____________________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

L’anthropomorphisme est le fait d’attribuer à Dieu la nature humaine, de lui donner des caractéristiques ou des représentations de l’homme. La religion le fait mieux. En effet, la religion est une relation entre l’homme et le divin. Du latin religare (relier), la religion signifie en soi ce qui relie l’homme au divin. Mais dans la conception religieuse en général, le divin est éloigné de l’homme (cf. les Religions Traditionnelles Africaines).

Ainsi pour montrer le divin, l’homme passe par soi. Comme le divin est au-delà de ce qui est sensible, qu’il ne peut faire demeure avec l’homme, c’est à travers des hommes qu’il se fait voir, qu’il dirige le monde. Le divin s’incarne dans les grands hommes. Il prend ainsi la peau humaine, agit par l’homme, agit en homme. Les grands hommes de ce monde, de l’histoire sont donc l’incarnation du divin. Le divin a ainsi des attributions humaines. Les calamités sont attribuées au divin mécontent : il a été lésé, offensé, négligé… Le divin a alors des actes, des sentiments humains, il agit comme l’homme dans la colère, la réclamation, le besoin (d’adoration et de sacrifice par exemple…). Voilà l’anthropomorphisme de Dieu. Cela engage toute la croyance religieuse.

Mais cela ne passe pas chez les philosophes qui voient dans la conception anthropomorphique de Dieu une certaine trahison, une imposture, une méprise. Dieu qui est l’Etre transcendant ne peut être cerné, caractérisé. Il ne peut être enfermé dans les schèmes du sensible, il dépasse tout ce qui est représentable intellectuellement puisqu’il est invisible. Dieu dépasse toutes les catégories humaines. L’Etre nécessaire, transcendant, ne peut être vu comme un homme car l’homme est un être qui doit le tout de son être à l’Etre suprême.

L’homme est comme un effet du don de l’être par l’Etre suprême qui est sa cause. Or, la Cause ne peut être prise comme et pour le causé, l’effet. Dieu est la Cause incausée de tous les êtres dont fait partie l’homme. Le rapport entre Dieu et l’homme est la causalité, la création, la donation de l’être. Leibniz disait « C’est se jouer de Dieu par des anthropomorphismes perpétuels : c’est se le représenter comme un homme qui se doit tout entier à l’affaire dont il s’agit » (Théodicée, I, § 122).

En effet, pour le philosophe, Dieu est trahi, est joué et l’anthropomorphisme n’a pas sa raison d’être en fait. Par l’anthropomorphisme, le causé se joue de l’Etre causant non causé. Aussi, Dieu est un Etre Absolu, et l’homme est un être relatif. L’Absolu ne peut revêtir la peau du relatif. Chacun a ses attributs propres qui le distinguent essentiellement de l’autre. On ne peut ramener l’Absolu, le nécessaire et l’Infini au relatif, au contingent et au fini.

fr Aristide BASSE, op

Pensée du 14 novembre

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE>>>

ALLER AU SOMMAIRE >>>

_______________________________________________________________

Pensée du 02 novembre 09

 

« La compréhension est le mouvement même de la ‘‘Transcendance’’».

Hans Georg GADAMAER,le problème de la conscience historique (p. 51)

______________________________________________________________________

GRILLE DE LECTURE

Avec Heidegger, la compréhension n’est plus une opération qui irait  en sens inverse de celle de la vie constituante et qui lui serait postérieure. Elle est bien au contraire, le mode d’être originaire de la vie humaine elle-même. Ici se trouve le testament heideggérien légué à Gadamer. Lequel testament invite à admettre que comprendre n’est pas un mode de comportement parmi d’autres mais le mode d’être du dasein.

Mais en fait que veut dire comprendre ? Une approche du concept en sa résonance allemande pourrait tracer le chemin de la réponse à la question posée. A la lumière donc de cette approche, nous découvrons que le verbe comprendre (Verstehen) possède deux sens. Tout d’abord il a le même sens qu’en français lorsque nous disons, par exemple : « je comprends la signification de quelque chose ». Ensuite il signifie aussi : « s’y connaître en quelque chose ». De ces deux acceptions, la compréhension en conséquence, devient l’acte par lequel, l’on communie à ce qui se pose là devant soi et qui toujours déjà entretient avec nous un lien d’amitié. La compréhension est donc une question « d’appartenance » dans la mesure où le mouvement de la compréhension est porté par le désir de faire communauté avec le sens.

Au fond, il s’agit de saisir que « ce que nous nous préparons à accueillir n’est jamais sans quelque résonance en nous, et il est le miroir où chacun de nous se reconnaît »[1]. De ce point de vue, il n’est pas hasardeux d’affirmer avec Gadamer que « la compréhension est le mouvement même de ‘‘la transcendance’’». Cette affirmation requiert de nous au moins une seconde de silence.

Pareil silence nous donne de comprendre en un éclair que la compréhension est le mouvement même de la transcendance parce qu’elle est le lieu même où se tissent silencieusement les fiançailles de l’homme d’avec la vérité (la transcendance). C’est donc cette vérité qui suscite en l’homme son désir, sa soif de comprendre. Dès lors, dire que « la compréhension est le mouvement même de ‘‘la transcendance’’ revient à dire que la compréhension a un poids ontologique et que « toute compréhension commence par le fait que quelque chose nous appelle »[2]. Elle est une détermination transcendantale qui donne à l’herméneutique une nouvelle dimension et une portée universelle. De ce fait, toute compréhension herméneutique commence et finit par la chose même[3].

Klaourou Elvis Aubin

e.klaourou@yahoo.fr

Pensée du 1er novembre 09

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE


[1]Hans Georg GADAMER, le problème de la conscience historique, trad. Pierre Fruchon, Paris, ed. Seuil, 1996, p.56.

[2] Ibidem, p.88.

[3] Ibidem, p. 90.