Archive for the ‘ESTHETIQUE’ Category

Pensée du 06 février 11

« L’âme, on le sait, est en l’homme,  ce par quoi il a part au divin, ainsi que nous l’enseigne Platon. Par l’âme, l’homme se voit appelé à ce qui fait sa racine, à ce par quoi à chaque instant, il vient naître en lui-même. En ce sens, elle est la substance de l’homme, ce sans quoi l’homme ne pourrait pas être posé comme il est. Chez Platon, l’âme est confessé comme ce qui en l’homme est immortel. Elle est ce par quoi, pour reprendre une expression du Phédon, il nous est possible d’échapper à la mort, comme la boule de neige à la chaleur. L’homme ne serait pas envisageable une seconde, s’il n’était avant tout appréhendé comme âme. Pour utiliser une image hégélienne, en l’homme, le concept est l’âme : ce qui veut dire, ce à quoi tout retourne, ce vers quoi intemporellement, tout vient se tourner afin d’assurer en l’homme une unité. »

Kouadio Augustin DIBI, Esthétique : la question du beau (Cours inédit)

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Pensée du 02 février 11

« Les poètes sont ceux des mortels qui (…) ressentent la trace des dieux enfuis, restent sur cette trace, et tracent ainsi aux mortels, leurs frères, le chemin du revirement. Etre poète en temps de détresse, c’est alors, chantant, être attentifs à la trace des dieux enfuis. »

Martin Heidegger, Chemins qui ne mènent nulle part.

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GRILLE DE LECTURE

Cette assertion pittoresque, en dépit du mode affirmatif sur lequel elle s’offre au régal philosophique, est une double question. La première question qu’elle sous-entend est « qu’est-ce qu’être un poète ? » Cela ne revient-il pas à se demander qu’est-ce que la poésie, qu’est-ce que poétiser ? Poétiser, ou poématiser en termes heideggériens, c’est prendre sur soi d’arriver à proximité du lointain. Cette tâche qui échoit aux poètes apparaît pourtant comme la plus innocente, c’est ce que Hölderlin aurait écrit un jour à sa mère dans l’un de leurs échanges épistolaires. L’occupation qui consiste à poématiser se manifeste sous la forme discrète du jeu. La poésie est comme un rêve, disait Heidegger, ce n’est pas une réalité ; c’est un jeu de paroles, ce n’est point le sérieux d’une action. Sans entrave, elle invente son monde d’images et reste absorbée dans le cadre de ce qu’elle a imaginé. Pour être inoffensif, poématiser semble aussi inefficace pour deux raisons :

D’abord, parce que cela reste un pur discours. Ensuite, parce qu’il s’agit de se faire le porte-parole des dieux en fuite, une tâche dont se moque le monde de la technique. Or, en oubliant l’être, les techniciens mortels ont chassé les dieux de leur terre natale ; c’est pourquoi le poète apprend aux mortels à se réconcilier avec les dieux qui se sont enfuis. Le poète est celui-là qui, au temps de la nuit du monde, dit le sacré. Comme une prêtresse de la flamme céleste, il ne sauvegarde son intelligence qu’en préservant l’Esprit, qu’en annonçant un monde dépeuplé par les dieux, qu’en reconstituant l’itinéraire du retrait des dieux. La deuxième question qui explicite la première, c’est de savoir au fond qui le poète est. Le poète est-il un immortel ? Ce que la pensée de Heidegger donne à penser, c’est que le poète est un homme qui sort de la technicisation et de la vacuité ontologique du monde pour se faire le héraut des mortels. La pensée « poïetique » consiste à faire asseoir l’homme sur sa base essentielle par la nomination des dieux et le se-tenir en leur présence.

Le poète Johann Peter Hebel écrivait que les humains sont des plantes qui doivent s’appuyer sur leurs racines pour pouvoir fleurir dans l’éther. Hölderlin ajoute que c’est pourquoi libre arbitre et puissance supérieure leur ont été donnés, pour que créant, détruisant et disparaissant, retournant à l’éternellement vivante, ils témoignent ce qu’il y a de plus divin : « Riche en mérite, c’est poétiquement pourtant que l’homme habite cette terre.» Poètes et humains sont des frères. Le poète, c’est finalement l’homme qui accepte de vivre poétiquement, comme le semblable des dieux. L’homme doit attester poétiquement ce qu’il est. L’attestation de son être par la dénonciation de la trace des dieux concourt à la constitution de la réalité-humaine de l’homme. L’attestation de l’appartenance à cette essentielle-intimité se produit par la création de l’aurore du monde, par la découverte du chemin du revirement. Les chemins de la poésie qui ne mènent nulle part, peuvent aider l’homme à remodeler le visage biscornu de l’alêtheia.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 23 janvier 11

« Le génie est le talent (don naturel) qui donne à l’art ses règles. Dans la mesure où le talent, comme pouvoir de produire inné chez l’artiste, appartient lui-même à la nature, on pourrait aussi s’exprimer ainsi : le génie est la disposition innée de l’esprit (ingenium) par l’intermédiaire de laquelle la nature donne à l’art ses règles… Car tout art suppose des règles par le truchement desquelles seulement un produit est représenté comme possible, s’il doit être distingué comme un produit de l’art. »

Emmanuel Kant, Critique de la faculté de juger (1790), trad. A. Renaut, Flammarion, 2000, p. 293.

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Pensée du 20 janvier 11

« Faire voir, c’est montrer, c’est laisser être dans une visée. En ce sens, c’est, d’une certaine manière, laisser être ce qui est visage. Visage est ce qui se tient là dans l’ouvert, en attente d’un regard, en attente d’être envisagé. Le visage est cela déjà qui est orienté vers la lumière ; ce qui dans son silence, malgré nous, a déjà fait signe en nous murmurant une vie. L’œuvre d’art est visage, bruissement d’une vie, et c’est comme telle qu’elle s’adresse aussi à ce qui est visage, à ce qui peut la révéler à soi. Car, le même n’est intelligible qu’à ce qui est de même famille que lui. Dans son opacité apparente, dans sa fixité apparente, l’œuvre d’art laisse toujours être une vie. C’est pourquoi elle ne se laisse saisir que par le regard qui s’efforce vers la profondeur. Pour tout dire, avec l’œuvre d’art, vient se manifester une sorte de phénoménologie de la révélation. »

Kouadio Augustin DIBI, Esthétique : la question du beau (Cours inédit)

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Pensée du 11 janvier 11

« L’art concerne le sensible spiritualisé ou le spirituel sensibilisé. L’art n’est possible que si l’artiste meurt au sensible. Hegel écrit pour cette raison que « le royaume de l’art est le royaume des ombres du beau. Les œuvres d’art sont des ombres sensibles. » Ombres ici ne signifie pas un moindre être. Le terme ne renvoie pas à la pale copie d’une chose, ce n’est pas l’inessentiel traînant vers l’arrière de l’essentiel, ce n’est pas un vague souvenir sur le point de s’éteindre soi-même par une soudaine étreinte de soi. Ombres veut dire ce dans quoi le beau ap-paraît, et sans lequel il ne saurait paraître. Ombres signifie ce que le beau laisse être en paraissant et qui est essentiel à son apparaître même. L’art cherche à laisser être, à faire voir. »

Kouadio Augustin DIBI, Esthétique : la question du beau (Cours inédit)

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Pensée du 07 janvier 11

« L’art consiste à inventer et non à copier… L’art doit être libre dans son invention, il doit nous enlever à la réalité trop présente. »

Fernand LEGER, « Peinture moderne », dans Fonctions de la peinture (1965)

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GRILLE DE LECTURE

Le peintre Fernand LEGER nous introduit dans une des plus grandes problématiques de l’art. L’artiste est-il libre ? L’artiste est-il libre de ne pas imiter du tout la Nature ? On  se souvient que dans le monde grec, la Nature est le symbole de la perfection et de la justice. Le bon artiste est donc celui qui se contente d’imiter la Nature le plus parfaitement possible. La peinture, la poésie et le théâtre se référaient constamment à la réalité, à la Nature. L’œuvre artistique était essentiellement figurative, c’est-à-dire que la figuration de la Nature était un passage obligé pour l’art ; la réalité qui lui servait de modèle était facilement identifiable dans son produit. En effet, dans la sculpture grecque, il y avait des moulages de taureau, des portraits destinés à immortaliser certains personnages mythiques (Jupiter, Zeus, Athéna…), à exalter la gloire des rois et des dieux. D’ailleurs, jusqu’au XVIIe siècle, certaines familles nobles d’Occident avaient encore leur peintre attitré pour les services artistiques qui leur étaient dévolus.

Mais il convient de souligner que cette façon de considérer l’art n’est pas partagée par tout le monde grec. Pour preuve, lorsque dans le Livre III de La République de Platon, ce dernier reproche aux artistes de tromper leur public, il semble condamner presque sans appel les imitateurs de la Nature au nom d’une conception de la philosophie et de la vérité qui dévalue aussi bien la connaissance sensible que la contemplation ou la reproduction d’images. Imiter la Nature, c’est en rester à l’apparence, et faire passer la copie pour le modèle. Cette vision platonicienne primitive de l’art correspond à l’esprit postmoderne qui ne s’accommode plus de l’art-imitation. Notre idée postmoderne de l’art privilégie le caractère original, subjectif, personnel de l’œuvre d’art. S’inspirer de la réalité, ce n’est guère fabriquer des imitations parfaites de la réalité sensible.

D’abord parce que les copies ne sont jamais à la hauteur de leur modèle artistique, ensuite parce que l’art vise la révélation de ce qui n’est pas immédiatement accessible au regard. Ainsi, l’art est essentiellement création, invention artistique. C’est ce qui fait dire à Fernard LEGER que l’art consiste à inventer et non à copier, que l’artiste doit être libre dans son invention, il doit nous enlever à la réalité trop présente. L’artiste peut s’accorder la liberté de ne pas imiter du tout la Nature. Reproduire parfaitement la réalité n’est pas le but essentiel de l’art. La technique est appelée à se mettre au service de l’imagination et du génie de l’artiste. Seule une totale liberté d’expression de l’intention de l’artiste permet de donner à voir autre chose que les apparences immédiatement perceptibles. Ne faut-il pas affirmer plutôt que la vocation de l’art est de créer la réalité ?

 

Emmanuel AVONYO, op

 

Pensée du 16 octobre 10



Faire du monde une fantasmagorie mouvante et bigarrée d’images laissant transparaître l’idée, l’esprit, est un point de vue éminemment artistique, qui restitue en quelque sorte l’artiste à lui-même

THOMAS MANN, Les Maîtres

Pensée du 15 octobre 10

« La vue d’une chose belle nous satisfait nécessairement, mais d’une nécessité qui est simplement nécessité d’elle-même, nécessité de soi par soi. »

Augustin KOUADIO DIBI, « La question du beau », Cours d’esthétique UCAO-UUA 2009.

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GRILLE DE LECTURE

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Avons-nous déjà écouté une musique sans texte, le doux chant d’un oiseau ? Cette espèce de beauté nous satisfait nécessairement. Les fleurs sont de l’ordre d’une libre beauté de la nature. Nous les apprécions esthétiquement et cette appréciation nous suffit. Nous ne leur trouvons aucune fin extérieure d’aucune sorte. La contemplation de cette espèce de beauté ne veut satisfaire à aucune fin extérieure à elle-même. Il est comme conforme à un dessein secret que la raison humaine se mette toujours à rechercher l’unité, l’harmonie, la régularité et l’ordre dans les rapports entre les choses. Mais elle n’explique pas toujours la volonté qui porte la beauté, elle y discerne tout au plus le but de la nature. L’intelligence découvre que les choses semblent avoir été faites belles par une volonté non objective. Mais à côté de la libre beauté, Kant discerne la beauté adhérante. C’est une beauté habillée d’affectivité. Cette beauté n’est pas pure, le jugement de goût n’y est pas pur. Elle est guidée par un critère empirique relevant de la communicabilité universelle de la sensation. La beauté de l’homme est une beauté adhérante, cette beauté corporelle repose sur un constat empirique fait de valeurs relatives. Une chose n’est belle, ou bien le beau n’est vraiment appelé beau que parce qu’il nous satisfait nécessairement et librement.

En effet, pour Dibi Koudio Augustin, « Dans l’art, la satisfaction est de l’ordre de la faveur. Tout se passe comme si quelque chose venait nous faire signe librement dans une jouissance gratuite. » C’est cette libre beauté qui suscite chez le sujet l’émotion esthétique accompagnée de cette exclamation libre, simple et gratuite, que c’est beau ! Le beau apparaît comme la nécessité d’elle-même, il est une « nécessité sans loi ». L’idée d’une nécessité sans loi surprend toujours la conscience comme entendement, habituée à des catégories rigides et fixes. La nécessité sans loi est celle qui n’obéit à aucune raison objective. La chose belle est une nécessité seulement soumise à soi. La seule loi qui gouverne le monde du beau est la norme du sens commun, de ce que Kant appelle le sain bon sens. Il s’agit du sens commun esthétique favorisé par l’harmonie des facultés (entendement, sensibilité, imagination) chez tout humain. Notre imagination nous fait aimer le beau de manière nécessaire mais sans aucune contrainte que celle du beau. L’émotion du beau surgit sans aucune extériorité contraignante, nous nous surprenons en présence de ce qui émerveille, de ce qui transporte et accomplit sa fin simplement en ce mouvement même.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 27 mai 10

« Dans l’art, la satisfaction est de l’ordre de la faveur. Tout se passe comme si quelque chose venait nous faire signe librement dans une jouissance gratuite. »

Augustin KOUADIO DIBI, « La question du beau », Cours d’esthétique UCAO-UUA 2009.

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GRILLE DE LECTURE

Le type de satisfaction propre au beau n’est pas une satisfaction pathologiquement conditionnée par des excitations, c’est une satisfaction sans intérêt. La satisfaction esthétique est de l’ordre de la faveur (Die Gunst). Selon Emmanuel Kant, le beau ne peut se contempler que par une faveur de la nature (Eine Gunst der Natur). Cette faveur désigne ce qui est une offre gratuite, ce qui est sans moi, avant et après moi. C’est librement et gratuitement que quelque chose vient nous faire signe et nous offrir la jouissance du beau, une jouissance non matérielle. Kant affirme que le beau procure une satisfaction désintéressée. Cette affirmation indique la nature du lien que l’homme entretient avec la chose belle. Certes, est beau pour quelqu’un ce qui lui plaît, ce qui fait plaisir. Mais ici, il s’agit d’un plaisir esthétique ne renvoyant à aucune consommation ni désir. L’intérêt compris dans l’art ne vise pas l’agréable, l’intérêt esthétique ne vise pas le désir même de l’objet. Le propos d’Angelus Silesius que cite Augustin Koudio DIBI trouve ici pleinement sa place : « La rose est sans pourquoi, elle fleurit pour fleurir. » La rose semble ne rien signifier en elle-même. Elle ne dépend d’aucun concept déterminé, elle n’est le produit d’aucun discours, elle vient d’une faveur de la nature, dans une donation sans fin.

Au vrai, la rose fleurit et réalise son essence seulement en s’offrant, en fleurissant là, dans l’effectivité, pour s’offrir à notre vue. La fleur que nous trouvons belle procure une satisfaction qui n’est liée à aucun intérêt. Kant parle pour cela d’une satisfaction libre et désintéressée. C’est en ce sens que la satisfaction que le beau procure au goût se distingue de l’agréable (Das Angenehme). L’agréable est ce qui plaît au sens dans la sensation. Déclarer agréable l’objet d’art, c’est déjà exprimer un intérêt empirique pour cet objet. Il ne s’agit pas là d’un simple jugement esthétique, mais d’une affection pathologique de mon état qui rend ma contemplation intéressée, et qui, par la même occasion, vient nier la faveur du beau, le clin d’œil que l’esprit fait à lui-même. Le beau est sans pourquoi, il n’est pas le signe de lui-même, il est le signe de l’esprit. Le beau refuse d’être phagocyté par le regard objectivant, parce qu’il héberge une grâce. La nature objective, sensible, semble conditionner le beau, mais au fond, il n’est déterminé que par l’esprit. Face à l’objet d’art, il convient de laisser l’épanchement libre de la grâce du beau aller à son terme, de laisser l’esprit transfigurer le réel pour l’élever à son niveau. Dans l’art quelque chose fait un signe gratuit qui répugne à la jouissance, à la dépossession de sa faveur, à l’objectivation du regard, à la boulimie du désir. Quand l’esthétique et l’éthique se rencontrent…

Emmanuel AVONYO, op

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>>> Pensée du 28 février 10

Pensée du 26 avril 10

« A l’extérieur s’offrent à ma vue des fleurs, des figures, une multitude de couleurs, des paysages verdoyants. Je les contemple. A l’intime de moi-même, saisi par une émotion, je me surprends à murmurer d’un murmure simple : que c’est beau ! »

Augustin KOUADIO DIBI, « La question du beau », Cours d’esthétique UCAO-UUA 2009.

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GRILLE DE LECTURE

La question « qu’est-ce que le beau ? » est suscitée par deux principaux ordres de raisons : le premier est une exigence philosophique et le second, la traduction en des termes questionnants de l’émotion esthétique qui étreint tout homme à la vue du beau. Depuis Platon, philosopher exige de fonder en raison ce que l’on dit. Ainsi, afin de marcher avec assurance et pour ne pas ressembler à des voyageurs obscurs sur une terre étrange, Dibi Kouadio Augustin trouve nécessaire de se poser une question de principe : qu’est-ce que le beau ? La question du beau est à situer au fondement de celle de l’esthétique. André Lalande définit l’esthétique comme la « science ayant pour objet le jugement d’appréciation en tant qu’il s’applique à la distinction du beau et du laid. » Cette définition appelle à accorder son attention aux termes « appréciation » et « beau ». L’appréciation est, selon Dibi Kouadio Augustin, une opération de l’esprit relative non à l’existence d’un objet comme tel mais à sa valeur. Cela revient à porter un jugement sur le degré de perfection d’un objet du point de vue du vrai, du juste et du beau. La science de l’esthétique est donc le savoir spéculatif qui distingue le beau et le laid.

La question du beau, impliquée par l’exclamation émue « que c’est beau ! » devant toute œuvre de beauté, a reçu un traitement pensant chez plusieurs philosophes. C’est le cas chez Kant qui pense que le beau procure « une satisfaction libre et désintéressée». C’est bien ce que traduit la simplicité du murmure exclamatif. Le simple, c’est ce qui n’est affecté de rien, ce qui librement surgit, ce dont l’essence est spontanéité pure, sans une contrainte autre que celle de sa propre nécessité. Comme le simple, le beau est sa propre nécessité. Devant le beau, notre esprit est comme rempli par quelque chose qu’il ne peut qu’accueillir. En effet, « le beau relève de lui-même, pur et sans tâche, s’imposant à nous, dans une contrainte qui est liberté et désintéressement », affirme Dibi. Selon les catégories de Kant, du point de vue de la « qualité », le beau est présenté comme « la satisfaction sans intérêt » ; selon la « quantité », c’est ce qui plaît universellement sans concept ; d’après la « relation », le beau est une finalité sans fin ; du point de vue de la « modalité », le beau est une nécessité sans loi ».

Emmanuel AVONYO, op