Archive for the ‘CULTURE’ Category

Pensée du 28 octobre

« L’homme est cette nuit, le néant vide qui contient tout dans sa simplicité. C’est cette nuit qu’on aperçoit lorsqu’on regarde un homme dans les yeux. On plonge alors dans une nuit qui devient terrible ; c’est la nuit du monde qui se trouve en face de nous ».

HEGEL, La philosophie de l’Esprit

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GRILLE DE LECTURE

La nuit traduit l’idée de l’obscurité, du néant, de l’invisible, en clair de ce qui échappe, de l’in-objectif. On pourrait en un autre sens dire que la nuit dit l’apparaître de ce qui est comme frontière pour la conscience objectivante. La nuit est le lieu du silence, elle est  cet instant de l’extase originelle où loin des bruits du monde l’Etre a commencé son poème. Lieu où l’Etre s’est comme retiré en attente de l’éclosion du jour. La nuit en ce sens est la préfiguration du jour, elle est l’annonce du jour.

Cela souligne l’idée d’une nécessité interne lorsque nous parlons du jour ou de la nuit. La nuit est nécessaire pour le jour, et le jour l’est aussi pour la nuit. La nuit est cela qui prépare le jour. Elle est la dimension de l’épaisseur, de profondeur. Si l’homme est comparé à la nuit, cela veut dire que l’homme est l’être de profondeur. Cette profondeur est cela qui signifie la nuit qu’on aperçoit lorsqu’on regarde l’homme dans ses yeux, dans son visage.

Le visage est la partie de l’homme qui signifie son humanité. Le visage se donne à voir pour un autre visage, un autre regard et il est toujours susceptible de me révéler, de me donner à lire et à interpréter. Au milieu du visage s’ouvrent les yeux et s’allume le regard. L’un est inséparable de l’autre, avec toutefois cette nuance étonnante que souligne Sartre : le regard apparaît précisément à cet instant fugace où les yeux disparaissent, leur couleur, leur contour, pour n’être plus qu’une intentionnalité, une intensité, une émotion. Ne serait-il pas commode en effet de dire que nous touchons là à l’inexprimable, à la profondeur même de l’homme, à cette part irréductible d’obscurité qui nous habite tous ?

Si le regard est silencieux, il n’en signifie pas moins et il suscite une interprétation qui, elle, relève bien l’exprimable. Le regard peut bien être compris comme cet au-delà des yeux qui leur donne un style singulier, il n’est rien d’autre que l’écho de la profondeur d’une existence sortant d’elle-même puisqu’elle est communication et rencontre d’autrui. Ainsi le regard reste pouvoir d’échappement sans cesser de rayonner d’un soi. Que l’homme par cet abîme qu’on aperçoit dans les yeux soit comparé à une nuit, cela signifie que son être-là est le visible d’un invisible.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Pensée du 27 octobre

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE

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Muses

Nos relations s’étendent à des personnes de sexe opposé. Réduire les rapports hommes femmes à la génitalité, tel est le péril auquel s’expose la personnalité immature. De même que l’eau et le feu, convenablement utilisés, peuvent produire la vapeur qui fut si utile à la révolution technologique, l’homme et la femme entretenant de saines relations sans pudeur excessive mais sans relâchement importun réalisent l’avènement d’une société noble. A l’inverse, un usage irraisonné de l’eau et du feu provoquerait, par exemple, l’extinction de celui-ci par celle-là. Le feu serait éteint et l’eau perdue, gaspillée. Rien ne serait construit.

Dans sa magistrale préface de Mademoiselle de Maupin, Théophile Gautier affirme que les Muses veulent des compagnons forts d’une force qui n’est pas absence de sensibilité, mais ouverture à l’essentiel. En l’occurrence, l’essentiel, c’est l’inspiration. N’est pas inspiré qui n’a pas réfléchi! Les Muses, si tu le veux, cher compagnon, te seront présentées plus loin dans notre odyssée. Qu’il te suffise de savoir que ce sont de merveilleuses femmes qui inspirent les artistes. Comme “la critique est aisée et l’art difficile”, il est clair que les Muses n’assistent et n’inspirent que les forts. Encore, une fois, on est jamais aussi fort que lorsqu’on a su se taire pour réfléchir.C’est alors que Mentor cède le passage et la place aux Muses qui offrent la prime à l’effort, la rançon de la sagesse.

Mejnour te salue!

LE BILLET DE MEJNOUR >>> MENTOR

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 27 octobre

« La nécessité est dure, mais seule la nécessité permet à l’homme de montrer s’il a du fond. N’importe qui peut vivre arbitrairement.»

Goethe, Lettre de janvier 1781 à Johano friedrich KRAFFRT

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GRILLE DE LECTURE

La nécessité est le propre de l’homme, elle est la catégorie substantielle de l’homme. Elle est au-delà de toutes les contingences de la vie et demeure comme le substrat de l’existence humaine en tant que telle. L’homme est appelé à vivre la nécessité de son être. Vivre la nécessité de son être, c’est ne pas vivre arbitrairement et ne pas vivre arbitrairement c’est échapper à la contingence, à l’accidentel, au superficiel. En clair, c’est se décider au sens, revenir à soi-même comme à son plus sûr logis et ne devoir son bonheur qu’à soi. Ceci ne révèle pas autre chose que le désir d’un centre, d’un chez soi.

Centre signifie ce qui me permet de rester moi-même, de jouir d’une sorte de fraîcheur, de retrouver mon intimité. Dans l’absence de ce centre, je sors de plus en plus de moi pour m’éparpiller. L’éparpillement ne traduit point que j’acquiers ainsi densité ! Au contraire, en allant dans toutes les directions, je m’épuise. Essoufflé, je tombe dans la distraction, le divertissement qui au lieu de me ramener à moi-même m’enfonce loin de mon centre. Seule la nécessité peut me ramener à moi-même. Cet effort de retour à soi est violence faite sur soi-même, la conquête de la nécessité est endurance c’est pourquoi elle est dure.

Mervy Monsoleil AMADI, op

Pensée du 26 octobre

NUL N’ENTRE ICI S’IL N’EST GEOMETRE

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Mentor

Une vie sans relation est sèche et stérile. On ne s’épanouit vraiment, on ne se réalise pleinement vivant que dans l’actualisation constante d’une “écologie de la relation”. Enfant, nous avons pour nous orienter (nous conduire vers l’orient lumineux) les nôtres, nos familiers. Adolescents puis adultes, nous avons à parfaire notre éducation (ex ducere, conduire vers, hors de…Notre odyssée se poursuit!) à la vie haute, noble et sublime en société. A chacune de ces étapes et pour peu que l’on sache lire les signes entre (et sur) les lignes de la vie, un mentor se présente qui nous apprend à être. Le mentor est le moteur du caractère, le potier de l’âme pensante. Avec lui se tisse une relation dialectique, une “tension à la fois heuristique et cognitive (?) au terme de laquelle, par un jeu de questions et réponses, l’on se fait instruire par le mentor en le forçant à toujours s’élever parce qu’il doit entraîner à sa suite celui qu’il forme.

Le mentor est le pédagogue par excellence. Il deviendra enseignant lorsque l’enfant lui donnera des gages de maturité. Car il s’agit de conduire le fils d’homme à l’intelligence des signes. C’est une œuvre de longue haleine qui se réalise véritablement lorsque nous en arrivons à faire la fierté de ceux qui, en nous enseignant, nous présentent des signes que nous décryptons. Le maître mot ici est discipline. De lui découle une fierté légitime qui n’est ni morgue, ni orgueil, mais repos dans la lumière !

Mejnour te salue !

>>>LE BILLET DE MEJNOUR, MYTHES<<<

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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MYTHES

Des rencontres édifiantes, c’est ce qui donne à nos jours leurs couleurs, à nos vies leur beauté, à nos fins leur sens. Tant et si bien que notre vie devient une œuvre d’art en laquelle devraient se conjuguer la pensée, le sentiment, l’action. Tout l’humain et tout homme se trouvent contenus dans l’harmonieuse combinaison de ces trois facteurs de vie. La mythologie gréco romaine a offert à la postérité des héros caractéristiques de chacun desdits moteurs de vie : Mentor, les Muses, Hercule. Nous allons explorer le contenu d’une belle vie en prenant appui sur eux. Nous verrons bien comment, si nous sommes sensibles à l’éloquence des signes, faire notre profit de ce que nous lègue une tradition culturelle multiséculaire. Et, fidèle à la tradition brechtienne de la distanciation, cher ami, nous nous évertuerons à parler de tous sans nommer personne. “Homo sum, humani nihil a me alienum puto” (je suis un homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger).

Mejnour te salue !

>>>LE BILLET DE MEJNOUR, RENCONTRES EDIFIANTES>>>

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Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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RENCONTRES EDIFIANTES

Il est des rencontres qui, mieux que toutes, érigent en nous les colonnes de l’humain. Elles ne se programment pas. Mais elles semblent survenir alors que les conditions les plus appropriées sont réunies pour leur avènement. Ce sont ces rencontres qui encouragent à vivre bien. C’est par exemple la rencontre d’une fille de la lumière – Lucie – qui nous offre le loisir de penser, de réfléchir, de donner à l’univers les teintes fraîches d’un noble idéal. Dante ALIGHIERI en a donné un bel exemple avec la symbolique Béatrice PORTINARI qui lui a fait visiter le ciel dans sa divine comédie. Mais il n’y a pas que les femmes qui construisent et instruisent…

Il est des maîtres qui s’ignorent. Ceux là ont la simplicité, l’humilité requises pour communiquer librement leur science. La connaissance vraie ne connaît les limites d’aucune prison. Et ceux qui la dispensent donnent à nos jours de savoureuses tonalités, de pressantes invitations au bonheur dont l’expression la plus achevée est le savoir. Grâce à ces maîtres, l’on apprend ce qu’est une belle vie. Que nos rencontres de ce jour, cher ami, soient édifiantes. Qu’elles nous portent à réaliser la beauté, la valeur de la vie.

Mejnour te salue !

>>>LE BILLET DE MEJNOUR : DECOR>>>

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Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Décor

« Hélas ! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! insensé, qui crois que je ne suis pas toi ». Hugo, penseur de l’intersubjectivité avant l’heure ? Pourquoi pas ? Toujours est-il que le propos de Mejnour est de parler à tous l’unique langue des hommes, celle du cœur. Car c’est elle qui, sous l’infinie variété des facettes de vies humaines, dit l’unité de notre humanité en nous convoquant par exemple, sur la toile, cette gigantesque assemblée où voudrait se dire l’éclatante simplicité de la vérité pure et nue. C’est la vérité qui réconcilie l’homme avec l’humain. C’est ici que la rature de Ricoeur prend sens et consistance : par une patiente et persévérante purification de nos schémas de pensées (et donc des tendances qu’ils charrient), nous pourrons – et ce sera la fierté du Ciel – briller de l’éclat radieux du soleil. La pensée, mon ami, la pensée. Et par la pensée, la liberté. La pensée te fortifie et te distingue de tous et de tout durant cette longue aventure collective de l’humanité, j’ai nommé l’histoire. Ainsi est planté le décor.

Mejnour te salue !

>>> VOIR AUSSI,  FIAT LUX>>>

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Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Fiat lux !

Le voyage entamé se poursuit. La confrontation avec notre bête intérieure a eu lieu. Les ruptures, qui s’imposaient, n’avaient qu’un but : disposer nos sens à une meilleure perception de la LUMIERE. Car nul n’est libre s’il ne sait assimiler la lumière pour, à son tour, comme un soleil ou comme une chandelle, illuminer son monde. Car, il faut devenir comme le Gavroche des Misérables dont Hugo dit qu’« il n’avait ni père, ni mère, ni pain, ni gîte, mais il était heureux parce qu’il était libre », il avait la lumière ! Tel est le terme de l’odyssée. Tel est la valeur des vers de J. Du Bellay : « Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage… »

La confrontation avec la bête prend fin lorsque, illuminé par la sagesse du guerrier, l’on peut sereinement rencontrer la belle qui en chacun sommeille! Elle est en chacun comme l’aboutissement de ce que cherchent les hommes, tous les hommes, chrétiens ou philosophes, mystiques ou musulmans, théologiens ou chamans. Ce que nous cherchons tous, cher ami, c’est la belle, c’est le bonheur. Appelons-le fruition, sagesse, détachement, soumission, contemplation ou illumination, c’est tout un. Alors, nous voici au troisième jour de notre périple intérieur. Ce qui s’en dégage, ce qui en fait l’unité, c’est la lumière. En effet, une odyssée qui commence exige des ruptures pour que fiat lux (la LUMIERE soit !).

Mejnour te salue !

>>> VOIR AUSSI, RUPTURES NECESSAIRES >>>

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Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Réflexion sur la biodiversité et la technoscience: le réchauffement climatique

Frère Aristide BASSE, op

abassearistide@yahoo.fr

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Nous sommes tous aujourd’hui témoins de la dégradation de la nature. Le monde est entré dans une ère où se manifestent au jour le jour les conséquences du faire de l’homo faber. L’homme technologique se retrouve face à ce qu’il a créé, face à ce qu’il ne cesse de créer. Le développement pointu de la technique permet réellement à l’homme d’acquérir à volonté ce qu’il désire de la nature. Mais cette maîtrise de la nature n’est plus vraiment maîtrisée par l’homme lui-même. On dirait autrement que la victoire trop grande menace le vainqueur lui-même.

L’initiative pour notre réflexion ici a eu pour déclic la dernière Assemblée générale des Nations Unies (AGNU) tenue à New York (Etats-Unis) du 21 au 25 septembre 2009, Assemblée qui a fait état entre autres points du réchauffement climatique, conséquence sans équivoque de l’agir ultra-technoscientifique de l’humain. Des débats fusent sur le problème accru du réchauffement climatique qui ne laisse plus personne indifférent, qui ne se lasse de faire des victimes dans les quatre coins de la planète : tout le monde est concerné par ce problème en pensée ou dans les effets ! Partout, ce phénomène, mieux ce désastre devenu planétaire se signale sans autre forme de procès : « Vous m’avez provoqué, je suis là ! ». Voilà qu’il nous interpelle et nous invite à penser et à repenser notre rapport à la nature, cette nature ou ce cosmos qui nous englobe : «Par l’espace, l’univers me comprend et m’engloutit comme un point ; par la pensée, je le comprends »[1] ; ce cosmos  nous nourrit mais nous le façonnons.  Cela interpelle l’homme et sa responsabilité face à la nature (biosphère et écosphère) et face à lui-même, donc face à la vie. Car qui dit vie dit être et qui dit être dit être responsable, selon le philosophe Hans Jonas. Il y a comme une « responsabilité ontologique », qui traduit une « responsabilité métaphysique »[2] de l’homme.

Nous voulons à travers ces lignes porter notre pensée sur le réchauffement climatique et participer sur un autre ordre aux grands débats sur le réchauffement climatique, problème qui fait couler beaucoup d’encre de nos jours. Nous pensons parler d’abord de ce phénomène et ce qui en est la base, puis du réchauffement climatique  et du développement durable et en dernier ressort, nous proposerons quelques pistes de réflexion. Pour cela, la pensée de Hans Jonas nous aidera car il est celui qui a le mérite d’avoir posé le problème d’une réflexion éthique (avec une visée sur le futur) à l’ère de la civilisation technologique qui est la nôtre.

I – L’AGIR ULTRA TECHNOLOGIQUE  ET LE RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE

Nous savons que l’on a souvent beaucoup parlé de l’agir technique et de ses conséquences sur la nature.  Nous parions que personne n’ignore les effets de la technoscience aujourd’hui. En effet, l’avènement de la technique, coopérative de la science a bouleversé l’existence en tant que telle. L’ambition démesurée de l’humain trouve un outil sans tâche et disponible sur fond de nécessité dans la technologie, outil nécessaire sur commande pour mettre en place des produits qu’il veut. Mais la production qui en est le fruit prend la couleur d’une démesure. Cette démesure se signale même dans la capacité à la fois qualitative et quantitative de l’action humaine sur la nature qui se trouve dès lors outre-dominée et surexploitée. Il en résulte des effets ou réactions peu attendues, ou pas du tout pensées de la part de cette matière devenue une victime languissante. Partout maintenant les climats changent, on ne sait plus comment. Ils ne suivent plus leur cours normal d’antan. L’homme se surprend d’être témoin des climats qui ne lui font pas du tout cadeau et le surprennent. Les prévisions prennent l’allure d’un leurre et se manifestent inutiles.

Il y a comme une rébellion de la nature, du cosmos. Nous assistons ça et là aux catastrophes que la raison humaine continue à tort de qualifier de naturelles. Nous disons « à tort » car c’est pour voiler au fait à l’homme lui-même une vérité : elles sont provoquées. Ce qui est naturel n’est pas ce qui est provoqué ou qui trouve sa source dans quelque chose du dehors, de l’extérieur. Ce qui est naturel a trait à ce qui est de l’essence ou de la nature (qui concerne la capacité d’agir, d’action) d’une chose. Un fait naturel vient du dedans de la chose même, elle est le produit ou la manifestation extérieure d’une action, d’une vie intérieure, intrinsèque. Or, la plupart de ces catastrophes auxquelles l’homme fait face et qu’il subit aujourd’hui sont la résultante et la conséquence réelle de son faire. La nature est blessée dans son être profond. Elle réagit au détriment de l’homme. Les inondations à outrance, la chaleur intempestive qui provoque des incendies ou les favorise (Espagne en juillet 2009, Grèce en août 2009), des tremblements de terre à répétition, etc, sont autant d’exemples et de réalités alarmantes qui sont le cri de la nature torturée. L’on me dira que ces faits sont aussi vieux que le monde ; certes oui, mais nous pensons qu’il y a une recrudescence qui nous questionne : Pourquoi il semble être comme un réveil ? La barrière naturelle aux catastrophes semble ne plus exister, l’homme l’a déjà enlevée ! Dommage ! Maintenant vient le temps de la souffrance. La nature violée dans son être fait face à  un dérèglement dans son essence fonctionnelle.

Nous pensons que l’acharnement de l’homme sur la nature a deux effets principaux : l’économique et l’environnemental. Nous voulons dire que c’est le problème de l’environnement et celui de l’économie qui incitent à cet agir trop annihilant et détruisant de l’homme sur la nature. Le réchauffement climatique qui fait la une aujourd’hui a donc pour causes essentielles le problème de l’environnement et de l’économie. Ce qui fait qu’il pose un problème pour la notion du développement durable aujourd’hui.

II – LE RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE ET LE DEVELOPPEMENT DURABLE

Le développement durable est une notion en vogue depuis ces derniers temps. Il vient dire ce  à quoi les idéologies et les programmes politiques s’attellent pour la vie : pérenniser le développement, faire en sorte que beaucoup de générations puissent bénéficier du développement, du bien-être qu’apporte le vent du bonheur atteint à un moment donné de l’histoire d’un pays. Le développement durable prend donc en compte les êtres du temps (nous voulons dire du moment, du présent) et les êtres à venir. L’a-venir est considéré dans sa réalité dans l’aujourd’hui de l’existence des êtres qui en sont responsables. C’est dire que les hommes d’aujourd’hui prennent compte de leur responsabilité face aux êtres qu’ils pourraient faire venir à l’existence sans « demander leur avis ». Aussi, la vulnérabilité, la fragilité et l’existence innocente  des êtres futurs commandent la responsabilité de l’homme présent.  Mais est-ce que cela se vit réellement dans le faire de l’homme aujourd’hui ?

Comme nous l’avions dit plus-haut, le réchauffement climatique fait état d’un simple corollaire. Ce qui est visé dans le faire technologique est la transformation de l’environnement et l’économie qui lui est liée. Mais l’ultra-faire technologique fait naître une apocalypse rampante. L’avenir est certain, le futur est une réalité factuelle à venir, son être ne se discute pas. Et les hommes qui y vivront  selon notre bon vouloir, grâce à notre action progénitrice ont aussi à bénéficier des biens de la terre, de la nature. Tout ce qui est créé et existe sous le soleil est pour tous, il est ordonné à tous. Il y a un impératif d’une prise de conscience :  Utiliser la nature pour nous en pensant que les autres êtres qui viendront après nous l’utiliseront aussi pour leur bonheur. Nous sommes invités à être responsables aujourd’hui à l’égard de la nature et des êtres potentiels qui viendront à l’existence. L’homme présent doit donc préparer une heureuse vie à la postérité. Même s’ils n’ont aucun droit en réalité sur nous (n’a de droit que ce qui existe déjà), il y a comme une « accusation anticipée » (H. Jonas) de la part des hommes à venir puisqu’ils existeront par notre volonté.

Nous savons que ça et là de par le monde, il y a des conférences organisées autour de la question du réchauffement climatique ; Une grande est attendue pour décembre prochain à Copenhague, au Danemark. Ce que nous pouvons dire, c’est que l’homme, cet être libre et responsable ontologiquement[3] se trouve face à un problème dont Hans Jonas a tenté en son temps de nous prémunir. Dans les années 1990, l’éthique du futur de Hans Jonas a été accusée de s’appuyer sur le principe de précaution  par opposition au principe d’espérance de Ernst Bloch. En effet, H. Jonas invitait les hommes à prêter l’oreille à la prophétie du malheur qu’à celle du bonheur  mais sans s’opposer radicalement à l’espoir d’une vie en rose. Au fond, cette approche est une condition de possibilité pour son éthique du futur qui est une éthique pour aujourd’hui. Mais pas une seule génération n’est passée, l’histoire lui donne raison aujourd’hui : Les hommes qui ne lui ont pas prêté l’oreille ou qui l’ont entendu sans le comprendre subissent eux-mêmes les conséquences désastreuses de leur agir à jamais technoscientifique. Son heuristique de la peur et sa futurologie comparative[4] trouvent déjà des répondants matériels, concrets.

L’homme aujourd’hui voit la précarité de sa vie : Le Souci au sens heideggérien sans cesse ne le laisse. Les changements climatiques auxquels l’homme fait face aujourd’hui sont le fruit d’une maîtrise non contrôlée de la nature par l’homme. La raison humaine lui a permis de se soumettre la nature mais l’homme va loin, très loin. L’homme se croit parvenir à l’autosuffisance. Mais il s’appauvrit spirituellement[5] en devenant riche matériellement[6]. Ce qui est comme le nerf du désordre de l’homme ou de son usage désordonné de la nature nourricière est cette compétitivité économique sans retenue : on veut devenir riche, de plus en plus riche hic et nunc. Au fond, même si cela lui facilite la vie, c’est-à-dire lui donne la joie dans une certaine mesure, l’homme qui agit sans mesure se tue à petit feu au jour le jour. D’où qu’il doit chercher des solutions pour que tout ce qu’il fait, tous ses actes technoscientifiques ne lui soient pas néfastes, n’attentent à sa vie plutôt que ne l’aident à vivre.

III – QUELQUES PISTES DE REFLEXION

Au regard de la réalité des méfaits ou des dégâts collatéraux que cause la technoscience interpellée plutôt pour donner la vie, l’homo sapiens doit prendre conscience qu’il n’a pas fait le choix de venir à l’existence aujourd’hui ; et que passant, il doit chercher à laisser de bonnes traces pour la postérité. La raison qui oriente son agir doit l’aider à laisser être une trace édifiante, constructive. Et « tant que le péril est inconnu, on ignore ce qui doit être protégé et pourquoi il le doit. Nous savons seulement ce qui est en jeu lorsque nous savons que cela est en jeu »[7] . C’est ainsi que nous voulons dire ici qu’une réflexion  sur la nature de l’acte à poser aujourd’hui est nécessaire. Il faut que l’homme trouve des solutions rationnelles pour résoudre les problèmes que ses agirs « rationnels » ont créés, nous voulons dire ce que la raison de l’homo faber lui a permis ou lui permet de faire.

L’homo faber remplace de nos jours l’homo sapiens, et l’homo faber devient l’homo sapiens demens selon l’expression d’Edgar Morin. Le sort de l’humanité présente et future est en jeu. Et pourtant, il n’est pas permis de mettre en jeu quelque chose qui ne nous appartient pas en propre. C’est pourquoi, l’homme présent (puisqu’il ne peut que lui incomber cette tâche impérative !) doit se savoir responsable de ses actes. Sa liberté qui l’ennoblit doit être ordonnée au bien, au sien propre et à celui des autres (futurs). La production qui est certes selon Marx à la base de toute existence humaine ne doit pas verser dans la démesure. L’homme doit trouver des moyens pour réduire la production de ce qui peut lui devenir périlleux (les gaz à effet de serre par exemple). L’homme doit faire preuve de la bonne vertu qu’Aristote appelle « le juste milieu », disons la « mediocritas ». Nous sommes convaincu qu’il peut fabriquer ou produire quelques choses qui peuvent ne pas se retourner contre lui. Il faudrait qu’il sache prendre des mesures pour son être-acte aujourd’hui, des résolutions pour aujourd’hui sont nécessaires. Nous disons aussi que la subjectivité transcendantale et ouverte de l’homme doit être prise au sérieux car l’homme est ouvert et sa vie est ouverte ; elle n’est pas renfermée sur elle-même. L’homme qui se surprend en train de vivre maintenant (ce qu’il n’a pas choisi), lui l’être-jeté[8], doit savoir qu’il vit aujourd’hui  et que demain, il doit laisser la place à d’autres occupants de la terre qui doivent se nourrir, vivre paisiblement, jouir de la vie sereine du cosmos.  Aussi, nous nous demandons pourquoi, au fur et à mesure que le monde avance, que le monde se civilise, il est comme un fait réel : l’homme n’avance pas dans son cœur et sa pensée. Par pensée, nous voulons souligner cette faculté de pré-voir, de dominer ses passions parfois non nobles.

Disons aussi que la personne humaine doit savoir que la portée contextuelle, sociale, historique de son agir aujourd’hui le presse et l’invite à la reconsidération bienfaisante et lumineuse de ses vœux, ses aspirations tant économiques que politiques. Des buts économiques ne doivent pas engluer la vue de l’homme. La vie vaut plus que l’argent. L’argent doit permettre de bien vivre, c’est un moyen pour la vie. Ne faudrait-il pas aussi penser qu’il y a comme une vision étriquée, vicieuse et caressante des bienfaits  de la technologie ? Cette vision est à enfouir au fond des oubliettes. Le monde actuel est le monde de la technique, un monde de l’efficience où l’homme ne pense plus, comme le pensait Heidegger : « L’essence de la technique moderne se montre dans ce que nous avons appelé l’Arraisonnement. (…) L’Arraisonnement est ce qui rassemble cette interpellation, qui met l’homme en demeure de dévoiler le réel comme fonds dans le mode du ‘commettre’ »[9]. Nous pensons qu’il faudrait en fin de compte une certaine mystique  de revalorisation de la raison raisonnante qui spécule en suscitant le bien, qui ordonne en prévoyant, et qui invente en contrôlant. Pour la valorisation de son humanitas, l’homme doit prévaloir sa recta ratio ou son orthos logos.

CONCLUSION

Nous voilà au terme de notre réflexion sur un problème actuel : le réchauffement climatique. Nous savons qu’il est à la une de nos jours. Notre analyse de la situation nous a permis de comprendre que le réchauffement climatique n’est pas un fait isolé, c’est un corollaire. Nous sommes dans une ère de technologie de pointe. Et la réalité est que la technoscience, interpellée pour donner la vie, pour la garantir, semble perdre la route pour tuer la vie ; elle tue la vie. La victoire trop grande sur la nature menace d’un désastre planétaire. Les inondations de toute sorte, la chaleur, bref autant d’indices du dérèglement de la nature bousculée sont les symptômes sans cesse pathétiques du malheur qui s’abat sur l’homme. D’où qu’il doit revoir, reconsidérer, réévaluer son agir appuyé par la technoscience, son amie de route dans ce gouffre de l’exister.

Les questions économiques et la transformation de l’environnement qui leur est lié aussi en partie sont les nerfs d’amplification du désastre qui crée le malheur de l’homme. La liberté fait naître plutôt une misère anthropologique. Nous pensons que la revalorisation de la dignité humaine et de la noblesse de l’homme, de la raison (qui fait cette noblesse et cette dignité) s’impose de fait de nos jours. L’homme doit avoir le courage de se revoir, se mesurer, se mettre face à lui-même pour voir ses forces et ses faiblesses dans tout ce qui le constitue, dans tout ce qu’il fait, dans tout ce qu’il peut maîtriser. La vie est à valoriser. La dignité humaine est à promouvoir. Tout acte posé peut se retourner contre l’homme lui-même, l’acteur. La raison, la prévoyance et le contrôle doivent toujours accompagner l’homme technoscientifique. Il faut toujours penser au futur. Les générations présentes sont responsables des générations futures. L’homme doit chercher aujourd’hui des moyens efficaces pour faire face au réchauffement climatique, pour amortir son choc car il est un fait déjà mais pas une fatalité. La vie est à promouvoir, et il en va de la responsabilité de l’homme.

Frère Aristide BASSE, op

abassearistide@yahoo.fr

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VOIR >>> LES ENJEUX POLITIQUES DE LA JUSTICE COMME EQUITE DE JOHN RAWLS

PENSEE DU 18 OCTOBRE <<< >>> PENSEE DU 22 OCTOBRE

BIBLIOGRAPHIE

ü      HEIDEGGER, Martin, Essais et conférences, trad. André PREAU, Paris,

Gallimard, 1954.

ü      JONAS, Hans, Principe Responsabilité, Paris, Cerf, 1992.

ü      PASCAL, Blaise, Pensées, Ed. présentée, établie et annotée par Michel Le Guern,

Paris, Gallimard, 1977.


[1] Blaise Pascal, Pensées, L.G. 104-B 348.

[2] Hans Jonas, Principe Responsabilité,  p. 69.

[3] La responsabilité fait partie de l’essence de l’homme. Hans Jonas dit que la responsabilité est ontologiquement fondée. La présence de l’homme dit sa responsabilité. La responsabilité est donc à préserver. C’est pourquoi, il faut ménager l’existence de l’être futur qui est la condition de possibilité de l’être de la responsabilité.

[4] Science des prédictions hypothétiques pour mettre à jour et les comparer les constats idéels ou possibles des résultats bons et mauvais de l’agir technique présent.

[5] Spirituellement ici n’est pas pris au sens religieux du terme mais a trait à l’esprit humain.

[6] L’acquisition des produits sensibles qui « embellissent » le quotidien et donnent satisfaction appétitive à l’humain assoiffé et attiré par la pure matérialité.

[7] Hans Jonas, Principe Responsabilité, Paris, Cerf, 1992,  p. 49.

[8] L’expression est de Martin Heidegger.

[9] Martin Heidegger, Essais et conférences, pp. 32.

Ruptures nécessaires

Toute odyssée a son contenu. Et lorsqu’il est question d’aller à la rencontre de soi, il y a lieu de s’attendre au pire d’abord. Au rendez-vous de chacun avec soi, on n’arrive qu’après avoir rencontré des cyclopes et des monstres de tout genre, des sirènes et des charmes aux perfidies insoupçonnées. Mais ces rencontres ont leur place véritable dans les marges du livre de la vie. C’est là qu’il faut les laisser. Car s’il est vrai que « ce qui ne me tue pas me fortifie » (comme l’affirmerait Nietzsche), il importe que je sache quitter ce qui ne me tue pas si je veux conserver mes forces, ces forces dont la nature est d’être jetées dans les glorieux combats de la vie. Et cela ne va pas de soi ! Et cela suscite les questions qui peinent, les jugements qui réduisent. Heureusement, cher ami, que « plus nous nous élevons et plus nous semblons petits à ceux qui ne savent pas voler » (Marie Curie ?). Ceux là (qui nient la grandeur parce qu’ils ne perçoivent pas des cimes intérieures les hauteurs de l’empyrée) ne comprendront jamais la valeur des ruptures nécessaires. Hélas, ils ne comprennent pas que l’homme marche parce qu’il est passant ! Et que chaque pas traduit une rupture avec le passé, une ouverture à l’avenir par un enracinement dans le présent perpétuellement provisoire du quotidien.

Mejnour te salue !

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Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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