Archive for the ‘PHILOSOPHIE’ Category

Pensée du 27 novembre 09

« Il est si peu facile de parvenir au bonheur que chacun s’en éloigne d’autant plus qu’il s’y précipite avec plus d’ardeur »

SENEQUE, Dialogues, t.2, De la vie heureuse

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GRILLE DE LECTURE

Dans l’antiquité grecque, Epicuriens et Stoïciens entre autres rivalisaient de génie pour proposer à l’homme des voies du bonheur. Le lien entre vertu et bonheur était analytique selon l’expression de Kant, car ils étaient impliqués l’un dans l’autre. Que l’on définisse le bonheur dans ces écoles comme l’atteinte d’une sérénité intérieure sans encombres ou la recherche d’une vie harmonieuse avec le monde, ou encore comme un don de la Providence, il n’a jamais été à juste titre un état acquis définitivement.

Sénèque le rappelle dans son traité sur le bonheur. Il n’est jamais atteint parfaitement. C’est ce que réaffirmera Aristote. Sénèque est si radical qu’il voit un rapport d’opposition entre recherche et vécu du bonheur. Encore que la recherche du bonheur ne dispense pas l’homme des tribulations dues à la contingence de l’existence. Sinon, pourquoi les hommes de bien ne sont-ils pas exempts de malheurs ? Ceux qui ont pour eux la Providence doivent encore travailler à leur bonheur. Si le bonheur de l’homme n’est jamais garanti, et que le travail semble l’en éloigner, que faut-il faire ?

L’on peut seulement remarquer que bien des revirements et des disgrâces viennent souvent se jouer des vies qui escomptaient de meilleures destinées. C’est l’exemple des malheurs de Job dans la Bible chrétienne. Tel paraît être en général le sort réservé aux hommes justes. L’homme est-il né pour la souffrance ? Question philosophique !

L’angoisse de Job l’amené à s’interroger sur le sens profond de la vie et à sombrer dans la déréliction. Philippe Nemo affirme que « l’angoisse a plongé Job tout entier dans un lieu inconnu » au point que sa personne se trouvait altérée. Voilà qui est assurément le contraire de la vie heureuse souhaitée et recherchée par Job, que son observance scrupuleuse destinait à une vie soutenue par des conditions d’un bonheur stable. N’est-ce pas Sénèque qui a raison de nous ?

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 26 novembre

L’academos

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[1] Sénèque, Dialogues, t.2, De la vie heureuse – De la brièveté de la vie, Paris, 1

[2] Philippe Nemo, Job et l’excès du mal, Paris, Grasset, 1978, p. 54.

Pensée du 26 novembre 09

« Il y a deux motions de la volonté, l’une relative à l’exercice de l’acte, l’autre à sa spécification, cette dernière provenant de l’objet. Du premier point de vue (exercice) aucun objet ne peut mouvoir nécessairement la volonté : je puis en effet m’abstenir de penser à quoi que ce soit, et par conséquent de ne pas le vouloir en acte. »

Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, les actes humains.

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GRILLE DE LECTURE

Saint Thomas d’Aquin veut répondre à une question fondamentale. La volonté est-elle mue nécessairement par son objet ? C’est le problème moderne de l’autonomie de la volonté et de la liberté humaine qui semble être posé en ces termes.  LIRE LA SUITE DU COMMENTAIRE ICI

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 25 novembre

L’academos

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Pensée du 25 novembre 09

« Le rôle du principe d’équité des chances est de garantir que le système de coopération est un système basé sur une justice procédurale pure. »

John Rawls, Théorie de la justice

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GRILLE DE LECTURE

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Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 24 novembre

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Chemins de vie

Le billet de Mejnour 53

Philosopher. Cela commença par l’étonnement. Etonnement devant l’évanescence du monde. Désir de comprendre avant d’expliquer, de façonner sa vie. La philosophie est un cheminement dont chaque vie porte les balises. C’est peut-être la raison pour laquelle chaque personne peut se faire une philosophie avec l’ardent et secret espoir de la voir un jour prendre place au panthéon de la Pensée.

La philosophie empreint les chemins de chaque vie, lui donnant des accents tantôt austères, tantôt permissifs. En tout cas, rien qu’à voir vivre un individu, pour peu qu’on ait cheminé avec la Pensée, l’on peut dire quel philosophe sommeille en lui. Pour ce faire, il faut bien emprunter quelque chemin. C’est ce que nous ferons ensemble durant les jours qui viennent. En attendant, Mejnour, cher compagnon, te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

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Pensée du 24 novembre 09

« Le prudent d’Aristote est plutôt dans la situation de l’artiste, qui a d’abord à faire, pour vivre dans un monde où il puisse être véritablement homme. La morale d’Aristote est, sinon par vocation, du moins par condition, une morale du faire, avant d’être et pour être une morale de l’être. »

Pierre Aubenque, La prudence chez Aristote

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GRILLE DE LECTURE

Difficile de réfréner son plaisir devant l’hommage que le disciple rend à son maître. La prudence chez Aristote est un des traités de morale les plus consultés sur Aristote. Pierre Aubenque place la prudence au centre de la morale aristotélicienne. Et cette prudence n’est pas à confondre avec la passivité ou la morale couarde du moindre risque. Si elle se rapporte à l’être, c’est d’abord à un être conscient de la part active qu’il doit prendre dans le cosmos. Aristote ne confond pas la vie morale avec la contemplation sans action, ni avec la volonté droite, s’il en est une.  Pour lui, la vie morale commande d’adapter constamment les fins aux moyens et les moyens aux fins. Et c’est à cela que sert la prudence.

Cette définition de la prudence fait penser aux sages stoïciens qui se considéraient comme « une œuvre d’art » reflet d’un monde achevé. L’homme aristotélicien n’est pas a priori un sage. Aucun savoir humain ne peut combler l’abîme qui sépare l’homme de la sagesse. A défaut, il peut être au moins prudent. Cela requiert que l’homme agisse, faute de mieux. Pour Pierre Aubenque, vu la contingence du monde, et en attendant le pouvoir de réaliser en nous-mêmes l’ordre que nous contemplons dans le Ciel, il nous appartient d’ordonner le monde nous s’engageant prudemment en lui selon le vœu d’Aristote.

Aristote distingue l’habileté technique, indifférente à ses fins, de la prudence qui est morale dans ses fins comme dans ses moyens. Après Aristote, Kant définissait la prudence comme l’habileté dans le choix des moyens qui nous conduisent à notre propre bonheur. La morale est de l’ordre de action, et la prudence, du travail. La morale de la prudence vise l’être, le bonheur. La prudence est pour ce faire une vertu de l’action et de l’être. L’homme ne se rationalise que dans un faire qui vise l’être. C’est cette idée de prudence qui a sans doute inspiré André Comte-Sponville lorsqu’il écrivait que le principe de précaution n’est pas un principe d’inhibition mais de l’action. C’est pourquoi « le risque zéro, c’est de n’être pas né, ou d’être déjà mort. Vivons donc prudemment, mais sans nous laisser paralyser par la peur. »

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 23 novembre

L’academos

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Les apories du temps chez Husserl et Kant

L’Atelier des concepts, Par Emmanuel AVONYO, op

Semaine du 23 novembre 2009

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Troisième partie                                                            >>>deuxième partie

La confrontation Husserl-Kant dans l’aporétique du temps est celle du temps intuitif et du temps invisible. Ricœur reproduit ici la première fiction qui a consisté à confronter les ressources augustiniennes de la psychologie à celles de la physique d’Aristote. Comme Aristote, Kant situe le temps dans l’objectivité, dans la nature, alors que Husserl le perçoit dans la conscience. Dans ce nouveau schéma d’opposition du subjectif à l’objectif, l’on peut comparer Husserl à Augustin et Kant à Aristote. Ricœur affirme cependant que la filiation entre Augustin et Husserl est plus facile à reconnaître car elle est revendiquée par Husserl lui-même.

Husserl et la conscience intime du temps (intuitivité du temps)

Dans les Leçons sur la phénoménologie de la conscience intime du temps, Husserl veut soumettre à une description directe l’apparaître du temps en tant que tel (Temps et Récit, III, p. 38). Son analyse se focalise sur la conscience du  temps. Ricœur propose d’entendre la « conscience du temps » comme « conscience intime » (inneres), car c’est en ce seul adjectif que semble se concentrer l’aporie de toute phénoménologie de la conscience du temps. Cette conscience-temps, temps immanent du cours de la conscience, exclut du champ d’apparition le temps objectif de Kant. Il rejette l’apparaître du temps physique de même que toute durée chosique, c’est-à-dire le temps du monde de l’expérience.

Husserl veut non seulement mettre hors de circuit le temps objectif, mais aussi le constituer (plus proprement le reconstituer). La phénoménologie de la conscience intime du temps de Husserl, qui s’aligne sur la phénoménologie du temps de saint Augustin, avait une ambition majeure : « faire paraître le temps lui-même par une méthode appropriée et ainsi libérer la phénoménologie de toute aporie. » (Temps et Récit, III, p. 37). Ainsi, le temps intuitif de Husserl remplacerait le temps objectif et invisible de Kant. Comment va-t-il s’y prendre ?

Husserl procède à une analyse de l’acte intentionnel de la conscience ; cette analyse est ce qu’il appelle l’hylétique de la conscience (Temps et Récit, III, p. 39). Cette hylétique repose paradoxalement sur une double réduction : celle du monde au perçu, et celle du perçu au senti. Le paradoxe dans l’attitude de Husserl consiste dans le fait qu’il veut bâtir une conscience intime du temps sur un fond du temps objectif qu’il rejette. De la sorte, l’analyse du temps immanent se constitue sur la base des emprunts au temps objectif alors que, conformément à ses objectifs, la phénoménologie husserlienne du temps veut échapper aux déterminations objectives. Bien plus, le temps objectif de Kant est invisible, et l’on infère que Husserl ne peut pas faire apparaître le temps intuitif. Husserl tombe dans une impasse.

Cette nouvelle aporie confirme le point de vue de Ricœur selon lequel le prix des apories à payer s’élève à mesure que l’analyse phénoménologique s’affine. Ricœur va chercher chez Kant, la raison des emprunts répétés de la phénoménologie husserlienne de la conscience interne du temps à des structures du temps objectif. C’est l’opposition entre phénoménologie et critique.

Kant et le temps invisible (objectivité du temps)

Comme nous venons de le voir, l’ambition de Husserl se heurte à « la thèse essentiellement kantienne de l’invisibilité de ce temps… qui revient dans la Critique de la Raison pure sous le titre du temps objectif, c’est-à-dire du temps impliqué dans la détermination des objets. » (Temps et Récit, III, p. 37). Cette confrontation est d’autant plus ouverte que pour Kant, le temps objectif, en tant que nouvelle figure du temps physique dans une philosophie transcendantale, n’était qu’une présupposition. Il n’apparaît pas en lui-même.

Pour Kant en effet, le temps apparaît comme la condition et la mesure de tout. Concevoir le temps comme condition a priori de tous les phénomènes, c’est déjà remettre en cause l’expérience que nous avons du temps pour l’appréhender comme intuition pure. Ainsi selon Kant, « le temps n’est pas quelque chose qui existe en soi, ou qui soit inhérent aux choses comme une détermination objective, et qui, par conséquent, subsiste, si l’on fait abstraction de toutes les conditions subjectives de leur intuition.» (Emmanuel Kant, La critique de la raison pure, PUF, 2004, p. 63.)

De fait, le temps kantien n’est pas un concept empirique qui dériverait d’une expérience quelconque. Le temps est un fondement a priori, c’est en lui qu’est possible tout phénomène, toute perception. Le temps est donc une forme de notre sens interne, de notre intuition intérieure, la condition subjective sous laquelle peuvent trouver place en nous toutes les représentations. Le temps ne peut pas être perçu, il est invisible.

Kant voit dans le caractère invisible du temps la condition de l’apparaître de l’objet d’expérience. Kant parle du temps comme condition de possibilité de l’apparaître alors que Husserl défend un temps à apparaître. Dans ces conditions, une opposition entre Kant et Husserl est inévitable. Ricœur précise que « ce que Kant réfute, ce ne sont pas les analyses phénoménologiques de Husserl, mais leur prétention à s’affranchir de toute référence à un temps objectif et à atteindre par la réflexion directe une temporalité purifiée de toute visée transcendante. » (Temps et Récit, III, p. 68).

L’ambition husserlienne de parvenir à montrer le temps par une méthode appropriée est donc au centre de l’intervention de Kant. Une nouvelle aporie point ici, car dans cette fiction, Ricœur ne vise rien moins qu’à montrer que Kant ne peut pas construire les présuppositions concernant un temps qui n’apparaît jamais comme tel, sans emprunt à une phénoménologie implicite du temps. Kant a recours à Husserl sans s’en rendre compte.

Pour Ricœur, si le temps ne peut être perçu, « cela implique que je ne connais la détermination transcendantale du temps qu’en prenant appui sur des relations causales objectives » (Temps et Récit, III, p. 78). Car il n’est pas possible d’y parvenir sans opérer parmi mes représentations une distinction entre la succession objective et la succession subjective des apparences.

Ricœur conclut que ni l’approche phénoménologique ni celle transcendantale n’est autosuffisante, chacune faisant référence à l’autre. On se retrouve dans un nouveau paradoxe, comme notre philosophe en affectionne. L’emprunt mutuel entre Husserl et Kant se fait sur la base d’une exclusion mutuelle. C’est bien la preuve qu’on ne peut embrasser d’un même et unique regard l’envers et l’avers de la même pièce de monnaie. Le caractère insurmontable de cette difficulté en fait une nouvelle aporie du temps. Le cercle entre récit et temporalité ne se referme pas sur cette difficulté. Les apories de l’expérience du temps nous conduisent prochainement chez Heidegger.

HEIDEGGER ET LE TEMPS VULGAIRE

>>> L’aporétique de la temporalité : Aristote et Augustin

>>> Paul Ricoeur et le concept de temps

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Pensée du 23 novembre 09

« Depuis l’origine de la philosophie, la question du « summum bonum », ou, en d’autres termes, du fondement de la morale, a été considéré comme le plus important des problèmes posés à la pensée spéculative »

John Stuart Mill, L’utilitarisme

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GRILLE DE LECTURE

L’utilitarisme de John Stuart Mill a été publié en 1863. Sa philosophie pratique y a acquis sa forme définitive. Ce disciple de Bentham, fidèle à la tradition empiriste anglaise, est un des tenants de la morale utilitariste. En consacrant sa réflexion à l’expérience morale, il s’est attelé à donner à la morale une conscience, le sentiment d’un devoir et d’une obligation morale. Car depuis l’origine de la philosophie, depuis le temps où le jeune Socrate écoutait le vieux Protagoras, le problème central de la pensée aura été la question du critérium du bien et du mal.

Mais la pensée spéculative lui paraît avoir été incapable de faire face adéquatement à ce problème axiologique, qui a divisé selon lui d’éminents penseurs en sectes et écoles dressées les unes contre les autres. Même si une situation analogue règne dans beaucoup d’autres sciences, il lui importe qu’un fondement soit fourni à la morale. Ce critérium du bien devrait permettre de déterminer avec certitude ce qui est bien ou mal. L’attachement de John Stuart Mill à la morale (au problème moral) s’explique par l’importance qu’elle revêt dans le champ de l’action humaine.

Comme Bergson, John Stuart Mill pensait qu’il fallait agir en homme de pensée et penser en homme d’action. Au sein du courant utilitariste, il était un révolutionnaire par rapport à son maître Bentham. Pour John Stuart Mill, il ne s’agissait pas seulement de chercher le bonheur du plus grand nombre en identifiant toujours l’intérêt de l’individu à l’intérêt universel, mais il était aussi convaincu qu’on trouve d’autant mieux le bonheur personnel qu’on le cherche moins, et que l’on le trouve en travaillant à l’amélioration de la condition humaine. Il s’est battu entre autres pour le suffrage des femmes, la représentation proportionnelle, les réformes de structure orientées vers le socialisme.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 22 novembre

L’academos

Sommaire

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Le billet de Mejnour 52

SYNTHESE

Philosopher, c’est être inquiet. C’est chercher la problématique secrète gisant au fond des êtres, des phénomènes et des choses. Berlin et la chute de son mur nous ont incités à parler de quelques unes des frontières factices érigées entre les hommes, leurs savoirs et leurs avoirs. Il serait évidemment prétentieux de croire qu’une semaine suffirait pour faire le tour de la question.

Il demeure cependant que l’activité du philosophe vise à « démocratiser » le pouvoir de penser librement le monde. L’enjeu est de taille. Et cela implique un travail de titan, une mobilisation de ressources énormes pour que l’éducation philosophique favorise l’avènement de personnalités au jugement sûr, défendant les valeurs inaliénables de l’humain.

Cette ne saurait s’accomplir sans quelque résistance. Mais, ainsi que l’écrit Rostand, « C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière ». Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

>>>VOIR LE BILLET DE MEJNOUR 51

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Pensée du 22 novembre 09

« La personne humaine est un être doué d’une forme s’enracinant dans une intériorité, déterminé par l’esprit en tant qu’il subsiste en lui-même et dispose de lui-même »

Romano GUARDINI, Le monde et la personne

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GRILLE DE LECTURE

Au sens étymologique, le mot personne qui vient du latin persona qui désigne les masques utilisés dans le théâtre antique pour permettre au public d’identifier le personnage que l’acteur incarnait sur scène. Ce masque servait également de porte-voix permettant ainsi aux spectateurs d’entendre les tirades déclamées par l’acteur. Cette notion de personnage a une dimension publique et sociale.

Quant à la pensée de Romano Guardini, elle semble nous suggérer que la personne est un absolu à l’égard de toute autre réalité matérielle ou sociale, et de toute autre personne humaine. Aucune autre personne, aucune collectivité, aucun organisme ne peut l’utiliser légitimement comme un moyen. L’homme est une forme, un individu doté d’une personnalité. Conçu comme une forme, l’homme est un être relationnel. Ses différents éléments constituent un système sous un double rapport structural et fonctionnel. L’homme s’insère lui-même comme un objet élaboré entre des objets élaborés, comme une unité mouvante entre des unités. L’être relationnel qu’est l’homme est doté de forme, c’est un être informé. Malgré son individualité, il n’est pas une figure opaque et fermée.

L’être individuel est certes déterminé par son centre, son intériorité d’où procèdent l’effort d’autoconstruction et le pouvoir de renfermement sur soi. L’intériorité permet à l’homme de se distinguer du monde extérieur et d’édifier son monde propre à lui à l’encontre des autres espèces. L’individualité fonde la valeur propre de l’homme. La personnalité humaine dépend de la caractérisation de l’individu par la conscience de soi. L’intériorité de l’homme n’est pas à confondre avec l’illusion d’une transparence totale à soi. L’homme qui prend conscience de son individualité réalise sa personnalité en société, dans le monde, selon Romano Guardini. Car une personne est un être social responsable de ses actes et de son être. C’est un être doué d’appréhension de sens. La personne est un sujet qui s’assigne la tâche de reconstruire le réel, le donné naturel par un effort de pensée, d’action et de création.

Emmanuel AVONYO, op

Pensée du 21 novembre

L’academos

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Le billet de Mejnour 51

OMBRES ET LUMIERES

Fille de son temps, la philosophie s’est vue servir des causes de tous genres. On y a recouru pour des motifs plus ou moins nobles. C’est qu’aucune quête ne se réalise sans assumer quelques paradoxes.

La conscience philosophique est éminemment prométhéenne. C’est dire que le philosophe digne de ce nom est tenu d’assumer ses convictions, dût-il en mourir. Le philosophe devrait pouvoir dire non aux compromissions. Son activité devrait être entièrement consacrée à dispenser aux hommes les lumières de la connaissance.

Mais la condition humaine est fragile. A force de ruse, plus d’un pouvoir politique s’est assujetti le pouvoir philosophique. Malheureusement, par le fait de s’inféoder au politique la philosophie s’est aisément délestée de son étroite relation avec la liberté. C’est une ombre. Heureusement qu’il est encore des penseurs libres et hardis. Par qui les lumières de la sagesse éclairent la vie et l’histoire des hommes. Mejnour te salue !

Mejnour ben Hur, mejnourbh@gmail.com

>>>VOIR LE BILLET DE MEJNOUR 50

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